Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
Le dernier espoir de voir échouer la proposition de loi sur l’extension des ouvertures des commerces le dimanche s’est envolé tard dans la nuit au Sénat. Avec 165 voix pour et 159 contre, nos élus indirects n’ont pas été le dernier écrou tenace pour ne pas laisser à présent la porte béante à une modification plus nette encore à moyen terme du code du travail.
Car tout le monde se moque au fond de ceux qui vont devoir aller travailler le dimanche pour assouvir les pulsions consuméristes de ces être asservis par l’argent. Tout le monde s’en moque et les Sénateurs en premier : chaque amendement avancé comme celui de ne pas accorder de dérogations aux commerces n’étant pas desservis par les transports en commun le dimanche ne serait-ce que pour permettre au salarié de se rendre sur le lieu de travail fut botté en touche, soit parce qu’il n’était pas en rapport direct avec la loi (sic), soit parce que l’ on promet d’y veiller en commission…
Bref il fut demandé un vote conforme, de manière à rendre concrète une promesse de Sarkozy. Et les élus d’abonder en son sens et de lui offrir un joli joyau qu’il pourra exhiber à l’envi jusqu’à sa réélection.
Bravo, Monsieur Sarkozy. Par votre démarche vous avez montré l’inutilité totale du Sénat, dont ses représentants n’ont eu de cesse pendant les deux jours qu’ont duré ces travaux de se plaindre d’un troisième vote « conforme » en trois semaines, empêchant tout amendement possible et crédible.
Pire, vous avez fait en sorte que ce qu’il convient de considérer comme une modification du code du travail n’avait nul besoin de débat public, et encore mois de débat parlementaire. Avec quelle arrogance l’on décide de manière péremptoire en imposant aux Français un point de vue, pire une idéologie que l’on fait adopter à tout à chacun en proposant des sondages bidons eux-mêmes payés par l’Elysée (On appelle cela dans le métier l’art de poser les questions : « êtes-vous contre le fait de faire vos courses le dimanche ? » Et bientôt « êtes-vous pour la guerre ? », « êtes-vous contre la douleur ? » « contesteriez-vous le fait que les cheveux sur la tête ça pousse et que dormir ça repose ? »…)
Personne n’est en somme écouté dans cette histoire :
Les salariés à qui l’on va imposer à grands coups de pression le travail dominical, et ce dès l’embauche, sur la base du contrat sans véritable recours possible.
Les petits commerçants qui ne cessent de répéter que ce que l’on dépensera le dimanche ne sera pas dépensé un autre jour de la semaine, ce qui rendra obligatoire leur ouverture !
Pour les négociations salariales, on propose des réunions entre syndicats et patronnât commerçants sans obligation de résultat : c’est ce que l’on appelle se moquer du monde !
Sans compter bien sûr tous les flous dont cette loi accouche : la notion si vague de « zone touristique » qui va amener n’importe quelle ville à solliciter des dérogations, la notion de « PUCE » « Périmètre d'Usage de Consommation Exceptionnel » qui est attribué à Lille mais pas à Lyon ! Lille est donc devenue une puce, et la droite a ce toc de nous prendre pour des c***
Pour ma part le dimanche, après 13 heures je vois surtout des rues commerçantes désertes. Pas un seul pèlerin de la consommation venant faire sa marche et pleurer devant le temple, Eurallille. Rien. Tout juste un parc plein à craquer, un zoo qui accueille des milliers de personnes chaque jour, trois cinémas bien heureux d’accueillir ses spectateurs une fois dans la semaine…
Mais de tout cela il ne fut jamais question. Tout était bouclé d’avance. Aucun argument n’avait grâce. Acceptez la décision de votre souverain. Monsieur Darcos vous avez tenté de détruire l’Education nationale. Vous êtes à présent le fossoyeur du code du travail. J’ose espérer que vous dormez bien la nuit et que la culpabilité ne vous ronge pas. J’ose espérer que c’est dans ce matelas que vous avez caché tous les avantages dont vous avez pu tirer pour être l’exécuteur du petit nerveux. Car c’est un matelas bien doux qu’ils vous faut pour maintenir votre tête, si lourde.
Quant à nos amis au Sénat, ils se comptent sur les doigts d’une seule main à présent. Et je n’hésite pas à citer les seuls qui ont maintenu leur cap, fidèle aux valeurs et aux convictions du Mouvement Démocrate : M. Denis Badré, Mme Jacqueline Gourault, MM. Jean-Jacques Jégou et Jean-Marie Vanlerenberghe sont les seuls sénateurs à avoir voté contre… 19 pour, quand l’écart des voix ne sera au final ne sera que de 6… Le Nouveau Centre pourra alors toujours claironner qu’il est indépendant… Les chiffres parlent d’eux-mêmes !