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26 octobre 2011 3 26 /10 /octobre /2011 18:20

ZEP. Zone d’éducation Prioritaire. Le mot fait frémir quand il devrait faire rêver. Pensez donc : un endroit béni de la République où l’on lutte contre les différences sociales, où l’Etat rectifie les inégalités locales, où finalement l’égalité, pilier central de notre devise reprend tous ses droits.

 

Un professeur dans un collège près de Rennes le 23 septembre 2011 (D. MEYER/AFP)

 Un professeur dans un collège près de Rennes le 23 septembre 2011 (D. MEYER/AFP)

 

C’est avec cet idéal et afin de lutter contre l’échec scolaire et alors que la massification des élèves était en marche, que le gouvernement créa, sous la gauche et sous la tutelle d’Alain Savary alors ministre de l’Education Nationale, les ZEP en 1981, par la circulaire EN n°81-238. Celle-ci entendait répondre à la "démocratisation de la formation scolaire".

 

Des établissements en difficulté ont été ainsi repérés puis classés afin de leur donner des moyens supplémentaires : moyens financiers mais aussi moyens humains afin d’assurer un encadrement renforcé. Ainsi, un établissement non ZEP peut accueillir jusqu’à 28 élèves par classe en collège contre 26 pour un établissement classé. Il s’agissait en réalité de s’inspirer de la discrimination positive à l’américaine, pour que cette inégalité décidée corrige l’inégalité née de la société.

 

Le classement en ZEP présente un avantage certain, car les multiples aides et financements permettent de mettre en place des projets d’envergure. L’inconvénient reste l’image que cela implique, un établissement en ZEP étant ostracisé par rapport à son homologue du centre-ville qui n’est, lui, pas classé. Ce classement prend en compte le milieu économique, social et éducatif. Ainsi les établissements situés dans des zones paupérisées par l’explosion du chômage ont davantage de chances d’être en ZEP que d’autres.

 

En ZEP, les bleus de l'éducation nationale

 

Ce classement provoque donc des jalousies, certains établissements regrettant de ne pas avoir été classé en ZEP, bien qu’ayant selon eux une population similaire, privant leur budget et leur encadrement de ressources devenues vitales. Afin d’encourager les professeurs à enseigner dans ces établissements, la base du volontariat fut privilégiée et une prime leur fut accordée 94 euros brut par mois… ce qui n’encouragea bien évidemment pas grand monde.

 

Si bien que ce qui devait arriver arriva : seuls les stagiaires ou les bleus de l’Education nationale intègrent ces établissements réputés difficiles. Ainsi les enseignants en apprentissage, ayant le moins d’armes pour survivre sont placés dans les ZEP, pendant que les plus chevronnés se le "coulent douce" dans les lycées centre-ville.

 

Tout ceci ne permet évidemment pas aux ZEP d’obtenir les résultats escomptés. D’autant que pour "récompenser" les professeurs "volontaires" (sic), on donne des points supplémentaires (équivalant pour 3 ans d’exercice, puis pour 5 ans par la suite, à 30 ans d’ancienneté tout de même, soit 300 points environ selon les académies) afin de muter plus rapidement. La poudre d’escampette est donc devenue monnaie courante. Aussi quand François Fillon, ministre de l’Education Nationale entre 2004 et 2005, entendait vouloir pérenniser les équipes en ZEP afin de les rendre plus efficientes, tout le monde rit à gorge déployée.

 

Aujourd’hui ce sont un peu moins de 2 millions d’élèves qui sont affectés dans ces établissements.

 

Etudie-t-on moins bien en ZEP ?

 

Il faut dire que les IUFM ont tout fait pour : ainsi l’on incita fortement les professeurs à être moins exigeants en ZEP, même si les textes officiels demandaient le contraire. Moins exigeant en termes d’autorité (il ne faut pas les brusquer, ça ne sert à rien de les punir, il faut les comprendre), moins exigeant en termes de compétences (il faut adapter le niveau, l’obtention du brevet n’est pas un objectif, il ne faut pas les noter trop sévèrement), le tout en prétendant faire comme les autres dès qu’il s’agit d’orientation (il faut envoyer davantage d’élève en seconde générale). Les bulletins scolaires en ZEP sont souvent d’une hilarité cynique, propre à rendre cette institution inutile et nocive.

 

A force de marteler les mêmes idéologies égalitaristes, les défenseurs de la "belle" pédagogie, qui firent des élèves de ZEP des cobayes en puissance pour tester leurs expériences de travail en groupe (durant lesquels seuls les plus scolaires travaillent) et autres ribambelles d’activités toutes plus ludiques les unes que les autres toutes bonnes à être exhibée en guise de vernissage lors de la future formation continue des professeurs, finirent par imprégner les ZEP de leur empreinte. Empreinte indélébile.

 

Un cours de chant dans une école en ZEP à Bondy le 1er février 2008 (P. KOVARICK/AFP)

 Un cours de chant dans une école en ZEP à Bondy le 1er février 2008 (P. KOVARICK/AFP)

 

Les élèves en ZEP ont souvent eu un enseignement au rabais, dans lequel la moindre bribe de réponse à peine intelligible faisait crier l’enseignant "au génie", avec des notes complètement gonflées et des félicitations à qui voulaient bien respecter une fois de temps en temps le règlement intérieur. Ces établissements sont devenus des bombes à retardement dans lesquels les limites sont sans cesse repoussées… quand elles existent.

 

Quand les règlements intérieurs sont mal ressentis par les élèves, l’on encourage les professeurs à le réécrire par les élèves eux-mêmes (sic) en espérant qu’ils respectent davantage les règles dès lors qu’elles deviennent leur. On a condamné pour sorcellerie pour moins d’idées aussi farfelues au moyen-âge.

 

Une pression pèse sur les élèves

 

En fin d’année de troisième, je me souviendrai toujours de mon chef d’établissement qui en guise d’introduction au conseil de classe dit "il nous faut 60% d’orientation en seconde générale, pas un de moins"En ZEP, l’orientation n’est plus le résultat d’un projet mais bien la réponse à une équation donnée par le rectorat et qui ne saurait revenir non résolue.


Les notes font l’objet d’une pression sans commune mesure en ZEP, bon nombre de chefs d’établissement estimant qu’il ne faut pas décourager les élèves. La note n'est plus le thermomètre mais la maladie. Et le professeur le pestiféré... Et que dire de ceux qui enseignent le français et les maths et qui osent croire que leur moyenne vaut plus qu'une note de vie de classe, réminiscence façon Ecole des fans de la note de comportement...

 

Un élève qui ne sait à peine lire ne fera pas les mêmes évaluations que les autres. On expliquera alors au professeur que les notes seront biaisées, certes, mais qu’elles n’auront pas la même signification que pour un autre. Les résultats obtenus peuvent alors porter sur des niveaux d’exigence inférieurs à 5 niveaux, voire plus. Pourtant, elles figureront bel et bien sur le bulletin, sans réserve, et lorsque la question d’un passage ou d’une orientation sera posée, elles reviendront en force : "mais il a tout de même 9 en français, ce qui n’est pas catastrophique". 9/20 sur une évaluation de lecture de CE2 quand il est question d’un passage en 3e. 

 

Et que dire de ces interminables discours au pathos exacerbé déclamé par les COP, les infirmières et le CPE, sur le sort terrible qui s’acharne sur des délinquants, qui ne peuvent être tenus responsables de leurs actes ? On s’étonne que des mineurs brûlent des voitures et puissent frapper des policiers. Mais il faudrait s’attarder sur l’irresponsabilité de certains acteurs des ZEP qui dépénalisent à tour de bras, psychologisent tous les débats, faisant larmoyer l’auditoire. "Comme d’habitude, votre exposé est imprégné d’un incurable romantisme", reprochait le célèbre Hercule Poirot à son ami Hastings.

 

Les faits ne valent rien à côté des circonstances atténuantes. Les futurs citoyens voient leurs exactions graciées, décuplant l’inconséquence de leurs actes. Ce n’est jamais de leur faute, et personne n’est ainsi responsable. A l’heure où le mot citoyenneté est vidé de toute sa substance, la vérité a de quoi surprendre.

 

Les ZEP n’apprennent pas à leurs élèves à se conduire en bons citoyens mais à ne pas être responsables de leurs faits et gestes. C’est pourtant dans les territoires où le non-droit gangrène, où les structures éducatives sont absentes, où le cadre familial résonne si peu qu’il faut être le plus exigeant possible. C’est parce qu’ils ne connaissent pas les règles qu’il faut, plus qu’ailleurs, leur fixer les limites, quitte par la suite à desserrer l’étau. Mais ne mettons pas la charrue avant les bœufs!

 

Quant aux moyens des ZEP, ils sont certes supérieurs mais il est nécessaire de rappeler leurs limites : 26 élèves au lieu de 28 ou 30 ! Quelle maigre différence pour une hétérogénéité si affirmée !!! Davantage d’assistants d’éducation… inopportunément dénommés puisqu’ils ne bénéficient d’AUCUNE formation pour aider pédagogiquement les élèves !

 

Des moyens indispensables, mais bien utilisés

 

Et que dire de cette folie de l’égalitarisme qui pousse à ne plus faire acheter le moindre livre aux familles malgré les allocations de rentée… Ainsi on interdit au professeur de faire payer les livres de poche en français. Pendant que la chambre du collégien ressemble de plus en plus à un show-room de Darty… Plus un livre. Que de la mémoire vive. Et pas de mémoire tout court.

 

La valeur ajoutée qu’était censée représenter la ZEP est donc contestable. Mais faut-il comme certains le préconisent les détruire ? Et puis quoi encore. On a déjà prostitué la carte scolaire. Pour que les ZEP fonctionnent il faut des moyens, mais correctement ordonnancés :

 

- Des classes de 15 au maximum pour faire face à l’hétérogénéité et plus précisément à l’individualisation des besoins.  

- Des primes en conséquence pour les enseignants, et pas seulement ces 94 euros brut qui ressemblent fort à de l’aumône. Une véritable plus-value de l’ordre de 500 ou 600 euros mensuels. Et non plus 18 heures de cours, mais une quinzaine, dont 5, sans élèves que l’on diviserait entre les concertations, la préparation de parcours individualisés, les projets.

- Une exigence du niveau : des moyens supplémentaires impliqueraient nécessairement une attente de résultats. PAS DE NIVELLEMENT DU NIVEAU donc, mais le même niveau attendu que partout ailleurs puisqu’on s’en donne la peine.

 

Certains diront : des dépenses supplémentaires ?  Que nenni ! Arrêtez donc de "claquer" 35.000 euros pour des salles pupitres pour des élèves qui ne savent plus lire et écrire. Ils ont déjà l’informatique à la maison. L’école n’est pas là pour singer la réalité, elle est là pour transmettre le savoir et pour apprendre à penser. Et un citoyen sans écrit ne peut pas réfléchir.

 

Cessons aussi d’appliquer les mêmes règles dans tous les collèges non ZEP lorsque l'on sait par exemple que certains établissements sont placés dans des milieux aisés où tout le monde est biberonné à la culture. Dans ces endroits, des classes de 35 n’auraient donc rien de choquant.

 

Voilà quelques pistes qui éviteront les fossoyeurs de droite, le plus souvent, d’agir et les dispendieux, de gauche fréquemment, de sévir. Encore faudrait-il en avoir le courage politique. Mesdames et Messieurs les candidats, la balle est dans votre camp !

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Published by Yves Delahaie - dans De l'éducation
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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