Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
Ce week-end se tenait un Conseil National du MoDem autour de François Bayrou. Avec ceux qui sont restés. Parce que, ce n’est un secret pour personne, l’année 2012 aura sonné le glas aux ambitions d’un Mouvement né sur les promesses d’un 18,57% des voix obtenues à la présidentielle.
Le Mouvement de François Bayrou a eu deux occasions de voir se concrétiser ses rêves de voir s’installer durablement une troisième voie. Dans l’entre deux tours de la présidentielle 2007, Ségolène Royal lui propose le poste de Premier Ministre si elle est élue, dans un épisode qu’elle a romancé. Le Béarnais refuse, considérant qu’elle n’avait aucune chance de l’emporter. Refusant de voir qu’un accord aurait certainement provoqué la scission du PS. Petit bras ou l’arrogance de croire pouvoir infléchir la logique bipartite de la Cinquième République ? Sans doute un peu des deux.
Un an et demi plus tard, une seconde occasion se présente. Sauf que cette fois-ci, le président du Mouvement Démocrate n’a plus les cartes en mains. Il assistera en acteur à la bataille pour la présidence du PS. La victoire de Ségolène Royal, encore elle, aurait une nouvelle fois provoqué l’implosion salvatrice pour François Bayrou. Las, le PS évitera de peu ce le jeu de massacre auquel se livre depuis des semaines l’UMP. Même si elle est convaincue que Martine Aubry a triché, les enquêtes révélant notamment le devenu mythique « on ne prend plus de gants, vous bourrez les urnes », Ségolène Royal préfère panser sans la pudeur ses plaies à l’âme plutôt que de faire exploser son parti.

Dès lors, le MoDem était condamné à un exploit électoral pour contredire le mauvais sort. Mais la stratégie du Mouvement s’orienta autour d’un destin présidentiel quand son discours et ses valeurs promulguaient un régime parlementaire appelant une sixième République. Contresens. Symbole de ce paradoxe, le MoDem s’est longtemps cherché une épithète, de démocrate à humaniste. Les échecs cuisants lui faisant comprendre que l’étiquette « MoDem » ne parlait pas aux électeurs, il revint dès 2010 à celle de « centriste ». Coquille vide que cet ultime recours qui renvoyait à ce « centre godillot », qui de VGE à Chirac, était inféodé au RPR puis à l’UMP. D’autant qu’être au centre renvoie sémantiquement aux « deux autres ». Problématique quand on entend s’affranchir d’un système bipartite.
La bérézina de 2012 était donc écrite. Et ce n’est qu’un mois de décembre assez fou qui vit le « produire en France » s’imposer tel un gimmick qui put encore nourrir quelques feux.
Six mois plus tard, qu’est devenu le Mouvement Démocrate ?
François Bayrou, lui, est dans sa position préférée. Il distribue bons etmauvais points à Hollande, qu’il rencontre régulièrement. En prenant un minimum, de risque comme lorsqu’il se dit proche de Hollande mais pas du PS. On lui prête des projets avec Cohn Bendit (depuis juillet déjà) et même Hulot, sans doute pour les Européennes.
Ses cadres sont plus affamés, lorgnant toujours un peu plus vers l’UDI si le MoDem échouait une nouvelle fois à faire un pacte avec l’ancien leader charismatique d’Europe Ecologie, histoire de préserver les sièges de 2009.
Un souci que François Bayrou n’a plus, lui qui reste seulement conseiller municipal de l’opposition de Pau. Pour autant, le Bérnais, même sans mandat d’envergure, reste invité sur tous les plateaux, tel le sage que l’on interrompt dans sa réflexion et que l’on fait venir depuis sa Tour d’Ivoire. Poète maudit tel Alfred de Vigny. Si le MoDem n’existe plus sur la scène électorale, il reste fidèle à son président, François Bayrou, qui existe donc toujours lui.
Et si c’était la seule chose qui, finalement, importait pour lui ?
Publié le 17 décembre 2012 sur Médiavox.