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8 décembre 2011 4 08 /12 /décembre /2011 19:35

Après une rentrée assez timide pourtant marquée par la sortie d’un livre qui posait les premières pierres de son projet présidentiel, François Bayrou est définitivement de retour. Aujourd’hui, son annonce de candidature, faite avec sobriété mais gravité, avait des relents d'un de Gaulle en 1958. Un lancement effectué avec la solennité nécessaire pour faire de cette campagne non une foire aux promesses mais une rencontre authentique avec les Français, sur la voie de la vérité.

 

François Bayrou lors de la présentation de sa candidature à la maison de la chimie le 7 décembre 2011 (J.DEMARTHON/AFP)

 François Bayrou lors de la présentation de sa candidature à la maison de la chimie le 7 décembre 2011 (J.DEMARTHON/AFP)

 

Longtemps assimilé à la danse du Centre, alors que lui-même avait dit que Borloo, Morin et De Villepin (puisque les medias se sont entêtés à placer au Centre le vilain petit canard de la planète Sarkozy) seraient autant de baudruches qui se dégonfleraient, il donne cette impression d’avoir été lucide, comme le rappelait Nicolas Domenach mercredi midi sur le plateau de la "Nouvelle édition"sur Canal + :

 

Bayrou visionnaire 

 

 

Mais comme c’est souvent le cas lorsqu’il rentre dans le vif du sujet, ses adversaires se rappellent à leur bon souvenir, histoire que le Béarnais ne tire pas trop la couverture à lui. Prenez les européennes par exemple. A l’époque, François Bayrou surfe sur le succès en librairie de son brûlot à l’encontre de la politique de Nicolas Sarkozy, "Abus de pouvoir". Le MoDem atteint alors14% d’intention de votes à deux semaines du scrutin. A tel point que Marc Vasseur, blogueur de gauche et ancien élu PS se laisse aller à un commentaire qui fera date :

 

"A 15 jours des européennes, je crois qu’on peut déjà pronostiquer un grand vainqueur, François Bayrou alors que paradoxalement lui-même n’est pas candidat pour le Parlement Européen. Et on aurait tort de croire qu’il s’agit d’un nouveau feu de paille, je pense qu’on est dans la continuité des présidentielles de 2007."

 

Pendant deux semaines, ses adversaires vont pourtant s’acharner, parfois l’attaquant à la limite de l’ad hominem

 

L'évangile selon Cohn Bendit  

 

Echec et mat. Le MoDem obtient seulement 8% des voix et entre véritablement de plain pied dans le désert qu’on lui avait promis deux ans auparavant.

 

La dictature du bipartisme

 

Cette fois-ci, il n’aura pas fallu attendre trop longtemps. Quelques jours après l’émission de TF1 où il rappela à tous ce qu’il avait déjà moult fois annoncé, à savoir qu’il allait annoncé sa candidature à la présidentielle, après les rappels paternalistes de Juppé ou les appels du pied sous la table de François Hollande et encore après deux sondages où sa hausse était confirmée (ici et ), les coups bas peuvent commencer.

 

Car l’attaque-t-on sur son programme ? Sur son analyse de la situation ? Sur sa lucidité et le caractère visionnaire que revêt sa campagne de 2007 ? Bien évidemment que non. Et quand les arguments de fond manquent, restent toujours les munitions rhétoriques qu’il faut cibler sur le seul point faible de François Bayrou : son positionnement politique.

 

Et si c’est un point faible ce n’est pas tant de son fait que de la faute d’une dictature de la pensée qui s’est imposée en France depuis la Vème République et de manière plus violente depuis la création de l’UMP en 2002 : le bipartisme.

 

Impossible d’être nuancé, d’avoir une position singulière, de proposer une troisième voie quand chacun de vos propos, aussi précis et rigoureux soient-ils sont conditionnés à la seule question qui semble passionner les médias : dans quel camp êtes-vous ? Le crétinisme bipartite dans toute sa splendeur.

 

Et mercredi matin, alors que François Bayrou préparait encore son annonce officielle, la contre-attaque se préparait en coulisse. Faire glisser François Bayrou sur la gauche ne suffisait pas ? Prétendre qu’il se vendrait au plus offrant pas davantage ? Qu’à cela ne tienne. Cette semaine, on dira que François Bayrou est de droite ! On entend souvent, assez béatement que l’on ne sait pas où François Bayrou se positionnemais il serait temps de savoir surtout où ses adversaires veulent bien le (dé)placer.

 

Dans les colonnes du "Monde", Nadine Morano lançait les premières hostilités en déclarant que François Bayrou faisait partie de sa famille politique. A la question de savoir s'il se trouvait toujours dans la majorité, Nadine Morano a répondu : "ça dépend des fois". "Il y a des fois où il nous soutient, il y a des fois où il est critique virulent, il y a des fois où il est un peu moins critique."

 

Mais allez expliquer à la clairvoyante et la si cultivée Madame Morano que personne ne détient la vérité absolue et que par la force des choses, parfois vous avez raison et on vous le dit, et parfois vous faites fausse route et on vous le dit aussi… Difficile d’élaborer une pensée rigoureuse quand le reflexe reptilien s’épanouit dans le manichéisme primaire.

 

Gauche ou droite ?

 

Dans la même inflexion, Christian Jacob, Président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, interrogé par des journalistes d’I>télé dans un reportage, et sommé de dire pour qui François Bayrou penchait, sortit un "ben d’après vous…" lourd de sous-entendus quand le commentaire précédent plaçait le curseur à droite. Bruno le Roux, député PS de Seine-Saint-Denis argumenta bien davantage : "Il a encore un centre de gravité qui penche beaucoup à droite. Il pourrait sur certains sujets de société se rapprocher de nous." Ah oui ? Sur les sujets de société ?

 

François Bayrou s’est prononcé pour l’homoparentalité. Il s’est déclaré pour le vote des étrangers aux élections locales. Il continue de vouloir un service public de qualité en refusant de continuer la sinistre suppression automatique des postes de l’Education Nationale organisée par la droite sans pour autant céder aux sirènes de la démagogie en promettant 60.000 postes. Faut-il donc qu’il se déclare pour la légalisation du cannabis pour espérer entendre qu’il penche davantage à gauche ?

 

On se souvient déjà qu’aux Journées de l’Espoir à gauche à l’été 2009, organisées à Marseille par Vincent Peillon, Marielle de Sarnez avait détonné en montant à la tribune ce qui fit dire à Patrick Menucci : "Finalement, il faudrait mettre Marielle de Sarnez à la place de Martine Aubry !"

 

Plus récemment, le sondage publié aujourd’hui même par BVA montre un François Bayrou à 9%. Plus intéressant encore pour notre propos, l’analyse des reports de voix montre que les électeurs qui choisiraient François Bayrou au 1er tour, seraient, au second, en cas d’un affrontement entre Hollande et Sarkozy, 52% à pencher pour le candidat PS, contre seulement 22% à choisir le candidat UMP et 26% à s’abstenir. Et l’on dira encore que la famille politique du MoDem et de François Bayrou penche à droite ?

 

Pour autant, il ne faudrait pas céder à un réflexe pavlovien. Et, bien au contraire, faire preuve de pédagogie puisque malgré les faits têtus, on continue de proposer des préjugés au lieu de distinguer les nuances. Car certains continuent de dire que, malgré toutes les bonnes intentions du Président du MoDem, il n’y a pas la place et il n’y aura pas assez d’hommes pour lui permettre de mener à bien son projet. Encore une fois malgré les preuves qui montrent tout le contraire. Plus dela moitié des Français déclarent ne faire confiance ni à la droite, ni à la gauche pour gouverner le pays

 

Un tiers refuse de se positionner sur un axe gauche-droite. Largement de quoi donc arriver au premier tour de l’élection présidentielle, voire d’être en position de force pour l’emporter. D’autant qu’en 2007, François Bayrou était donné gagnant en cas de deuxième tour aussi bien face à Nicolas Sarkozy que face à Ségolène Royal. Le plus dur reste donc d’atteindre ce fameux deuxième tour pour ne pas perdre le Nord.

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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