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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 09:58

Ce week-end se tient au Bourget le traditionnel congrès de l’UOIF, l'Union des organisations islamiques de France. Une démonstration de force annuelle pour cette organisation dont la matrice est proche des Frères musulmans, et qui tente de montrer, à la France, à l’Europe et globalement dans le monde entier, sa capacité à organiser une tribune politique.

L’organisation, qui a boycotté les dernières élections du CFCM (le Conseil français du culte musulman), à qui elle doit pourtant son émergence en France, preuve que cette coquille vide initiée par Nicolas Sarkozy aura été un formidable cheval de Troie pour s’imposer dans le paysage islamique français, a eu l’occasion, cette année, de rectifier le tir concernant sa liste des invités.

Il faut dire que la précédente édition avait été sacrément bouleversée après l’interdiction faite, en pleine campagne présidentielle, par le président d’alors de refuser le territoire à six prédicateurs. Parmi eux, Youssef al-Qaradawi, prédicateur vedette de la chaîne Al-Jazeera et sommité du monde musulman, qui légitime les attentats suicides en expliquant que c’est "la justice divine qui s’opère, Dieu offre aux faibles une arme d’auto-défense contre laquelle les forts ne peuvent rien malgré tout leur arsenal militaire et nucléaire" (déclaration faite le 25 avril 2004 sur Al-Jazeera et repris dans "OPA sur l’islam de France", par Fiammetta Venner).

 

Respect des valeurs laïques

 

Cette année, l’organisation se veut moins sulfureuse pour son Congrès, ce qui n’empêche pas certains observateurs de noter que des orateurs aux propos sulfureux continuent de sévir à la tribune.

Mais, au-delà de l’éternelle polémique sur les invités, qui savent avec un talent cynique manier un double discours et qui n’écrivent pas toujours ce qu’ils disent sur le territoire de notre République, l’atmosphère est à l’inquiétude cette année, après le jugement de la Cour de cassation concernant l’affaire Baby-Loup. Et la position assez courageuse prise par François Hollande ce 28 mars, lors de son grand oral (c’est assez rare pour être souligné) quand il a estimé qu’il fallait légiférer pour éviter ce cas d’espèce.

UOIF-copie-1

En d’autres termes, selon lui, il est nécessaire que la République permette à un établissement privé, relevant d'une mission d’utilité publique, de se revendiquer de la neutralité des valeurs laïques quand il peut actuellement être confessionnel. Comment peut-on en effet accepter qu’en France une crèche privée puisse être catholique mais ne puisse pas être respectueuse des valeurs laïques ? Un comble qu’il convient de corriger au plus vite.

Et c’est ce qu’ont très bien compris Elisabeth Badinter et Jeannette Bougrab quand elles ont lancé cette semaine une pétition pour appeler à légiférer sur la question :

"Dans un État laïque, il serait ainsi permis de créer une crèche privée religieuse, mais pas une crèche laïque ? Impérative pour la puissance publique, la laïcité serait interdite aux citoyens et aux structures privées ?

Parce qu'ils sont précisément d'entre nous tous les êtres les moins pourvus de défense et les plus malléables, les enfants ont droit à la neutralité, garante de leur libre arbitre en formation. Notre loi doit impérativement être modifiée."

 

Égalité à double vitesse ?

 

L’appel signé aussi par le philosophe Abdennour Bidar, le président du Parti radical de gauche Jean-Michel Baylet ou encore l'essayiste Caroline Fourest, inquiète l’UOIF. Sur i>Télé samedi 30 mars, deux femmes, toutes deux voilées, expliquaient que les libertés individuelles étaient en jeu et qu’elle refuseraient de retirer le voile pour aller travailler, laissant croire que l’ensemble des professions seraient touchées.

Le président de l’UOIF, Ahmed Jaballah, va encore plus loin dans l’instrumentalisation en évoquant le mariage pour tous en contradiction avec cette proposition de loi :

"Les dernières déclarations de ceux qui veulent étendre la loi de la laïcité dans les établissements privés suscitent une vraie inquiétude chez les musulmans : on est en train de revoir une laïcité à la mesure de leur pratique."

Avant de préciser :

"Au moment où on autorise la loi sur le mariage homosexuel, on émet des propositions de loi restrictives concernant les musulmans, qui ne me paraissent pas constituer des éléments d’égalité."

La comparaison d’Ahmed Jaballah est tout de même sacrément gonflée. Le président de l’UOIF prend en référence le mariage pour tous pour tenter de faire croire qu'en France l’égalité serait à double vitesse. Or s’il est bien un sujet qu’il pourrait éviter de prendre en exemple c’est bien celui à propos duquel son organisation s'est tout de même écriée :

"Qui pourra délégitimer la zoophilie, la polyandrie, au nom du sacro-saint amour ? Ne sommes-nous pas en train de suivre une voie où le principe d’égalité ne serait plus défini par des limites et des normes communes, mais par des perceptions personnelles, aussi égoïstes et affectives puissent-elles être ?"

Et l’on est tenté alors de demander à Monsieur Ahmed Jaballah si, justement, sa volonté de ne pas vouloir préserver les crèches, et seulement les établissements qui relèveraient de la mission publique auprès des jeunes enfants, ne serait justement plus définie par des limites et des normes communes, mais par des perceptions personnelles, aussi égoïstes et affectives…

 

L’UOIF crie au loup

 

La loi proposée par François Hollande ne vise nullement à réduire les liberté individuelles. son but est de protéger les enfants et de permettre aux crèches et au jardins d’enfants de se pourvoir d’une règle de neutralité, de la même manière qu’ils peuvent actuellement se revendiquer d’une confession.

Cette loi ne serait donc pas une fermeture de la République. Bien au contraire, ce serait mettre fin au déficit dont souffrent les valeurs laïques dans l’espace privé.

Il n’est pas question d’interdire aux hôtesses d’accueil d’enlever le voile dans un hôtel, aux ouvriers d’une usine d’enlever la kippa quand ils dirigent une équipe, ou encore à un banquier d’enlever sa croix catholique en or qui pend au-dessus de sa chemise. Il est question de protéger dans certains cas les établissements privés, quand leur mission d’utilité publique a trait aux plus fragiles, face au manque de neutralité et aux pressions religieuses, en leur donnant la possibilité de se revendiquer des valeurs laïques. Ni plus, ni moins.

L’UOIF peut donc toujours agiter le chiffon rouge et crier au loup. Elle ferait mieux de s’inquiéter de voir comment l’islam a été instrumentalisé dans l’affaire Baby-Loup plutôt que de s’inquiéter de la laïcité et des valeurs laïques, qui auront toujours vocation de garantir, à tous les Français, la liberté de culte. Sans aucune concession.

Et quand on lit que l’organisation craint la polyandrie, mais absolument pas la polygynie, ou encore qu’elle a condamné la loi de 2004 sur les signes ostentatoires dans les écoles publiques, l’on se dit que, derrière les craintes de l’UOIF, se voilent des revendications… "pas très catholiques".

 

Publié sur le Plus, du Nouvel Observateur le 31 mars 2013

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20 mars 2013 3 20 /03 /mars /2013 20:33

La décision de la Cour de cassation d’annuler le licenciement d’une femme voilée dans la crèche de Baby-Loup à Chanteloup-les-Vignes sonne comme un coup de tonnerre pour notre République. Une déflagration telle qu’elle poussa Manuel Valls, pourtant en plein milieu des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, à faire une digression, rare, puisqu’il la fit en mettant entre parenthèses sa fonction de ministre :

"Et croyez moi, en sortant quelques secondes de mes fonctions, je veux vous dire combien je regrette la décision de la Cour de cassation sur la crèche Baby Loup et sur cette mise en cause de la laïcité."

 

babylou.jpg

 

Alors certains s’offusqueront du recours à la laïcité quand la Cour de cassation a expliqué, elle, que la loi sur la laïcité justement ne s’appliquait pas à Baby-Loup, crèche privée, et donc ne relevant pas du domaine public, y compris par son activité :

"Les restrictions à la liberté religieuse doivent être justifiées par la nature de la tâche à accomplir, répondre à une exigence professionnelle essentielle et déterminante et proportionnées au but recherché. 

Jeannette Bougrab, ancienne présidente de la Halde, n’avait pas dit autre chose que le ministre de l’Intérieur hier matin sur RTL, en attendant le verdict :

"Depuis ma présidence de la Halde, j'ai fait de Baby Loup un combat pour la laïcité."

Il n’est pas surprenant de voir Jeannette Bougrab et Manuel Valls dans le même combat pour Baby-Loup. Déjà en 2010, lors du premier jugement de l’affaire, l'actuel ministre de l'intérieur avait été la seule personnalité politique de gauche à soutenir les dirigeants de la crèche en se rendant au tribunal. À l’époque, il avait même suggéré de proposer une loi interdisant "le port de signes religieux distinctifs là où il y a des enfants" expliquant ainsi : "Il semblerait qu'il y ait un vide juridique et je vais réfléchir à l'idée d'une proposition de loi pour qu'on interdise, comme c'est le cas à l'école, le port de signes religieux distinctifs là où il y a des enfants".

Plus que jamais, cette proposition de loi qui n’a jamais été suivie d’étude à l’Assemblée nationale prend son sens. Car la décision de la Cour de cassation a semblé considérer la crèche comme un établissement privé, une entreprise comme une autre. Or, quand on s’occupe de nourrissons, et que l’on n’a pas vocation à proposer une prestation confessionnelle, la neutralité s’impose.

Ce qu’il faut retenir c’est qu’hier, la justice de notre République a mis sur un pied d’égalité cette crèche, qui se voulait neutre pour accueillir les enfants, dans la droite lignée d’une mission de service publique qui n’existe pas (aucune crèche publique ne propose une telle flexibilité horaire), et l’affaire "Fanny Truchelut", du nom de cette femme qui avait refusé à une femme voilée de fréquenter les parties communes de son hôtel sous le prétexte de ce signe ostentatoire.

La différence est pourtant énorme : l’hôtelière avait clairement discriminé une femme, alors qu’elle est commerçante et que son activité consiste à héberger des clients adultes, quand dans l’affaire de Baby-Loup, le règlement intérieur se réfère à la neutralité car son activité est consacrée à des nourrissons, qui contrairement à des usagers d’un hôtel, n’ont pas la liberté de conscience et d’esprit pour faire fi d’un quelconque prosélytisme.

Dans ce climat moribond pour nos valeurs, la contestation de Manuel Valls est donc une position courageuse, d’autant que le gouvernement s’est montré discret. On peut le comprendre, car la séparation des pouvoirs impose qu’un membre du gouvernement ne commente pas une décision de justice (et c’est la raison pour laquelle Manuel Valls a tenu à s’exprimer en tant qu’homme et non ministre). Mais à gauche, peu de voix se sont montrées solidaires, comme c’est le cas depuis le début de cette affaire.

 

De la différence entre neutralité et islamophobie

 

Beaucoup plus gênant, Sihem Souid, conseillère de Christiane Taubira au ministère de la Justice, s’est réjouie via twitter:

 

 Capture-d-e-cran-2013-03-30-a--20.32.02.png

Ce n'est pas un hasard si, hier, l’affaire n'aura pas fait que des malheureux comme le montre la réjouissance assumée de ceux qui testent les limites de la République pour imposer des particularismes communautaires, à l’image du CCIF, le Collectif contre l’islamophobie en France. Un collectif, qui, par ailleurs, considère par exemple que Michel Onfray est homophobe quand il déclare : "C’est l'Islam qui est un problème, pas la burqa", ou que les éditions Nathan le sont également quand elles expliquent qu’en Arabie-Saoudite le droit de femmes est limité.

Les bobos et les adeptes du multiculturalisme qui ne voient aucun inconvénient à ce que la laïcité se dote d’une épithète, "ouverte", n’oublient surtout pas de rappeler que se lamenter de ce jugement, comme le fit sobrement Manuel Valls ou avec les mots les plus forts et les plus touchants Jeannette Bougrab, revient à faire le jeu des identitaires et autre Riposte laïque qui voient ici leur obsession de l’islam se nourrir d’un exemple qui ne fait pas honneur à la République.

Candides ou bien plus graves, cyniques, ils préfèrent ne rien voir et surtout ne pas reconnaître que ce genre de décision fait le lit du Front national, qui tente de se draper des oripeaux de la laïcité et qui y verra ici l’occasion de montrer qu’elle est mise à mal.

Car il ne faudrait tout de même pas confondre ceux qui défendent la neutralité de ce qui semble relever de la mission publique et ceux qui organisent une croisade contre l’islam.

La position de Manuel Valls rappelle que l'on peut être de gauche et être un défenseur de la laïcité. Que l'on peut être de gauche sans se noyer dans la bien-pensance et la pudibonderie de la honte coloniale qui rend aveugle face aux dérives communautaristes. Car la laïcité n'est ni de droite, ni de gauche : elle est tout simplement républicaine. 

Publié sur Le Nouvel obs - Le Plus, le 20 mars 2013

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19 mars 2013 2 19 /03 /mars /2013 20:29

Ce mardi 19 mars, un terrible coup de poignard vient d’être assené à notre République par la justice elle-même. En effet, la Cour de Cassation a annulé mardi le licenciement en 2008 d’une employée de la crèche privée "Baby-Loup", dans les Yvelines, qui s’était vu reprocher par son employeur de refuser d’ôter son voile islamique.

Selon la justice, qui avait pourtant pris fait et cause pour les administrateurs de la crèche en première instance et en appel, la laïcité ne s’applique pas dans le cadre d’une entreprise privée.Elle s'en explique ainsi :

"Les restrictions à la liberté religieuse doivent être justifiées par la nature de la tâche à accomplir, répondre à une exigence professionnelle essentielle et déterminante et proportionnées au but recherché."

Avant d’ajouter :

"Tel n'est pas le cas de la clause générale de laïcité et de neutralité figurant dans le règlement intérieur de l'association Baby-Loup, applicable à tous les emplois de l'entreprise. Une telle clause étant invalide, le licenciement de la salariée pour faute grave aux motifs qu'elle contrevenait aux dispositions de cette clause du règlement intérieur constitue une discrimination en raison des convictions religieuses et doit être déclaré nul."

 babyloup.jpg

 

Cette affaire, éclatée en 2008, avait fait grand bruit, la crèche ayant été soutenue dans sa décision par Elisabeth Badinter ou encore Jeannette Bougrab, alors qu’elle était à la tête de la Halde, qui avait, avant son arrivée, pris fait et cause pour l’employée. Dans son livre récemment sorti, "Ma République se meurt", Jeannette Bougrab explique d’ailleurs toutes les pressions qu’elle a subieslors de cette affaire et de la part des plus hauts fonctionnaires de l’État.

La crèche Baby-Loup est une crèche de quartier comme il en existe peu en France et qui permet d’accueillir les jeunes enfants 24 heures sur 24. Située en plein milieu d’une banlieue parisienne, elle permet aux parents qui travaillent parfois loin de chez eux, à des horaires impossibles, d’avoir une structure pour les accueillir.

Or aujourd’hui, la décision de la Cour de cassation met sur la sellette Baby-Loup, car le licenciement, reconnu comme illégal par la justice, risque de coûter une somme colossale à la crèche, qui n’y survivra pas, comme le rappelle dans son livre Jeannette Bougrab.


Neutralité religieuse pour les plus de 3 ans

 

Au-delà de ce drame humain, il faut aussi savoir que l’employée voilée avait accepté le règlement intérieur et qu’elle était revenue du jour au lendemain avec le voile, bien que le règlement intérieur qu’elle avait signé spécifiait que la neutralité religieuse était requise. Et quoi de plus normal quand les activités d’une crèche relèvent d’une mission d’utilité publique.

Or ce qui vaut pour l’école doit également être applicable dans une crèche, sinon à vider de sa substance la loi des signes ostentatoires dans les établissements scolaires de 2004. Comment pourrait-on prôner la neutralité religieuse pour les enfants… seulement après 3 ans ?

La raison invoquée par la Cour de cassation est grave. Car elle nie la réalité des activités de mission publique d’une crèche en affirmant que "les restrictions à la liberté religieuse doivent être justifiées par la nature de la tâche à accomplir, répondre à une exigence professionnelle essentielle et déterminante et proportionnées au but recherché".

Elle entend donc qu’une crèche ne rentre pas dans le cadre d’une restriction à la liberté religieuse. Ce qui revient à dire que nos enfants ne sont protégés du prosélytisme que s’ils ont 3 ans ou plus. Cela signifie aussi que tous les parents qui ont accepté le règlement intérieur de Baby-Loup et qui souhaitaient préserver leurs enfants de tout prosélytisme religieux se voient flouer par la justice, qui vient de balayer d’un trait ces principes. 

Et que faire quand les crèches publiques sont pleines et que les crèches privées ne peuvent plus garantir d'appliquer les mêmes principes de neutralité même si elles se revendiquent de mission publique ? L'alternative est simple : soit vous ne travaillez pas car vous ne pouvez pas faire garder vos enfants selon vos principes, soit vous cédez à la pression religieuse – quel beau dilemme républicain ! Abject. 

Quel meilleur signe la laïcité ouverte pouvait-elle recevoir, celle qui est prônée par les idiots utiles de la République, les babas-cool qui font les louanges d’un multiculturalisme à l’anglo-saxonne (qui n’en finit plus pourtant d’être à l’agonie), et qui est revendiquée aussi par les intégristes et les communautaristes, qui demandent des dispositions particulières face à la laïcité ?

Ce qui nous rappelle que François Hollande avait, d’ailleurs, promis d’inscrire la loi de la laïcité dans la Constitution. Oui, mais ça, c’était avant. 

 

Publié sur Le Nouvel Obs- Le Plus, le 19 mars 2013

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11 mars 2013 1 11 /03 /mars /2013 11:24

Le naufrage cathodique de Véronique Genest dans "On n’est pas couché" n’est plus un secret pour personne. Confrontée à son amateurisme, prétendant n’être que "néophypte" en politique, sans ambition ni prétention, alors qu’elle est candidate suppléante pour la députation –Bigre, un siège dans le ventre de la République, l’Assemblée nationale ! -, elle est juste parvenue à convaincre qu’elle était au mieux manipulée, spoliée de son aura médiatique, au pire d’une candeur qui confine à la sottise.

 

 


 

Pour autant, se contenter de prendre Véronique Genest pour une brave fifille, au franc parler et au bon sens populaire serait sans doute un peu rapide. Car lors de l’émission, un double discours est clairement ressorti, oscillant en fonction de la situation : candide et naïve quand elle était accusée bien évidemment, mais bien plus idéologue quand elle était plus libre de sa parole. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la vision du conflit israélo-palestinien de Véronique Genest est loin d’être innocente.

 

Durant l’émission, l’actrice a semblé embrasser ce qu’elle a convenu d’appeler "l’opinion" de son titulaire, Jonathan-Simon Sellem quand celui-ci estime que la Palestine est une  "fiction", expliquant par la suite qu’avant 1967, ceux que l’on appelait les palestiniens étaient les juifs et non les arabes. Et de sous-entendre que les actuels palestiniens n’étaient pas légitimes dans leur revendication d’avoir une terre aux côtés d’Israël. On peut en effet prendre parti pour Israël ou la Palestine sans pour autant être poursuivi pour délit d’opinion. Mais comment peut-on alors prétendre vouloir distiller un message de paix comme l’a répété Véronique Genest dans l’émission, sans pour autant prôner la coexistence de deux états voisins, celui de la Palestine et celui d’Israël ?

 

Un peu plus tard, elle en vint à accuser les médias français de ne vouloir diffuser qu’une vision univoque de la situation, évoquant une "énorme désinformation" :

 

"Les médias désinforment, les médias ne se renseignent pas. Quand on va sur place, vous n’avez pas la même vision".

 

Accusation lourde, très lourde même qui n’est bien évidemment pas étayée de source et qui sonne en écho à ce qu’elle disait quelques minutes auparavant sur l’expression « territoires disputés » pour évoquer la situation géographique: "C'est comme ça qu’ils en parlent en Israël" argumente-t-elle. "Pas tous" relance Natacha Polony... "Ah si si tous". Véronique Genest serait-t-elle dotée du don d’ubiquité pour avoir rencontré TOUS les Israéliens, ou plus impressionnant, serait-elle dotée du don d’omniscience pour lire en chacun d’eux comme dans un livre sacré ?

 

Les médias ne s’informeraient donc pas, et Véronique Genest, elle, sériât la mieux informée pour avoir rencontré au mieux une trentaine de personnes sur place ?

 

Donc pour résumer, la Palestine serait une fiction existant à propos de "territoires disputés", expression dont se revendiqueraient tous les Israéliens, dans un conflit que les médias français couvriraient de façon partiale en prenant fait et cause pour les Palestiniens.

 

Mais les généralisations et la caricature ne suffisent plus. L’interprète de Julie Lescaut va encore plus loin. Dans un grand moment de confession, et alors que sa parole se libère, elle va directement tomber dans le conspirationnisme :

"J’ai l’impression qu’on dissimule un antisémitisme dans la création d’un état palestinien".

 

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En d’autres termes, la revendication d’un Etat de la Palestine n’aurait pour origine non pas une terre disputée au nom d’une Histoire tumultueuse et commune, mais la simple haine des Juifs.

 

Et c’est le moment où, bien évidemment, une autre musique vienne frétiller dans nos tympans. Une mélodie proche, bien que défendant l’autre camp des conspirationnistes. Ceux qui parle d’un complot juif. Qui relativisent la Shoah ou encense ceux qui l’ont nié. Ceux qui vont en Iran pour décliner une hagiographie d’Ahmadinejad en y ajoutant sa haine d’Israel, et prenant donc cette possibilité de s’exprimer comme la preuve de la liberté d’expression en Iran. Et derrière le "ceux" tout le monde aura reconnu Dieudonné M’bala M’bala. 

 

Et l’on se souvient alors que Véronique Genest, dans l’une de ses digressions, n’hésite pas à dire que "les musulmans sont les plus grands massacreurs de l’Histoire".

 

Alors on pourra toujours s’amuser des frasques de l’interprète de Julie Lescaut. Louer son franc parler qui tranche avec la langue de bois en politique. Se dire qu’après tout, elle ne siègera jamais à l’Assemblée et que tout cela n’est pas bien sérieux. On pourra aussi se dire, qu’un fameux dimanche de décembre 2003 sur France 3, certains pensaient que Dieudonné avait seulement ce soir là un sketch et une provocation de mauvais goût. Sans imaginer ce qui allait en découler.

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6 janvier 2013 7 06 /01 /janvier /2013 16:42

Ce week-end, Laurent Wauquiez a décidé de revenir sur le devant de la scène médiatique. La raison ? La lettre de Vincent Peillon adressée aux recteurs.

Une réponse, semble t-il, au secrétaire général de l'Enseignement catholique qui a envoyé en décembre une missive à ses chefs d'établissements, leur rappelant l'opposition de l'Église au projet de "mariage pour tous" et suggérant la tenue de débats à ce sujet. Or lécole est un endroit neutre où l’on enseigne les lois, pas où on les discute.

 

Une entorse à la laïcité

 

Mais Laurent Wauquiez ne l’entend pas ainsi :

"C'est une grande manipulation politique qui cherche à culpabiliser les chrétiens et à faire croire que l'opposition au mariage homo et à l'adoption est le fait d'une minorité."

Avant d’asséner sur France Télévisions que le gouvernement tente "d’interdire le débat et imposer une pensée unique".

 

 

Hallucinante diatribe du maire du Puy-en-Velay, indigne d’un ancien ministre de la République qui n’est pas sans savoir que l’école doit être un lieu de neutralité où religion et politique n’ont pas leur place.

Laurent Wauquiez, qui est un membre de l’UMP, parti qui n’a eu de cesse de rappeler les tenants et les aboutissants de la laïcité à l’école quand il était question de l’islam, semble ici faire une entorse invraisemblable au même principe.

 

Un activisme excessif

 

Mais rien de surprenant dans ce soutien inconditionnel quand on sait qu’en février 2012, Laurent Wauquiez avait déjà marqué son soutien aux établissements privés confessionnels en remettant les insignes de commandeur de l'ordre national du mérite, le 14 février, au délégué général de l'Enseignement catholique, Fernand Girard.

Et, surtout, en encourageant l'enseignement catholique à "ne pas perdre son âme". Le tout sans oublier de préciser que la droite les avait toujours mieux traités que la gauche. 

Il faut dire que Laurent Wauquiez est un catholique notoire, ostensible et très pratiquant comme le dévoile ce portrait publié par l'hebdomadaire "La Vie". Ce qui en soi, ne l’empêcherait nullement d’être laïque.

Mais Wauquiez est un Tartuffe au pays des laïques et n’a eu de cesse, à de nombreuses reprises, de redorer le blason du catholicisme, bien au-delà des sentiers laïques.

Ainsi, à l’occasion du 15 août 2010, et du 150e anniversaire de Notre Dame de France, statue dont la commune du Puy est propriétaire, Wauquiez qui recevait une vingtaine d’évêques lors des festivités ainsi que de nombreux prêtres et bénévoles à l’Hôtel de ville se permit d’affirmer, alors qu’il était ministre en fonction :

"Dans une société qui tâtonne, qui cherche ses repères, la foi chrétienne est extrêmement moderne. Dans cette société française qui a besoin de retrouver ses valeurs et de se reconstruire de l’intérieur, là, la foi chrétienne a son rôle majeur à jouer."

 

 

 Troublante concession de ce rôle à jouer dans la vie publique de la part d’un ministre d’un état laïque.

Mais Frère Wauquiez est allé plus loin et son activisme n'a rien à envier à ceux d’Alain Escada quand il était à la tête de Belgique et Chrétienté ou encore à Christine Boutin qui avait demandé pareille requête dans son programme présidentielle quand elle voulait se présenter en 2012.

Il demande ni plus ni moins que la constitution européenne reconnaisse ses origines chrétiennes !

"Que l'Europe ait des racines chrétiennes, que le mouvement de christianisation ait été une des facteurs de constitution de la conscience européenne, qui peut contester cela ? C'est absurde de contester un fait historique."

Et de conclure :

"Je ne vois pas pourquoi je serais supposé avoir des scrupules et des complexes sur ce que j'appelle moi l'Europe des clochers."

 

L'Eglise doit rester à sa place

 

Si lui ne voit pas pourquoi il aurait des scrupules à voir l’Europe reconnaître dans sa constitution ses origines chrétiennes, sans doute faudrait-il lui rappeler que lEurope a tout à perdre en renonçant à son caractère sécularisé.

Il est une différence entre la tolérance envers les croyances et la reconnaissance de celle-ci. Ce qui serait une porte ouverte aux intégristes de tous poils qui n’en demandent pas tant pour remettre en cause les législations sur l’avortement ou sur la fin de vie ou encore celles sur l’homosexualité 

Les religions, contrairement à ce que dit et pense Monsieur Wauquiez, ne sont jamais porteuses que d’un dogme qui n’a jamais eu vocation à la modernité. S’en remettre à cet héritage reviendrait à remettre les clefs de nos républiques et de nos démocraties aux lois divines. Une pure hérésie en 2013.

Alors Laurent Wauquiez peut bien clamer anathèmes en homélies, l’école publique n’est pas un lieu de débat démocratique. L’église peut émettre un avis mais elle doit rester à sa place. Et nos constitutions n’ont aucune modernité à gagner à relire la Bible. Ainsi soit-il. 

 

Publié sur le Nouvel Obs le 6 janvier 2013

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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 19:07

L’air de Noël est propice aux contes. Celui d’un homme à la barbe longue venant semer la terreur auprès des enfants est connu sous le nom de "Barbe bleue". Pourtant, en cet hiver 2012, il semble que la directrice d’une école de Montargis ait décidé de réécrire à sa façon l’histoire.

Comme tous les ans, l’école maternelle du Grands Clos s’apprêtait à réserver une surprise aux enfants. Et quoi de plus traditionnel que la venue du Père Noël en cette période de fin d’année ? Seulement voilà, certains parents ne l’entendaient pas de cette oreille.

 

Un mythe païen

 

On aurait pu comprendre que des parents se plaignent du peu de sort accordé à la pédagogie en la venue d’un tel individu. Mais fi de ces considérations, ce sont les croyances religieuses qui sont évoquées pour s’offusquer de la manifestation.

Les fameux parents se sont revendiqués comme étant "musulmans" et ont directement contacté l’élu municipal en charge de l’éducation pour se plaindre. Plus grave, à la suite de ces pressions, la directrice de l’école a tout bonnement décidé d’annuler l’événement.

Devant l’ampleur du scandale, qui a fait boule de neige dans les médias, le maire de Montargis est monté au créneau pour exprimer sa consternation face à ce qu’il considère comme un contresens, rappelant, à juste titre, que le Père Noël n’a aucunement une origine religieuse et qu'il relève bel et bien d’un mythe païen.

Dans l’après-midi, on apprenait d'ailleurs que la directrice de maternelle faisait marche arrière et programmait à nouveau la venue du Père Noël… La tournée du patriarche pourra finalement reprendre sous l’œil des caméras et des journalistes que l’on imagine nombreux.

 

Un fête qui transcende le religieux

 

Si l’affaire fait grand bruit, c’est bien évidemment qu’elle pose deux problèmes majeurs : la contestation des parents pour des “motifs religieux" et la réaction de la directrice de l’école.

Il ne faudrait d’ailleurs nullement reporter l’origine de l’affaire sur le contexte actuel autour de la laïcité. Ce n’est pas nouveau. Déjà en 2004, le rapport Obin, remis au gouvernement de l’époque et intitulé "Les signes et manifestations d’appartenance religieuse dans les établissements scolaires", évoquait ce problème :  

"La première manière de manifester une appartenance religieuse est donc de contester le calendrier ou les fêtes scolaires, ou de s’en affranchir, ce qui est de plus en plus fréquent. La fête de Noël est de ce point de vue la plus contestée par certains élèves et parents. En plus d’un endroit on nous a rapporté la demande d’élèves ou de familles de supprimer 'l’arbre de Noël' et la fête scolaire traditionnellement organisée à cette occasion par l’école ou le collège ; ce qui a parfois été obtenu."

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Et l’on voit ici toute la confusion qu'apportent ces contestations puisque, sur des motifs religieux, l’on mélange le caractère religieux de la fête de Noël et les attributs païens que la tradition lui a associés, comme le sapin de noël ou le Père Noël dans l’affaire de Montargis.

D’ailleurs, certains catholiques intégristes refusent de célébrer le sapin dans leur salon, au nom d’un culte païen qui porterait atteinte au message qu’ils entendent donner à Noël, à savoir la naissance de Jésus.

Le problème réside donc dans cette interprétation extravagante de la laïcité ou plus exactement des manifestations et autres événements qui gravitent autour de Noël, et qui montrent que, davantage qu’une fête religieuse, le 25 décembre est devenu au fil du temps un événement qui transcende les frontières du religieux. 

Et qui rappelle que toutes les propositions simplistes comme celle qui consiste à créer des fêtes pour les autres religions, comme l'a proposé Eva Joly au cours de sa rocambolesque présidentielle, sont à côté du sujet.

 

Ne jamais reculer sur la laïcité

 

De la même manière, il faut veiller à de ne recourir à aucun amalgame en généralisant la position des musulmans sur la question. Il s’agit ici de parents à la marge, qui portent des exigences dans tout ce qu’elles ont d’intégristes, et qui ne sauraient être représentatifs des croyants de France,comme le rappelle avec bon sens un père de famille de l’école selon qui les musulmans de son entourage "n'ont aucun problème avec le Père Noël"...

Tout juste peut-on se permettre de dire que l’intégrisme en France se porte bien. Bien qu'ultra-marginaux en nombre, ces positions ont un écho déflagrateur sur l’ensemble du pays, qu’ils s’opposent à la venue du Père Noël, qu’ils encensent les crimes d’un frère djihadistes ou qu’ilsfrappent violemment des femmes venues contester leur haine avec des messages peinturlurés sur le corps. 

Mais plus inquiétant encore est la réaction de cette directrice, qui a préféré faire fi des valeurs et des principes pour céder à des pressions qu’elles jugeaient trop lourdes. Le barrage a cédé face à une marée à peine agitée.

Combien de fois faudra-t-il rappeler qu’il faut rester ferme et juste ? Le respect des religions n’implique nullement d’adapter les manifestations d’un espace public en fonction de la spiritualité de chacun. Surtout quand il n’y a aucun parti-pris pour une autre croyance comme c’était le cas ici. Un simple exercice de pédagogie aurait suffi à expliquer que le Père Noël ne relevait pas du religieux et que leur revendication, de même que leur crainte, n’étaient donc pas fondées.

Céder plutôt que de s’affirmer. Céder plutôt que d’expliquer. Céder plutôt que de dialoguer. Elle est sans doute ici la plus grande des violences faite à notre société.

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8 novembre 2012 4 08 /11 /novembre /2012 17:53

L'Islam n'en finit de provoquer la polémique. Pour lutter contre les discriminations islamophobes, le CCIF, le Collectif Contre l’Islamophobie en France a mis en place une campagne d'information, sur la toile et à la télévision.

CCIF

Des affiches "choc" comme ce pastiche du "serment du jeu de Paume", avec un slogan aux allures républicaines : "Nous aussi sommes la Nation".

Le porte-parole de ce collectif, qui n’a pourtant rien de nouveau, est venu s’expliquer longuement sur Itélé pour évoquer son action.

 

Il est intéressant de voir à quel point, Marwan Muhammad est précautionneux sur la définition qu’il entend donner à "islamophobie", "mot valise" que certains utilisent pour empêcher toute contestation de l’islam, ce dont il se défend.

Pour le CCIF, l’islamophobie qu’il entend combattre désigne "l’ensemble des discriminations, actes de rejet, violence, verbales ou physiques, qui visent des individus (ou des institutions) en raison de leur appartenance supposée à la religion musulmane".

Qui peut accepter de telles discriminations quand on est porteur des valeurs de la République ? A l’heure où "Le Point" propose sa "une" racoleuse, où Jean-François Copé délire sur le vol de pains au chocolat (et le CCIF avait répondu par une distribution gratuite sur le parvis de la gare Saint-Lazare) et où le Front national déguise sa croisade contre l’islam sous les oripeaux d’une laïcité qui reconnaît que la France est la fille aînée de l’Église en la faisant remonter au baptême de Clovis, il peut être rassurant de voir enfin un contrepoids s’organiser dans les médias pour montrer que l’islam ne se résume pas à de l’intégrisme et aux caricatures sur lequel on se complaît tant à disserter.

 

Hélas, le CCIF joue avec les chiffres et les mots

 

Seulement, pour ce faire, encore faudrait-il que les interlocuteurs n’emploient pas un double langage. Et force est de constater en décortiquant un peu le discours proposé par le CCIF que son respect de la République et de la laïcité comprend des arrangements pour le moins dérangeants.

CCIF-pain.jpg

Distribution de pains au chocolat organisée par le CCIF le 10/10/2010 à Paris, suite aux déclarations de Jean-François Copé(SEVGI/SIPA)

Le Collectif propose chaque année un rapport dans lequel il recense notamment les actes islamophobes. Un chiffre sur lequel communique Marwan Muhammad, qui évoque 298 pour la seule année 2011. Mais l’examen précis de ces actes amène quelques interrogations.

Par esprit de concision, contentons-nous du premier semestre 2011, qui compte 159 actes soit un peu plus de la moitié pour l’ensemble de l’année. Sur ces 159 actes, on en relève 101 (soit 63 %) qui ont trait au port du voile.

Et sur ces 101 actes, seulement 25 sont couplés avec des actes clairement anti-musulmans, avec insultes et/ou violences. Autrement dit 75% des actes évoquant le voile, jugés par le CCIF "islamophobes", ne relèvent pas d’une discrimination évidente ou d’une violence faite en raison de la religion. Ainsi, on note cette plainte en février 2011 :

"A Halluin (59), Une conseillère de l’ANPE avise une jeune femme qui vient de s’inscrire qu’elle doit mentionner son port du voile, et lui demande si elle le retirera dans le cadre du travail."

Sachant que l’employée du Pôle emploi tente de lui trouver une place, n’est-elle pas en droit de lui demander si la jeune femme est prête à retirer le voile, ne serait-ce que parce que certains établissements obligent dans leur règlement intérieur la neutralité, comme dans la crèche qui a tant fait parler d’elle Baby Loup ? En quoi la question de conseillère relève-t-elle d’une "discrimination" ou d’un rejet envers l’identité musulmane ?

 

Réduire l'islamophobie au voile et à la burqa : dommage

 

Par ailleurs, on peut s’étonner que 63% des cas répertoriés fassent référence au voile : les discriminations envers l’islam se résumeraient-elles au voile islamique, qui n’est faut-il le rappeler, pas un précepte religieux, n’en déplaise à ceux qui sur interprètent un texte datant du VIIème siècle ?

On trouve aussi parmi le recensement, des plaintes pour le moins étranges, comme cette déclaration que fit Michel Onfray à RMC (seulement nommé comme "écrivain français" dans le rapport) :

"C’est l'Islam qui est un problème, pas la burqa".

Étonnant de le relever comme un acte "islamophobe" quand Marwan Muhammad prétend qu’il exclut de cette définition la contestation ou la critique de l’islam. D’autant plus étonnant que Onfray ne s’attaque pas qu’à l’islam mais remet en cause TOUTES les religions.

 

Assimilation abusive des simples critiques à de l'islamophobie

 

De la même manière, le rapport conteste une vision de l’analyse de l’Arabie Saoudite, proposée par les Editions Nathan dans son ouvrage "comprendre le monde", dans lequel il est écrit :

"Dans ce royaume islamique, la charia règle le moindre détail de la vie familiale et sociale. Les femmes vivent séparées des hommes à la maison, à l’école et au travail. Voilées de la tête aux pieds, elles n’ont pas la moindre liberté et peuvent être condamnées à mort en cas de désobéissance."

arabie.jpg

Même si le propos manque quelque peu de nuances, le CCIF contesterait-il cette vision de la société, vue par l’Arabie Saoudite ? En viendrait-il à affirmer que le droit des femmes y est parfaitement respecté ? Et quid de la promesse de laisser critiquer l’islam si l’on vient de qualifier d’ "islamophobe" un ouvrage qui vient critiquer le rôle de la femme dans la société saoudienne ?

D’autres actes sont assez délirants comme cette organisation d’un kiss-in homo par des Identitaires (sic), qui est organisé devant une mosquée, comme il en est organisé devant des églises, et qui est répertorié parmi les actes islamophobes, quand il n’est qu’une contestation critique d’une vision religieuse, s’apparentant au mieux au blasphème ?

 

Le CCIF focalise sur le voile et l'école

 

À la vérité, si de nombreux actes sont bel et bien de véritables agressions envers l’identité musulmane qu’il convient donc de condamner fermement, le CCIF semble obsédé par deux choses : le voile, comme s’il représentait la norme ultra-majoritaire de l’islam en France, et l’école.

40 actes sur les 159 répertoriés dans les six premiers mois de 2011 portent sur l’école, entre la viande à la cantine, et bien évidemment le port du voile refusé dans les établissements scolaires.

Ainsi, on évoque ce refus d’accueillir des candidates d’un établissement hors contrat de la région lyonnaise qui doivent présenter leur TPE (Travaux personnels encadrés) au Lycée Jean Moulin de Lyon, et qui se voient seulement dans un premier temps de venir faire leur oral, car elles refusent d’enlever le niqab.

foulard-ecole.jpg

Et les cas se multiplient dans le rapport. Pourtant une loi n’a-t-elle pas été votée en France en 2004 réaffirmant la laïcité de l’école publique prévue dès 1882 en interdisant les signes ostentatoires dans les établissements scolaires ?

Seulement voilà, Marwan Muhammad estime que ces lois stigmatisent les femmes "au nom de qui on fait passer des lois de restriction et d’exclusion".

Ainsi, sur son site, on voit que le CCIF a publié un rapport intitulé "Bilan de la loi du 15 mars 2004 et ses effets pervers", dans lequel on dit que cette loi revêt un "caractère discriminatoire" au nom d’une "laïcité dévoyée".

 

L'éternelle polémique sur la laïcité et le voile

 

Car pour le CCIF, la vraie laïcité autorise de porter le voile à l’école. Et l’on se souvient alors que Marwan Muhammad n’a pas hésité à s’associer à Tariq Ramadan et aux Indigènes de la République durant la présidentielle pour pousser les musulmans au communautarisme, le rhéteur genevois estimant même que la France était devenu le pays le plus raciste d’Europe. On choisit toujours ses amis.

Il ne faudrait donc pas se leurrer. S’il est évident que le climat est malsain, s’il faut lutter contre les discriminations, toutes les discriminations, il ne faudrait pas non plus en venir à dénoncer les fondements de la République. Vouloir ainsi transformer la laïcité n’envoie pas un bon signe à ceux qui pratiquent allègrement l’amalgame entre islam et islamisme. Bien au contraire, il l’encourage.

Contre productif, le CCIF renferme en ses principes un des ingrédients qui participent joyeusement au mélange de genre et à l’opprobre envers les musulmans de France. Non toutes les musulmanes ne considèrent pas le voile comme un signe religieux et ne souhaitent pas le porter en France. Oui, il y a une majorité des musulmans en France qui refuse de voir se modifier la laïcité, y compris quand elle s’impose dans les établissements scolaires.

Loin d’être liberticide, cette loi empêche justement tout prosélytisme insidieux de distiller son poison dans les cours de l’école, dans lesquels les jeunes sont sans défense culturelle pour faire un choix.

La neutralité est le meilleur moyen de préserver leur liberté sans pour autant renier leur culture et leur éducation. Et quand on voit comment on déguise ceux qui prétendent défendre l’islam en France, il y a largement de quoi se convaincre de laisser la laïcité jouer son rôle : celui de garde-fous. 

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26 septembre 2012 3 26 /09 /septembre /2012 09:57

Une semaine après avoir mis en émoi la France entière et même les Français de l'étranger, “Charlie Hebdo” était attendu au tournant. L'an passé, une semaine après avoir vu leur local soufflé par un incendie, les rédacteurs n'avaient pas hésité à mettre en “une” un baiser goulu entre un des dessinateurs et un musulman, en titrant "L'amour plus fort que la haine". 

 

 

Cette fois-ci, Charlie Hebdo a fait encore plus fort. Mais n’en déplaise à ses détracteurs, il l’a fait dans la finesse de la dérision. Certainement inspirés par les commentaires assez embarrassés de l'ensemble de la classe politique et des soi-disant experts en tous genres qui prêchent davantage pour leur paroisse qu’ils ne cherchent à éclairer nos Lumières, les caricaturistes ont cette fois-ci décidé de sortir deux éditions.

 

 

La première édition dispose d'une une d'un blanc immaculé, seulement bardée de la mention "Journal responsable", avec un contenu vierge de tout dessin, à l'exception de la griffe des dessinateurs de la rédaction et d’un édito. La seconde, plus traditionnelle, est baptisée "Journal irresponsable" et renoue avec la caricature en grimant un homme préhistorique inventant l'humour avec une torche dans une main, et de l'huile dans l'autre. Puisque la sentence est tombée : faire de l’humour sur certains sujets est devenu impossible car la matière est décrétée inflammable. Sans discussion possible.

 

L'intégrisme, un paravent devant les musulmans de France

 

Quelle meilleure réponse “Charlie Hebdo” pouvait-il apporter à la polémique, la fausse polémique qui a embrasé la France entière la semaine dernière ? Si en 2006 et 2011, il avait fallu à nouveau brocarder l'intégrisme la semaine suivant le numéro choc, ce ne fut pas nécessaire en 2012. Et pour cause.

 

Les musulmans de France, malgré les cris grossièrement éhontés des instances représentatives de l'islam, ont malgré tout suivi leur appel au calme. Prenant même sur eux l'interdiction de manifester leur désapprobation dans la rue, à l'exception notable de quelques dizaines de manifestants à Paris et place Richebé à Lille qui furent vite éconduits par des policiers pédagogues et seulement soucieux de faire respecter l'interdiction, ce qui n'occasionna que la vérification de l'identité des contrevenants.

 

Preuve s'il en fallait que l'immense majorité des musulmans de France est parfaitement en phase avec notre liberté d'expression, contrairement à ce que laisserait croire l'interprétation absurde d'une poignée d'intégristes, comme toutes les religions en comptent. 

 

La (très) grande famille des indignés

 

Non, l'indignation ne venait pas d'où l'on voulait bien le croire. Peu nombreux étaient ceux qui ont tenu à défendre Charlie il y a sept jours. Accusé de vouloir mettre “de l’huile sur le feu”, d’attiser un conflit initié par treize minutes d’un montage absurde et d’un amateurisme confondant pompeusement baptisé "L’innoncence des Musulmans" ou bien encore l’argument du pauvre d’esprit quand il n’a plus rien à dire de vouloir faire du fric.

 

Charb tenant le numéro de

Charb tenant le numéro de "Charlie Hebdo" qui a mis le feu aux poudres, le 19/09/12 (F. DUFOUR/AFP).

 

Etonnant cette fascinante obstination chez certains à accabler les autres de leurs propres obsessions. Comme si un journal n’avait pas vocation à vendre du papier. Entre vacuité de l’argumentation malsaine et charité envers les intégristes bien ordonnée.

 

Des deux numéros proposés par Charlie, celui baptisé "Journal responsable" est de loin celui qui marquera les esprits. Car il fallait oser proposer un journal complètement vide. L’édito, seule production ou presque proposée par le numéro le dit :

 

"Afin de satisfaire Laurent Fabius, Brice Hortefeux et Tariq Ramadan, Charlie Hebdo ne mettra plus d''huile sur le feu', ne 'soufflera plus sur les braises' et ne sera plus jamais 'irresponsable'."

 

À elle seule, cette phrase est un vrai trésor. Ne serait-ce que parce qu’elle met dans le même camp les politiques qui se sont montrés réservés voire hostiles au numéro de la semaine précédente et Tariq Ramadan autour de leur "argumentaire". Dans ce fameux camp où l’on retrouve aussi Copé ou Besancenot, cités plus loin, et où l’on glosait sur le fait que Charlie était même contraint de compter parmi ses soutiens une certaine Marine Le Pen.

 

Comme si cela suffisait à décrédibiliser ceux qui se voulaient garant de la laïcité face aux intégristes et fervent défenseur de la liberté d’expression, un des piliers de notre République. Car il n’est pas bien sûr qu’être accompagné de Tariq Ramadan soit l’assurance d’un garant moral, lui qui a fait du double discours un art à la fois subtil et pernicieux.

 

Symbolique du "Journal responsable"

 

Mais dans ce numéro vierge (tout un symbole), le tour de force de Charlie est de montrer à tous ceux qui étaient critiques et qui avaient accusé l’hebdomadaire de plus viles intentions, que s’il venait à rompre avec ce qui a fait sa tradition, son essence, sa raison de vivre, à savoir la caricature des religions, non seulement il faisait la part belle aux intégristes, ne faisant plus contrepoids, mais il n’avait plus de raison d’être. Ses colonnes seraient vidées de leur substance. Un Charlie qui oublie la subversion de la caricature, n’est plus qu’un seize pages de… rien du tout.

 

Et l’édito de se terminer sur cette sombre perspective pour ce journal qui, non content de voir ses lecteurs fondre comme neige au soleil, s’est vu vilipendé, mis au pilori, brûlé vif sur la place publique pour avoir osé faire son travail :

 

"Un intellectuel tunisien avait déclaré 'vous ne devez pas renoncer à la libre critique. Si vous cédez, ce sera fini.' Ne vous inquiétez pas, ce sera bientôt fini".

 

Quel sens accorder à cette sortie : la fin de l’ère critique, synonyme d’une époque qui, en refusant le recul critique, finit par mettre sur le même plan l’infâme et le respectable ? La fin de l’opposition à l’intégrisme, qui risque de voir la voie se dégager à présent ? Ou encore la fin de Charlie qui se meurt à petit feu ?

 

Pour se prévenir d’un tel risque, Charlie Hebdo aura donc proposé deux numéros pour le prix… de deux ! De quoi renflouer les caisses, railleront les cyniques. Pour une fois, Charlie aura pris les devants, de manière claire et assumée. Car, quitte à être accusé, autant être coupable de quelque chose.

 

Longue vie à toi Charlie.

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20 septembre 2012 4 20 /09 /septembre /2012 09:52

Une du 19 septembre 2012 du journal satirique Charlie Hebdo (CHARLIE HEBDO/AFP).

Une du 19 septembre 2012 du journal satirique Charlie Hebdo (CHARLIE HEBDO/AFP).

 

Les caricatures de "Charlie Hebdo" sont devenues "l’affaire Charlie". La troisième du genre. Provocation gratuite, "beaufisme", fixation sur l’islam… Comme d’habitude, tout aura été entendu à tort et à travers en fonction des lubies des uns ou des intérêts des autres. Triste litanie qui, bien évidemment, respecte la liberté d’expression, mais qui ajoute dans l’élan qu’il valait mieux éviter le forfait.

 

Tout le monde a son mot à dire. Même ceux à qui l’on a rien demandé comme le gouvernement qui est censé garantir les principes républicains et qui s’est tout simplement ridiculisé entre un Ayrault et un Fabius qui ont déploré pour l’un et condamné pour l’autre les caricatures de Mahomet. Au pays de la liberté d’expression, de la presse et des Lumières, l’on croit rêver. Sans parler de la Maison Blanche, qui a fait preuve d’une ingérence inacceptable…

 

Bref, il valait mieux être sourd en ce jour de la parution du numéro qui, fort de son succès, sera retiré pour vendredi. Rassurant à l’heure où l’on aurait pu croire, à lire certains, que la censure, ou pire, l’autocensure devait être la solution.

 

 

Dans tout ce raffut, s’il y a bien des voix qui sont légitimes à entendre et à analyser, ce sont bien celles des musulmans. Le problème, c’est que celles-ci se sont résumées à la position des instances qui s’autoproclament représentatives. Les soi-disant messagers des croyants et d’Allah.  Et pour le grand malheur des musulmans de France, la plus effroyable caricature n’était sans doute pas dans les pages de l’hebdo tant décrié.

 

Pour commencer, l’on aura noté que, dès mardi soir, Dalil Boubakeur, l’UOIF et le CFCM s’étaient exprimés sans, probablement, avoir vu aucune de ces caricatures. La déclaration la plus symptomatique reste celle de l’UOIF, qui dans son communiqué, n’a pas hésité à affirmer :

 

"Nous apprenons que l’hebdomadaire 'Charlie Hebdo' s’apprête à publier, demain mercredi 19 septembre, des caricatures blessantes du Prophète de l’islam.”

 

Des caricatures légales, autorisées et protégées

 

Et pourtant, à ce moment précis, le journal n’était pas sorti en kiosque et les auteurs n’avaient pas eu l’idée d’en envoyer un exemplaire aux principaux concernés. Étonnant de voir que ces caricatures étaient qualifiées de “blessantes”, alors même qu’elles n’avaient pas été publiées. La réalité, c’est qu’elles n’ont pas eu besoin d’être blessantes. Pour l’islam, pour les musulmans, la représentation de Mahomet est interdite. Elle est donc de facto intolérable… pour le croyant.

 

Pour autant, elles sont légales, autorisées et protégées en France. À moins de ne vouloir faire croire que les lois religieuses sont au-dessus des lois républicaines.

 

D’ailleurs, l’on remarquera que l’UOIF, dans son communiqué semble donner sa propre définition de la liberté d’expression, à laquelle ses dirigeants se disent attachés, en dehors de toute réalité républicaine :

 

“L’UOIF réaffirme son attachement à la liberté d’expression, mais rappelle que l’usage de la liberté exige aussi un sens de la responsabilité qui exclut l’amalgame, le dénigrement et la diffamation.”

 

Pour sa part, Dalil Boubakeur est allé beaucoup plus loin. Trop loin. Évoquant la précédente affaire des caricatures de 2007, durant laquelle il avait, au nom de la Grande Mosquée de Paris, porté plainte, dans un procès qui donnera naissance à un film, il a clairement regretté le jugement rendu, qui le déboutait :

 

“Mais, je regrette que l’incitation à la haine religieuse ne soit pas réprimée par la loi comme l’est l’incitation à la haine raciale. Nous avions fait appel au Tribunal d’instance de Paris, après les caricatures qu’avait publiées 'Charlie Hebdo' en 2006, mais notre plainte n’avait pas été retenue.”

 

La République ne s'inclinera pas devant la loi religieuse

 

Car ce que dit Dalil Boubakeur, c’est qu’il regrette qu’un délit de blasphème ne soit pas sanctionné en France. Outre le fait que toutes les plaintes qui seront faites en 2012 envers "Charlie" ont toutes les chances d’aboutir au même jugement qu’en 2007, comment peut-on prétendre lutter contre l’intégrisme et interdire tout recul critique de l’islam ?

 

En promulguant une telle loi, à savoir l’interdiction de dire du mal de la religion pour n’offenser personne, le droit français offrirait un tapis rouge à tous ceux qui rêvent de voir les lois de la République s’abaisser devant la loi religieuse. Et comment décider de ce qui relève de la religion de l’instrumentalisation de cette dernière, quand, dans l’islam, il n’existe pas de clergé ? Qu’est-ce qui empêchera d’interdire toute critique d’un dogme que d’aucuns auront décrété religieux ?

 

La France a dû attendre la Révolution française, puis la loi de 1905, pour s’affranchir de l’étau de l’Église. Ce fut une longue et difficile voie vers une République enfin débarrassée de toute pression. Qui ne voit comment les nouvelles démocraties arabes souffrent et risquent de mourir de ne pas avoir été sécularisées avant d’avoir connu la démocratie ? L’histoire de l’Iran, si brillamment dessinée par Marjane Satrapi, coupable donc elle aussi d’avoir dessiné Dieu dans "Persepolis", ne nous aura-t-elle rien appris ?

 

Amis musulmans, ignorez ces dessins

 

Mais, au-delà de ce délit de blasphème que certains tentent de rétablir en France, il est tout de même surprenant de voir les instances représentatives de l’islam, certes appeler au calme, mais charger tellement ces caricatures, que finalement si peu de musulmans verront un jour, qu’il convient de se demander s’il n’aurait pas été plus productif de les ignorer.

 

La réalité c’est que les musulmans de France, tout comme les chrétiens, les juifs, ou tout autre citoyen ont trois possibilités lorsqu’ils se sentent offensés : le mépris par l’ignorance, le recours à la justice ou encore la riposte proportionnelle si elle est légale.

 

Comment ne pas proposer aux musulmans de France de suivre à la lettre les recommandations d'Honoré, dessinateur à Charlie en 2007, qui préconisaient à ceux qui se sentaient souillés des conseils pétris de sagesse : “La réponse devrait être du même acabit. C’est-à-dire que Monsieur Boubakeur devrait apprendre à dessiner et faire des caricatures sur les athées qui nous feraient rire.” (à 17’54 dans la vidéo)

 


C'est dur d'être aimé par des cons 5 par hystsampeace

 

Les musulmans ne doivent pas se sentir persécutés. L’histoire de "Charlie Hebdo" montre que toutes les religions ont subi ses railleries. Et la religion catholique plus que les autres. Et c’est en exhibant les unes les plus abominables à son encontre que Maître Richard Malka avait fini par convaincre la justice de relaxer l’hebdo en 2007.

 

Ils ne doivent pourtant pas être dupes du climat qui pèse sur leurs épaules. Pour autant, la République et ses valeurs libérales ne doivent pas être un obstacle. Bien au contraire. La République protège la foi. Plus que tout autre. Mais elle protège de la même manière ceux qui ne croient pas. Libre à chacun d’entendre, de lire ou de voir ce qu’il souhaite. Sans contraindre. Personne n’est obligé de lire "Charlie Hebdo".

 

Aussi, en quoi la foi des uns peut être affectée par les dessins des autres ?

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19 septembre 2012 3 19 /09 /septembre /2012 09:52

Une du 19 septembre 2012 du journal satirique "Charlie Hebdo" (CHARLIE HEBDO/AFP).

 

"Charlie Hebdo" a donc encore frappé. Alors que l’actualité s’embrase autour de l’islam et d’un non-film anti-musulman monté au détriment de ses acteurs, l’hebdomadaire a décidé de mettre les pieds dans le plat. Après tout, quand on voit que même Véronique Genest a décidé d’apporter ses lumières (sic) au débat, on se dit que "Charlie" a toute légitimité sur la question. Ainsi, ce mercredi, sa une montre un musulman et un juif, dans un remake d'"Intouchables 2", qui proclament à travers le phylactère : "Faut pas se moquer."

 

Grimer Mahomet

 

En guise de teasing, sur son mur Facebook, l’hebdo avait tenu à préciser :

 

"Pour calmer le jeu après le film 'Innocence of muslims', 'Charlie' annonce avant tout le monde la sortie d''Intouchables 2' ! Également dans le journal, les paradis fiscaux de Bernard Arnault, les religieux qui s'engagent pour le mariage homo, et la presse lèche-cul qui remplace la presse d'opinion. Dès demain en kiosques !"

 

Comme cela fut le cas il y a près d'un an pour la sortie de "Charia Hebdo", qui aboutit malheureusement à un attentat sordideles réactions ne se sont pas fait attendre avant même qu'on ait pu apercevoir l’objet du délit. Car ce n’est pas tant la une qui fait trembler que la quatrième, sur laquelle les caricaturistes ont décidé de grimer Mahomet. Une fois de plus.

 

Comme en 2006, lors de la fameuse affaire dite des caricatures danoises. Et, comme en 2011, pour "Charia Hebdo" :

 

"Charia Hebdo", une de "Charlie Hebdo" du 2 novembre 2011 (CHARLIE HEBDO/SIPA).

 

Double discours

 

Les instances représentatives du monde musulman en France n’ont, comme souvent, même pas attendu de voir les caricatures pour monter imprudemment au minaret. Si le CFCM et la Grande mosquée de Paris appellent à la retenue auprès des musulmans de France, les deux condamnent sans ambiguïté "Charlie Hebdo", oscillant entre le double discours et la clarté obscurantiste.

 

Pour le double discours, nous appelons à la barre Mohammed Moussaoui, président du Conseil du culte musulman :

 

"Le CFCM condamne avec la plus grande vigueur ce nouvel acte islamophobe qui vise à offenser délibérément les sentiments des musulmans.

 

Le CFCM exprime sa profonde inquiétude face à cet acte irresponsable qui, dans un contexte très tendu, risque d’exacerber les tensions et de provoquer des réactions préjudiciables.

 

Le CFCM, profondément attaché à la liberté d’expression, considère que rien ne peut justifier l’insulte et l’incitation à la haine.

 

Le CFCM lance un appel pressant aux musulmans de France à ne pas céder à la provocation et les exhorte à exprimer leur indignation dans la sérénité par des moyens légaux."

 

Si Moussaoui appelle les musulmans de France à réagir dans la dignité, comment ne pas voir dans la condamnation exprimée l’huile sur le feu que lui-même semble voir dans la mine des caricaturistes – "islamophobe", "offenser délibérément", "acte irresponsable" et surtout "risque d’exacerber les tensions et de provoquer des réactions préjudiciables" ? À se demander si cette projection relève véritablement de la crainte…

 

D’autant que la suite est à ce point paradoxale qu’elle en dissimule un mensonge : comment peut-il être défenseur de la liberté d’expression tout en expliquant que des caricatures, qu’il n’a même pas vues, relèvent de l’incitation à la haine, sinon à vouloir rétablir le délit blasphème, abrogé après la Révolution française (à l’exception notable de l’Alsace-Moselle) ?

 

Hérésie républicaine

 

Dalil Boubakeur ne s’embarrasse pas de pareilles précautions. Pas de double discours chez lui : ilreproche même à la justice de ne pas avoir fait son travail en 2006, estimant que le blasphème devait être condamné en France – ce qui a le mérite d’être clair :

 

"Je regrette que l’incitation à la haine religieuse ne soit pas réprimée par la loi comme l’est l’incitation à la haine raciale. Nous avions fait appel au tribunal d’instance de Paris, après les caricatures qu’avait publiées 'Charlie Hebdo' en 2006, mais notre plainte n’avait pas été retenue."

 

Le recteur de la Grande mosquée estime qu’un tel interdit "pouvait donner un coup de frein à l’exacerbation que risque de provoquer la publication de nouvelles caricatures, après la diffusion de la vidéo sur le prophète qui est à l’origine de l’indignation générale du monde musulman".

 

Non content de rêver, nostalgique, de vivre dans une France où le blasphème serait puni par la loi, Dalil Boubakeur ajoute en outre l’amalgame à son hérésie républicaine : comment peut-on mettre sur le même plan un film clairement raciste, sans aucune qualité artistique, qui a manipulé les acteurs, à des fins clairement idéologiques, et des caricatures qui tentent simplement, dans le sillon d’une loi qui garantit la liberté d’expression, n’en déplaisent aux bigots, de dire que l’on peut critiquer les religions ?

 

Le blasphème est un droit

 

La réalité, c'est qu'en France, dans notre République, et il n'y a aucune raison que cela change, le blasphème est un droit. Je dirais même plus que, face à la connerie des intégristes qui veulent museler tout rapport critique avec la religion, il est un devoir.

 

Aussi, les interventions de Jean-Marc Ayrault et de Laurent Fabius sur la question, avant même la publication du numéro de "Charlie", sont tout proprement indignes de notre République.

 

Si le Premier Ministre a tenu à manifester sa "désapprobation face à tout excès, dans le contexte actuel", le ministre des Affaires étrangères, en visite au Caire, s'est dit pour sa part "contre toute provocation, surtout dans une période aussi sensible que celle-là". Sur i>Télé, il est même allé plus loin en n'hésitant pas à dire : "Je la condamne."

 

Mais de quel droit le gouvernement s'offusque-t-il de la pleine jouissance de la liberté d'expression et de la presse en France ? Quel scandale !

 

Ces réactions rappellent en substance la position inacceptable qu'avait eue Jacques Chirac en son temps, quand "Charlie" avait publié les caricatures danoises, affirmant :

 

"Les provocations manifestes susceptibles d'attiser dangereusement les passions. Tout ce qui peut blesser les convictions d'autrui, en particulier les convictions religieuses, doit être évité. La liberté d'expression doit s'exercer dans un esprit de responsabilité."

 

Très laïque, ce Monsieur Chirac, qui avait déjà fêté en grande pompe en 1996 la très laïque elle aussi célébration des 1500 ans du baptême de Clovis.

 

Différence entre caricatures et intégrisme

 

Quoi qu'il en soit, on ne peut pas accuser "Charlie Hebdo" de s'acharner sur l'islam, lui qui brocarde depuis des décennies les chrétiens, et qui, encore ce mercredi, met juifs et musulmans dans le même panier.

 

Mais alors, pourquoi répéter à l’envi ce que d’aucuns qualifient de provocation ? Parce qu’il y en a marre de voir des fous de dieu instrumentaliser des religions qui prétendent que l’amour du prochain et l’altruisme les guident. Il y en a marre de voir des croyants, pacifiques et laïques, se faire discréditer par une minorité d’abrutis qui n’ont rien d’autre à faire qu’à influencer sur la vie des autres. Il y en a marre de voir qu’à un film pourri qui ne répond même pas aux critères artistiques de la TNT (c’est dire) et à des dessins, on riposte par la violence, des attentats et des meurtres.

 

La grande différence entre les conséquences de l’intégrisme, qu’il soit catholique, musulman ou juif, et des caricatures, c’est que ces dernières peuvent se gommer. Pas les délits ou les crimes perpétrés indûment au nom de la religion.

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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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