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4 juillet 2012 3 04 /07 /juillet /2012 09:29

Jean-Marc Ayrault lors son discours de politique générale à l'Assemblée nationale le 3 juillet 2012 (CHESNOT/SIPA).

 Jean-Marc Ayrault lors son discours de politique générale à l'Assemblée nationale, le 3 juillet 2012 (CHESNOT/SIPA).

 

"Oyez, oyez braves gens". Approchez et venez voir un spectacle comique sans précédent. Jamais caricature n'aura aussi bien porter son nom. Grimaces, mines effarouchées, quolibets répondant aux emphases, à l'Assemblée nationale, les cracheurs de feu rivalisent avec les bonimenteurs.

 

Quelle République peut-elle s'enorgueillir des grotesques processions auxquelles se sont livrés les députés de l'opposition, mercredi, au palais Bourbon, à la suite du discours de politique générale de Jean-Marc Ayrault ? 

 

Appauvrissement du débat public

 

Ne comptez pas sur moi pour participer au concert en couvrant de louanges le Premier ministre. Oui, le discours était trop long. Oui, la forme a voulu l'emporter sur le fond. Oui, l'incantation a fait place aux mesures concrètes. Cent fois oui.

 

Il y aurait tant à dire sur les doutes qui entourent l'action gouvernementale, comme vient de le rappeler la Cour des Comptes, qui a donné ses gages de confiance non pas au programme de François Hollande mais bien à celui de François Bayrou.

 

Pour autant, doit-on se laisser aller à l'outrance pour souligner ses réserves ? La République, en crise, tant économique que politique, quand elle laisse ses portes ouvertes au Front national, peut-elle se permettre de laisser libre cours au crétinisme bipartite qui puise sa force dans la réplique pavlovienne et la rhétorique de toc ?

 

Voir des énarques, des haut-fonctionnaires, des élus du peuple utiliser des termes que des gamins de collège pourraient user pour railler un de leur camarade n'a rien de dérisoire : c'est l'expression même de l'appauvrissement du débat public, et à court terme, la validation du discours de Marine Le Pen.

 

Des formules rhétoriques laborieuses

 

Eric Woerth, qui ferait mieux de s'inquiéter de la perquisition du bureau de Nicolas Sarkozy, a presque fait dans la mesure en qualifiant le discours de Jean-Marc Ayrault de "lent, long, laborieux, pas clair : c'est du Hollande en moins bien".

 

Luc Chatel a quant à lui fait dans le pastiche laborieux de La Fontaine, digne d'une mauvaise copie de terminale et que la décence m'interdit de reproduire ici, avant de sur-jouer le pathos : "le moment est douloureux pour les Français". Décidément, même dans le rôle d'opposant, Chatel reste un homme politique cosmétique.

 

Christian Estrosi fait, lui, avec les moyens du bord et plonge dans les trésors de ressources lexicales que son esprit s'est chargé de construire depuis cinq décennies à présent en affirmant n'avoir jamais vu de discours "aussi nul".

 

François Fillon et Christian Jacob s'allient, juste le temps d'une seule journée, au moins dans l'outrance, le premier prévoyant "une catastrophe économique et sociale" quand le second craint de voir "s'asphyxier l'économie".

 

Jean-François Copé se démarque en jouant la redondance : ainsi il se dit "extrêmement préoccupé" d'avoir entendu des "formules extrêmement générales"... Le géniteur de la stratégie du "ni-ni" de l'UMP au cours des législatives se sent visiblement à l'aise dans la déclinaison de l'extrême.

 

Un spectacle déshonorant

 

Il est tout de même assez affligeant de constater le niveau de tous ces commentaires. Il ne fait guère de doutes qu'ils avaient été préparés à l'avance. Tout juste peut-on apprécier que la cohésion des éléments de langage de l'ère sarkoziste vole en éclats. Mais la varité du verbe n'y fait rien : la pauvreté de l'esprit reste en l'état.

 

Mais le plus grave dans cette expression du crétinisme bipartite reste le cynisme d'un groupe d'opposition qui ne se cache pas de ses intentions, le feu qui anime tant d'animosité : la vengeance.

 

"Il faut cogner tout de suite, leur faire vivre ce qu'ils nous ont fait en 2007", expliquait mercredi matin Eric Woerth, avant le grand oral du Premier ministre.

 

Spectacle déshonorant et dangereux d'une politique qui se complait dans cette posture absurde. L'opposant ne construit pas : il bêle son désamour en attendant son tour. "C'est pas moi qu'a (sic) commencé M'sieur".

 

Claude Bartolone a cru être élu au perchoir. Mais il n'est pas bien sûr qu'il n'ait pas en réalité hérité du titre moins honorifique de Conseiller principal d'éducation (CPE).

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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