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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 07:50

Lundi soir, France 2 consacre son prime aux séries américaines. Mais ce lundi 1er juillet, le show a commencé un peu en avance, peu avant 20h30. Et un acteur, déjà connu et réputé, a pu y faire montre de tout son talent et de tous ses charmes, au sens étymologique du terme. Disons-le tout net : Bernard Tapie a envoûté David Pujadas, et osons-le mot il a empapaouté toute la France devant nos yeux hypnotisés.


tapie2.jpg

 

Il a fallu le voir arriver, le regard froid, visiblement avide d’en découdre. Jadis invité par Paul Amar à défier Jean-Marie Le Pen avec une paire de gants sur le bureau, ce qui avait valu la porte pour le journaliste, Tapie n’avait pas pris une ride depuis 1994. En tous cas dans son jeu.

Le couteau entre les dents, prêt à mordre, il a mené l’entretien à sa guise malgré un David Pujadas qui a tenté tant bien que mal d’être pugnace. Mais que vos la défense d’un petit agneau quand le vautour déploie ses ailes, avec fureur ? Bernard Tapie n’aura de cesse durant toute la première partie de l’entretien de ressasser l’histoire d’Adidas et du Crédit Lyonnais afin de se victimiser.


Un seul objectif : la victimisation


Le spectateur n’avait d’autres choix que de s’apitoyer sur le sort de ce pauvre millionnaire à qui on a acheté une société pour 2 milliards pour la revendre 2 de plus dans un même élan au nez et à sa barbe. Devant ses épinards sans beurre, le smicard tombe dans l’empathie et c’est bien normal : que d’emphase, quel talent pour conter, quelle maestria pour demander à ne pas être interrompu.

Il faut rendre justice à Bernard Tapie : les mauvaises langues ont souvent expliqué qu’il avait combattu Jean-Marie Le Pen en employant la même rhétorique et la même démagogie. Ce n’est pas juste : c’est à la fille du Patriarche que l’on pense en l’entendant. Fermez les yeux, et vous entendrez la l’héritière de Montretout dénoncer "Télé bolcho".

Affuté comme jamais, il a sillonné avec grâce dans le hors piste, ressassant les prémices de l’affaire quand ce pour quoi il a été mis en garde à vue ne concerne que le jugement de l’affaire, pas son fond.

En réalité, Tapie a tenté de noyer le poisson hier, hurlant au complot, dénonçant la cabale des journalistes, et crachant sur la "France de la haine". Ironique quand on emploie la rhétorique de Marine le Pen.

Monsieur Bernard Tapie a tout faux. Et il le sait très bien. Ce n’est pas la « France de la haine » qui le pourchasse : c’est la France de la vérité. La France de la justice. La France de la probité. Celle qui n’accepte pas que l’on ait décidé de faire fi du pouvoir judiciaire, la justice des citoyens, pour précipiter un tribunal arbitral des plus contestables. L’affaire "Tapie" n’avait que trop duré ? Mais il en est de même pour tout scandale financier de cette importance. Alors pourquoi Monsieur Tapie aurait-il été traité d’une autre manière.  

 

Naïf pujadas ?


C’est aussi cette France en crise qui n’accepte pas que l’on ait pu débourser sur les deniers publics 402 millions d’euros, destinés en partie  à couvrir la dette fiscale de l’homme d’affaire. L’autre partie, tout aussi généreuse lui aura permis de rebâtir en un coup de mains l’empire qu’il avait exhibé avec indécence pendant des dizaines d’années.

Mais le plus grave dans l’affaire n’est pas la démonstration de force de Bernard Tapie, qui, en soi, n’a surpris personne. Le plus grave, c’est que David Pujadas ait accepté de l’invité. Accepté de lui offrir une tribune unique pensant que sa pugnacité suffirait à le faire trébucher.

Naïf Pujadas.

 

tapie-copie-1.jpg

Que s’est-il passé hier soir ? Tapie a décliné ce qu’il sait le mieux faire : l’homme traqué qui doit se défendre. La victime sommé de clamer son innocence : un rôle sur mesure qui lui permet de sortir, tel le prestidigitateur la faute d’orthographe sur "Estoupe" qui le disculpe. Hercule Poirot est invoqué sur le plateau du JT…

Ceux qui sont persuadés qu’il n’est pas victime du "complot" qu’il dénonce en seront pour leurs frais. Ceux pour qui le mot complot déclenche des élans d’empathie seront plus déterminés que jamais pour le croire comme la victime. Et c’est là que le bât de Pujadas blesse : ce sont les mêmes qui, lors de la législative partielle, aurait malgré tout voté Cahuzac, et qui l’ont même fait pour certains puisqu’on a retrouvé des bulletins portant son nom durant le dépouillement.

 

Cachez ce manipulateur que je ne saurais voir


Quoi que dise Tapie, quoi que la Justice démontre ou décide, quelle que soit les preuves accablantes que l’on pourra détenir, le charme (au sens étymologique) de cet homme consiste à trouver le moyen infaillible de paraître plus blanc que blanc auprès d’une partie de la population. C’est ainsi. Et sans doute la meilleure des choses à faire est de ne surtout pas lui donner la chance de s’expliquer sur un 20 heure devant une telle audience acquise à sa cause.

Certains crieront au déni de démocratie : ils ont tort. Tapie peut parfaitement s’exprimer et il le fait : il a publié un livre et a même ouvert un site internet pour se disculper. Il répondre aussi aux juges. Preuve qu’en démocratie on peut parfaitement s’exprimer librement : et Tapie sait mieux que quiconque en utiliser tous les arcanes. Il n’y avait nul besoin donc de rajouter un 20h sur France 2. Nul besoin. 

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  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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