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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 09:52

Une du 19 septembre 2012 du journal satirique "Charlie Hebdo" (CHARLIE HEBDO/AFP).

 

"Charlie Hebdo" a donc encore frappé. Alors que l’actualité s’embrase autour de l’islam et d’un non-film anti-musulman monté au détriment de ses acteurs, l’hebdomadaire a décidé de mettre les pieds dans le plat. Après tout, quand on voit que même Véronique Genest a décidé d’apporter ses lumières (sic) au débat, on se dit que "Charlie" a toute légitimité sur la question. Ainsi, ce mercredi, sa une montre un musulman et un juif, dans un remake d'"Intouchables 2", qui proclament à travers le phylactère : "Faut pas se moquer."

 

Grimer Mahomet

 

En guise de teasing, sur son mur Facebook, l’hebdo avait tenu à préciser :

 

"Pour calmer le jeu après le film 'Innocence of muslims', 'Charlie' annonce avant tout le monde la sortie d''Intouchables 2' ! Également dans le journal, les paradis fiscaux de Bernard Arnault, les religieux qui s'engagent pour le mariage homo, et la presse lèche-cul qui remplace la presse d'opinion. Dès demain en kiosques !"

 

Comme cela fut le cas il y a près d'un an pour la sortie de "Charia Hebdo", qui aboutit malheureusement à un attentat sordideles réactions ne se sont pas fait attendre avant même qu'on ait pu apercevoir l’objet du délit. Car ce n’est pas tant la une qui fait trembler que la quatrième, sur laquelle les caricaturistes ont décidé de grimer Mahomet. Une fois de plus.

 

Comme en 2006, lors de la fameuse affaire dite des caricatures danoises. Et, comme en 2011, pour "Charia Hebdo" :

 

"Charia Hebdo", une de "Charlie Hebdo" du 2 novembre 2011 (CHARLIE HEBDO/SIPA).

 

Double discours

 

Les instances représentatives du monde musulman en France n’ont, comme souvent, même pas attendu de voir les caricatures pour monter imprudemment au minaret. Si le CFCM et la Grande mosquée de Paris appellent à la retenue auprès des musulmans de France, les deux condamnent sans ambiguïté "Charlie Hebdo", oscillant entre le double discours et la clarté obscurantiste.

 

Pour le double discours, nous appelons à la barre Mohammed Moussaoui, président du Conseil du culte musulman :

 

"Le CFCM condamne avec la plus grande vigueur ce nouvel acte islamophobe qui vise à offenser délibérément les sentiments des musulmans.

 

Le CFCM exprime sa profonde inquiétude face à cet acte irresponsable qui, dans un contexte très tendu, risque d’exacerber les tensions et de provoquer des réactions préjudiciables.

 

Le CFCM, profondément attaché à la liberté d’expression, considère que rien ne peut justifier l’insulte et l’incitation à la haine.

 

Le CFCM lance un appel pressant aux musulmans de France à ne pas céder à la provocation et les exhorte à exprimer leur indignation dans la sérénité par des moyens légaux."

 

Si Moussaoui appelle les musulmans de France à réagir dans la dignité, comment ne pas voir dans la condamnation exprimée l’huile sur le feu que lui-même semble voir dans la mine des caricaturistes – "islamophobe", "offenser délibérément", "acte irresponsable" et surtout "risque d’exacerber les tensions et de provoquer des réactions préjudiciables" ? À se demander si cette projection relève véritablement de la crainte…

 

D’autant que la suite est à ce point paradoxale qu’elle en dissimule un mensonge : comment peut-il être défenseur de la liberté d’expression tout en expliquant que des caricatures, qu’il n’a même pas vues, relèvent de l’incitation à la haine, sinon à vouloir rétablir le délit blasphème, abrogé après la Révolution française (à l’exception notable de l’Alsace-Moselle) ?

 

Hérésie républicaine

 

Dalil Boubakeur ne s’embarrasse pas de pareilles précautions. Pas de double discours chez lui : ilreproche même à la justice de ne pas avoir fait son travail en 2006, estimant que le blasphème devait être condamné en France – ce qui a le mérite d’être clair :

 

"Je regrette que l’incitation à la haine religieuse ne soit pas réprimée par la loi comme l’est l’incitation à la haine raciale. Nous avions fait appel au tribunal d’instance de Paris, après les caricatures qu’avait publiées 'Charlie Hebdo' en 2006, mais notre plainte n’avait pas été retenue."

 

Le recteur de la Grande mosquée estime qu’un tel interdit "pouvait donner un coup de frein à l’exacerbation que risque de provoquer la publication de nouvelles caricatures, après la diffusion de la vidéo sur le prophète qui est à l’origine de l’indignation générale du monde musulman".

 

Non content de rêver, nostalgique, de vivre dans une France où le blasphème serait puni par la loi, Dalil Boubakeur ajoute en outre l’amalgame à son hérésie républicaine : comment peut-on mettre sur le même plan un film clairement raciste, sans aucune qualité artistique, qui a manipulé les acteurs, à des fins clairement idéologiques, et des caricatures qui tentent simplement, dans le sillon d’une loi qui garantit la liberté d’expression, n’en déplaisent aux bigots, de dire que l’on peut critiquer les religions ?

 

Le blasphème est un droit

 

La réalité, c'est qu'en France, dans notre République, et il n'y a aucune raison que cela change, le blasphème est un droit. Je dirais même plus que, face à la connerie des intégristes qui veulent museler tout rapport critique avec la religion, il est un devoir.

 

Aussi, les interventions de Jean-Marc Ayrault et de Laurent Fabius sur la question, avant même la publication du numéro de "Charlie", sont tout proprement indignes de notre République.

 

Si le Premier Ministre a tenu à manifester sa "désapprobation face à tout excès, dans le contexte actuel", le ministre des Affaires étrangères, en visite au Caire, s'est dit pour sa part "contre toute provocation, surtout dans une période aussi sensible que celle-là". Sur i>Télé, il est même allé plus loin en n'hésitant pas à dire : "Je la condamne."

 

Mais de quel droit le gouvernement s'offusque-t-il de la pleine jouissance de la liberté d'expression et de la presse en France ? Quel scandale !

 

Ces réactions rappellent en substance la position inacceptable qu'avait eue Jacques Chirac en son temps, quand "Charlie" avait publié les caricatures danoises, affirmant :

 

"Les provocations manifestes susceptibles d'attiser dangereusement les passions. Tout ce qui peut blesser les convictions d'autrui, en particulier les convictions religieuses, doit être évité. La liberté d'expression doit s'exercer dans un esprit de responsabilité."

 

Très laïque, ce Monsieur Chirac, qui avait déjà fêté en grande pompe en 1996 la très laïque elle aussi célébration des 1500 ans du baptême de Clovis.

 

Différence entre caricatures et intégrisme

 

Quoi qu'il en soit, on ne peut pas accuser "Charlie Hebdo" de s'acharner sur l'islam, lui qui brocarde depuis des décennies les chrétiens, et qui, encore ce mercredi, met juifs et musulmans dans le même panier.

 

Mais alors, pourquoi répéter à l’envi ce que d’aucuns qualifient de provocation ? Parce qu’il y en a marre de voir des fous de dieu instrumentaliser des religions qui prétendent que l’amour du prochain et l’altruisme les guident. Il y en a marre de voir des croyants, pacifiques et laïques, se faire discréditer par une minorité d’abrutis qui n’ont rien d’autre à faire qu’à influencer sur la vie des autres. Il y en a marre de voir qu’à un film pourri qui ne répond même pas aux critères artistiques de la TNT (c’est dire) et à des dessins, on riposte par la violence, des attentats et des meurtres.

 

La grande différence entre les conséquences de l’intégrisme, qu’il soit catholique, musulman ou juif, et des caricatures, c’est que ces dernières peuvent se gommer. Pas les délits ou les crimes perpétrés indûment au nom de la religion.

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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