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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 17:53

L'Islam n'en finit de provoquer la polémique. Pour lutter contre les discriminations islamophobes, le CCIF, le Collectif Contre l’Islamophobie en France a mis en place une campagne d'information, sur la toile et à la télévision.

CCIF

Des affiches "choc" comme ce pastiche du "serment du jeu de Paume", avec un slogan aux allures républicaines : "Nous aussi sommes la Nation".

Le porte-parole de ce collectif, qui n’a pourtant rien de nouveau, est venu s’expliquer longuement sur Itélé pour évoquer son action.

 

Il est intéressant de voir à quel point, Marwan Muhammad est précautionneux sur la définition qu’il entend donner à "islamophobie", "mot valise" que certains utilisent pour empêcher toute contestation de l’islam, ce dont il se défend.

Pour le CCIF, l’islamophobie qu’il entend combattre désigne "l’ensemble des discriminations, actes de rejet, violence, verbales ou physiques, qui visent des individus (ou des institutions) en raison de leur appartenance supposée à la religion musulmane".

Qui peut accepter de telles discriminations quand on est porteur des valeurs de la République ? A l’heure où "Le Point" propose sa "une" racoleuse, où Jean-François Copé délire sur le vol de pains au chocolat (et le CCIF avait répondu par une distribution gratuite sur le parvis de la gare Saint-Lazare) et où le Front national déguise sa croisade contre l’islam sous les oripeaux d’une laïcité qui reconnaît que la France est la fille aînée de l’Église en la faisant remonter au baptême de Clovis, il peut être rassurant de voir enfin un contrepoids s’organiser dans les médias pour montrer que l’islam ne se résume pas à de l’intégrisme et aux caricatures sur lequel on se complaît tant à disserter.

 

Hélas, le CCIF joue avec les chiffres et les mots

 

Seulement, pour ce faire, encore faudrait-il que les interlocuteurs n’emploient pas un double langage. Et force est de constater en décortiquant un peu le discours proposé par le CCIF que son respect de la République et de la laïcité comprend des arrangements pour le moins dérangeants.

CCIF-pain.jpg

Distribution de pains au chocolat organisée par le CCIF le 10/10/2010 à Paris, suite aux déclarations de Jean-François Copé(SEVGI/SIPA)

Le Collectif propose chaque année un rapport dans lequel il recense notamment les actes islamophobes. Un chiffre sur lequel communique Marwan Muhammad, qui évoque 298 pour la seule année 2011. Mais l’examen précis de ces actes amène quelques interrogations.

Par esprit de concision, contentons-nous du premier semestre 2011, qui compte 159 actes soit un peu plus de la moitié pour l’ensemble de l’année. Sur ces 159 actes, on en relève 101 (soit 63 %) qui ont trait au port du voile.

Et sur ces 101 actes, seulement 25 sont couplés avec des actes clairement anti-musulmans, avec insultes et/ou violences. Autrement dit 75% des actes évoquant le voile, jugés par le CCIF "islamophobes", ne relèvent pas d’une discrimination évidente ou d’une violence faite en raison de la religion. Ainsi, on note cette plainte en février 2011 :

"A Halluin (59), Une conseillère de l’ANPE avise une jeune femme qui vient de s’inscrire qu’elle doit mentionner son port du voile, et lui demande si elle le retirera dans le cadre du travail."

Sachant que l’employée du Pôle emploi tente de lui trouver une place, n’est-elle pas en droit de lui demander si la jeune femme est prête à retirer le voile, ne serait-ce que parce que certains établissements obligent dans leur règlement intérieur la neutralité, comme dans la crèche qui a tant fait parler d’elle Baby Loup ? En quoi la question de conseillère relève-t-elle d’une "discrimination" ou d’un rejet envers l’identité musulmane ?

 

Réduire l'islamophobie au voile et à la burqa : dommage

 

Par ailleurs, on peut s’étonner que 63% des cas répertoriés fassent référence au voile : les discriminations envers l’islam se résumeraient-elles au voile islamique, qui n’est faut-il le rappeler, pas un précepte religieux, n’en déplaise à ceux qui sur interprètent un texte datant du VIIème siècle ?

On trouve aussi parmi le recensement, des plaintes pour le moins étranges, comme cette déclaration que fit Michel Onfray à RMC (seulement nommé comme "écrivain français" dans le rapport) :

"C’est l'Islam qui est un problème, pas la burqa".

Étonnant de le relever comme un acte "islamophobe" quand Marwan Muhammad prétend qu’il exclut de cette définition la contestation ou la critique de l’islam. D’autant plus étonnant que Onfray ne s’attaque pas qu’à l’islam mais remet en cause TOUTES les religions.

 

Assimilation abusive des simples critiques à de l'islamophobie

 

De la même manière, le rapport conteste une vision de l’analyse de l’Arabie Saoudite, proposée par les Editions Nathan dans son ouvrage "comprendre le monde", dans lequel il est écrit :

"Dans ce royaume islamique, la charia règle le moindre détail de la vie familiale et sociale. Les femmes vivent séparées des hommes à la maison, à l’école et au travail. Voilées de la tête aux pieds, elles n’ont pas la moindre liberté et peuvent être condamnées à mort en cas de désobéissance."

arabie.jpg

Même si le propos manque quelque peu de nuances, le CCIF contesterait-il cette vision de la société, vue par l’Arabie Saoudite ? En viendrait-il à affirmer que le droit des femmes y est parfaitement respecté ? Et quid de la promesse de laisser critiquer l’islam si l’on vient de qualifier d’ "islamophobe" un ouvrage qui vient critiquer le rôle de la femme dans la société saoudienne ?

D’autres actes sont assez délirants comme cette organisation d’un kiss-in homo par des Identitaires (sic), qui est organisé devant une mosquée, comme il en est organisé devant des églises, et qui est répertorié parmi les actes islamophobes, quand il n’est qu’une contestation critique d’une vision religieuse, s’apparentant au mieux au blasphème ?

 

Le CCIF focalise sur le voile et l'école

 

À la vérité, si de nombreux actes sont bel et bien de véritables agressions envers l’identité musulmane qu’il convient donc de condamner fermement, le CCIF semble obsédé par deux choses : le voile, comme s’il représentait la norme ultra-majoritaire de l’islam en France, et l’école.

40 actes sur les 159 répertoriés dans les six premiers mois de 2011 portent sur l’école, entre la viande à la cantine, et bien évidemment le port du voile refusé dans les établissements scolaires.

Ainsi, on évoque ce refus d’accueillir des candidates d’un établissement hors contrat de la région lyonnaise qui doivent présenter leur TPE (Travaux personnels encadrés) au Lycée Jean Moulin de Lyon, et qui se voient seulement dans un premier temps de venir faire leur oral, car elles refusent d’enlever le niqab.

foulard-ecole.jpg

Et les cas se multiplient dans le rapport. Pourtant une loi n’a-t-elle pas été votée en France en 2004 réaffirmant la laïcité de l’école publique prévue dès 1882 en interdisant les signes ostentatoires dans les établissements scolaires ?

Seulement voilà, Marwan Muhammad estime que ces lois stigmatisent les femmes "au nom de qui on fait passer des lois de restriction et d’exclusion".

Ainsi, sur son site, on voit que le CCIF a publié un rapport intitulé "Bilan de la loi du 15 mars 2004 et ses effets pervers", dans lequel on dit que cette loi revêt un "caractère discriminatoire" au nom d’une "laïcité dévoyée".

 

L'éternelle polémique sur la laïcité et le voile

 

Car pour le CCIF, la vraie laïcité autorise de porter le voile à l’école. Et l’on se souvient alors que Marwan Muhammad n’a pas hésité à s’associer à Tariq Ramadan et aux Indigènes de la République durant la présidentielle pour pousser les musulmans au communautarisme, le rhéteur genevois estimant même que la France était devenu le pays le plus raciste d’Europe. On choisit toujours ses amis.

Il ne faudrait donc pas se leurrer. S’il est évident que le climat est malsain, s’il faut lutter contre les discriminations, toutes les discriminations, il ne faudrait pas non plus en venir à dénoncer les fondements de la République. Vouloir ainsi transformer la laïcité n’envoie pas un bon signe à ceux qui pratiquent allègrement l’amalgame entre islam et islamisme. Bien au contraire, il l’encourage.

Contre productif, le CCIF renferme en ses principes un des ingrédients qui participent joyeusement au mélange de genre et à l’opprobre envers les musulmans de France. Non toutes les musulmanes ne considèrent pas le voile comme un signe religieux et ne souhaitent pas le porter en France. Oui, il y a une majorité des musulmans en France qui refuse de voir se modifier la laïcité, y compris quand elle s’impose dans les établissements scolaires.

Loin d’être liberticide, cette loi empêche justement tout prosélytisme insidieux de distiller son poison dans les cours de l’école, dans lesquels les jeunes sont sans défense culturelle pour faire un choix.

La neutralité est le meilleur moyen de préserver leur liberté sans pour autant renier leur culture et leur éducation. Et quand on voit comment on déguise ceux qui prétendent défendre l’islam en France, il y a largement de quoi se convaincre de laisser la laïcité jouer son rôle : celui de garde-fous. 

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  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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