Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
"Un pays uni, rien ne lui résiste." Plus qu’un slogan, une promesse. François Bayrou tente de garder le cap dans la tempête. Alors que la France vient d’avoir la confirmation de sa situation critique, en perdant son fameux triple A, le bateau de la présidentielle pourrait prendre une autre direction.
François Bayrou lors du Conseil National du MODEM, le 26 novembre à Paris (CHAMUSSY/SIPA)
Repoussés par les quarantièmes rugissants, portés par un puissant zéphyr, ou bien encore noyés par la puissante marée, les candidats n’auront pas toujours leur destin entre leurs mains.
Bayrou, le plus solide des candidats
Et François Bayrou, en vieux loup des mers, est de loin le plus expérimenté. Car il a fait de la résistance l’essence même de sa carrière politique. Au moins durant la dernière décennie. Mais au-delà de cette carapace qui s’épaissit de semaines en semaines, pourquoi semble-t-il poussé par des vents aussi porteurs ?
Le mythe de la puissance mystique viendra certainement alimenter les débats. La légende s’est ébruitée de ports en ports. Certains par pur persiflage, d’autres pour inverser le cours d’une élection qu’ils ont fini par remporter en déroulant le tapis…vert. Et Nicolas Domenach de puiser dans les confidences et les souvenirs pour évoquer cette confiance en soi, qui habite tous les hommes politiques, qui rendent ces hommes-là si confiants, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les hommes du commun (pour parodier le joujou du pauvre de Baudelaire, évocation que je me dois de souligner en ces temps de suspicions intenses sur toute intertextualité…).
Lévangile selon Cohn Bendit - la vierge et St... par snoopyves1
Arrogance ou piété déraisonnable ?
Aucune des deux. Si François Bayrou a toujours cru que son destin politique passerait nécessairement par la présidentielle, ce n’est pas tant en raison d’un rapport religieux à la chose mais parce que le Béarnais a compris, sans doute mieux que tout le monde, comment fonctionnaient les arcanes de notre cinquième République, surtout depuis l’inversion du calendrierinitiée par Lionel Jospin.
La présidentielle engendre depuis deux lustres déjà le résultat des législatives. Les Français ont besoin de cohérence et ils n’ont jamais hésité à accorder leur confiance au président qu’ils avaient fraîchement élu, même quand une majorité d’entre eux l’avaient fait par dépit comme au deuxième tour de 2002, qui offrait Jean-Marie Le Pen pour compléter l’alternative.
Une fois le président et l’assemblée décidés, il n’y a guère d’illusion pour espérer peser sur le débat public. Les hauts sièges discrets de l’Assemblée n’offrent que des strapontins pour apercevoir le spectacle pathétique des affres du crétinisme bipartite, en aucun cas une tribune royale pour être l’acteur des débats.
Sans présidentielle, point de salut. Que les camelots adeptes du mercantilisme en guise de discours politique remballe leur rhétorique vieillie et inopérante : à moins de négocier comme l’ont fait les Verts en vue des législatives quitte à stériliser la candidature d’Eva Joly, négociations qui ne fait pas honneur à notre démocratie, la volonté de marquer, et surtout de remporter la présidentielle ne relève pas d’une lubie ou d’une arrogance forcenée, mais d’un impératif pour celui qui croit.
Qui croit que la vérité de jaillit pas de l’hydre bipartite.
Qui croit que l’efficacité ne peut être le fruit d’une querelle stérile entre deux partis, aussi hégémonique veuillent-ils être.
Qui croit surtout que la crise se régale de l’affrontement manichéen qui oppose clan à clan les Français quand seule l’union peut faire la force.
Et qui d’autre que François Bayrou peut s’enorgueillir d’incarner celui qui a résisté à cette vision abêtissante de la politique ? Celui qui s’est opposé à ce que Jacques Chirac, pourtant élu avec au moins autant de voix de gauche que de voix de droite en 2002, crée un parti unique qui tuait toutes les sensibilités, quitte, a-t-on appris cette semaine, à user et abuser d’arrogance ?
Celui qui a refusé de prendre parti au soir d’un premier tour, en 2007, qui l’avait vu tout de même rassembler presque 7 millions de voix, entre une candidate qui ne croyait pas elle-même en son programme, et un candidat avec qui, et c’est sans doute plus grave, bien plus grave, il ne partageait aucune valeur, comme il l’expliqua dans "Abus de pouvoir". Un ouvrage que Manuel Valls, responsable de la communication de la campagne de François Hollande aurait pu écrire, lui et tout le PS, à en croire ses confidences récentes chez Ruquier ?
Valls aurait signé Abus de Pouvoir par snoopyves1
Celui qui a refusé de céder aux sirènes des maroquins quand d’autres ont accouru en moins de temps qu’il n’en faut pour l’écrire ? On a souvent glosé sur ceux qui quittaient François Bayrou, en prétendant qu’il devait les faire fuir, quant il eut fallu en déduire que certains préféraient troquer des valeurs qu’ils empruntaient, déjà, en quête d’un eldorado, pour d’autres rives qui leur étaient tout aussi étrangères mais tellement plus concrètes en termes de titres de gloire. Présentez moi mes chapeaux à plumes et dites-moi quelle sera ma solde et je vous dirai ce que je pense…
La constance est la moindre des qualités que l’on peut attribuer à François Bayrou. Et l’acte de résistance qu’il a signé et porté avec force et courage, même dans le désert qu’on lui avait prédit, a, pardonnez-moi l’expression, « de la gueule », à l’heure où certains, après s’être goinfré pendant des années, menacent d’entrer en dissidence parce qu’on ne cède pas à leur caprice, ou parce qu’ils ont décidé depuis belle lurette qu’ils allaient construire leur pensée ailleurs, histoire d’être davantage en cohérence avec leur conscience.
Fi des discours de façades qui prostituent les convictions profondes, mais qui construisent astucieusement les carrières. Fi des éléments de langage qui puisent leur force dans la mauvaise foi pour discréditer l’autre car dans ce monde pavlovien, on est tout pour ou tout contre, et si rarement dans la nuance.
Un acte de résistance
L’avenir de la France ne se fera pas dans la séparation constante des Français. Et certains ont le beau rôle de le reprocher, certes avec raison, au Front national, quand eux-mêmes ne sont pas avares de cette politique manichéenne : les riches contre les pauvres, les pauvres contre les plus pauvres, les employés contre les patrons, le privé contre le public.
Dans un monde de crise, on trouve toujours un âne à qui attribuer la responsabilité de la transmission de la peste, notre peste, la crise économique. Nous portons tous une part de responsabilité, et la course au bouc émissaire n’a pas de sens quand on doit tous se serrer les coudes pour avancer ensemble.
"Un pays uni, rien ne lui résiste", proclame François Bayrou pour montrer la voie, lui qui répondait à ceux qui hurlent au loup en promettant de grands soirs dans son livre "2012 Etat d’urgence" en citant George Orwell : "En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire."
Plus qu’une candidature à la présidentielle, le projet de François Bayrou est un acte de résistance à une pensée manichéenne qui nous a envoyés droit dans le mur. Les solutions hémiplégiques n’ont pas de place dans un pays en crise. Pour qu’enfin, celui qui résiste voit l’union qu’il prévoit pour son pays devenir irrésistible.