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Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).

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Bayrou en jeûne médiatique : le choix du mutisme est-il le bon pour le MoDem ?

François Bayrou, lors du Conseil national du MoDem, le 30 juin 2012 (WITT/SIPA).

 François Bayrou, lors du Conseil national du MoDem, le 30 juin 2012 (WITT/SIPA).

 

Le Conseil national du MoDem, qui s'est tenu samedi à Paris, a ravivé le feu médiatique autour de François Bayrou. En témoignent les nombreux journalistes qui se sont amassés devant le siège du mouvement, rue de l'Université, dès 10 heures le matin.

 

Il faut dire que le site d'informations "Mediapart" s'était fait des gorges chaudes d'une rumeur provenant d'un conseil stratégique qui avait eu lieu quelques jours plus tôt : François Bayrou et Marielle de Sarnez allaient se mettre en retrait pour laisser place à une présidence collégiale.

 

La rumeur avait enflé sur les réseaux sociaux et tous les conseillers nationaux étaient interpellés par les militants pour en savoir davantage. Nous, nous ne savions rien et attendions non sans impatience et quelques inquiétudes ce Conseil national du 30 juin.

 

Quelles alliances à l'avenir ?

 

Au-delà des rumeurs sur l'organisation interne, de nombreux événements nous amenaient à imaginer tout et son contraire. A l'Assemblée nationale, seul le député Jean Lassalle a décidé de rester en "non inscrit" puisque Thierry Robert a rejoint les rangs du groupe des Radicaux de gauche (PRG).

 

Pendant ce temps, Jean-Louis Borloo a pris la tête du groupe de l'Union des démocrates et indépendants (UDI), une auberge espagnole qui est au centre ce que la ville de Vintimille est aux grandes marques du prêt-à-porter : un petit paradis de la contrefaçon.

 

Point de centristes ici, tous ne jurent que par la droite. Ils ont attendu le verdict des urnes pour s'inquiéter du fait que Nicolas Sarkozy avait fait les poches du FN. Si on mesurait le courage à l'aune de la sagacité et de la célérité dans l'analyse, gageons que ces centristes n'en mèneraient pas large.

 

Entre temps, chez les vice-présidents du MoDem, deux tendances ont vu le jour. Partant du constat de l'échec de la tentative d'indépendance du mouvement et enjoignant celui-ci à un partenariat autour de projets et de valeurs, certains ont proné un rapprochement avec la gauche de la majorité présidentielle, comme Jean-Luc Bennahmias (une démarche qui était mienne), ou avec la droite pour Jean-Marie Vanlerenberghe, par exemple.

 

Un mouvement dans le flou

 

C'est donc dans un flou artistique que nous sommes arrivés samedi matin, craignant des règlements de compte comme on en entendit de manière brutale à l'UMP. Mais preuve s'il en fallait encore que le MoDem ne lui ressemble en rien, nous avons assisté à quatre heures de discussions franches et sans animosité.

 

En ouverture, François Bayrou est apparu fidèle à lui-même. Fataliste face à sa situation, il a fait front, expliquant qu'il pouvait se regarder dans la glace. A aucun moment, il n'a semblé regretté un seul instant sa décision d'avoir voté pour François Hollande, laissant même passer un lapsus révélateur : "quand j'ai appelé à voter François Hollande", alors qu'il n'avait en réalité donné aucune consigne de vote.

 

Rappelant les traversées du désert du général de Gaulle ou encore les défaites aux législatives dans le passé d'Aubry, de Mitterrand, de Juppé et d'autres encore, il s'est dit fier de s'en être tenu à ses valeurs, qui sont selon lui plus importantes encore que le reste et notamment son destin à l'Assemblée nationale.

 

Pour autant, le Béarnais a évoqué le besoin d'un retrait médiatique. Si certains ont cru lire en ce jeûne l'envie de se ressourcer dans les forêts luxuriantes de sa région et auprès de ses chevaux, le président du MoDem a toutefois tenu à préciser qu'il ne quittera pas pour autant la présidence du mouvement.

 

Le choix du mutisme

 

Il a cru bon de tordre le cou à un autre canard. Alors que "Mediapart" suggérait que les finances du mouvement étaient exsangues, François Bayrou a tenu à rappeler que, s'il est vrai que le mouvement a peu d'argent, il n'a pas de dette.

 

Mais alors pourquoi se résoudre au mutisme pour quelques temps ? Tout simplement parce que François Bayrou estime qu'il n'a plus rien à ajouter au débat public. Sa vision politique ? Tout le monde la connaît. Le clivage droite/gauche est selon lui à son apogée et n'en demeure pas moins une aliénante réduction de l'offre politique qui s’abîmera dès lors que les échecs s’enchaîneront avec déterminisme.

 

Ses analyses à l'égard de la politique de Hollande ? Qui ignore encore que si le Béarnais se sent bien plus en phase avec la vision de la France de l'actuel résident de l’Élysée qu'avec le précédent, il ne partage pas les promesses dispendieuses annoncées lors de la campagne présidentielle ?

 

Et c'est non sans fierté qu'il regarde l'actuel gouvernement se résoudre à voir appliquer son propre programme avec notamment le gel des dépenses publiques. Pas rancunier pour un sou.

 

Une action auprès de Borloo ? Qui ose encore croire que l'UDI pourrait représenter le centre, voire pourrait représenter tout simplement quelque chose ?

 

Arrogance ou subtile intuition ?

 

Alors il se retire des projecteurs. On imagine parfaitement la préparation d'une réflexion qui bientôt séduira sa plume, qui de fer dans un encrier de velours sous Sarkozy, devra certainement changer de ton. Nécessairement.

 

Mais tout autour de lui, le MoDem se donne du temps. Au moins celui de l'été. Les universités d'été viendront alors à point nommé pour faire le point. L'heure n'est visiblement pas aux motions tranchées et aux grandes décisions.

 

Chacun semble camper sur sa vision stratégique en expliquant que l'on peut parfaitement continuer à œuvrer ensemble, voulant appliquer à la lettre l'adage lancé par Bayrou à la tribune lors de la création de l'UMP en 2002 : "si nous pensons tous la même chose, nous ne pensons plus rien".

 

Mais qui ne sait qu'à la longue, entre ceux qui veulent travailler avec la majorité présidentielle, et ceux qui le veulent avec l'opposition, même sans renier leur identité, les mêmes qui aujourd'hui parlent en communion finiront par prendre des trajectoires opposées ?

 

Pourquoi François Bayrou fait-il mine de ne pas le voir ? Sans doute parce qu'il est animé d'un autre feu, persuadé que la situation de crise n'en est pas à son acmé, et que déjà, l'action gouvernementale lui donne raison. Et qu'il reviendrait au centre des préoccupations, au moment même où ses troupes dispersées reviendraient au centre, tout naturellement.

 

Arrogance ou subtile intuition ? Pari insensé ou analyse fine ? Acuité ou aveuglement ? Le Conseil national du MoDem n'en sait pas davantage. Lui aussi, il réfléchit. Avec l'espoir que le temps lui donnera raison.

 

Et en politique comme ailleurs, l'espoir fait vivre. Non, le MoDem n'est pas encore mort.

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