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Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).

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Federer, Djokovic et Nadal, meilleure génération de l’Histoire ? Pas sûr

Lundi soir, la prestigieuse cérémonie des Laureus World Sports Awards a récompensé à Londres le meilleur sportif de l’année. And the winner is : Novak Djokovic. Le Serbe a en effet été préféré à Lionel Messi, Sebastian Vettel ou encore Usain Bolt, contrairement à l’Equipe qui lui avait incompréhensiblement préféré en décembre dernier le buteur du Barça.

 

Pourtant, qu’aurait pu faire de mieux Novak Djokovic qu’en cette saison 2011 ? Auteur d’un petit chelem (Australie, Wimbledon, US Open), il a conquis les 5 premiers Masters 1000 de la saison (faisant l’impasse sur Monte Carlo qui ne fait plus partie des tournois obligatoires), échouant en finale dans le 6ème après abandon face à Murray. Ce faisant il a enfiler comme des perles les victoires avec un joli collier final de 41 victoires consécutives, à un rang de la série de McEnroe réalisée en 1984, dans un contexte concurrentiel  moins relevé.

 

D’aucuns pensent que Djokovic a bâti la plus belle saison qu’un joueur de tennis ait joué, chez les hommes en tous cas, car il sera difficile de faire mieux que Steffi Graf en 1988, qui boucla un grand chelem assorti d’une médaille d’or olympique, mais la concurrence de l’époque, même enrichie d’une Evert et d’une Navratilova vieillissantes fait pâle figure au regard du Big four actuel.

 

On pourrait tout de même nuancer le propos en rappelant que les trois petits chelems de Federer ont été embellis d’une victoire finale aux Masters, qui réunit les 8 meilleurs mondiaux de l’année, épreuve où le Serbe est arrivé exténué, chutant dès les matchs de poule.

 

Pour autant les dithyrambes fleurissent et les louanges ne sont pas exclusives : c’est tout le Big Four qui est encensé, à savoir, après le Serbe, Rafaël Nadal, Roger Federer et Andy Murray, qui ont raflé toutes les finales et les demi finales, à l’exception notable de Tsonga à Wimbledon qui a grillé la politesse à sa Majesté Federer et David Ferrer en Australie qui a profité d’un Nadal diminué physiquement. Une razzia qui s’est complétée des 9 Masters 1000, les tournois les plus importants de l’année, tous remportés par le Big Four (5 pour Djokovic, 1 pour Nadal, 2 pour Murray et 1 pour Federer) et bien évidemment la victoire aux Masters du Suisse. On avait jamais vu pareille hégémonie partagée sur le circuit.

 

Enamouré, le nouveau président de l’ATP s’est même laissé allé à une confidence que beaucoup partagent : 

« Ses exploits sont d'autant plus incroyables car Novak les a réalisés en évoluant parmi des joueurs talentueux. Peut-être la meilleure génération que le tennis ait connue. »

 

Alors, le nouveau boss de l’ATP voit-il si clair quand il parle de la meilleure génération que le tennis ait connu ? Les chiffres donnent le vertige mais il y a pourtant un fait que beaucoup de personnes oublie : les conditions de jeu ne sont plus aussi difficiles qu’autrefois.

 

Et il n’est pas question ici de parler sur l’évolution du matériel puisqu’il va sans dire que chacun profite de la même avancée technologique. Il est simplement question des surfaces qui ont eu tendance à s’uniformiser. De fait, le jeu s’est considérablement ralenti au fil des ans, rendant les contre-attaquants Djokovic, Nadal et Murray, les maîtres multi-surfaces, ce qu’ils auraient bien eu du mal à incarner il y a deux ou trois décennies.  Leur domination s’explique au moins autant par leur talent singulier, leur travail acharné, que par le fait que les terrains, tous les terrains favorisent à présent leur type de jeu.

 

Wimbledon, le Temple, comme l’appelle les spécialistes en est l’illustration la plus frappante et qui parlera même au plus profane.

 

En 2001, alors que le gazon restait encore la surface la plus rapide du monde, la légende Pete Sampras affronta dans un match de Titan, un petit jeune plein de promesses, un dénommé Roger Federer, plus connu alors pour ses jets de raquette, et un orgueil qui n’avait d’égal que le talent. Le match fut sublime entre ces deux attaquants qui se ruèrent au filet pendant plus de quatre heures :

 

Sept ans plus tard, Le même Federer, qui domine ses pairs depuis 4 ans, affronte son challenger qui se jour-là va le faire tomber de son trône, le coupant dans son espoir de remporter un sixième titre consécutif sur le gazon. Observez la nature des échanges qui émaillent ce tie-break d’anthologie.

 

Le jeu au filet a quasiment disparu pour laisser place à des échanges de fond de court. Même l’autochtone Andy Murray le reconnait : le gazon peut parfois avec certaines conditions climatiques devenir la surface la plus lente qui soit. Un comble pour celle qui fut jugée comme la plus rapide et la plus fusante du circuit.

 

D’ailleurs anecdote qui ne trompe pas : auparavant, à la fin du tournoi de Wimbledon, l’herbe avait complètement disparu dans la route qui menait au filet, là où les attaquants chevauchaient pour claquer leur volée et profiter ainsi pleinement de la rapidité du jeu. Aujourd’hui, seule la zone de fond de court est complètement cramée par les incessants aller-retour. Incroyable renversement de situation.

 

 

La conséquence de ce ralentissement qui touche également le ciment de l’US Open et l’Open d’Australie qui a lâché le rebound ace pour une surface autrement plus lente est la consécration d’un seul prototype de joueur, le contre-attaquant, qui a transformé le tennis en une bataille de fond de court, Federer devant lui-même modifié son jeu pour rivaliser avec ses concurrents. Le Big Four brille en réalité sur une seule filière qu’il décline à l’envi, quelle que soit la surface. Les serveur-volleyeurs est devenu un dinosaure après le cataclysme des surfaces.

 

Pourtant à Doha, on a aperçu du bout de la lorgnette une opposition de style entre la filière d’un passé nostalgique et celle plus moderne et plus stéréotypée, quand, après le forfait de Federer, on proposa en compensation un spectacle singulier entre une ancienne gloire du tennis, adepte du service-volée, Stefan Edberg et Jo-Wilfried Tsonga qui gagnera le tournoi le lendemain. Certes, Tsonga a certainement été moins concentré et moins appliqué à faire valoir toute sa puissance afin d’offrir un spectacle équilibré mais force est de constater que ces types d’échanges rafraichissent quelque peu l’œil du spécialiste.

 

 Tsonga - Edberg : le best of

 

Alors s’il parait bien difficile dans la modernité uniforme des tennis proposées, d’affirmer sans ambages que les tennismen actuels représentent la génération la plus talentueuse de tous les temps, on peut tout de même leur donner du crédit, et non des moindres : jamais la rivalité entre quatre joueurs n’aura été aussi grande. Et le spectacle est tout de même éblouissant en termes de qualité technique. Tout le reste n’est que vaine littérature pour alimenter le débat des spécialistes. Ne boudons pas notre plaisir.

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