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6 mai 2012 7 06 /05 /mai /2012 09:00

De suspense, il n’y en aura point eu. Et cela ne concerne pas que la soirée du second tour. Depuis la fin de l'été, et la confirmation de la disqualification de DSK, embourbé à New-York, cette élection 2012 connaissait déjà son résultat final.

 

François Hollande est devenu le septième président de la République en dominant Nicolas Sarkozy, lui qui devient le second président sortant à mordre la poussière après VGE (mais dans des proportions autrement plus larges), Marine Le Pen complétant ce podium.

 

 F. Hollande à Tulle, quelques heures avant sa victoire, le 06/05/12 (CHAMUSSY/NOSSANT/CHESNOT/SIPA)

F. Hollande à Tulle, quelques heures avant sa victoire, le 06/05/12 (CHAMUSSY/NOSSANT/CHESNOT/SIPA)

 

Statu quo donc, malgré une campagne assez longue qui avait commencé par des primaires socialistes qui avaient déjà vu le futur élu survoler les débats. Certains diront qu’il a géré son avance. Toujours est-il que la campagne n’aura pas intéressé manifestement les Français et qu’elle aura laissé de nombreux sujets dans l’ombre du silence, parmi eux l’éducation qui, à l’exception notable d’une promesse de 60.000 postes qui fit polémique, resta comme la grande oubliée des débats.

 

La France libérée

 

La seule nouvelle de la soirée, n’est donc pas ce résultat attendu. Et qui a déjà été commenté puisque prévisible. La seule nouvelle c’est que la France est enfin libérée.

 

Libérée de cet enfant barbare qui aurait pu perdre avec dignité. Qui aurait pu faire amende honorable en se contentant de rappeler que son programme économique semblait plus raisonnable que celui de Hollande. Qui aurait pu enfin se draper des oripeaux du président, d’un vrai président qui rassemble sans diviser.

 

Mais la dignité, Nicolas Sarkozy ne la connaît pas. Suivant à la lettre les recommandations de Patrick Buisson, il a déshonoré notre République. Car il est une chose que le président sortant n’a décidément pas compris : ce n’est pas sur son bilan qu’il a été jugé.

 

Personne n’ignore que la crise est passée par là, et ce même si elle a eu bon dos pour justifier des erreurs et des choix plus que douteux comme le bouclier fiscal ou encore le non remplacement d’un fonctionnaire sur deux, y compris dans l’Education nationale, cet investissement qu’une Nation fait pour l’avenir, pour seulement 500 millions d’économie, une goutte d’eau mais qui était pourtant redistribuée aux plus riches tous les ans pour le fameux bouclier fiscal.

 

L’augmentation du chômage, l’explosion de la dette, la balance du commerce extérieur déficitaire, tout cela n’aurait peut-être pas suffi face à un Hollande qui en toute honnêteté n’a pas proposé de véritables solutions dans cette campagne si ce n’est annoncer des promesses dispendieuses qu’il entend financer avec une croissance providentielle.

 

L’œuvre affligeante de Sarkozy

 

Non, ce n’est pas sur le bûcher de son bilan que Nicolas Sarkozy a été déchu ; c’est parce qu’il a souillé les valeurs de la République qu’il a organisé contre son gré un référendum pour ou contre sa propre personne. Son quinquennat aura écorché à vif la laïcité, de Ryad au discours de Latran, en passant par Longjumeau, en pleine campagne quand il a regretté que la France ait renoncé à encourager l’Europe à mettre dans sa Constitution ses origines chrétiennes. De quoi ravir la bigote qui radote, alias Christine Boutin. Cet homme aura instrumentalisé la religion au point de faire de l’UOIF une voix surreprésentée de l’islam en France. Avant de se raviser, trop tard

 

Nicolas Sarkozy à Paris, le 24/04/2012. (NULL/SIPA)

Nicolas Sarkozy à Paris, le 24/04/2012. (NULL/SIPA)

 

Il aura fait des Roms et surtout de l’islam des boucs-émissaires, au point de faire placer dans son dernier spot de campagne un panneau "douane" écrit en français et en arabe comme pour agiter les fantômes qui ont fait les délices exquises de l’extrême droite française. A Toulouse, dans l’entre-deux tours, il aura évoqué les frontières comme seuls les eurosceptiques sont capables de le faire. Non content de souiller la France, il aura voulu entraîner l’Europe dans sa chute, jusqu’à faire planer une menace sur les accords de Schengen.

 

Le gouvernement Sarkozy aura été celui aura abrité sans gêne, Brice Hortefeux, aux blagues douteuses, Claude Guéant dont l’œuvre a été couronnée par une carte d’adhérent de prestige du Front nationalThierry Mariani et Gérard Longuet qui dans l’exercice de leurs fonctions auront fait les beaux jours de "Minute", ce dernier rajoutant un tonitruant "Nous au Front National", Christian Vanneste, qui a ce jour, n’a toujours pas été exclu de l’UMP, lui qui œuvre depuis longtemps pour que le fasse des alliances avec la droite républicaine, Brigitte Barèges qui proposa de remettre les immigrés dans les bateaux ou qui proposa un mariage pour les animaux puisque l'on y songeait pour les homosexuels… La liste n’est pas exhaustive.

 

Alors oui, aujourd’hui, tous les Français peuvent souffler. Oui, aujourd’hui, la France est libérée. Libérée de cette souillure que fut le sarkozysme, cette excroissance dégénérée de la droite française qui a tout du Monstre.

 

Nicolas Sarkozy n’aura pas présidé pendant cinq années : il aura insulté les valeurs de la République, en remerciant un à un tous ses amis, de Liliane Bettencourt à Bernard Tapie. Le joug de cette indécence imposée à une France à qui l’on demandait jour après jour des efforts devenait insoutenable.

Pour autant la France n’est pas sauvée.

 

François Hollande, il était temps

 

Parce que la tâche qui attend François Hollande est colossale. Et qu’il ne faudra pas se contenter de dresser l’ardoise laissée par le président barbare pour se justifier. Il lui faudra certainement revoir ses promesses et retrouver la route de la sagesse pour que les déficits et la dette ne rentrent pas définitivement dans le rouge. Les 60.000 postes dans l’éducation ne seront jamais crées, de même que les 150.000 emplois avenir, à moins d’exploser le plafond des 3% du PIB pour le déficit promis à Bruxelles ; ce qui serait tout sauf raisonnable.

 

François Hollande devra aussi se garder de faire de sa victoire celle de la gauche. Certes, on lui pardonnera de la fêter comme il se doit quand on sait qu’elle met fin à la malédiction des candidats socialistes à l’élection suprême, surtout après le séisme du 21 avril 2002. Sa victoire peut aussi se voir avant tout comme la défaite de Nicolas Sarkozy. 

 

Et il lui faudra voir plus marge, plus long. Très vite. A sa gauche, Jean-Luc Mélenchon ne semble pas vouloir rendre les choses faciles à la nouvelle majorité qui se dégagera naturellement après les législatives. Les Verts qui ont négocié au prix fort un score misérable n’ont pas toujours été des partenaires très coopératifs, quand on juge leur action au sein des majorités plurielles dans les collectivités locales, et les Lillois savent notamment de quoi je parle, Marine Aubry en tête.

 

Reste François Bayrou, qui a pris jeudi une décision historique en déclarant voter pour le candidat de gauche. Comme un signe. Nul doute que François Hollande ne voit pas d’un si mauvais œil le concept d’Union nationale proposée par le président du MoDem. Car ce dont la France a éperdument besoin maintenant qu’elle est libérée, c’est de l’union des Français. Il est temps de cicatriser les plaies et de ranger dans sa poche les lubies partisanes. Ces batailles de partis sont amusantes en temps de croissance ; Elles sont destructrices en temps de crise.

 

François Hollande a donc tout à prouver pour sauver la France. Mais pour l’heure, célébrons sa libération. Parce qu'il était temps. 

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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3 mai 2012 4 03 /05 /mai /2012 08:59

C’est fier, si fier que j’ai repris le train pour Lille ce jeudi 3 mai 2012. Le Conseil National venait de se terminer et je savais. Je savais ce que François Bayrou avait déclaré. Sans trahir de secrets, le président du MoDem n’avait absolument rien relayé de précis, expliquant qu’il n’avait pas encore arrêté sa décision. Mais de nombreux signes laissaient à penser qu’il allait fait "le" choix. Historique.

 


 

 

La tâche n’était pas pourtant pas si simple : en donnant son indépendance au MoDem, en faisant choir le rôle de parti godillot de la droite qui lui était dévolu, François Bayrou avait ouvert une nouvelle page du centre. Une nouvelle famille politique qui n’était plus une force d’appoint de voix pour le second tour de l’UMP, mais une pensée autonome qui pouvait, enfin, s'exprimer par elle-même.

 

Le Centre venait d’être soigné de son hémiplégie et François Bayrou était le médecin chercheur qui avait permis le miracle. En 2002, il était encore trop tôt. Et la présidentielle avait accouché d’une bête immonde au second tour qui empêchait tout choix : un seul bulletin de vote s’offrait à la conscience républicaine.

 

Une longue traversée du désert qui s'achève enfin

 

Jaques Chirac, alors, n’avait pas saisi l’instant. Il le regrettera dans ses mémoires. Et c’est non sans arrogance qu’il prit son score de République bananière pour argent comptant, sans comprendre qu’il était un vote pour la France et non pour son camp. Il fonda alors l’UMP pour faire un parti unique en face du PS, suffisamment puissant pour faire taire toute dissidence.

 

Lors du Congrès fondateur, François Bayrou s’offusqua de cette confiscation de la pluralité politique et scanda : "Si nous pensons tous la même chose, nous ne pensons plus rien". Rodolphe Geisler, journaliste du Figaro et auteur de "Bayrou, l’obstiné" révèle qu’un cadre, médusé comme la foule qui siffla le discours de Bayrou, aurait dit : "Il nous fait cocu, et en plus on paye la chambre". Classe. Tout comme le coup de fil que passa Chirac à Bayrou le soir du premier tour, sûr de sa victoire : "Je t’emmerde".

 

2007 fut une autre présidentielle singulière. Comme l’expliqua avec acuité François Bayrou lors du Conseil National, l’Histoire a montré que la montée du Centre résultait de deux facteurs possibles : soit il profitait de l’effondrement de "l’un des deux", soit il engrangeait le vote contestataire. Cette fois-là, ce fut le bingo. Et ce d’autant plus que la participation fut exceptionnelle. Près de 7 millions de voix.

 

Bayrou n'a jamais dévié

 

Mais même si François Bayrou avait donné lors du Congrès extraordinaire de Lyon en 2006 les gages de l’indépendance du Centre, l’opinion n’en avait pas encore eu la preuve. Bayrou vota blanc, on le saura bien plus tard, et se contenta de dire qu’il savait pour qui il ne voterait pas. Et personne n’ignorait qu’il désignait Nicolas Sarkozy comme la cible de son ire.

 

2012, enfin. Cinq années de traversées du désert, diront certains, qui auront oublié que le MoDem a continué à représenter quelque chose dans le paysage politique français. Cinq années durant lesquelles François Bayrou ne ressembla en rien à un homme de droite, surtout pas un homme du Sarkozysme, étant un opposant à Nicolas Sarkozy parmi les plus sévères.

 

On se souvient que Martine Aubry avait ironisé au plagiat tant elle eut aimé écrire "Abus de Pouvoir". C’est pourtant le Béarnais qui avait décrit au mieux le mécanisme sarkozyen dans ses plus vils travers, le fric décomplexé, la laïcité dévoyée, et la République des copains d’abord, Tapie servi en priorité.

 

L’entre deux tours ne fit qu’accentuer la tendance. Les Hortefeux et autres Guéant dont les dérapages outragèrent notre République firent pâle figure à l’aune de la tournure de la campagne de Sarkozy guidée par Buisson. Le chantage sur Schengen, l’ignoble discours sur les frontières de Toulouse, ou encore le spot de campagne avec le panneau "frontière" écrit en français et en arabe.Ad nauseam.

 

François Bayrou l’a dit et répété : on a franchi l’intolérable. Il n’est plus question de tradition, de calcul stratégique sur la refonte de la droite. Le cynisme n’a plus de droit quand les valeurs de la République son prostituées.

 

Je demandais ici même, et je ne fus pas le seul, par ailleurs, de redoubler de courage pour oser faire un choix historique. Il n’était pas question de ralliement. Le programme de François Hollande s’abîme dans des promesses intenables et que nos Finances publiques ne permettront pas. Ses espoirs de croissances sont vaines supplications et incantations farfelues.  Et notre indépendance si chèrement acquise n’a pas à être remise en question. Elle "est"tout simplement.

 

Une décision historique et digne

 

Non seulement, il est le premier Homme de Centre à voter officiellement pour un homme de Gauche, estimant que les valeurs sont plus importantes que les programmes. Les uns peuvent s’amender quand on ne peut s’accommoder des autres quand elles sont ouvertement prostituées.

 

Mais François Bayrou n’a rien négocié. RIEN. Et François Hollande de le saluer hier soir, dans la foulée de son meeting de Toulouse. Point de maroquin, de postes, ou de chapeau à plumes. François Bayrou est venu, nu, dire que la situation imposait un choix. Le ni-ni que prévoyait avec un flair qui lui fait décidément défaut Ségolène Royal n’aura pas lieu : "Je ne peux pas voter blanc, cela serait de l'indécision". Et il est reparti, nu. Sans promesse, ni plan sur la comète. Avec le conscience d’avoir fait ce qu’il y avait à faire.

 

On m’a souvent demandé ce qu’était le centre. Ou plutôt ou se situait le centre. J’ai souvent expliqué en vain comme on prêche dans un désert. Mon désert. On m’a souvent dit "Mais tu ne parles que de valeurs". Mais ces valeurs, chacun peut les apprécier à présent. Ce sont ça les valeurs de ce centre. La volonté n’est pas de gouverner à tout prix et de tout sacrifier quitte à renier ce qui a été dit la veille : "Par ce choix, je rends pour la première fois possible l'Unité nationale".

 

Certains le croyait trop égocentrique pour le croire capable de ne pas être au centre de l’unité nationale. Ils se sont mis le doigt dans l’œil jusque l’omoplate.

 

Et la bigote qui radote (alias Christine Boutin) n’y voit plus clair quand elle ose dénoncer une "trahison en place publique" de François Bayrou. Ce n’est pas lui qui avait menacé le président sortant d’une bombe nucléaire avant de le rallier après avoir vu Sarkozy annoncer dans le "Figaro magazine" qu’il était contre le mariage gay. Le même qui déclare à présent regretter de ne pas avoir inscrit dans le Constitution Européenne que les origines de l’Europe étaient chrétiennes. Une revendication faite depuis des années par le Vatican et tous les lobbys les plus intégristes que compte l’Europe.

 

François Bayrou n’a jamais cessé d’être un opposant à Nicolas Sarkozy. François Hollande l’avait redit jeudi matin : "François Bayrou n’est pas un homme de gauche (ce que le Béarnais a confirmé jeudi soir), mais il n’est plus à droite".

 

Il est venu le temps de briser les clichés et de comprendre que la vie politique ne saurait se résumer en une vision bipartite. Nous n’avons évidemment pas gagné la présidentielle mais nous avons joint la parole à l’acte. Et c’est en cela encore plus fort que d’avoir fait 18%.

 

Et je suis fier, très fier de représenter les valeurs de François Bayrou. Qu’on se le dise.

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 08:58

François Bayrou, lors de son vote à Pau, le 22 avril 2012 (G.COLLET/SIPA).

François Bayrou, lors de son vote à Pau, le 22 avril 2012 (G.COLLET/SIPA).

 

L’attente est longue. Très longue. Voilà plus d’une semaine que le premier tour de la présidentielle a rendu son verdict. Implacable. Avec 9,13% des voix au premier tour, François Bayrou a raté sa troisième fois. Et de loin. Avec une participation presque aussi forte qu’en 2007, le président du MoDem a obtenu moins de la moitié des suffrages qu’il avait réunis alors.

 

Le "hiatus Bayrou"

 

Il sera temps, quand une autre heure sera venue, de se pencher sur les raisons de cet échec afin de répondre à cette énigme que soulevait déjà il y a moins d’un mois Brice Teinturier, pour Ipsos, qu’il nommait sous l’expression "le hiatus Bayrou" : comment l’homme qui était la personnalité politique préférée des Français et dont le programme et la vision pour la France étaient reconnus et appréciés même devant ceux de Hollande et Sarkozy, les deux finalistes, a-t-il pu finir le cinquième homme ?

 

À cet instant, les deux candidats en lice, les médias et surtout les membres du MoDem semblent comme suspendus aux lèvres de François Bayrou : qu’annoncera-t-il au soir du jeudi 3 mai, au terme d’un Conseil national sous haute tension, sur "son" choix ? Les réponses (ici et )  à sa lettreenvoyée aux deux candidats l’auront-elles convaincu de quelque chose ? Ou restera-t-il dans un commentaire flou sans consigne précise, comme le raille déjà une Ségolène Royal, qui devrait montrer davantage d’humilité et méditer les raisons pour lesquelles Hollande a réussi, là où elle avait durement échoué il y a cinq ans, laissant une partie de ses cadres rejoindre le Béarnais…

 

Voir la vérité en face

 

Membre du Conseil national du MoDem, il m’est important de me prononcer ce jeudi. J’ai pris le temps nécessaire à la réflexion pour ne pas céder à l’émotion. Et participer aux processions hâtives de ceux qui ont appelé, sans doute un peu précipitamment à des consignes de votes, parfois même avant le glas du premier tour. Contrairement à certains, je ne resterai pas suspendu à la décision de François Bayrou. Durant la campagne, le président du MoDem se plaisait à citer George Orwell : "En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire". Sans doute est-il, à présent, opportun de s’appliquer, à nous-mêmes, cette maxime.

 

Notre position n’est pas aussi facile que celle des autres partis, du Front de Gauche au Nouveau Centre, en passant par Europe Ecologie-Les Verts. Le MoDem ne vit pas des mêmes illusions ou des mêmes garanties en or massif. En rendant indépendant le "centre", ce "ni de gauche, ni de gauche" raillé par François Mitterrand, ce parti godillot inféodé à la droite, hémiplégique depuis l’ère VGE, qui avait cessé de montrer sa singularité, François Bayrou a ouvert la voie à une nouvelle famille politique en France. "Si nous pensons tous la même chose, nous ne pensons plus rien" avait lancé François Bayrou en 2002, lors du Congrès fondateur de l’UMP, face à une salle médusée.

 

J’y ai été sensible. Quand en 2007, le "peuple de gauche" avait eu l’hérésie de croire que Ségolène Royal pouvait rivaliser avec la bête politique qu’était Nicolas Sarkozy, si à l’aise dans les médias, j’ai quitté à grandes enjambées ses rives absconses. La logique bipartite m’a toujours épuisé. Absurde mécanique qui privilégie le clan aux besoins des Français.

 

 

Il me fallait un air nouveau, qui puisse laisser entrevoir un rassemblement quand la logique de la Vème République, qui a fait des partis le mur porteur de ses fondations, se nourrit de l’opposition. Il n’y a pas d’idées de droite, ou d’idées de gauche. Encore moins de programme de l’une ou l’autre rive, puisque l’on peut être pour l’allègement de la fiscalité des PME tout en étant pour l’adoption des couples homosexuels.

 

La vérité n’est pas dans cet ostracisme qui vous rend manichéen, sans nuance de couleur, comme si tout était limpide. Si la perception était aussi simple, voire simpliste, nul doute que la France ne traverserait pas la plus grave crise qu’elle connaît depuis la seconde guerre mondiale.

 

L'indépendance politique n'empêche pas le choix


Mais l’indépendance, ce n’est pas rester éternellement sans faire de choix. Quand le peuple français se prononce, à partir du moment où son verdict s’inscrit dans le champ républicain, c'est le mépriser que de ne pas trancher l’alternative qu’il a lui même choisie. Ce serait lui faire un affront que de dire qu’il s’est trompé et que l’on ne souhaite pas participer avec lui, le guider dans sa décision ultime. 2007 fut une autre époque, car l’indépendance du "centre" n’était pas encore parachevée. En coupant le cordon ombilical que représentait son nom, originel, l’UDF, le MoDem avait vocation à s’émanciper. Définitivement. En 2012, l’heure du choix a sonné.

 

L’indépendance, ce n’est pas l’opposition en permanence. Au risque de tomber dans l’inertie, ou pire dans le néant. L’on ne peut proclamer à tout va que l’union nationale est la seule issue possible et rester seuls, en tournant le dos à tous les autres, sitôt que l’on a perdu la bataille du scrutin.

 

Si l’ensemble de notre programme ne peut suivre cette voie du rassemblement des forces politiques sans considérations partisanes, pourquoi ne pas tenter de faire avancer quelques unes de nos idées, parmi nos plus essentielles comme celle de la moralisation de la vie politique, pour faire accepter que certains thèmes transcendent la logique de partis et espérer qu’un jour, ce chantier puisse être montré en exemple pour valider notre manière de gouverner ?

 

Faire un choix au second tour, ce n’est pas se rallier. C’est simplement indiquer une préférence ou bien condamner ce dont on ne veut pas pour la France. C’est aussi tenter de voir où nos valeurs seront le moins torturées. À l’inverse, ne pas faire de choix, c’est jouer à la roulette russe et laisser le sort décider pour nous. Impossible alors de peser ou même d’oser contester quand vous n’avez pas pris la peine de prendre vos responsabilités.

 

Or ce choix est possible. Limpide même pour celui qui ose voir. Avoir le courage et l’humilité.

 

En finir avec le sarkozysme

 

Nous savons pertinemment que François Hollande ne créera pas 60.000 postes dans l’éducation ou bien 150.000 emplois-avenir. Nous devinons que dans quelques mois, il s’en expliquera, en blâmant cette crise qui n’en finira plus et en montrant à l’opinion publique l’ardoise laissée par Sarkozy pour s’en justifier, quand seules les errances de son programme seraient responsables de la déception qu’engendrera cette distance entre les promesses et le pragmatisme de son action. La dette et les règles européennes se rappelleront à son bon souvenir. Et il n’aura pas d’autres choix que d’abandonner au bûcher des vanités des promesses qui sont autant de chèques en blanc et de fausses pierres en collier.

 

Mais nous savons aussi ce que Nicolas Sarkozy nous réserve : la menace sur les accords de Schengen, le référendum sur le chômage et la stigmatisation de la précarité, l’anéantissementdéfinitif de l’école publique et le racket organisé des enseignants, la présomption de légitime défense des policiers que seule Marine Le Pen proposait jusqu’alors et qui rappelle toutes ces lois de l’émotion, votées dans le dernier lustre, conséquence de la gouvernance des sondages, quand la France a surtout besoin de raison.

 

 

 

Mais il suffit surtout de quelques évocations, autant de chefs d’inculpation, pour voir s’esquisser un avenir sombre, si sombre : les discours de Grenoble, de Dakar de Latran ou de Ryad qui sont autant d'atteintes faites à la laïcité, de Jean-Marie Bigard en voyage au Vatican, des faux dérapages de Guéant, de la manière dont les Roms ont remplacé le rôle de bouc émissaire le temps d’un été, les lettres de noblesse accordées au fric cynique, la disparition de l’année de formation des enseignants, Mariani, Ministre des transports, à la une de "Minute", Nadine Morano…

 

Les traces de l’action sarkozyste sont de profondes cicatrices, indélébiles, que la France, défigurée, porte sur elle, comme une âme en peine. Et ceux qui, opportunistes ou calculateurs, ont le cynisme de penser qu’en se positionnant à droite, François Bayrou profitera de l’explosion de celle-ci, de la même manière qu’ils avaient spéculé sur l’explosion de la gauche en 2008/2009, ce qui serait arrivé si le Congrès de Reims avait accouché d’un autre résultat (et ceux qui se félicitent de la victoire de François Hollande peuvent se féliciter de ce qu’il convient d’appeler l’instinct de survie qui guida l’équipe de Martine Aubry…), se trompent lourdement.

 

On ne troque pas ses valeurs par pure spéculation, quand bien même le placement est sûr. Et l’on peut toujours amender le programme fantaisiste car dispendieux des uns quand on ne peut s’arroger les valeurs prostituées des autres.

 

Je choisis François Hollande

 

La seule voie possible est d’appeler à voter François Hollande. Et d’assumer le choix. Encore une fois, la crise et l’Europe rappelleront en temps voulu que ses dépenses prévues sont des fariboles. Et nous serons là pour le lui rappeler.

 

 

L’homme qui avait écrit "Abus de Pouvoir" nous avait manqué terriblement. Au point que Frédéric Martel, à la manière de ces lycéens qui rendent leur copie avec un trimestre de retard, en rend une fiche de lecture presque enamourée, enivré par ce qu’il appelle avec imprudence un "anti-sarkozysme viscéral". Lui avait "oublié" de lire ce livre. Pas moi.

 

Même s’il avait dit ne pas en regretter la moindre ligne, François Bayrou avait semblé moins sévère avec le chef de l’Etat, estimant même qu’il avait un peu changé. Comment croire, un seul instant, que François Bayrou pouvait penser intimement cela ? Mascarade électorale qui le contraignait à ne pas contrarier la droite. Occultant que le sarkozysme, justement, ce n’est pas la droite.

 

Mais il est temps de rectifier le tir. Et d’enterrer le sarkozysme avec les honneurs qui lui sont dus. Condamnons celui qui a tant malmené les valeurs de la République, qu’il faut tenir pour responsable du score outrancier du Front national. Laissons se refermer cette sombre parenthèse de notre histoire que seul son ego s’enorgueillira d’avoir ouvert. Le Sarkozysme n’est pas la France. C’est son cancer. La tumeur de ses valeurs qui nous rassemblent aujourd’hui à son chevet.

 

Tourner la page

 

La défaite se devra d’être lourde. Et il sera temps, lors des législatives de ne pas signer un blanc-seing à François Hollande. Comment ? En travaillant avec lui, au-delà de toute vision partisane ? Je le souhaite. Mais lui, le décidera-t-il ? Aura-t-il le courage de combattre la vanité de faire de sa victoire, celle de son camp ? 

 

Avec François Hollande, la France sera libérée, mais elle ne sera pas sauvée. Et lui rappeler que sa victoire ne sera pas celle du Peuple de gauche. Ce sera avant tout la condamnation sans ambigüité possible de l’héritage de Nicolas Sarkozy. 

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18 avril 2012 3 18 /04 /avril /2012 08:55

François Bayrou lors d'un meeting près de Nantes le 17 avril 2012 (F.PERRY/AFP)

 François Bayrou lors d'un meeting près de Nantes le 17 avril 2012 (F.PERRY/AFP)

 

À quelques jours du verdict final, les esprits s’échauffent plus que jamais alors que les sondages semblent montrer des positions figées, même si l’incertitude de certains électeurs qui n’ont pas encore arrêté leur choix et la menace d’une forte abstention peuvent réserver de grosses surprises dimanche soir.

 

Aussi les processions se succèdent pour préparer, déjà, le second tour de la présidentielle que les sondages ont semble-t-il scellé pourtant depuis plus d’un an. Jamais Nicolas Sarkozy n’aura été en mesure de battre Hollande ou même de s’en rapprocher à plus de six points. Un gouffre.

 

En réalité, selon moi, le seul qui aurait pu battre François Hollande en 2012, c’est un autre François. Non pas Hollande, mais Bayrou. Un sondage et une révélation faite par Laurent Neumann du magazine "Marianne" avaient montré qu’au moment de l’ascension de Bayrou, les états majors avaient demandé des projections pour adapter leur stratégie en conséquence. François Hollande et Nicolas Sarkozy savent que François Bayrou peut être un homme dangereux au second tour. Comme ce fut le cas en 2007.

 

 

Mais l’équation reste insoluble pour le Béarnais car pour atteindre le second, encore faut-il être qualifié et le premier tour semble une marche insurmontable.

 

On pourrait avoir du mal à comprendre le paradoxe Bayrou, car paradoxe il y a. Personnalité préférée des Français parmi les candidats, un sondage TNS-Sofres révélait ce week-end que les Français estimaient qu’il avait le projet le plus crédible, 62% estiment qu'il comprend bien les problèmes du pays, et qu’il était 2e qui aurait l’étoffe pour endosser le rôle de président, juste derrière le sortant, ce qui est assez logique en somme. Toujours devant François Hollande.

 

Comment diable cette sympathie, doublée d’une confiance en son projet, purent-elles ne pas se transformer en intention de votes ? C’est ce que Brice Teinturier de l’institut IPSOS nomme le "hiatus" Bayrou :

 

"François Bayrou fait partie des personnalités politiques les plus populaires de France. Son projet est également considéré comme souhaitable et réaliste par une partie importante de la population. Ni l’homme, ni le projet ne sont donc fondamentalement en cause. Mais jamais on a vu un tel hiatus entre la popularité et le vote."

 

Alors l’on pourrait rester aveugle et ne pas comprendre. Ne pas vouloir comprendre.

 

Pourtant, les raisons sont assez nombreuses pour expliquer pourquoi le décollage qui n’a pas eu lieu. On peut avancer sans rougir que le fait d’avoir vu la dette avant les autres, d’avoir eu le bon diagnostic ne fait pas de vous l’homme qui a les solutions. Et sans doute, François Bayrou a-t-il surjoué le rôle de "celui qui avait raison" quand la question de la dette ne faisait plus débat.

 

Toujours brillant quand il est en opposition, pour mettre la plume dans les plaies béantes de ses adversaires, comme quand il écrivit d’une encre de rage "Abus de Pouvoir", ou quand il réponditaux propos amateurs et condescendants d’Alain Minc à son égard (remarquez le pléonasme filé tout au long de cette dernière partie de phrase…), François Bayrou a plus de difficulté à expliquer les moyens de mettre en œuvre un projet que les Français, nous l’avons vu, sont parfaitement prêts à accueillir.

 

Mais, le caillou dans la chaussure du président du MoDem est tout autre. Et autre plus récurrent puisqu’il s’y trouvait déjà en 2007 : si l’idée d’une Union nationale séduit sur le papier les Français, ces derniers ne savent toujours pas comment François Bayrou parviendrait à la mettre en œuvre et surtout avec qui.

 

Alliance à gauche ?

 

En 2007, la question avait déjà surgi mais avait été moins handicapante tant la candidature de Ségolène Royal avait fendu l’armure socialiste, le parti se désolidarisant de l’élan populaire qui l’avait vue pourtant survoler les primaires. Symbole de l’époque, le collectif Spartacus, composés de hauts fonctionnaires de gauche, qui avait officiellement soutenu la démarche de François Bayrou. Michel Rocard, avait rencontré le Béarnais avant le premier tour, comme le révèle Rodolphe Geisler dans son livre "Bayrou, l’obstiné" et avait appelé à une alliance entre Ségolène Royal et le candidat de l'UDF

 

Mais en 2012, la situation fut tout autre. François Hollande a pu bénéficier du soutien inconditionnel de son parti à commencer de celui de tous les vaincus de la primaire, et ce avant même le second tour de celle-ci, Martine Aubry les ralliant à peine quelques minutes après le verdict des urnes. Et face à cette unité, difficile de voir à gauche, quelques têtes poindre vers François Bayrou pour crédibiliser son projet.

 

A l’inverse, le lustre de Sarkozy a fait des dégâts à droite. Et ce fut sans doute l’erreur que commit François Bayrou, comme l’a confié Jean-François Kahn à Médiapart ce week-end : en comptant sur un effritement du président sortant à droite, il a cru pouvoir occuper un espace qui allait se libérer. En vain. Sarkozy, sitôt en campagne retrouva presque naturellement son socle d’électeurs. Et les soutiens de marques, qui à droite, en vinrent à le soutenir, ne furent pas assez significatifs pour le grand public.

 

Aujourd’hui, alors que François Bayrou peut espérer, au mieux, un score honorable dans cette présidentielle, on s’agite dans tous les sens. A gauche, Hollande fait amende honorable des sévères critiques qu’ils avait écrites à son encontre à l’époque où Bayrou devenait un concurrent dangereux dans la perspective du second tour. Maintenant que la menace est éloignée, les masques tombent et la sincérité revient. Triste spectacle de la politique.

 

A droite, l’on a toujours su que les voix de François Bayrou étaient indispensables à la survie du soldat Sarkozy. Et le mot d’ordre fut durant toute la campagne d’épargner François Bayrou. Avant d'aller encore plus loin depuis quelques jours en lui faisant miroiter le poste de premier ministre.

 


 

Avant d'aller encore plus loin depuis quelques jours en lui faisant miroiter le poste de Premier ministre

 

Au point que dans les rangs du MoDem, on s’inquiète d'un tel cynisme. Sur les marchés, la sempiternelle question est posée, la même qui empêchent beaucoup de voter pour Bayrou au premier tour faute de "clarté" selon eux : qui va-t-il choisir au second tour ?

 

La question a littéralement ulcéré François Bayrou et Marielle de Sarnez comme l'expliqueValentine Oberti pour le site Mediapart, qui tenta de recueillir quelques confidences pour introduire son entretien avec Jean-François Kahn, dont le titre a le mérite d'être on ne peut plus clair : "si Bayrou fait le moindre deal avec Sarkozy, il est mort". "Comment pouvez-vous croire un seul instant que cela soit vrai" répondit le premier quand la seconde répliqua : "Ce n'est même pas le sujet. Vous voyez bien à quel point c'est choquant de balancer des informations comme ça ! Je ne réponds pas même pas à ça, car je refuse d'être saisie de cette question."

 

Une réaction qui n’est pas sans rappelée celle de Bayrou lors du "Des paroles et des actes" quand il répondit à Pujadas qui lui faisait remarquer qu’il ne fermait pas la porte à la proposition de Juppé : "Vous me proposez des réponses, je choisis celle que je souhaite." Pourquoi persister à voir une porte ouverte quand un candidat refuse de se prononcer pour ou contre un autre candidat alors que l’on est en pleine campagne du premier tour ? Oser répondre serait condamner toute la campagne.

 

Osez, en revanche, regarder ce qu’il en coûta à Europe Ecologie - Les Verts de signer, encore pire, un accord écrit avec le PS. Que reste-t-il de la candidature d’Eva Joly si ce n’est une belle affiche avec des lunettes aux couleurs du parti, qui seront certainement la seule touche "verte" qui vint pimenter les débats de la campagne ?

 

Il n’est pas si difficile à comprendre que le candidat ne puisse pas prendre une telle position sans reconnaître implicitement qu’il n’y croit plus.

 

En revanche, il est des signes qu’il suffit de sentir. On l’a dit Jean-François Kahn a expliqué qu’il ne croyait pas une seule seconde que François Bayrou pouvait rallier Sarkozy. Philippe Bilger, lui qui avait pourtant soutenu le président sortant en 2007, ne dit pas autre chose.

 

Ce qu'il ne choisira pas

 

Ce week-end trois militants du MoDem ont cru bon de publier une tribune qui allait dans le même sens. Dommage qu’elle fut si maladroite tant dans le timing que dans la forme, ne serait-ce que parce qu’ils prétendent représenter la majorité des militants du MoDem, quand leur action ne relève que d’une initiative personnelle au mieux.

 

Moi-même, j’avais écrit ici même un papier qui démontrait pourquoi François Bayrou ne serait jamais le Premier ministre de Nicolas Sarkozy. 

 

Il n’y a nul besoin d’être médium pour comprendre qu’un programme, aussi fantaisiste soit-il peut toujours s’amender, quand on ne peut transiger sur les valeurs. Et quand on ose faire du chantage sur les accords de Schengen, quand on se souvient du discours de Grenoble, de Dakar sur l'homme africain pas assez entré dans l'histoire, ceux de Latran ou de Ryad qui sont autant d'atteintes faites à la laïcité, de Jean-Marie Bigard du voyage au Vatican, des faux dérapages de Guéant, de la manière dont les Roms ont remplacé le rôle de bouc émissaire le temps d’un été, les lettres de noblesse accordé au fric cynique, l’anéantissement de l’école public, la tolérance accordée à la Droite populaire, dont le fondateur s’affiche à la une de "Minute" alors qu’il est ministre en fonction, et j’en oublie tant et encore, comment peut-on croire un instant, en observant l’itinéraire et la constance de François Bayrou, depuis qu’il s’est mis en tête de redonner au centre son émancipation, son indépendance sans laquelle, le centre n’est rien, qu'il puisse s‘accommoder de telles meurtrissures infligées à notre République ?

 

S'il se satisferait bien d'un maroquin, que n'aurait-il pas cédé depuis 2007 à l'époque de l'ouverture plutôt que d'entrer dans un désert qu'on lui avait promis ? Tout ce chemin n'a pu être parcouru par hasard. 

 

Non, il n’est pas le temps pour François Bayrou de choisir. Mais il faut être aveugle pour ignorer ce qu’il ne choisira pas. Viendra alors le temps de voir comment l’on peut travailler avec ceux qui ont des valeurs autrement plus saines mais qui n’ont toutefois pas retrouvé la boussole de la vérité et de la prudence.

 

Chaque chose en son temps. Mais dans tous les cas, il ne sera jamais question de choisir un camp, mais de choisir un projet. Un projet pour la France.

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 09:18

debat.jpegJe le confesse : je fais partie des Français qui ne savaient pas que les deux soirées organisées par France Télévision suite à la demande de débat formulée par Nicolas Dupont-Aignan puis par François Bayrou allaient aboutir à cinq monologues. Comme quoi, l’on peut avoir la tête dans le guidon de la présidentielle et ne pas voir la route. Force est de constater que mon appétence à l’idée de voir un vrai débat démocratique animer ce premier tour en avait pris un coup. Pas au point de sombrer à l’anorexie citoyenne au point de m'astreindre à un énième épisode des Experts de Miami, Manhattan ou d’ailleurs.

Allait-on malgré tout assister à une émission d’intérêt, propre à donner aux citoyens les clefs entre ses mains pour faire un choix ? Allait-on voir des journalistes, compenser l’absence de débat refusé par deux candidats favoris trop pleutres à quelques jours du verdict, par des questions pointues et dérangeantes ? La montagne a, une nouvelle fois, accouché d’une souris… bien ennuyeuse.

 

Pourtant France 2 avait décidé d’allécher tout le monde toute la semaine fort d’un teasing qui cachait bien la pauvreté de la soirée qu’elle allait proposer, Pujadas omettant avec malice de préciser qu’aucun candidat ne se répondrait. Les coulisses furent ainsi le fil directeur de la soirée. Et qu’il fut passionnant de voir Eva Joly au maquillage, la porte entr’ouverte de la loge de François Hollande que l’on enchaîna avec son arrivée, tout sourire dans les studios… Quel scoop ! De la même veine que de rappeler que Eva Joly fut "vice Dauphine de Miss Norvège"… Marine Le Pen eut même la formule juste : "c’est la télé réalité dans le couloir, c’est ça ?". Pas mieux.

 

Et quelle aubaine pour le citoyen indécis à dix jours du scrutin ! Elles auront au moins permis de voir Philippe Poutou, tout impressionné de serrer la main à François Hollande et Valérie Trierweiler, tel l’enfant vient se faire photographier avec le père-noël pour la première fois, alors que Marine Le Pen était en train de parler, grâce à un plan d’ensemble essentiel pour le débat démocratique. La classe.


EVa Joly DPDAIl y eut bien tout de même une promesse vers 22h15. Alors que François Hollande venait de faire son exercice imposé, l’on annonça que Marine Le Pen avait envie de "secouer l’émission". Il faut dire que la présidente du FN a garanti une bonne audience en cette présidentielle. La promesse donc d’un spectacle en lieu et place d’un débat démocratique ? Même cet appât grossier n’attrapa point de larcins. Marine Le Pen fidèle à elle-même fut interrogée sur ses thématiques ou les thématiques qu’on aime lui soumettre comme l’immigration, la laïcité, l’avortement de confort. Autant de sujets sur lesquels elle a ravi des supporters et donner envie de vomir aux autres dont je fais partie. Alors certains auront noté qu’elle a fait fructifier ses nouvelles dispositions pour le stand-up avec quelques tours d’humour comme ces grandes croix que l’on voit déambuler dans les rues. Et aussi ses talents de prestidigitatrices en nous sortant un casse-tête géométrique qui lui permit d’éviter d’autres questions. Hop disparue la question ! Et de glisser que Nicolas Sarkozy a mis DSK au FMI sur le gong ! Quelle compétitrice !

 

Pour le reste, ce fut une litanie de réponse sans aucun relief, radotage d’une campagne, terne, si terne. Aucun véritable sujet. Les journalistes ont tenté avec le peu de temps qui leur était imparti de mettre les candidats devant de gentilles contradictions. Inoffensifs.

 

Un exemple à lui seul illustre à la perfection la stérilité de l’exercice proposé : on mit François Hollande face aux critiques pertinentes de Jacques Attali qui la veille face au même Pujadas, expliquait avec justesse que la Crise et notre dette mettrait le candidat socialiste dans l’obligation de renoncer à sa liste du Père-Noël. Des contorsions rhétoriques lui permirent sans mal d’esquiver la question qui aurait pu éclairer le citoyen : ses promesses n’engagent-elles que celle qui y croient comme le prophétisait Pasqua ? Plus que dommage.


Eva Joly en profita malgré tout pour glisser un nouveau néologisme. Après la "bravitude" de Ségolène Royal et le "méprisance" de Nicolas Sarkozy place au "loyalisme" en guise de loyauté. Elle compensa par la seule formule-perle de la soirée : "la Gauche molle qui ne propose rien et la Gauche folle promet tout". Pour autant, elle rappela la position impossible des Verts face à la laïcité, en promettant une géométrie variable vis-à-vis des nourrices en niant l’influence que peut avoir un signe ostentatoire sur les jeunes enfants et en précisant qu’elle trouve la loi sur le voile intégral pertinente tout en disant qu’il ne fallait pas la faire voter. Allez comprendre.

 

Poutou-DPDA.jpgPour ceux qui seraient restés, la fin offrit un petit moment : le jour où Philippe Poutou tenta de claquer le baigneur à François Lenglet. Les supporters ont cru au but. Les réalistes ont certainement vu le hors-jeu : en quoi la vaine polémique sémantique sur "charges sociales" et "cotisations sociales" remet-il en question le graphique qui condamne sans contestation possible les projections du projet du NPA ? Laissons-lui ce moment de gloire qu’il croit avoir acquis de haute lutte.

Dernières secondes sur les confessions au "confessional" type "Secret Story". Il n’y a pas à dire, mercredi soir, dans "Des paroles et des Actes", les citoyens français auront appris au moins appris une chose : s’il y avait une touche à taper, pour éliminer quelqu’un, c’était celle de la télécommande.

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10 avril 2012 2 10 /04 /avril /2012 08:54

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’équipe d’Olivier Galzi n’a pas fait dans la dentelle ce week-end sur Itélé. Un "grand" moment de télévision, pendant lequel les règles démocratiques d'égalité de temps de parole n'ont pas été respectées.

 

Dans CQFD, "Ce qu’il fallait décrypter", les spécialistes en communication que sont Véronique Reille-Soult ("Agence 910"), Guénaëlle Gault ("TNS Sofres"), Régis Lefebvre (publicitaire) et Alexis Brezet ("Le Figaro Magazine") viennent chaque samedi pour décrypter l'actualité politique de la semaine.

 

Cette semaine, il était question des règles d’équité du temps de parole entre les candidats et des nouvelles règles applicables dès le 9 avril concernant le traitement politique. Et après avoir lourdement insisté sur les incommensurables peines des journalistes à respecter les lois électorales, vint le temps de l’aveu :

 

CQFD Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

On hallucine : le plateau se gausse en toute quiétude de contourner des règles du CSA. Il est difficile de faire respecter les règles ? Qu’à cela ne tienne, on invite des journalistes pour parler de ce qu’ils veulent, puisque leur temps de parole n’est pas décompté !

 

Voilà pourquoi sur I-télé, même en période d’égalité de temps de parole, on s’éternise sur le duel Hollande et Sarkozy comme si le premier tour était joué d'avance. En s’affranchissant tout bonnement des règles démocratiques. Et pourquoi se gêneraient-ils puisque les principaux intéressés ne respectent pas eux-mêmes les règles démocratiques en refusant le débat entre eux, pour se préserver pour le "véritable" débat, celui du second tour ?

 

Après tout, Nicolas Sarkozy propose même deux débats, histoire de rappeler qu’une élection doit être un moment consacré au débat. Sauf que, pour lui, la présidentielle se résume à un second tour. Pourquoi alors ne pas proposer une présidentielle à un seul tour opposant nécessairement un candidat de droite à un candidat de gauche, en laissant les législatives à deux tours pour que les "petits" se fassent entendre ?

 

Mais il serait malhonnête de n’accabler qu’I-télé, puisque toutes les émissions traitant de la politique font de même. Alors que la campagne bat son plein, la parole des candidats s’efface au profit des commentaires. Pour preuve, les chiffres du CSA, publiés pour la période du 20 mars au 30 mars, qui montrent que le temps de parole des candidats a été divisé par sept rien que sur France Télévisions, période qui correspond au passage de l’équité à l’égalité !

 

Trop de commentaire tue le commentaire

 

Dans une démocratie, comment accepter que le commentaire se substitue à la parole du candidat ? Comment supporter que les journalistes assument délibérément et avec un tel cynisme de telles pratiques ?

 

Vendredi soir, Eric Brunet qui a écrit – un panégyrique sur le président sortant – quand pour moins que cela Alain Duhamel avait été suspendu en 2007- s’est emporté avec grandiloquence contre ces règles qui semblent si complexes à mettre en place. Un Brunet qui dit préférer la liberté à l’égalité, lui qui aurait aimé interroger qui il voulait, quand il voulait... Histoire de définitivement basculer dans le crétinisme bipartite ?

 

Temps de parole en question Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Quelle arrogance dans ce déni de démocratie, doublé d’un déni républicain qui fait réfléchir, car balayer de la sorte l’égalité en dit long sur ce qu’en pense un soutien actif de Nicolas Sarkozy. Au nom de quoi serait-il impossible de faire respecter un temps d’égalité ? Où est le problème pour des chaînes d’information qui enchaînent deux éditions par heure en prime (7h-9h, 12h-14h et 19h-21h) et deux en heures creuses ?

 

Est-il si difficile de parler de cinq candidats à chaque édition, et d’alterner l’ordre afin que personne ne soit lésé, sans pour autant "plomber l’ambiance" ? Après tout, on peut très bien mettre trois candidats moins "bankable" autour de deux candidats aux avant-postes, puisque la course à l’audience semble primer sur la volonté d’informer...

 

L'information pas à la hauteur

 

Car c’est bien ici le nerf de la guerre. La démocratie d'un pays se juge à l’aune de la qualité de son information. Or, en France, l’information est organisée autour d’une course à l’audience. Par narcissisme ? Point du tout. L'objectif ultime est tout bonnement de vendre des plages publicitaires.

Notre information est devenue une gigantesque machine à vendre du temps de cerveau disponible, à l’image de ce que décrivait un certain Patrick Le Lay il y a quelques années.  

 

Plus que jamais, la proposition de référendum sur la moralisation de la vie publique, proposée par François Bayrou et qui semble séduire la majorité des Français, s'impose. On ne peut plus ignorer que notre démocratie est malade.

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 08:53

"En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire" a écrit George Orwell.

 

Ne leur en déplaisent, ce ne sont pas les candidats de Lutte ouvrière, du NPA ou du Front de gauche qui seront les révolutionnaires de cette présidentielle. Sans parler des deux "grands" représentants du bipartisme, à savoir l’UMP et le PS, mais cela est moins surprenant.

 

François Bayrou lors d'un meeting à Rouen le 4 avril 2012 (C. TRIBALLEAU/AFP)

 François Bayrou lors d'un meeting à Rouen le 4 avril 2012 (C. TRIBALLEAU/AFP)

 

Bien au contraire, depuis quelques mois, qu’avons-nous entendu ? Des discours émaillés de promesses, toutes plus alléchantes les unes que les autres, faisant de leurs idées un changement propre à sauver la France. Le même discours et pourtant la même déception 5 ans plus tard.

 

Les jeunes français ne sont pas des idiots

 

Charles Pasqua, qui est au cynisme ce que Molière est à la littérature française, avait l’habitude de dire quand on lui reprochait des promesses non tenues : "les promesses n’engagent que ceux qui y croient".

 

Notre jeunesse, qu’elle vote pour la première fois, ou qu’elle ait déjà vécu l’avènement du président sortant, voit s’égrainer devant eux des raisons de croire en des lendemains qui chantent : on leur annonce 150000 emplois d’avenir – le nouvel habillage des emplois-jeunes de Jospin, qui ont conduit tant de jeunes au chômage après 5 années de bons et loyaux services au SMIC – ou encore des emplois tout court comme s'ils se trouvaient sous le sabot d'un cheval, 60000 postes dans l’éducation nationale, un permis de conduire moins cher, le Smic à 1700 eurosl’annulation de la dette, l’élargissement des Droits sociaux aux jeunes majeurs, des bourses d’étude en hausse, des soutiens à l’installation des jeunes agriculteurs et j’en passe.

 

Mais avec quel argent pourra-t-on financer tout cela ? Avec quelle nouvelle recette ? On leur fait même croire que les niches fiscales devraient suffire ! Ou qu’il suffit de pratiquer un taux confiscatoire de 100% pour certains revenus quand ceux qui les gagnent ont tout l’argent nécessaire pour fuir le pays le cas échéant. On nous promet aussi une croissance à 2,5% pour faire les comptes ronds quand les chiffres de l’OCDE sont plus pessimistes ? Prendrait-on les jeunes pour des gogos ?

 

Qu’y a-t-il de révolutionnaire dans ce concert de chèque en bois, de plans sur la comètes, de cadeaux à venir qui pourraient aggraver nos 1600 milliards de dette ? Où en sommes-nous arrivés ? Il semble que soit les promesses n’aient pas été pas tenues, soit elles qu'elles aient coûté plus que l’Etat ne pouvait se le permettre. Et que rien entre temps n’ait été engagé pour préserver les futures générations.

 

Car ne vous trompez pas : c’est bien les jeunes qui seront victimes de la crise et des fausses promesses.  

 

Quel héritage leur ont laissé messieurs Sarkozy, Chirac, Jospin, De Villepin ou encore Raffarin si ce n’est qu’un tonneau des Danaïdes ? Et que promettent de différent François Hollande, Eva Joly, Nicolas Sarkozy ou encore Jean-Luc Mélenchon ?

 

Alors, il est vrai que François Bayrou ne propose pas de promesses financées par des chèques en bois. Certains railleront en disant que c’est austère. Mais la vérité est le seul prix à payer pour sortir de l’ornière. Le candidat Bayrou n’entend pas dépenser encore et toujours plus, mais faire mieux avec ce que l’on a. Tout ce qui est proposé par le Béarnais est soit financé par des économies de dépenses, soit par la rentrée de recettes supplémentaires.

 

Les sceptiques pourront toujours lire l’article publié la semaine dernière dans "The Economist"  expliquant notamment qui "il y a un risque sérieux de déception si, par exemple, le président Hollande était amené à dire lors de ses prises de fonctions : 'Nous avons examiné les comptes publics et, quel dommage, il n'y a plus de monnaie pour faire ce que j'ai promis'."

 

Austérité

 

Pour autant, le programme du candidat MoDem n’est pas inscrit dans l’austérité pour autant comment on a pu le caricaturer chez les tribuns qui ont la rhétorique en poupe. Et la jeunesse a une place centrale, elle qui a été  une des classes les plus délaissées depuis de nombreuses années, délaissées entre autres dans des Etudes Parkings qui préparent davantage au Monde de la précarité qu’au Monde du travail.

 

Et le nerf de la guerre pour la jeunesse, c’est évidemment la problématique de l’emploi. Chez les actifs, le chômage culmine à 23% chez les jeunes, dans la moyenne européenne. Certains veulent parler de la crise comme élément majeur d’explication, mais c’est un peu court. Le vrai problème du chômage ne tient pas tant de la crise que de la désindustrialisation de la France depuis 30 ans. Notre société est devenue une société de services seulement. Le secteur secondaire a été abandonné et les usines ferment leurs portes une à une, et en délocalisant là où la main d’œuvre est moins chère.

 

Voilà pourquoi François Bayrou a lancé cette idée du "made in France", comme on l’a appelé demanière caricaturale dans les médias, et qui a été suivie par Sarkozy et Hollande en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. La question n’est pas ici de ne faire que consommer des produits français mais de faire consommer ce qui crée de l'emploi en France.

 

Relancer l'économie

 

Cette reprise de l’activité passe aussi par des aides non pas au entreprises du CAC40 qui elles ont ce qu’il faut pour embaucher et payer dignement leurs salariés mais pour les PME de moins de 50 employés, les artisans et les petits patrons à qui Bayrou propose la défiscalisation des charges pour l’emploi d’un jeune pour une période de 2 ans et à condition de ne pas avoir licencier au préalable.

 

Ces aides aux petites structures, que peuvent être le boulanger, le boucher, une start-up, ou encore une jeune entreprise elle-même lancée par un jeune seront assorties d’une fin de la précarité pour les jeunes puisque François Bayrou propose le contrat de travail unique. Terminés les CDD qui vous garantissent à vie la précarité. Avec les contrats de travail uniques, le CDI devient la règle, avec une consolidation progressive des droits.

 

Toutes ces mesures, financées notamment par la suppression des heures supplémentaires défiscalisées qui ont été enfin votées (mettant fin au chantage mensonger "travailler plus pour gagner plus" de Nicolas Sarkozy) et par la création d’une tranche supplémentaire de l’impôt sur le revenu, feront repartir l’économie et par là-même profiteront aux jeunes. Comme l’explique Cécile Van de Velde, maître de conférence à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales (EHESS),dans "La Tribune"  : si les jeunes sont généralement sont les plus touchés par la crise, "par contre, lorsque l’économie repart, ce sont eux les plus favorisés".

 

Mais la majorité de la jeunesse n’est pas constitutée seulement d’actifs. Et les difficultés des étudiants ne doivent pas être minorés. Les études sont devenues "études parking", qui proposent des cursus toujours plus sans pour autant offrir de perspective d’emploi faute d’une formation adéquate ou d’une orientation judicieuse.

 

Investir dans l'éducation

 

Tout d’abord, François Bayrou propose que la terminale soit une propédeutique à l’université et aux grandes écoles, ce qui veut dire une année de préparation à l’université au lieu d’être qu’une année de bachotage pour le bac avec le choc de la première année de Licence.

 

Dans la même perspective de préparer au mieux les étudiants, le programme du Béarnais propose la création d’une Agence nationale de l’orientation pour dire la vérité et communiquer les vrais chiffres du travail, les réelles perspectives, les débouchés sur le terrain. Pour ce faire, il propose de mettre des stages dans le monde professionnel aux COP (conseiller d'orientation psychologue) et aux professeurs pour créer des liens entre l’école et le monde du travail.

 

En parallèle, il propose des formations en alternances y compris dans les filières générales. Ainsi les étudiants qui le souhaitent pourront faire des stages en salle de classe pour les futurs enseignants dès leur première année de licence pour voir si le métier les séduit sans obligation d’inscription au concours par la suite. Ce qui aura le mérite de susciter des vocations. Parce qu’il est bien beau de vouloir créer 60.000 postes mais actuellement les concours ne parviennent pas à pourvoir tous les postes faute de candidats. A ce titre, l’année de formation des enseignants honteusement rasée par l’administration Sarkozy sera rétablie.

 

Le numerus clausus des médecins sera enfin élargi. Les étudiants pourront à nouveau avoir des chances raisonnables d’être médecin et l’on arrêtera d’empêcher des vocations quand nos hôpitaux sont contraints d’embaucher des médecins venant des pays de l’est pour soigner nos malades. Mais ce sera un élargissement en fléchant en même temps un certain nombre de postes vers des affectations temporaires de quelques années, là où l’on en aura le plus besoin.

 

Faciliter la vie des étudiants

 

Comment ne pas évoquer la vie étudiante elle-même, avec notamment la proposition d’ouverture nocturne des équipements universitaires comme les bibliothèques, les installations sportives et les lieux de vue, assurée par les étudiants eux-mêmes moyennant une bourse complémentaire pour ce service rendu. 

 

 

Enfin, la prise en charge par les étudiants qui le désirent des aides aux devoirs de l’école publique (appelées accompagnement éducatif). Les étudiants seront ainsi rémunérés par des bourses complémentaires alors qu’habituellement les heures supplémentaires venaient payer les professeurs (ce qui n’engendrera donc aucune dépense supplémentaire). Un acte civique et solidaire à l’attention des plus jeunes qui n’ont pas toujours leurs parents pour les aider à apprendre leurs leçons et un moyen pour les jeunes issus de la classe moyenne, et dont les revenus parentaux sont estimés trop élevés eu égard des critères sociaux, mais pas suffisamment pour leur permettre de voler de leurs propres ailes, de pouvoir s’émanciper eux aussi.

 

On le voit, il n’est nul besoin de mentir ou de promettre la lune pour redonner de l’espoir à la jeunesse. La vraie révolution n’est pas de renverser la table pour se rendre compte qu’elle était vide. La vraie révolution consiste à faire mieux avec ce que l’on a, à être imaginatif, dans la solidarité et la justice sociale. 

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9 avril 2012 1 09 /04 /avril /2012 08:53

La politique est un petit théâtre cruel qui puise sa force dans l’appétence des cyniques. Les vautours rôdent deux par deux, en escadrille hermétique, s’opposant l’une à l’autre avec force vorace. Et d’un coin de l’œil, ils veillent à dépouiller l’autre, l’ennemi, d’une victime potentielle. Attaquer et veiller. Telle est la loi de la jungle politique.

 

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Grigny, le 1 avril 2012 (WITT/SIPA).

Jean-Luc Mélenchon en meeting à Grigny, le 1 avril 2012 (WITT/SIPA).

 

Prenez Mélenchon. Il vole dans les hautes sphères d’une mode bobomaniaque. Un élan frénétique qui n’a aucune gêne d’avoir voté Europe Ecologie en 2009 aux Européennes et de voter Mélenchon en 2012. Ça fait bien de dire aujourd’hui que l’on vote Mélenchon. Et peu importe si le tribun, auteur il est vrai d’une brillante campagne, construit son programme à grands coups de pinceaux illusoires. Son programme est dispendieux au mieux, dangereux au pire puisque les prétendues recettes qu’il entend engranger sont fondées sur l’opposition des Français entre eux : les pauvres Français d’un côté et les salauds de riches d’un autres. Amis manichéens, vous voilà à nous servis.

 

Mélenchon cajolé

 

Mais l’homme qui a le vent en poupe est craint en haute sphère. Comme cajolé. Les unsl’épargnent poliment en espérant qu’il affaiblira l’autre camp. Les autres mettent en exergue leurs convergence de peur de ne l’effrayer quand le vrai combat, le seul qui compte, le second tour, commencera.

 

Prenez Bayrou. L’homme tend à la baisse dans les sondages. Mais la proie est précieuse : elle est du goût de l’un et l’autre camp. Pire, toujours crédité d'un score à deux chiffres, François Bayrou peut faire basculer l’élection sachant que le second tour est actuellement pointé autour de 53-54/46-47.

 

À gauche...

 

La drague au Bayrou a donc officiellement commencé. Même les néophytes n’auront pu toutefois ignorer qu’elle avait commencé il y a longtemps. Bien avant l’ouverture officielle. De manière grossière. A se demander si Allain Bougrain-Dubourg ne se serait pas fait entendre si la chasse au Bayrou avait perduré avec tant d’indécence et de précipitation alors que la campagne du premier tour n’avait même pas été lancée.

 

 

 

Le camp Hollande en avait fait de même, évoquant une place dans le gouvernement, avant de se raviser avec avoir mis tout rouge Mélenchon. L’arbitre des arbitres. Puis Hollande avait carrément changé son fusil d’épaule. Dégommer sans vouloir déguster les juteuses voix qui en découlaient. L’arrogance des riches quand on plane dans des zones stratosphériques.

 

Mais l’heure de grâce est passée, et la raison est revenue. Et soudain, François Hollande ne mégoterait à goûter une mijotée de Bayrou, histoire d’assurer ses arrières qui semblent menacés par un Jean-Luc Mélenchon tout feu tout flammes. Il rectifie le tir, en faisant amende honorable, regrettant une plume trop sévère. Puis envoie ses émissaires pour placer le piège au Bayrou. C’estJean-Pierre Mignard qui est chargé de sortir du bois.

 

...et  à droite

 

Mais entre-temps, la danse du centre n’a jamais cessé d’agiter le camp d’en face. Edouard Balladur et Valérie Pécresse ont fait le plein de recharge en pointant les accointances programmatiques, et ce même si leur aveuglément les font confondre une fougère avec une perdrix, quand notamment la ministre du Budget trouve compatible la vision européenne de Bayrou et la menace sur les accords de Schengen brandie par Nicolas Sarkozy.

 

Jean-Pierre Raffarin tend, lui, la carotte pour attirer le lièvre Bayrou en lui faisant miroiter le poste de premier ministrable, miroir aux alouettes.

 

François Bayrou, candidat du Modem à la rpésidentielle, en visite à Sophia Antipolis, le 27 février 2012. (B.BEBERT/SIPA)

François Bayrou, candidat du Modem à la présidentielle, en visite à Sophia Antipolis, le 27 février 2012. (B.BEBERT/SIPA).

 

Et pendant que la drague au Bayrou, indécente procession, se fait au vu et au su de tous, sans gêne, sans fausse pudeur, les craintes de l’abstention se font sentir. Comment ne pas être écœuré de voir les cyniques, Hollande et Sarkozy, faire fi du choix du peuple ? Comment oser faire comme si le premier tour n’existait pas au point que les deux grands ont refusé de s’affronter dans le débat du premier tour ? Comment ce déni de démocratie ne peut-il pas participer au poujadisme ambiant et profiter à ceux qui veulent mettre les Français les uns contre les autres et qui font de ces tripatouillages feu de tout bois ?

 

François Bayrou l’a dit et redit. Dans ce premier tour, concernant les deux grands comme ils aiment se voir, il y a le candidat de l’illusion et celui de la division. Laissons les Français faire leur choix.

 

Les Français feront leur choix

 

François Bayrou compte sur l’intelligence du peuple en lui demandant de la raison quand, en temps de crise, il a envie d’évasion. Mais ce discours demande du temps, et il reste quinze jours pour le lui faire comprendre. Viendra ensuite le temps du premier tour. Mais de grâce, ne privez pas les Français du premier tour au risque de vous tirer une balle dans le pied.

 

Comme l’a gentiment expliqué Marielle de Sarnez : "Moi j’aime bien être draguée quand c’est choisi. Pas quand c’est subi". Il faut être clair : la drague au Bayrou n’est pas encore ouverte. Et c’est celui-là l’impératif démocratique.

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3 avril 2012 2 03 /04 /avril /2012 08:51

Si les débats de cette présidentielle ne semblent pas passionner les Français – et on les comprend quand on voit que l’on consacre par exemple du temps de parole de Philippe Poutou à lui faire dire que faire une campagne est plus fatiguant que de travailler à l’usine -, une nouvelle faite ce lundi viendra peut-être faire contredire les Cassandre qui prévoient une abstention record. 

 

Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

France 2 a en effet annoncé qu’elle organiserait le 16 avril prochain, à seulement 6 jours du premier tour un débat entre les candidats dans le cadre de l’émission "Mots croisés" animée par Yves Calvi.

 

Il était temps qu'un grand débat soit organisé

 

Voilà qui ravira Nicolas Dupont-Aignan, qui fut le premier à le réclamer, rongeant son frein en voyant son score stagner aux alentours de 0,5%. Et quand on voit comment les médias télévisés se sont affranchis de l’équité de temps de parole jusqu’au 19 mars, il y a de quoi se réjouir de voir enfin une mise en lumière de ceux qui postulent tout de même à l’élection de la présidence de la République.

 

Et que ce débat soit organisé sur le service public est la cerise sur le gâteau, à condition bien évidemment que l’on ne cantonne pas ce débat à la deuxième partie de soirée, créneau traditionnel de l’émission crée par Arlette Chabot.

 

François Bayrou et Jean-Luc Mélenchon s’étaient déjà engagés à y participer avant même que la décision ne fût prise. Il faut dire que l’expérience des primaires socialistes a de quoi aiguiser les appétits. Nul n’a oublié quel succès ces débats ont connu, ce qui n’était, avouons-le, pas gagné d’avance. Une bonne audience doublée d’une participation remarquable dans les urnes.

 

Mais, et c’est surtout ce que veulent retenir ceux qui ne caracolent pas en tête des intentions de votes du premier tour, ces débats furent le point de départ de l’éclosion du candidat Montebourg, notamment dans son duel frontal avec Manuel Valls et qui lui avait permis de décliner son thème fort, la démondialisation, sur lequel surfe d’ailleurs avec succès un certain Jean-Luc Mélenchon. Celui qui rassemblera plus de 455.000 voix, et qui créera dans la foulée le courant "La rose et le Réséda" n’a pas oublié qu’il avait commencé la campagne des primaires à 5% en août...

 

Et déjà à l’époque l’on criait à la monopolisation du débat entre Aubry et Hollande, quand aujourd’hui le couple Sarkozy Hollande ravage tout sur son passage, comme le montre cette parodie de la scandaleuse Une de Libération qui confond commentaire et information dès sa première page, et que l’on pouvait découvrir le soir même de l’attentat démocratique sur le site deBayrou.fr.

 

L'on peut toutefois regretter que ce débat intervienne si tard dans la campagne quand les socialistes en avaient prévu une trilogie de longues dates afin que les citoyens aient le temps de voir évoluer les positions de chacun. Mais enfin, ce sera une première dans l’histoire de la politique française…

 

Un boycott de la part de Hollande et Sarkozy ?

 

Sauf que, sauf que… Les deux favoris ont décidé de faire la fine bouche. Nicolas Sarkozy a d’ores et déjà annoncé qu’il n’y participerait pas, estimant que la tradition implique de réunir les gagnants du premier tour. Pour celui qui n’a jamais cessé de claironner qu’il voulait voir la politique autrement, dans une rupture avec ses prédécesseurs, l’argument est risible.

 

François Hollande est tout aussi grotesque, puisqu’un de ses proches a justifié les réticences de son poulain par des raisons techniques, affirmant qu’un débat à dix pourrait sombrer à une foire d’empoigne. Les mêmes arguments avancés par les frileux juste avant les primaires… Et l’on a vu pourtant qu’avec des temps de paroles, et un animateur qui sait se faire respecter, chacun peut rester courtois tout en permettant aux candidats de se répondre les uns aux autres.

 

La vérité, c’est que les deux favoris ont évidemment peur. Ils ont tout à perdre dans ce type de confrontation. Oubliant toutefois que le débat politique a tout à y gagner vu le peu d’intérêt que la présidentielle suscite chez les Français. Pourtant n’est-ce pas là le plus important ? Les deux favoris n’ont-ils pas tout intérêt à ne pas incarner le triste proverbe selon lequel à vaincre sans péril on triomphe sans gloire ?

 

Alors pourquoi France 2 courberait-elle l’échine et accepterait de contourner le débat démocratique ? Pourquoi serait-on contraint d’accepter cette guerre de tranchée où l’on envoie ses caporaux se salir pour éviter d’être éclaboussé ? Est-on à même d’accepter dans une démocratie cette dérobade qui a déjà vu Pierre Moscovici et Jean-François Copé représenter Hollande et Sarkozy chez Ruquier où tous les candidats à la candidature avaient pourtant joué le jeu ?

 

Quand la droite avait hurlé au loup lors des primaires socialistes en expliquant que le PS avait monopolisé le temps de parole, les animateurs avaient expliqué que ce n’était pas faute d’avoir essayé d’inviter sur les plateaux les représentants de la majorité présidentielle : ils ne voulaient pas venir. Ils se dérobaient. Ce qui avait semblé suffire au CSA.

 

Alors il faut jouer le jeu de la démocratie et mettre Nicolas Sarkozy et François Hollande devant leurs responsabilités, une alternative non négociable : soit François Hollande et Nicolas Sarkozy acceptent le jeu démocratique et honorent en personne l'invitation qui leur est faite, soit ils ne seront pas représentés sur le débat et accepteront un autre adage selon lequel les absents ont toujours tort. Sans compensation de leur temps de parole puisqu’ils auraient décliné l’invitation.

 

Mais le CSA aurait-il le courage et l’indépendance pour oser refuser l’arrangement avec la démocratie que serait le substitut d’un candidat pour débattre ? Le pavé est lancé dans la mare. 

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 08:50

Depuis maintenant une quinzaine de jours, les sondages se suivent et se ressemblent.Après avoir rejoint François Bayrou (et Marine Le Pen par la même occasion) au seuil de 12/13 % des intentions de vote au premier tour, Jean-Luc Mélenchon semble petit à petit s’imposer comme le troisième homme de cette élection présidentielle, autour de 14 à 15%. Un score qui aura doubléen deux mois seulement. L’élan dont bénéficie le leader du Front de gauche ne doit rien au hasard.

 

Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, à Marseille, le 15 mars 2012. (Claude Paris/SIPA)

Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, à Marseille, le 15 mars 2012. (Claude Paris/SIPA)

 

Les raisons du succès Mélenchon

 

Pour commencer, Jean-Luc Mélenchon a pu compter sur la lassitude du système bipartite que l’on sert à la France et que les médias perdurent à vouloir inlassablement instrumentaliser. Une posture que Bayrou, Mélenchon et Marine Le Pen partagent à trois en 2012, quand ils n’étaient que deux en 2007. Et la proximité de cette posture avec le candidat du MoDem est d’autant plus troublante que l’élan dont semble bénéficier Jean-Luc Mélenchon semble de la même force que celui qui anima la campagne du Béarnais en 2007, et qui lui fit atteindre le score de 18,57 % au premier tour.

 

François Bayrou souhaite, dans ce qu’il appelle un discours de vérité, miser sur une réduction des dépenses publiques, quand Mélenchon surfe sur la vague initiée par Montebourg avec son concept de "démondialisation" et de VIème République. Au-delà de leur divergence de programme, il est intéressant de s’attarder sur ce qui fait que l’un bénéficie d’un élan qui manque à l’autre.

 

D’une part, Jean-Luc Mélenchon réussit une très bonne campagne. Et ce n’est pas rien, car cela n’est pas toujours un gage de réussite. Surtout quand on voit que François Hollande n’a pas particulièrement réussi la sienne et que, comme il l’avait fait lors de primaires socialistes, il ne fait que gérer au mieux son avance. Qui fond pourtant comme neige au soleil.

 

François Hollande, à Boulogne sur Mer, le 27 mars 2012 (CHESNOT/SIPA)

François Hollande, à Boulogne sur Mer, le 27 mars 2012 (CHESNOT/SIPA)

 

Jean-Luc Mélenchon n’a pas ce problème en tête. Il avait reçu l’aval du Parti communiste pour présenter une candidature à gauche du PS, alors que l’extrême gauche avait été submergée en 2007 par le tsunami du vote utile. Le Front de gauche n’avait donc rien à perdre. Et le Parti communiste, en apportant sa main d’œuvre militante, a fait le reste.

 

Les meetings du candidat Mélenchon sont actuellement les seuls en France à faire le plein à coup sûr, et ce même si, comme pour les grèves, on fantasme des marées humaines comme à la Bastille où l’on évoqua 120.000 participants, ou à Lille où les participants annoncent 23.000 personnes quand les services de la ville, contacté par mes soins pour cet article, parlent de 18 à 19.000 participants. Mais ne mégotons pas sur ces vétilles qui font partie de la propagande politique : Mélenchon fait un malheur en meeting.

 

L’autre partie du succès tient évidemment à la personnalité même de Jean-Luc Mélenchon. Tribun reconnu, il parle avec force et fureur, hèle ses adversaires, aboie sur Marine Le Pen, avec une force qui fait les grandes campagnes. Avec les journalistes, son agressivité est assurée de distraire le spectateur. C’est assurément un sacré client pour cette bulle médiatique.

 

Enfin, son bras de fer avec Marine Le Pen est également à l’origine de sa chevauchée fantastique. En point d’orgue, le non débat dans "Des paroles et des actes", qui discrédita pour de bon la présidente du FN. L’Histoire retiendra qu’il y a eu trois étapes au naufrage de Marine Le Pen dans cette présidentielle : le livre de Caroline Fourest et Fiammetta Venner, le KO d'Anne-Sophie Lapix, et le travail au corps de Jean-Luc Mélenchon. Et grâce lui soit rendue d’avoir osé démasquer, avec tant de réussite et d’efficacité, la présidente d’un FN qui voulait faire croire que son parti était devenu compatible avec nos valeurs républicaines.

 

Hollande, maître du destin de Mélenchon et Bayrou ?

 

Ces trois ingrédients, qui manquent cruellement pour l’heure au candidat centriste, font pour l’instant pencher la balance vers Mélenchon. Mais l’avenir n’est pas pavé de certitudes, car le plus dur reste à venir. Et le devenir de ces deux candidatures dépend du choix que fera François Hollande.

 

Parce que le score de Mélenchon ne s’explique pas seulement par l’assèchement des voix de l’extrême gauche, mais aussi par l’émiettement des intentions de votes accordées au candidat socialiste depuis quelques semaines.

 

Que fera donc François Hollande à présent ? Considérera-t-il que, quoi qu’il arrive, les voix qui se porteront sur Jean-Luc Mélenchon se reporteront automatiquement sur sa personne, et qu’il faut plutôt attirer les électeurs de François Bayrou ? Ou pensera-t-il au troisième tour de ces présidentielles, et à l’encombrant Front de gauche, couplé avec le Parti communiste qui viendra réclamer sa part du gâteau alors même que les Verts, qui n’auront rien pesé dans le scrutin, ont déjà négocié de haute main la part du lion ? En tournant à gauche toute, ne risque-t-il pas de faire fuir alors le centre gauche vers François Bayrou ?


Le dilemme est cornélien, et ceux qui auraient enterré un peu trop vite le Béarnais en seront sans doute pour leurs frais. La montée de Mélenchon ne serait finalement pas une si mauvaise affaire pour le président du MoDem. Et ce, d’autant plus que le vent qui porte le candidat du Front de gauche est loin d’être uniforme.

 

L'électorat de Mélenchon est trop hétérogène

 

En effet, la candidature de Mélenchon apparaît de plus en plus comme un phénomène de mode. De la même nature que celui qui accompagna Europe Ecologie aux européennes, avec la suite qu’on lui connaît. Un responsable de la mairie de Lille, qui a suivi de près le meeting de Mélenchon dans la capitale des Flandres, me témoignait cette semaine son étonnement de voir que les foules qu’il déplace sont essentiellement des jeunes et des bobos. On est loin de la cible ouvrière que son discours vise "naturellement". Un électorat bigarré, qui serait séduit par la rhétorique de l’homme du moment.

 

Sur les marchés où je tracte, les militants qui distribuent du Front de gauche offrent tous les visages et tous les profils, des jeunes nouveaux militants aux communistes qui sont sur le terrain depuis 30 ou 40 ans… Une drôle d’alchimie qui se dessine aussi quand on parle avec eux.

 

Une première me dit que la gauche doit gagner coûte que coûte et qu’elle votera Hollande au deuxième tour. Une autre m’affirme que "Sarko et Hollande c’est pareil" et promet un vote blanc le 6 mai. Un troisième me confie qu’il aime bien Bayrou, parce qu’il dit la vérité contrairement aux autres… On le voit, l’électorat de Jean-Luc Mélenchon est loin de parler comme un seul homme.

 

Jean-Luc Mélenchon lors d'un meeting en Charente le 2 janvier 2012 (NOSSANT/SIPA)

Jean-Luc Mélenchon lors d'un meeting en Charente le 2 janvier 2012 (NOSSANT/SIPA)

 

Et qu’en sera-t-il alors quand le Parti communiste reprendra ses droits à la fin de la présidentielle, et que les élus communistes réclameront ce qui leur est dû pour les législatives ? Comment tous ces voix, si différentes, presque contradictoires, pourraient s’accorder pour construire une politique cohérente ? Faire gagner la gauche est il un programme suffisant pour une France en crise ? L’étiquette suffit-elle à résoudre à grands coups d’incantation les problèmes des Français ?

 

Comme on le voit, aussi puissant que soit le vent qui porte actuellement Jean-Luc Mélenchon, il n’est pas bien sûr qu’il pourra faire fructifier le beau score que les sondages lui promettent aujourd’hui…

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  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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