Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
Comme c’est souvent le cas lors de la sortie de livre dit « événement », les journalistes circonscrivent à un passage le contenu de l’opus. L’on se souvient que pour la sortie de La Femme fatale , de Bacqué et Chemin, seul l’épisode du coup de fil qui informait Ségolène Royal de l’adultère de François Hollande avait polarisé l’attention, le tout accompagné d’un procès perdu par la candidate malheureuse à la Présidentielle… Pour autant le livre montrait bien d’autres choses bien plus intéressantes sur le mode de fonctionnement de la Présidente du Poitou, mais rien n’y fit : la tradition des «bonnes feuilles » durent et perdurent, si bien que certains en ouvrant l’Express pensent avoir lu un livre… Quel dommage !
Que n’a-t-on pas encore dit dans ce contexte sur le livre Hold-uPS, Arnaques et trahisons, écrit par Antonin André, journaliste à Europe 1 et Karim Rissouli de Canal plus ? Eh bien au risque d’en étonner plus d’un : TOUT !
Car résumer ce livre à l’histoire de la fraude consécutive au Congrès de Reims serait jouer aux ingénues faussement innocentes, qui découvrent l’existence de l’eau potable, à la manière royale de l’ « hadulcinée », qui sur cette affaire, ne manque pas de toupet ! L’on n’apprend rien sur l’élection de Martine Aubry. Tout avait déjà été consigné dans Libération, à la radio et même à la télévision, depuis novembre 2008. Tout le monde savait qu’il y avait eu fraude. les proches de Royal, Manuel Valls en tête, n'avaient-ils pas avant même le résultat officiel hurler à la fraude ? Le livre se contente de le placer dans un livre pour lui conférer une vérité et lui enlever les odeurs sulfureuses du ragot. Malgré les dénégations effarantes et d’une mauvaise foi sans égale des ténors du PS, et parmi eux étonnamment François Hollande qui conteste le trucage des élections (sic), les faits sont incontestables et les témoignages suffisent, puisqu’aucun d’entre eux n’ayant menacé de diffamation les auteurs, il y a fort à parier qu’ils sont authentiques, assumés et… enregistrés !
Ce livre, c’est autre chose. De plus fin. De plus étonnant. De plus grave aussi.
Un passage notamment, que personne n’a encore évoqué (mais ce sont ceux qui en parlent le mieux qui n’ont jamais rien lu…) m’est apparu comme le symbole du message que délivrent les auteurs. Egrainant tous ceux et toutes celles qui ont été approchées pour construire la stratégie de la prétendue ouverture de Sarkozy, pour qui cette main tendue n’est autre qu’un uppercut dont le but est de mettre le PS KO, les auteurs nous confient des propos tenus par Malek Boutih, le fils spirituel de Julien Dray, « Monsieur SOS racisme » lors d’un entretien avec l’un d’eux fin 2008 : approché par l’Elysée, il « réfléchit » avant d’ajouter le plus sérieusement du monde : « si je n’y vais pas, c’est même pas une question idéologique. (…) Sur le papier, oui, il y a des différences, mais dans les faits… y’en a aucune… La seule vraie mesure de droite depuis un an et demi, c’est le paquet fiscal… Le reste je ne crois pas que Sarko soit un dictateur… Sur l’immigration, il montre ses muscles c’est tout ».
Les bras m’en tombent !
Et la disparition de la séparation des pouvoirs, la pression exercée sur la presse, le rôle de l’influence dans l’affaire Tapie, un Président à la fois Premier Ministre et tous les ministres à la fois, les ouvertures dominicales des commerces, la loi Hadopi, les médicaments de plus en plus déremboursés, l’asservissement de la France au commandement de l’OTAN…
Dois-je faire une liste exhaustive pour montrer qu’entre un homme soi-disant de gauche et la politique de Nicolas Sarkozy il y a des différences, que dis-je !, des gouffres abyssaux, des abîmes que seul un opportuniste et une personne seulement préoccupée par le pouvoir et la stratégie est capable de franchir ? L’on savait qu’à droite, il y avait des adeptes : Rachida Dati qui frappa au 282 avant d’essuyer un refus (elle fut tout de même sur une liste PS dans les années 90) et d’aller faire carrière à l’UMP, les faux-centristes qui ne l’étaient que parce que l’UMP leur garantissait maroquins et autres territoires cléments en temps d’élection…
Mais là, c’est un homme sur le papier, pour reprendre son expression, on ne peut plus de gauche qui assume pleinement que la politique est une mascarade dont l’unique but est de construire une carrière, pour assurer rayonnement et pérennité financière : "Sarko, il ne va faire qu'un seul mandat maximum après celui-là... Alors faut que je fasse attention" confirme Boutih... Et le livre de décliner ce système à l’envi de Aubry jusqu’à Fabius, de Royal jusqu’à Hamon qui s’est payé les services de l’agence de com’ qui imagina la publicité Nespresso pour communiquer sur son image… hallucinant.
Alors finalement, plus que tuer le PS, ce livre a une vertu : s’il y a bien un parti qui lui croit encore à ses idéaux, qui ne confond pas siège à durée déterminée à poste à vie, et surtout, surtout, qui est persuadé du plus profond de son âme qu’entre la vision de Nicolas Sarkozy et la sienne, il y a des différences IDEOLOGIQUES tellement infranchissables que seule l’arrivée d’un autre personnage, aux méthodes et à la visée radicalement différentes nous permettra de travailler avec la droite française à l’avenir, c’est bien le Mouvement Démocrate.
Il serait aisé de sombrer dans le poujadisme. Et le PS, d’après le livre a une part majeure de responsabilité. Mais n’oublions que derrières ces ténors, il y a des militants, qui eux croient en ce qu’ils font, qui travaillent et ne cherchent pas à acquérir le pouvoir, coute que coute. C’est au nom de ces militants de gauche qu’il nous faut continuer de tendre la main dès lors qu’il y a des valeurs communes. Mais en ayant conscience que le cynisme n’est pas bien loin…