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7 août 2012 2 07 /08 /août /2012 09:39

François Bayrou lors de la présentation de son agenda politique 2012-2020 (L.BONAVENTURE/AFP)

 François Bayrou lors de la présentation de son agenda politique 2012-2020 (L.BONAVENTURE/AFP)

 

Alors que l’été ensorcelle les citoyens en sommeil, en distillant ses (rares) rayons de soleil pour les plonger dans une torpeur méritée après une année si agitée, les vice-présidents du MoDem appliquent à la lettre les recommandations de leur chef. Au dernier Conseil national, le 30 juin dernier, François Bayrou leur avait passé le relais… Sans pour autant laisser vacante la présidence du mouvement contrairement aux rumeurs qui avaient circulé après sa défaite aux législatives :

 

"Les déclarations ne servent plus à rien : ce que nous avions à dire a été dit. Les Français l’ont acté qu’ils l’aient suivi ou pas. Mais désormais c’est le réel qui va trancher. Le réel qui va être plus éloquent que tous les discours. J’ai donc envie de ne plus être en première ligne pendant les mois qui viennent. Je ne sais pas combien de temps durera cette période. Je continuerai à exercer une fonction de président c’est-à-dire en charge des grandes orientations du Mouvement qui est le nôtre."

 

Et le Béarnais d’en conclure :

 

"Je demanderai aux vice-présidents d’assumer leur fonction de médiation, c’est-à-dire de présence en première ligne médiatique, car il va falloir que notre présence soit incarnée."

 

Pour autant, on attendait que les cadres du MoDem s’expriment sur les sujets qui ont agité la classe politique cet été, comme l’affaire des heures supplémentaires dont la fiscalisation a failli être rétroactive, le plan de licenciement de PSA, ou bien encore l’ouverture du mariage aux homosexuels sur lequel Dominique Bertinotti, secrétaire d’État déléguée à la famille, a reconnu jeudi 2 août sur Europe1 que le débat promettait d’être animé. Mais il n’en fut rien ou si peu.

 

Une question de survie

 

Au contraire, c’est sur la stratégie du MoDem que se répandent ceux dont on attendait du fond et qui finalement se singularisent sur la forme. Une vétille pour les Français. Une question de survie pour un mouvement qui a connu un échec retentissant lors des dernières élections légilatives, avec notamment la défaite de son créateur.

 

Le premier à lâcher les chevaux fut Robert Rochefort. Et quoi de plus normal quand on sait que l’homme a cru jusqu’au dernier moment que Jean-Marc Ayrault allait faire appel à lui pour composer son gouvernement. La rumeur dit même qu’il avait fait ses cartons dans son bureau de Bruxelles. En accordant un entretien au quotidien "La Croix", il n’a fait que reformuler ce qu’il avait déjà exprimé par ailleurs : il est disponible pour participer à l’action gouvernementale si jamais l’on voulait faire appel à lui, comme il l'explique lorsqu'on lui demande si le MoDem pouvait travailler avec François Hollande :

 

"La réponse est oui. Il y a suffisamment de questions importantes pour trouver des points de rencontre. C’est dans l’intérêt de la France que François Hollande élargisse son équipe. Nous sommes la première pièce politique disponible pour son élargissement. (…) Les possibilités sont là, il faut juste que François Hollande exorcise sa peur de mécontenter Jean-Luc Mélenchon."

 

On ne saurait être plus clair. Si clair que d’autres vice-présidents au MoDem ont peu goûté le met proposé par Rochefort, c’est le moins que l’on puisse dire. Jean-Marie Vanlerenberghe a même exprimé, avec la retenue rhétorique qu’il convient en pareille situation, histoire de ne pas faire croire que l’on lave son linge sale sur la place publique, un profond désaccord, et, bien au-delà un désengagement du mouvement dans un tel désir :

 

"J'appelle Robert Rochefort à plus de prudence : il ne peut s'exprimer qu'à titre personnel, notre dernier conseil national n'ayant jamais validé un rapprochement avec la gauche. Au nom du MoDem, je suis d'ailleurs en contact avec d'autres centristes pour, je l'espère, créer une formation politique libre et indépendante."

 

La situation pourrait désoler les militants du MoDem. Elle n’en demeurait pas moins inéluctable.

 

Le fameux conseil national auquel fait référence le sénateur et ancien maire d’Arras avait délivré les clefs à ceux qui avaient pu y assister. Dans son allocution liminaire et dans tous les discours qui suivirent, François Bayrou avait composé la problématique et éludé l’énigme :

 

"Réfléchissez aux alliances, je suis en accord avec cela. Est-ce que ces alliances doivent être dans un seul sens ? Alors on entendra des gens qui pensent que réellement il faut franchir le pas et aller à gauche, des gens qui pensent que maintenant il faut vraiment franchir le pas et aller à droite, on discutera, on débattra de ce sujet. Vous pensez bien que tel n’est pas mon sentiment. Abandonner notre idée que la bipolarisation est nuisible pour la vie politique française, me paraîtrait une faute à l'encontre de l’idée que nous nous faisons du pays. Cela ne veut pas dire qu’on ne peut pas s’entendre."

 

Une équation impossible

 

Même si la démarche de Robert Rochefort, fidèle à celles de Jean-Luc Bennahmias, et Jean-Marie Vanlerenberghe, puisent leur vie dans la même sève, à savoir admettre que les vélléités maintes fois déclinées par le MoDem de créer une troisième voie libre et indépendante ont échoué – compte-tenu de nos institutions et de son calendrier –, comment peuvent-elles se coupler au sein d’une même formation ? Équation impossible, utopique même, à laquelle tente de se raccrocher François Bayrou.

 

Le président du MoDem a d'ailleurs balayé d’un revers toute tentative visant à contredire sa ligne politique, sa destinée :

 

"Mais moi tant que je serais vivant, je ne renoncerais pas à l’idée que notre courant politique n’est pas soluble dans l’un ou dans l’autre des deux camps."

 

Et l’homme du Béarn d’occulter les débacles électorales. Des péripéties à l’entendre :

 

"Moi, comme homme, je dis qu’il faut être de la race des de Gaulle et des Mendès et des Churchill et de ceux-là. Que ce qui compte, ce n’est pas tant l’intérêt, si c’était l’intérêt on avait autre chose à faire. Ce qui compte c’est : est-ce que tu es enraciné dans la vérité de ce que tu crois et de ce que le pays attend ? Alors, si tu es enraciné dans ce que tu crois, et dans ce que l’Histoire va imposer, alors va au combat, prends tous les risques, va jusqu’au bout et qu’est-ce que ça peut foutre après tout qu’électoralement, momentanément, cela soit une difficulté ? Qu’est-ce que ça peut faire ?"

 

Le verbe est haut. La tribune émeut provoquant alors un tonnerre d’applaudissement. L’envolée touche la grâce. Mais le politique n’atteint pas en pragmatisme, même pas de la pointe de la plume, le poète.

 

Qu’est-ce ça peut faire à ceux qui ont été de la chair à candidats, et j’en fais partie (j'étais candidat aux législatives dans le Nord), et qui se sont ramassés, faute d’un leader assez humble pour prendre son téléphone et expliquer qu’il allait soutenir Hollande ? On aurait dit : "il est passé à gauche" rétorque-t-il lors du même conseil national : la belle affaire !

 

Qu’est-ce ça peut faire à ceux qui ont cru que le MoDem voulait faire de la politique autrement ? Qui faisait qu’une idée n’était pas de droite ou de gauche mais qu’elle n’était que parce qu’elle était au service des Français ? Qui voulait redonner au citoyen sa force de décision politique en replaçant le Parlement à sa juste place, celle qui décide ?

 

Bayrou, l’éternel incompris 

 

 

À quel moment Bayrou a-t-il tout fait pour sanctifier l'élection présidentielle, la rencontre d’un homme et son peuple, renonçant à l’audacieux pari d’une Ve République, se réconfortant dans la promesse d’un destin qui tenait au mysticisme ? Tout, dans le programme du MoDem et dans ses valeurs, dirigeait Bayrou vers un régime parlementaire quand il n’a proposé, en guise de programme, que le gage de n’avoir été qu’un Cassandre soi-disant visionnaire. Un titre honorifique, point de programme en cette reconnaissance. 

 

Qu’est-ce ça peut faire à ceux qui ont travaillé au siège, et qui, au moment de faire les bilans, se sont faits remercier sans même que François Bayrou et Marielle de Sarnez n’aient daigné affronter de face la réalité de LEUR échec ?

 

Derrière l’ombre de président de MoDem se cache en vérité celle d’Alfred de Vigny chez François Bayrou. Sainte-Beuve avait décrit le poète, reclus seul dans sa tour d’ivroire, en philosophe reculé du monde, engendrant ses plus belles oeuvres. François Bayrou n’est pas différent. Philosophe face au sophiste Nicolas Sarkozy, il a fait jaillir de sa plume l’encre de la fureur dans la justesse, dénonçant comme aucun autre les affres de l’enfant barbare dans "Abus de pouvoir".

 

Mais l’homme est une hydre à deux têtes. Vigny laisse sa place à Mallarmé qui s’appitoie auprès d’Eugène Lefébure en juillet 1865 :

 

“Si tu savais quelle douleur j’ai quand il me faut délayer ma pensée et l’affaiblir, pour qu’elle soit intelligible, de suite, à une salle de spectateurs indifférents”.

 

Bayrou, l’éternel incompris. Trop supérieur pour le scutin universel. "Pour lui, l’idéal serait d’être nommé", me confiait récemment un collaborateur du mouvement. L’élu d’ailleurs choisi par le commun des mortels, le mystique n’en finit plus de dire, qu’un jour ou l’autre, le monde reconnaîtra qu’il avait raison :

 

"Désormais c’est le réel qui va trancher. Le réel qui va être plus éloquent que tous les discours. (…) C’est pourquoi la période de silence que je vais traverser avec plaisir dans les mois qui viennent, elle doit mis à profit pour approfondir, pour que les gens au fond se demandent si ce que nous auront à dire de l’avenir quand ils auront découvert que c’était nous qui disions la vérité."

 

Entre temps, le MoDem reste attaché à SA destinée, celle de son président, les tentatives de dépassement étant vite absorbées pour l'"intérêt commun". Prétexte pour museler tout le monde. Comme d’habitude.

 

Entre fan club et idéologie égocentrée, le MoDem s’abime et se déchire. Car il est une certitude, Monsieur Bayrou, ne vous en déplaise :  non, assurément non, dans de tels antagonismes, nous ne pourrons pas nous entendre. 

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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