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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 11:59

copéEt si le passage en 6ème était conditionné par un examen d’entrée ? Voici la dernière polémique lancée par le Président du Groupe UMP à l’Assemblée Nationale, Jean-François Copé. A l’heure où la réforme des retraites vient à peine d’être votée, dans le vent de contestation qu’on lui connait, force est de constater que les élus de la Majorité n’ont pas froid aux yeux.

Faut-il pour autant hurler de manière pavlovienne à la démagogie, l’inégalité devant l’éducation ou encore autres fadaises bienpensantes dont nous assomment certaines sommités de la gauche, bien assommantes à dire vrai ? Car il ne faudrait pas balayer la proposition de Copé d’un revers de main sous le fallacieux prétexte que c’est une idée de droite. Le jugement, hâtif, est tout ce qu’il y a de plus réducteur dans la conception de la politique, et pour le dire franchement, ce qu’il y a de plus consternant dans la lecture moderne de la politique, sachant, malheureusement que modernisme rime trop souvent avec manichéisme. Au nom de quoi la droite ne pourrait-elle pas se pencher au chevet de l’éducation nationale, agonisante, quand la Gauche préfère s’épancher sur les qualités d’un prétendu vil homme il y a peu, et mort pour le coup,  George Frêche ?

langLe raccourci est quelque peu médiocre, pensez-vous, mais il faut bien dire que la manie de gauche de s’emparer du dossier de l’éducation, en toute exclusivité, pensant être les seuls légitimes sur la question, tels leurs suppôts verts sur la problématique écologique, a de quoi agacer. Pour preuve, cette tribune écrite dans Le Monde le 15 mai dernier par Yves Durand et Jean-Marc Ayroult, députés pour le compte du PS, et envoyée aux professeurs qui débute par un stupéfiant et non moins arrogant : « il existe un pacte séculaire entre le projet socialiste et l’ ‘éducation’ » ? Ou de l’éternelle déclinaison de l’expression « djeuns » qui traduit si bien cette attitude : la gauche « se la pète ». Et pourtant, il est tout aussi clair que si l’école est souffrante, la gauche parait, elle, souffrir d’amnésie :

N’est-ce pas Jean-Pierre Chevènement qui décréta béatement qu’il fallait que 80% d’une classe d’âge soit bachelier en guise de démocratisation de l’éducation avec les conséquences désastreuses que cela a apporté notamment concernant l’enseignement professionnel ?

Ne serait-ce pas Lionel Jospin qui créa de toutes pièces les IUFM qui furent des outils de propagandes à pédagogoles qui permit de niveler le niveau vers le bas et d’abattre comme un tyran l’autorité qui fut travesti lexicalement en « autoritarisme »  pour complaire les nostalgiques de ce que mai 68 a produit de pire, à savoir l’anarchie (car nul doute que mai 68 ait permis des avancées sociales autrement plus bénéfiques pour le pays) ?

Enfin, Jacques Lang qui demeure autant Ministre de la Culture à vie qu’ambassadeur des enseignants n’a-t-i pas inventé le concept « d’inertie obséquieuse », tout sucre tout miel, pendant que se sclérosait l’un des piliers de notre République ?

Un peu d’humilité donc. Même si la Droite est parfaitement responsable du pourrissement de la situation, fossoyeur d’exception, plaçant au sommet de l’Education Nationale un fantoche, simple spectateur de sa Majesté Sarkozy venue en personne vendre la réforme des lycées. Faut-il rappeler que ce n’est pas par Modestie, même s’il le vaut bien, que Monsieur Châtel ne met qu’en sous-titre « Ministre de l’Education Nationale » sur sa page quand trône avec majesté le glorifiant « porte-parole du Gouvernement » ?

 

chatelweb.jpg

 

Bref, la Gauche n’a, elle non plus, pas de leçons à recevoir, et de ce fait décrétons un statu quo : tout parti, démocratique et agissant pour le bien de la République a le droit d’émettre un avis ou une proposition afin de calmer les maux d’un malade dispendieux, car au-delà de 23% du budget national, l’on est en droit d’exiger un service public efficace et de qualité. Etudions donc la proposition de Monsieur Copé, qui s’expliqua par téléphone sur le plateau de l’Edition spéciale mercredi 28 octobre, sur Canal plus :

edition spéciale« L’idée est le résultat de l’observation. Aujourd’hui, lorsque l’on envoie un enfant qui sort de CM2 pour aller au collège et qui ne maîtrise pas les savoirs fondamentaux lire, écrire, compter, ça veut dire pour lui une perspective quasi assurée d’échec scolaire. Donc le principe, c’est de dire : « on n’envoie pas un élève de fin de CM2 au collège qui ne maîtrise pas les savoirs fondamentaux »

Et Jean-François Copé d’en expliquer les modalités :

« Comment le faire ? L’idée c’est de fixer un examen, pas du tout dans l’esprit du bac. Il ne s’agit pas de dire 80% ou 70% des enfants… Non. L’objectif c’est 100%. C’est-à-dire qu’il faut vraiment tout faire pour que l’enfant, avant d’entrer au collège, sache lire, écrire, compter, et puisse ensuite poursuivre sa scolarité. »

Résumons donc la première partie de cette intervention : l’un des moyens qui permettrait d’endiguer la vague vicieuse de l’échec scolaire (à savoir 20% d’illettrés en entrée de 6ème et autant d’élèves en échec en fin de 3ème) serait de ne faire accéder en 6ème que ceux qui auraient les bagages pour le faire. Soit. Reste à savoir que faire de ceux qui ne réussissent pas cet examen. Copé n’en parle pas. Ou plutôt n’en parle plus. Il préfère ne s’intéresser qu’à l’objectif de 100% de réussite. Pour autant, il avait déjà évoqué l’éventualité dans la matinale de France 2, Les Quatre Vérités, la veille :

 

 

On le voit, Copé a l’air gêné aux entournures. Il faut dire que l’idée du redoublement n’est en réalité pas un « intérêt » original... Mais l'originalité tient, comme on le verra, sur la refonte de l'organisation et du système.

Etudions donc en détail, et honnêtement, les tenants et les aboutissants de cette proposition.

projet humanisteTout d’abord, il faut reconnaître à Monsieur Copé un certain courage : dans une thématique où la Gauche, comme nous l’avons vu, se reconnait comme un interlocuteur exclusif, et comme étant le seul à être légitime, il faut oser s’avancer de la sorte et proposer ce qui serait pour le coup un véritable changement. Et la position est d’autant plus audacieuse à mon sens qu’elle me rappelle un des points qui fut âprement négocié lors du Congrès programmatique du Mouvement Démocrate en Décembre dernier concernant justement le passage en sixième. Le texte définitif, amendé par Marielle de Sarnez fut celui-ci : « Notre ambition est forte : nous voulons que tous les enfants qui entrent en sixième sachent lire, écrire et compter ». Estimant que cet argument était trop consensuel avec ce que l’ensemble des autres partis avaient proposé depuis 30 ans et qui avait pourtant abouti à une inertie égale à ce sujet, la situation s’aggravant même, j’avais proposé l’amendement suivant : « Notre ambition est forte : nous exigeons qu’aucun enfant qui ne sache correctement lire, écrire et compter puisse entrer en sixième », ce qui nous aurait contraint à trouver des solutions pour impérativement atteindre le 100% au nom de l’égalité devant l’éducation. L’amendement ne fut pas retenu (et n’eut même pas la possibilité d’être défendu). L’esprit de la proposition de Copé va pourtant dans le même sens : contraindre l’école de trouver des solutions et contraindre l’élève à u avoir un bagage minium pour ne pas le condamner de facto à un échec programmé.

La proposition de Copé rappelle aussi ce post de Blackangel59, qui utilisa mes colonnes pour évoquer le cas du Cameroun, d’où il était originaire,  où existe encore le concours d’entrée en 6ème, dont il dit qu’il est « un programme difficile mais [qui a] fait ses preuves ».

En réalité, l’argument de la « pression » exercée sur des élèves de 10 ans ne tient pas :

 

 

Chaque année le passage étant en jeu, la pression est constante. Dans le cadre de l’examen d’entrée en sixième, la pression serait repartie bien au contraire sur plusieurs années, de quoi construire un parcours, là où aujourd’hui on se remet en question tous les ans. Dans cette nouvelle organisation, les années de CM2, 3ème et de Terminale correspondraient aux paliers décisifs : un parcours primaire de 5 ans (CP, CE1, CE2, CMA & CM2), de 4 ans pour le collège (6è, 5è, 4è & 3è) puis de 3 ans pour le lycée (2nde, 1ère et Terminale) : qui pourrait rêver de parcours plus progressif ?

examCela présenterait aussi l’avantage de régler une fois pour toute le redoublement, taxé tour à tour d’inefficace, d’inégalitaire et couteux. Tous ces arguments tomberaient et trouveraient enfin une réponse : un redoublement unique en fin de cycle en CM2, 3ème ou Terminale.

Reste à savoir ce qui adviendrait de ceux qui échouerait à répétition. Car ce que la proposition de Copé occulte, et ce n’est pas là la moindre des difficultés, quid du collège unique ? Il a tout son sens pour ceux qui ont passé et donc réussi l’épreuve d’entrée en 6ème mais que faire des élèves qui échoueront une deuxième fois ? Les faire rester en CM2 jusque 17 ans ? Les intégrer malgré tout au collège, ce qui démolirait l’ambition et les effets attendus d’une telle proposition ? Créer une autre filière ? On le voit, la solution est loin d’être limpide.

Enfin il convient aussi de s’assurer des moyens mis en œuvre afin d’aboutir au miraculeux 100%. Et cette fois-ci, Copé est beaucoup moins convaincant :

 

 

 

Et l’on en revient alors à la « solution miracle » que représente l’accompagnement éducatif et l’aide individualisée qui ne sont que des pansements et non des remèdes. Et que dire encore de cette proposition qui fait du Directeur d’école le « patron » (terme malheureux s'il en est concernant l'école...) et qui recruterait lui-même son équipe pédagogique, reprenant en chœur la proposition très contestable du HCE que j’avais déjà débattue ici même.

walibiOn le voit, encore une fois, la solution miracle n’existe pas. Et ce n’est pas un examen qui règlera à lui seul la question de l’échec scolaire, celui de l’accompagnement des parcours ou encore sur le caractère égalitaire d’un système qui n’oublierait personne. Pour autant, s’accompagnant d’autres mesures, fondées notamment sur la pédagogie et la liberté pédagogique du professeur en réponse aux besoin de son public, avec une formation qui est à créer et à repenser en profondeur et qui nécessite donc d’autres idées lumineuses, et en repensant l’organisation du système scolaire sans donner les pleins pouvoirs au principal ou au directeur, ce qui placerait l’enseignent pourtant acteur principal dans la transmission des savoirs en faire-valoir et en simple pion, l’idée de Copé pourrait largement trouver sa place et donner de la clarté à un système opaque et qui n’a pas viré sa cuti concernant le redoublement. Il faudrait alors enfin reposer la problématique du socle commun pour qu’il ne devienne pas, comme c’est le cas actuellement, un fourre-tout à compétence qui forge un savoir minimum quand il devrait être l’outil recensant les savoirs et les connaissances qui construisent un savoir minimal. Et pour ce faire, la stratégie du slogan peut s’avérer gravement inefficace, et pourrait même à terme nuire à la santé de notre école publique, déjà valétudinaire.

 

 

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commentaires

D
<br /> @ Rpahaël : si tu cherches à me faire dire qu'il y a des cyniques dans ce monde politique, j'abonde pleinement en ton sens. Je ne présumé de rien des intentions de untel ou unetelle, en revanche je<br /> pense que certains ont tout intérêt à ce que d'une part la démocratisation de l'école échoue ou tousse un peu, et d'autre part à ce que la logique de l'éducation nationale se calque sur la logique<br /> de l'offre et de la demande du marché.<br /> Pour autant, il faudrait arrêter de croire certaines choses :<br /> Il est impossible de considérer de 80% d'un classe d'âge puisse être bachelier et puisse entreprendre des études universitaires. Car le résultat est que l'on a nivelé le niveau pour amener tout le<br /> monde à ce stade au lieu d'amener tout le monde à un haut niveau.<br /> <br /> D'autre part, il faut arrêter de déconsidérer l'apprentissage et de continuer à faire passer à l'ancienneté ceux qui refusent CATEGORIQUEMENT de bosser et qui profite de cette hérésie pour foutre<br /> le bordel dans les classes faute de s'intéresser aux cours. Il y a là une langue de bois et un discours bienpensant qu'il faut casser. Et pardonnez-moi de penser que ceux qui choisissent une autre<br /> voie que celle que leur propose l'école de la réussite (gratuite) prennent leurs responsabilités. On est assez grand pour penser dans la rue, mais on ne le serait pas suffisamment pour décider que<br /> les études ne sont pas faites pour soi. Il y a deux poids deux mesures, ce qui n'est pas tenable.<br /> Enfin tout cela ne doit pas faire oublier l'essentiel : malgré tout, tout adolescent, quel que soit ses réticences, ses ambitions ou ses refus DOIT savoir lire, écrire, compter et j'ajouterais même<br /> mémoriser en sortant de son parcours scolaire.<br /> <br /> <br />
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R
<br /> L'analyse est trés intéressante. Mais si JF COPÉ garde le silence au sujet des redoublants, je crains fort que ce ne soit que parce que la solution qu'il aurait à proposer ne sois totalement<br /> indécente.<br /> Quelqu'un qui n'aurait pas son concours en 3eme partirait en apprentissage ( main d'oeuvre bon marché et maléable à souhait ) mais quant à ceux qui échoueraient en CM2... la question reste entière<br /> ( le mines n'existant plus d'une part et d'autre part le travail des moins de 16 ans est "encore" interdit, tout du moins en France ).<br /> Dans le domaine de l'Education, le gauche pense que c'est son arrière cour et personne ne peut y chasser, mais pardon la droite n'inspira pas plus confiance précisement par ses silences à des<br /> questions clés.C'est toujours pareil en politique on met en avant les proposition alléchantes et on tait les défauts et qu'ils ne nous fassent pas croire qu'ils n'y avaient pas pensé... ils<br /> passeraient pour des ridicules "intellectuels" et bien pour de parasites du système.<br /> <br /> <br /> NB : C'est une vision maniquéenne, je l'asume, mais Yves prouve moi qu'elle est totalement fausse.<br /> <br /> <br />
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M
<br /> Bonsoir,<br /> <br /> <br /> Comment peut-on laisser déjà aller en CM des enfants qui ne savent pas lire ?<br /> Voici mes propositions ( que j'avais aussi proposées avant Arras):<br /> je trouve qu'on devrait commencer l'école primaire à 5 ans ( englobant la grande section de maternelle ), et évaluer l'aptitude des enfants à l'apprentissage de la lecture<br /> Il y a des test prédictifs ( ce ne sont pas des test du QI )<br /> D'autre part on connait ce que l'on appelait autrefois les pré-requis , c'est-à dire tout ce qu'il faut savoir avant de pouvoir apprendre à lire ( je pourrais en donner les détails<br /> ,ce serait trop long ici )La maternelle servait à cela .<br /> Je connais moins les conditions d'apprentissage du calcul<br /> Quoiqu'il en soit , je trouve aberrant qu'on décide qu'un enfant est prêt parce qu'il a 6 ans dans l'année civile<br /> Quelle différence entre ceux de Janvier et ceux de décembre !Il faut aussi repérer dès le CE1 les enfants dyxlexiques<br /> Il faut aussi être sûr que chaque enfant qui apprend à lire connaisse la signification du mot qu'il lit pour apprendre<br /> un son<br /> Par exemple pour le son oir , quel enfant connait encore l'entonnoir , la bouilloire , etc....<br /> Enfin , afin d'être le plus efficace possible , ne pourrait-on éviter de mettre un débutant en CP ( ou alors<br /> on pourrait le mettre avec un senior comme tuteur )<br /> Il faudrait aussi n'y mettre que des bons instits<br /> et dédoubler les classes comme pour les langues vivantes<br /> En effet on a réussi , un certain temps , à mettre des personnes en plus pour apprendre l'anglais , et on ne pourrait pas le faire pour la lecture ? ou alors un collègue pendant le sport pourrait<br /> prendre un groupe plus grand ....<br /> Il y a bien sûr d'autres raisons qui conduisent un enfant à l'échec scolaire , à chaque niveau il faudrait trouver des remédiations .<br /> Mais la lecture est la base de tout<br /> Amités démocrates<br /> M.Colette<br /> <br /> <br />
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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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