Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
Dans cette tempête népotique, difficile de voir, de lire ou d’apprendre autre chose dans la presse. En catimini, le Gouvernement a donc présenté sa « réforme » du lycée, la petite sœur de celle qui avait amené des centaines de milliers de personnes dans la rue.
Braves gens, je suis convaincu que vous n’avez pas suivi l’affaire. Mitterand ? Jean Sarkozy ? David Douillet ? Vous croyez avoir trouvé la raison de ce quasi silence et ou plus exactement de discrétion ? Eh bien vous vous trompez !
La seule raison qui explique que la « réforme » du lycée soit passée inaperçue quand elle déchainait les passions entre temps, c’est qu’il n’y a RIEN EU ! RIEN ! DU FLAN !
Pas la moindre inflexion, pas la moindre idée innovante. RIEN.
Reprenons.
Les filières restent, ce qui est en soi un statu quo complètement obsolète. La seule novation acceptable eût été de faire un tronc commun unique, agrémenté d’option, afin que les disparités entre les filières et notamment que la « voie royale » que représente la filière scientifique disparussent. Il n’en sera rien. L’on prétend redorer le blason de la filière L en y ajoutant du Droit… Reste le fameux problème : il n’y a plus de littéraire en France, puisqu’il n’y a plus d’élèves capables de maîtriser la langue à la sortie du collège. Redonner une matière en plus sera-t-il de nature à susciter les frissons que procure la Belle Littérature à ceux qui ne maîtrisent aucune subtilité de sa langue maternelle. Gaussons nous !
L’orientation est-elle singulièrement modifiée, puisqu’un lycée a le droit de se tromper et de changer de filière en cours d’année de première… avec à charge à lui de rattraper durant les modules des vacances le travail qu’il n’aura pas effectué dans l’autre filière. A l’heure où l’on s’inquiète du nombre d’heures de cours auquel un lycée doit assister en sus de son travail, et alors que l’élève qui est contraint de changer de filière est certainement en situation d’échec, pensez-vous que le surcharger de la sorte puisse l’aider à mieux réussir sa scolarité ? Balivernes. Encore une fois, le tronc commun aurait rasé toutes ces sornettes. Il n’y aurait plus eu d’histoire de spécialisation avant le bac, plus d’histoire de Conseiller d’Orientation psychologue à mi-temps, plus de problèmes en soi dans la tête du futur bachelier à l’exception de sa tâche prioritaire : apprendre. Mais voilà, pourquoi vouloir faire simple, quand on peut faire compliqué ?
Les aides individualisées, à raison de deux heures par semaine sont institutionnalisées pour les trois années… mais déduites des cours traditionnels. Pourquoi pas ? Mais le problème n’est-il pas qu’avant leur entrée au lycée, les élèves arrivent déplumés, sans armes, et sans le savoir nécessaire au suivi des cours d’un lycée. On met des pansements là où il faudrait soigner la blessure…
Pour une fois le Gouvernement aura fait de la sobriété. On lui reproche souvent de faire beaucoup de bruit pour rien. Cette fois-ci il n’a fait aucun bruit pour pas grand-chose. Il devient en somme raisonnable.
Mais quelle claque envoie-t-il à sa jeunesse en une semaine ?
Prétendre que « désormais, ce qui compte en France pour réussir, ce n’est plus d’être bien né, c’est travailler dur et avoir fait la preuve par ses études, par son travail de sa valeur », le jour-même où le Monde entier s’offusque de la future élection-nomination de Jean Sarkozy, bac+1, à la tête de l’EPAD.
Ventriloque, marionnettiste, prestidigitateur… Nicolas Sarkozy aura usé de tout pour faire de son ministre la plus belle plante verte de son Gouvernement. Pire, il ne prend même plus la peine de poser à ses côtés. Il fait tout à sa place. Alors Luc, que faire ? Sourire et c’est tout. Luc Châtel c’est la Kate Moss du Gouvernement : il défile, ne dit rien, ne pense rien. Mais il défile. Attention de ne pas franchir la ligne blanche tout de même ! Pendant ce temps-là, le Président s’occupe de tout et assure le service. Châtel du service après-vente. Un Ministre qui ne sert à rien (comme son Premier d’ailleurs !), pour des réformes qui ne disent rien. L’on ne pourra pas reprocher au Gouvernement de manquer de cohérence.
Enfin que dire du fait qu’en plus d’être Ministre de l’Education, Luc Châtel est également Porte-parole du Gouvernement. C’est dire si ses dossiers du côté de la Rue de Grenelle accaparent ses journées... Pour preuve cette capture du site http://www.porte-parole.gouv.fr/ qui en manchette offre une différence... de taille entre le fait d'être Ministre de l'Education Nationale (en minuscule) et celui d'être porte-parole (en gros...) du Gouvernement. La rhétorique l'emporte sur le fond... Qui en sera surpris ?

Et après cela, l’on dira qu’il faut tout miser sur la jeunesse ? Le Gouvernement s’en moque, leur fait à tous un bras d’honneur, les laissant dans leur misère, sans solution. De toutes façons, comme le dit Jean, on n’est jamais mieux servi que par soi-même… A bon entendeur !