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7 avril 2012 6 07 /04 /avril /2012 08:52

Les critiques n’ont cessé de pleuvoir sur Yann Barthès tout au long de sa campagne présidentielle. Il y eut d’emblée l’affaire de la voiture de François Bayrou qui avait mis en exergue l’insolente capacité des équipes du "Petit Journal" à tirer des conclusions un peu trop hâtives.

 

Puis arriva "l'affaire Mélenchon" qui tourna à l’affaire d’état sur la légitimité de la carte de journalisme pour l'équipe de Barthès. Enfin, l’on glosa à l’envi sur l’apparente complaisance dont le présentateur aurait fait preuve en recevant Marine Le Pen, qui aurait trop ri au goût de certains, ou encore Nicolas Sarkozy, dont on interpréta une parole pour en déduire que l’émission sentait fort le trucage.

 

Yann Barthès sur le plateau du

Yann Barthès sur le plateau du "Grand Journal" le 25 novembre 2009 (PATRICK KOVARIK/AFP).

 

En somme, il était temps que Yann Barthès retrouve la juste impertinence, ni trop gratuite, ni trop obséquieuse, pour s’assurer que l’esprit du "Petit Journal" n’était pas mort, comme certains l’avaient un peu trop précipitamment annoncé. Et de trouver, ou plutôt retrouver le ton juste.

 

Le retour du vrai Yann Barthès

 

Et force est de constater que pour la dernière émission de sa seconde série sur la présidentielle (vous suivez ? Pour toute contestation de cette formule alambiquée, adresser ses doléances auCSA…), on a retrouvé le vrai Yann Barthès. Celui qui décortique non sans humour, mais avec acuité, certaines anomalies ou autre subtilités que le profane ou le citoyen qui ne serait pas doté d’omniscience et d’ubiquité n’aurait pas su voir ou décrypter.

 

L’invité de ce vendredi 6 avril fut Julien Rochedy. Ce nom n’évoquera pas grand chose aux Français, puisque l’homme, qui représentait le FN vendredi soir, est président des FNJ, Le Front National de la Jeunesse, rebaptisé depuis "Les jeunes avec Marine", comme il existe par ailleurs les Jeunes avec Gollnisch dont le blog s’est miraculeusement éteint depuis un fameux 17 janvier 2011… Cette rupture avec le passé semble revendiquée et Julien Rochedy n’aura de cesse de le répéter… sans pour autant le démontrer.

 

 

L’entretien débuta, comme souvent lorsqu’un représentant du FN arrive sur un plateau télévisé, par la statue du commandeur en la présence de Jean-Marie Le Pen. Celui que l’on sort peu durant cette présidentielle et qui fera dire le jour même à une Marie-Christine Arnautu, vice-présidente du parti, hilare, en réponse à Mouloud "vous croyez qu’on peut l’cacher, vous ? même si on en avait eu la volonté ce ne serait pas possible", fut en effet approché sur la terrasse d’un café, niçois appelé… Le Negresco…. Cela ne s’invente pas. Perche tendue un rien tendancieuse certes du journaliste de l’émission auprès de Jean-Marie Le Pen à propos du nom du café, ce qui revient à demander à un aveugle s’il veut retrouver la vue. Et le président d’honneur du Front national de s’en donner à cœur joie : "comme on est pas raciste de ce côté-là, le Negresco ça ne nous gêne pas", avec un rire à faire froid dans le dos.

 

Le spectre de l'ancien FN qui plane

 

Interrogé sur l’ambigüité de l’humour noir du fondateur du pari, Julien Rochedy justifia alors la boutade en expliquant que s’il arrivait à en rire malgré toutes les fausses accusations qui lui avaient été faites (sic), c’était que ça allait sur la question. Pas sûr que le journaliste agressé lors du passage de témoin à Tours en janvier 2011 soit du même avis…

 

Chassez le passé, il revient vous hanter. Et c’est le spectre de l’ancien FN, "ancien" si l’on en croit les Marinistes, qui allait donc planer sur toute l’émission. Avec en suspens cette éternel questionnement : Peut-on rire de tout… et avec tout le monde pour reprendre la précision de Pierre Desproges.

 

Une odeur de soufre

 

Ainsi, un peu plus tard, sans doute amadoué par les images de sa propre personne, issues du site des Jeunes pour Marine, gentiment raillé par Barthès, ce sont d’autres images plus lourdes de sens qui furent exhumés et brandies sur la place publique.

 

C'est une vidéo en particulier qui fut pointée du doigt, elle qui montrait des séances de formation à l’intention de jeunes cadres du FN. Des jeux de rôles habituels en politique mais celles du FN ont toujours une odeur de soufre derrière elle, si on se souvient ceux dévoilés en audio par "Mediapart" et qui laissait entendre Dominique Martin, le Responsable national de la recherche de parrainages pour la présidentielle 2012, encourager les candidats du FN à être "bien démago" en blaguant sur les "Portugais (qui) font tout à la main, roulé sous les aisselles"… L’humour, toujours l’humour.

 

Et c’est vrai que l’on se marre bien au FN. Le problème, c’est que cela s’inscrit sempiternellement dans une déclinaison sans fin sur le même thème. Un rien lancinant.

 

La cible du FN : "Mehdi Schwartzenberg"

 

Cette fois-ci, c’est Nicolas Bay, président du groupe FN au Conseil régional de Haute Normandie, qui s’y essaie. Une figure encore méconnue du grand public, mais qui à 34 ans, porte l’espoir de devenir un grand auprès de Marine Le Pen.

 

Le début du montage est assez classique et montre les astuces rhétoriques propres qu’il convient d’user en débat politique, comme la coupure de parole dans les blancs pour ne pas se montrer impoli. Mais ce sont les véritables simulations de débat qui ont intrigué "le Petit Journal", et notamment l’un d’entre eux qui imagine un journaliste face à un militant PS, ce dernier baptisé pour l’occasion "Mehdi Schwartzenberg", provoquant l’hilarité du public assistant à la séance, et qui fait dire à celui qui joue le rôle : "Ça c’est dur".

 

Oui, qu’il est drôle pour les jeunes du FN et dur pour celui qui en porte le nom, même d’emprunt, de voir réunies les deux angoisses du parti, celle du présent "Mehdi", qui rappelle tant les "Mohamed Merah dans les bateaux" et celle du passé "Schwartzenberg" qui rappelle les errances du "détail" du père fondateur. Alors on rit, et on en rit à gorge déployée.

 

Le visage de Julien Rochedy se crispe alors. Et on le comprend. Il sent que la partie qui fut si plaisante pour sa présidente lui sera moins agréable à vivre. Il se justifie en disant qu’ils caricaturaient un parti. Ce qui revient à dire que porter le nom de "Mehdi Schwarzenberg" revient à caricaturer le PS. Intéressant, non ?

 

Julien Rochedy, sur un plateau de

Julien Rochedy, sur le plateau de "Chac" sur TMC le 23 novembre 2011 (BALTEL/SIPA).

 

Retour au jeu de rôle, où le débat s’égare à présent sur des attaques (simulées toujours) sur le passé des "deux personnages" qui fit dire à l’un d’eux : "Ils étaient dans les camps, mais ils n’avaient pas le vertige". Qui n’aura pas "goûté" ici une variation sur le thème de la fameuse blague : "Mon grand-père est mort dans les camps… il est tombé d’un mirador". Et le spectre de l’antisémitisme de revenir au grand galop quand Marine Le Pen ne cesse de vouloir le chasser à grands coups de sophisme comme "les camps nazis sont le summum de la barbarie", ce qui est la moindre des analyses ou encore lesrendez-vous pour le moins piégé avec l’ambassadeur d’Israël.

 

Panique et esquive

 

Cette fois-ci, Julien Rochedy est plus grave. Son ton est plus lent, comme s’il cherchait comment pouvoir se sortir d’une telle situation.

 

Il tente alors l’esquive, en prenant la piste de l’hébergement de la vidéo et rappelle, le site du FNjeunesse n’existe plus. Mais en quoi cela change-t-il la donne puisque le compte Dailymotion, lui, existe toujours et abrite ces vidéos tournées cet été lors des universités d’été de Nice par les Jeunes avec Marine ? Il explique que celui qui gère cette page n’est plus au Front national… tout en précisant ensuite que cette vidéo sera supprimée très rapidement. Ah oui ? Mais Julien Rochedy prétendait dans la proposition précédente que la page était gérée par quelqu’un qui n’était plus au Front national…

 

Sommé de dire si cette blague de mauvais goût le choquait, le président des jeunes pour Marine paraît comme sonné, embrouillé "oui un petit peu, je ne l’avais pas vu et ça ma choque un… ". Voyant que la répétition du "un petit peu" allait sonnait trop lourd, il s’arrête puis reprend d’un grave et sans ambigüité : "ca me choque".

 

On ne peut plus rire de tout

 

La fin des explications en est risible puisque Julien Rochedy dit qu’il veut bien que l’on ne parle plus de la Seconde guerre mondiale mais que ce sont les journalistes qui amorcent le sujet. Barthès lui explique que la vidéo amène tout de même à se poser légitimement des questions. Ce que le président des Jeunes pour Marine concède, non sans avoir tenté, encore une fois, de prétendre que le compte Dailymotion des FNJ était indépendant des Jeunes pour Marine avant de concéder le même aveu que précédemment "la vidéo sera supprimée tout de suite". Ce qui revient à dire que les deux entités sont bel et bien liées. D’ailleurs samedi matin, Le compte Dailymotion du FNJnational n’hébergeait plus que 8 vidéos

 

Qu’on se le dise, même au FN on ne peut donc pas rire de tout. Ou plus rire de tout, c’est selon.  

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  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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