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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 16:10

Mais qui donc Frigide Barjot aura-t-elle ému avec ses larmes sur le plateau du Grand Huit, en implorant "écoutez-moi" ? Qui d’autre aura-t-elle davantage convaincu ? L’entendre Frigide ? Mais on n’entend qu’elle. Partout. Et tout le temps. Au point de dire tout et n’importe quoi.

Il est inutile de revenir sur ses visions fantasmées de la loi. En revanche, il est toujours intéressant d’analyser certains de ses gros mensonges qui tentent de dissimuler sa part d’ombre, à elle aussi.

En janvier dernier, juste avant la Manif pour tous, elle avait déjà prétendu ne pas connaître les activités d’Alliance VITA, pourtant coorganisatrice de la manif pour tous. Une vidéo exhumée de Nouvelle de France avait confirmé pourtant sa présence à la Marche pour la Vie en janvier 2011, où elle avait accepté de répondre à quelques questions. Elle avait, au passage, claqué la bise à Christine Boutin, fondatrice de l’Alliance des Droits de la vie et devenue justement Alliance Vita, sous la houlette à présent de l’ombrageux Tugdual Derville, membre de la manif pour tous et connu également pour être l’homme qui compare cyniquement les homosexuels à des handicapés.


Mais quelques heures avant de pleurer comme une Madeleine un rien surjouée, la tête de gondole de "La Manif pour tous" avait débattu en forte compagnie sur le plateau de "Ca vous regarde", la veille : Hervé Mariton, le vice-Président de la Commission des lois au Sénat Jean-Pierre Michel et Caroline Fourest.

Et l’on comprend pourquoi elle a pu repartir contrariée du débat, car, comme en janvier chez Ruquier, Frigide barjot a encore été prise en flagrant délit de mensonge par Caroline Fourest. La même que, Pascal Boniface, sans jamais l’avoir démontré et affublant sa victime de ses propres maux et méthodes, qualifiait de "sérial-menteuse". Sauf qu’encore une fois, la menteuse, ce n’est pas Caroline Fourest mais bel et bien Frigide Barjot :


Tout d’abord, Frigide Barjot prétend que Laurence Tcheng, un des piliers de la Manif pour tous, n’a rien à voir avec Civitas, et que son collectif est parfaitement opposé à l’institut. Elle prétend ensuite que, ce n'est pas vrai qu'elle y "a été bien accueillie".

Voici donc la preuve du gros mensonge de Madame Barjot, avec le passage précis dans lequel Laurence Tcheng s’exprime dans l’église Ste Thérèse de Boulogne Billancourt le 19 décembre 2012 au nom de la Manif pour tous :

 

"Je n’ai rien contre Civitas", "j’ai été très bien accueillie" sont les mots de Laurence Tcheng qui explique qu’ils ont tout fait pour faire cause commune avec Civitas après une réunion organisée le 12 septembre avec toute la "cathosphère", mais qu’Alain Escada "n’a pas voulu démordre de ses bannières et de ses slogans" et les membres de Civitas ont pris "le parti, la liberté et la responsabilité de lancer leurs actes de leur côtés".

Pas de rupture donc mais bel et bien, l’expression d’un regret de ne pas avoir pu faire cause commune de la part de Laurence Tcheng, ce qui à lire Alain Escada n’est apparemment pas du tout le cas.

Premier mensonge, et de taille puisque depuis des mois, Frigide Barjot tente de montrer que "La Manif pour tous" n’a rien à voir avec Civitas. Et prise la main dans le pot de confiture, elle nie les faits de manière éhontée.

Ensuite, Frigide Barjot dit effrontément qu'Alliance Vita n’est pas une association anti-avortement. C’est déjà mieux qu’en janvier quand chez Ruquier elle prétendait ne pas connaître ses activités. Elle rajoute ici en tutoyant Caroline Fourest, dans cette fâcheuse habitude de familiarité pour tenter de passer pour la "bonne copine" :  "Non, Caroline, c’est faux, on ne remet en cause la loi Veil, arrête !"

Pas anti-avortement Alliance VITA ? On peut alors lire Tugdual Derville vanter les mérites de la Marche pour la Vie que l'association organise tous les ans en janvier, exception faite de 2013 pour faire front unique sur le mariage pour tous :

"La Marche pour la vie se déroule à Paris le dimanche 22 janvier 2012. Ses participants refusent la chape de silence qui continue de peser sur la réalité de l’avortement dans notre pays, depuis sa dépénalisation en 1975, contre laquelle ils continuent de protester, tout en réclamant un aide accrue pour les femmes enceintes."

“Une loi contre laquelle ils continuent de protester”.

Alors certains rétorqueront que Frigide Barjot pourrrait ne pas d’être de tous les combats d’Alliance VITA. Et que c’est pour cela qu’elle demande à Caroline Fourest de s’en retourner à Tugdual Derville. On peut aussi noter que dans la vidéo de nouvelle de France, Frigide barjot dit qu’elle n’est pas contre "la remise en cause de la loi Veil".

Pour autant, en 2009, quand elle avait pris fait et cause pour l’église et benoit XVI avec le "Benoithon", voilà ce qu’elle disait à l’occasion de l’affaire de Monseigneur José Cardoso Sobrinho, archevêque de Recife, dans le nord-est du Brésil qui avait excommunié la mère d'une jeune fille de 9 ans pour fait avorter sa petite fille, enceinte de jumeaux, fruit du viol de son beau-père, coutumier du fait :

 

Et voilà comment Frigide Barjot, sur Europe 1, assène que pour les Chrétiens, auquels elle s’associe (“pour nous les Chrétiens”) l’avortement est un crime (“quand on tue quelqu’un”).  

Donc de deux choses l'une : soit Frigide Barjot est pour la légalisation du crime, soit elle est contre la loi Veil... Même Alain Escada n'est, encore, jamais allé aussi loin dans le raisonnement mortifère.

Alors pourquoi mentir à ce point pour cette femme de médias qui sait mieux que quiconque que tout ce qu’elle dit est conservé par la mémoire collective virtuelle qui fausse l’adage selon lequel les paroles s’envolent ?

Tout simplement parce que derrière le rimel, se terre des convictions et une idéologie ultra-conservatrice et ultra réactionnaire.

Frigide Barjot n’est pas seulement la “porte-parole de Jésus” qui étonnamment attire la confiance du Clergé le plus doctrinal : si elle est si suivie en plus haute sphère catholique, c’est tout simplement parce que ses idées épousent le dogme. Son rôle, dit elle à "La vie", est de montrer Dieu à César pour que César ne se prenne pas pour Dieu.

Qu’on se le dise, pour Frigide Barjot, il est des sujets où la République n’a pas son mot à dire et où seul Dieu décide.

A la question d’Hervé Mariton dans "Ca vous regarde", “quel est l’intérêt de l’échange qui vient de se produire ?”, il conviendrait de lui répondre qu’il permet tout simplement de dévoiler celle qui passe pour homophile, républicaine et “fofolle” sympathique. Sous les paillettes et le rose bonbon, sa “part d’ombre” est tout simplement terrifiante. 

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 10:04

Le feuilleton du mariage pour tous tourne au vinaigre. Et ceux qui pensaient que la situation était exacerbée du fait des accusations caricaturales constatées des deux côtés vont devoir sérieusement et urgemment leur copie : la violence, de l’intimidation jusqu’à la menace de mort, n’est que d’un côté. Un seul.

Depuis quelques semaines, le baroud d’honneur des opposants au projet ressemble en tous points à un baroud du déshonneur. Jusqu’à l’indignité.

 

Les intimidations ont fait place au harcèlement 

 

Frigide Barjot a beau se dédouaner des exactions du 24 mars, en prétextant avoir été débordée par des extrêmes, sa rhétorique ne dupe personne. Le discours de la manif pour tous n’a pas attendu que l’extrême droite passe à l’action (car elle était DÉJÀ présente dès novembre dans le défilé des opposants, y compris celui rose bonbon) pour passer aux armes.

Depuis des affiches franchement limites jusqu’aux points Godwin cumulés par Xavier Bongibault, qui en équivalence lui vaudrait une ménagère en argent véritable chez Total, en passant par la menace du refus d’obtempérer pour Frigide Barjot.

Et qui oubliera la pasionaria de l’ancienne bataille du Pacs, Christine Boutin, qui se la joue en Madone christique, en s’adjugeant elle-même le gazage des forces de l’ordre, attendu qu’il a fallu qu’elle s’approche du périmètre de l’interdit des forces de l’ordre jusqu’à pénétrer dans l’avenue des Champs-Élysées pour se faire prendre…

Depuis le 24 mars, les intimidations ont fait place au harcèlement, avec un accueil réservé à bon nombre de membres du gouvernement quel que soit leur déplacement, ou en empêchant des élus de parler. Ironique quand on prétend être bâillonnés…

Sans oublier bien évidemment la cerise sur le gâteau posée par le GUD Nancy avec un visuel qui appelle au gay bashing... Ambiance. 

 

Des opposants aux méthodes "minables"

 

L’ouverture du débat au Sénat vient de marquer un nouveau tournant. Morbide. Alors que Jean-Pierre Michel, le rapporteur de la Commission des lois au Sénat a commencé sa journée au tribunal pour répondre à l’insensée Barjot pour avoir exprimé tout haut ce que le bon sens impose de soi, à savoir qu’il n’y a pire homophobie que celle qui ne s’assume pas, Chantal Jouanno venait de subir l’assaut d’opposants au réveil de son appartement dans le 12e arrondissement au son de "un père, une mère, c’est élémentaire".

Un épiphénomène qui aurait été dérisoire, si les méthodes employées notamment par Béatrice Bourges, la fameuse présidente du "Collectif pour l’enfant", qui avait quitté le collectif "manif pour tous" au soir du 24 mars en dénonçant des méthodes de Bisounours (sic), avaient confiné à la délation, comme le confia Chantal Jouanno, interrogée sur I>Télé jeudi soir vers 22h10 :

"Le plus étonnant, c’est que ceux qui se réclament de la défense de la famille, sont les premiers à venir porter infraction et à porter atteinte à votre propre vie de famille, parce que derrière tout ça, ce qu’il faut bien savoir c’est qu’en plus ils ont communiqué en citant le nom de mes enfants et en donnant mon adresse ce qui est parfaitement, franchement minable."

 

 

Un sénateur UMP change son vote après des menaces de mort

 

Mais l’on avait encore rien vu, puisque, coup de théâtre, le sénateur UMP Christophe-André Frassa, qui avait voté en commission des lois pour le projet de loi sur le mariage homosexuel, annonça peu avant l’ouverture des débats du palais du Luxembourg qu’il voterait contre en séance.

Sa déclaration matinale en laissa plus d’un perplexe puisque, tout en rappelant qu’il était pour le mariage des personnes du même sexe, il voterait contre…

La séance du Sénat apporta la réponse à ce brutal changement de vote, pour le moins incohérent :Christophe-André Frassa a été menacé de mort ! Rien que ça. Alors il nie bien évidemment que cette menace ait infléchi sa décision, tout en l'exposant dans l'hémicycle ; auquel cas, pourquoi en faire mention ?

À la tribune, il explique qu’il craint les dérives de la PMA et de la GPA, qui ne figurent pas dans le projet de loi, la GPA étant même ultra marginale chez les élus de notre République. Un argument éculé, maintes fois démenti par les partisans et surtout qui ne convainc personne.

 

Christine Boutin se félicite à coups de "on lâche rien"

 

Le sénateur a, semble-t-il, bel et bien cédé à la menace. Voilà dans l’état dans lequel notre République est aujourd’hui : les convictions républicaines ne valent plus rien face à la violence, à la menace, et au harcèlement.

Certains expliqueront qu’elle n’est l’œuvre que d’une frange marginale. Mais que vaut cet argument quand, aussi marginale fut-elle, cette menace suffit à changer un vote.

Plus grave, la réaction de Christine Boutin sur Twitter qui se félicite à coups de "on lâche rien" de ce changement de vote, occultant la motivation du sénateur, pressé par une menace de mort :

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Dès lors, il ne servira à rien de prétexter que la violence est à la marge, ou l’œuvre du GUD ou de n’importe quel détraqué d’extrême droite : quand on en arrive à cueillir les fruits de l’indicible et des fossoyeurs de nos valeurs, on en épouse les semailles.

En ce sens, l’artifice de la jachère, dès lors qu’il faut prendre ses responsabilités, ne pourra jamais, jamais, nous prendre pour des poires.

 

Publié sur Le Plus, du Nouvel Observateur le 5 avril 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 20:46

Le troisième cortège de la manif pour tous s'est donc soldée par un échec à tous points de vue.

Échec chiffré tout d'abord puisqu'avec 300.000 manifestants (selon la police), le collectif rassemble moins que le 13 janvier où l'on en avait comptabilisés 340.000. Et Frigide Barjot peut bien s'agiter en tous sens et s'époumoner en parlant de 1,4 millions et bientôt 2,5 sur I>Télé, la dure réalité des chiffres est cruelle pour celle qui s'est autoproclamée reine du bal et qui, dimanche soir sur la chaîne d'info était très agressive à l'égard des questions des journalistes.

Si la manifestation avait été un succès, nul doute qu'elle aurait adopté sa traditionnelle mine débonnaire. Ce qui ne fut pas le cas dans la séquence suivante, durant laquelle le mascara eut bien du mal à dissimuler la fureur de Frigide Barjot, qui n'était pas à prendre avec des pincettes :

 

 

Il faut dire que le chiffre décevant cache un échec beaucoup plus large justement, celui de l'ambiance bon enfant, "calme et pacifique" que voulait le collectif. Et de ce point de vue là, nul ne peut nier que les événements ont clairement dégénéré.

 

Un échec de l'organisation

 

L'on a beaucoup glosé sur les gaz lacrymogènes qui auraient été lâchés sur des enfants. Certains politiques, Christine Boutin et Laurent Wauquiez en tête, en ont même rajouté des tonnes et des tonnes sur les antennes d'info continu, pour dénoncer la barbarie des forces de l'ordre. Christine Boutin, que l'on a retrouvée évanouie au sol, en Belle au bois Dormant des réac, demandant même la démission de Manuel Valls, dans la mesure et la pondération qu'on lui connaît.

Pour autant, des personnes présentes et des journalistes, ont clairement expliqué que certains manifestants avaient clairement placé eux-mêmes poussettes et bambins en tête de cortège pour intimider les forces de l'ordre, comme cette autre vidéo amateur le prouve sans l'ombre d'un doute : "On va mettre les enfants devant" (à 3'58). 

 

 

Des membres du GUD se sont infiltrés dans le cortège, mais comme on le voit, ils ne furent donc pas les seuls à vouloir provoquer les forces de l'ordre.

Pour autant, il ne faudrait pas que ces quelques gaz vinssent enfumer l'ensemble des dérapages que la manifestation de dimanche a connus. Il y en eut bien d'autres, tout aussi graves et qui contredisent vigoureusement le terme choisi par Frigide Barjot pour les évoquer : "un épiphénomène". D'autant que les manifestants avaient reçu des consignes pour le moins claires, dans un courriel qui circulait dimanche via les réseaux sociaux : "Arrivez de tous les côtés, par où vous semble bon, par où vous pourrez, y compris par les Champs-Elysées". 

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Des débordements pas véritablement spontanés donc. Un message qui a bien été compris puisque des journalistes d'Europe 1 ont clairement entendu dans le cortège : "Rien à foutre des consignes de la préfecture."

Car, pour une manifestation censée être "bon enfant", avec un message très clair pour lutter contre l'homophobie, l'on a tout de même vu des insultes non déguisées pleuvoir dans la foule ou à partir de la foule via les réseaux sociaux. "SOS homophobie" a eu le temps de faire une impression écran d'un tweet qui montre bien l'ambiance : 

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Bruno Roger Petit, habitant sur les lieux, préféra lui ironiser sur un "allons brûler le Queen !" qui ressemble à s'y méprendre au fameux "les pédés au bûcher" de 1998.

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Christiane Taubira déjà honteusement grimée par le collectif de la Manif pour tous eut le droit à une métaphore vivante du meilleur goût puisqu'un âne déambulait dans la rue, portant le nom de la Garde des Sceaux. 

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Voilà des semaines que les opposants ont adopté la méthode jusqu'au boutiste pour clairement radicaliser ce mouvement. La Manif pour tous se voulait le pendant de Civitas en version soft et "homophile". Pourtant, elle rejoint la caricature jusque dans ses pires outrances. 

Ce défilé est devenu du grand n'importe quoi quand certains à droite l'ont pris comme tribune politique en réclamant la démission de Hollande et en voulant rejouer la motion de censure dans la rue.

Et c'est fièrement que les représentants de la manif pour tous exigent à présent d'être reçu par le chef de l'État ! Comme l'adolescente qui a ruiné l'appartement familial après sa boum et qui réclame son cadeau d'anniversaire la bouche en cœur !

Cette manifestation n'a pas seulement insulté les homosexuels, les partisans de l'égalité ou encore le camp des progressistes. Elle a insulté la République. La manif pour tous est devenue un mouvement indigne qui tente d'engranger toutes les aigreurs qui passent, à la manière de la voiture du balai qui drague tout ce qui traîne. On imagine les images qui vont se diffuser à travers l'Europe et le Monde pour voir ridiculiser notre pays.

Qu'on se le dise, ce n'est plus la manif pour tous : c'est l'indignité pour tous.

Publié sur Le Nouvel Obs - Le Plus, le 25 mars 2013

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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 20:40

Cela devait finir par arriver. Le troisième défilé de la Manif pour tous a clairement dérapé. Une centaine de manifestants clairement agressifs a tenté de forcer des barrages disposés "en parfait accord avec les organisateurs", comme l’a expliqué sur BFMTV Laurent Nunez, directeur de cabinet du préfet de la police de Paris.

Les manifestants surexcités ont même eu l’audace de placer des poussettes et des enfants en tête de cortège, en espérant dissuader les forces de l’ordre. De quoi aussi se poser en victimes enprétendant que les CRS ont "gazé" des enfants, comme le braillait dans un mélo surjoué Laurent Wauquiez sur la même chaîne d'info, qui pourra toujours s’enorgueillir de tenir la même argumentation qu’Alain Escada lors de l’affaire des Femen le 18 novembre dernier.

Tout a été fait ces derniers jours pour exacerber les tensions : Frigide Barjot aura tout tenté pour faire défiler son cortège sur les Champs-Élysées, ce qui n’est permis à aucune manifestation pour des raisons de sécurité.

Mais se sentant investie par une mission divine, l’égérie de la Manif pour tous se croit au-dessus des lois et avait clairement menacé d’investir malgré tout la plus belle avenue du monde, avec ou sans autorisation.

Se faisant passer pour une victime en prétendant que les autorités voulaient interdire son défilé quand on lui demandait simplement d’emprunter un autre itinéraire, Barjot a clairement alimenté la crispation et a elle-même radicalisé son mouvement.

Non contente de manifester contre l’égalité, Frigide Barjot y ajoute à présent l’indignité.

La Manif pour tous vient définitivement de faire tomber le masque. Ce collectif n’a rien d’un élan bon enfant, tout de rose bonbon vêtu, tentant d’exprimer un point de vue qu’il vient soumettre au débat.

Non. C’est une nébuleuse suspecte qu’a révélée une enquête du "Monde" cette semaine, et qui comporte autant de coquilles vides que d’organisations oscillant entre les appartenances catholiques, anti-IVG ou encore traditionalistes. 

Un spectre qui abrite au sein de l’organisation Xavier Bongibault qui assimile François Hollande à Adolphe Hitler, ou encore Tugdual Derville, d’Alliance Vita, qui compare les homosexuels aux handicapés. Un mouvement qui n’hésite pas à user d’arguments douteux pour confectionner des affiches comme elle mettant en scène Christiane Taubira dont on appréciera les relents :

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La Manif pour tous a le droit d’exprimer un point de vue contradictoire, fût-il ultra minoritaire en France puisque 66% des Français sont favorables à la loi qui a déjà été votée en première lecture par l’Assemblée nationale. Mais elle n’a pas le droit de défier la République et ses principes pour imposer son point de vue.

Violence, incivilité, provocation de l’ordre public, non respect des institutions, instrumentalisation des enfants et des poussettes en tête de cortège à la manière des anti-IVG. Mais quelle sera la prochaine étape ? Une insurrection ? un appel à la violence ?

La mascarade a assez duré. La République mérite des excuses de la part de la Manif pour tous. Et la destinée législative du texte doit continuer son cours. 

 

Publié sur Le Nouvel Obs - Le Plus, le 24 mars 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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5 mars 2013 2 05 /03 /mars /2013 20:19

Le sénateur socialiste Jean-Pierre Michel, rapporteur de la loi Taubira sur le mariage pour tous, a refusé d'auditionner le collectif Manif pour tous, de Frigide Barjot. Décidément les jours se suivent et les déconvenues se ressemblent pour Frigide barjot. Rien ne va plus pour la désormais ex-égérie des médias qui voit jour après jour les portes se refermer.

Pourtant, il y a à peine deux mois son collectif triomphait à Paris en revendiquant 1 million et parfois plus de participants, venus poussettes à la main manifester pour refuser des droits républicains aux homosexuels. Victoire à la Pyrrhus puisque ce succès en apogée sera l’acmé d’une bataille perdue d’avance et qui se termine dans le déshonneur le plus total.

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Car depuis, l’Assemblée nationale a adopté le texte après dix jours d’un marathon vif mais qui n’a jamais plané le moindre doute sur son issue. La manif pour tous a déposé une pétition auprès du CESE laissant croire de manière imaginaire que sa décision pourrait infléchir la destinée législative de la loi alors que sa demande n’a même pas été étudiée jugée irrecevable de principe. Puis ce fut au tour de l’opus de Frigide Barjot, le si fourni au titre délicat "Touche pas à mon sexe" d’être retiré des ventes pour une histoire de titre non conforme après des ventes pour le moins faméliques.

 

Une gifle sénatoriale 

 

Des déboires qui ne pèsent rien face au véritable camouflet que vient de lui envoyer la Chambre des Sages, le Sénat, dont pourtant le collectif espérait tant, au nom de la majorité plus ténue que la gauche y détient en comparaison à celle du palais Bourbon. Au-delà de cet avantage numérique qui semble se creuse d'ailleurs de jour en jour avec deux sénateurs UMP qui ont déjà prévu d'adopter le texte (en plus du vote de Chantal Jouanno pour l'UDI, en témoigne sa tribune dans "Le Monde"), c'est le sénateur socialiste Jean-Pierre Michel, rapporteur de la loi Taubira sur le "mariage pour tous", qui vient de sonner le glas en refusant d'auditionner Frigide Barjot et ses joyeux lurrons.  

Et le moins que l’on puisse dire c’est que le vice-président de la commission des lois du Sénat n’y est pas allé avec le dos de la cuiller, puisqu’il a justifié son choix à travers une missive qui risque de laisser des marques rouges sur la peau rose de Frigide. C’est le collectif de la manif pour tous qui a décidé, via twitter, de la rendre publique, et de devancer le Sénateur, qui, de sa main, a promis d’en faire de même.

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Poliment, il commence par expliquer que calendrier ne lui permettra pas de recevoir le collectif. En vertu de quelle expertise d’ailleurs le collectif de la Manif pour tous serait légitime ? Au nom de quoi sa capacité à organiser des manifestations dans la rue, ou des happenings sur les Champs Elysées lui donnerait autant d’importance que des spécialistes sur la question ?

Mais le Sénateur va plus loin et sa franchise ne sera pas prise en défaut par la suite :

"Mon point de vue est clair vous représentez la pire des homophobies qui est 'Je n'ai rien contre les homosexuels, j'ai plein d'amis homosexuels, mais je refuse l'égalité qui leur est due' ; pour moi cela est dans la lignée 'Je ne suis pas raciste, mon voisin est noir', vous êtes dans le déni d'homophobie, comme d'autres sont dans le déni de racisme".

La sanction est lourde mais ô combien salvatrice pour tous ceux qui se sont opposés aux mensonges et autres fantasmagories de Frigide Barjot depuis des mois. Car, partout où elle passait, de micros en plateaux, elle n’a jamais eu de cesse de commencer ses interventions par dire "je ne suis pas homophobe".

Un bouclier préalable qu’elle a armé pour mieux se permettre de dire n’importe quoi. Elle s’est systématiquement réfugiée derrière ce qu’elle appelait dans son livre "son brevet d’homophilie" pour avancer masquée et interdire l’égalité des Droits du seul fait de son orientation sexuelle.

Sauf qu’il ne suffit pas de dire "je ne suis pas homophobe puisque j’aime les homosexuels" pour se parer des oripeaux de la sincérité. Surtout quand après avoir fait cette confession dans "Touche pas à mon sexe", elle vient cueillir dans le jardin de Philippe Arino, sous la plume duquel on peut lire qu’en effet, Frigide Barjot n’entretient ni clichés, ni stéréotypes poussant à l’homophobie :

"L’homosexuel est une personne souvent blessée, à la sexualité souvent immature, qui se transforme alors en sexualité boulimique avec une infidélité quasi-consubstantielle : il suffit pour s’en convaincre de lire la presse homosexuelle où le sexe est omniprésent, de connaître un tant soit peu ce monde pour s’en rendre compte…"

Le Sénateur Jean-Pierre Michel a donc vu juste. Et parfaitement étudié la question. Il terminera son réquisitoire en rappelant que le bouclier de pacotille de Frigide ne résiste pas aux propos des milliers de manifestants dont elle s’enorgueillit et dont les langues se délient après quelques secondes passées à leur côté, avouant même que normalement, ils n’ont pas le droit de parler à la caméra.

 

 

Enfin, l’affaire Bongibault et son amalgame douteux a fini par œuvrer avec le temps. Pour avoir refuser de se désolidariser de son alibi homosexuel qui avait clairement dérapé, Frigide Barjot voit à présent le boomerang lui revenir en pleine tête quand le Sénateur lui expliqua avoir été choqué par des tels propos.

Des paroles qui sont loin d’être républicaines, et que le co-organisateur justifiait par l’attitude du Président de la République, alors qu’il était censé faire ses excuses. Aucune raison donc d’accueillir dans le ventre de la République ceux qui en prostituent les principes, même par pure provocation.

Frigide Barjot aurait pu avouer sa défaite après l’adoption en première lecture de la loi par l’Assemblée nationale. Mais il n’en a rien été. Au lieu de partir sur la pointe des pieds, elle a continué à vouloir s’agiter en tous sens alors qu’au sein même de son collectif on se désolidarisait et on se lamentait de son manque d’expertise. Même son beau-frère, Karl Zéro, après avoir dit qu’elle était "piquée" avait clairement reconnu que ses intentions n’allaient pas plus loin que sa propre notoriété.

 

Narcissique et sans doute trop avide, Frigide vient donc de voir son beau carrosse revenir citrouille. La pudeur nous interdit de dire ce qu’il adviendra de Xavier Bongibault. Mais qu’importe quand la morale est sauve. 

Publié sur Le Nouvel obs - Le Plus, le 5 mars 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 18:07

Alors que le texte du mariage pour tous a été voté mardi en première lecture à l’Assemblée nationale, l’affaire est loin d’être entendue pour certains.

Frigide Barjot, par exemple, a tenté le forcing en bloquant les Champs-Élysées de manière parfaitement illicite dimanche dernier, baptisant l’événement "happening" pour "boboiser" la manifestation et ainsi la rendre plus légale et sympathique aux yeux du citoyen lambda.

De manière plus rigoureuse, elle a également déposé une pétition signée par 700.000 personnes(avant la vérification de leur validité) auprès du Conseil économique, social et environnemental (Cese), pour tenter une vaine saisine, puisqu’elle ne changerait en rien le processus législatif en cours.

 

Une publicité homophobe

 

Dans la population, le débat continue aussi. Et parfois avec ses inévitables dérapages dans les prises de positions qui continuent de surprendre, pour ne pas dire plus nos voisins européens, à l’image de la Grande-Bretagne, qui a voté un texte similaire en une seule session parlementaire, texte proposé de surcroit par les conservateurs…

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Ainsi, à Angers, pour la Saint Valentin, un "Subway" a cru bon de proposer une offre exclusivement destinée aux couples hétérosexuels avec une propagande pour le moins politisée et revendiquée, puisque après avoir accolé (H/F) à côté du mot couple, le responsable de cette franchise a cru bond’y mettre une astérisque qui renvoyait à ce paragraphe, que chacun appréciera pour sa maîtrise tant de la syntaxe que de la chaîne d’accords :

"Discrimination ( ?) : Non, la loi de mariage pour tous a avancé, mais n’est pas encore ratifié par le sénat. Jusque la, je utilise la loi de la liberté d’expression"

N’en déplaise à ce responsable de "Subway", son commerce est soumis à une autre loi que celle du futur mariage pour tous ou encore de la liberté d’expression et qui est autrement plus répressive. C'est celle de la non discrimination d’autrui sur sa seule orientation sexuelle. Un délit, puni pénalement, qui s’est alourdi depuis les lois de 2004 pour lutter contre l’homophobie.

L’affaire a fait beaucoup de bruit, puisque le lendemain, les clients ont trouvé portes closes avec cette affiche "mystérieuse", paix retrouvée avec notre langue française : "Fermeture exceptionnelle".

 

Un climat nauséabond

 

Le site info de France Télévision indiquait entre temps que la direction de la chaîne Subway France s’est dite "horrifiée" par l’affaire, se désolidarisant de cette initiative en souhaitant "une sanction très grave, importante et exemplaire" pour le franchisé. Un message qui a le mérite de la clarté.

Pour autant, ce type d’événements montre une fois de plus combien ce "débat" sans cesse réclamé par les opposants avec une mauvaise foi inébranlable, puisque ce débat a bien eu lieu et qu’il n’a que trop duré, a laissé des traces indélébiles qui n’ont fait qu’accentuer l’homophobie bien plus qu’il ne l’a fait reculer.

Pendant que Frigide Barjot, dans "Touche pas à mon sexe", se réjouit de la baisse des intentions favorables au projet concernant l’adoption (dans des proportions inverses à la question du mariagequi connaît avec 66% de Français favorables un pic en France), elle oublie de dire que, dans le même temps, le nombre de plaintes à SOS homophobie a explosé de 200% durant la même période.

La fin justifie-t-elle les moyens pour Virginie Tellenne Merle (alias Brigide Barjot) et les hérauts de la croisade contre le mariage pour tous et l’adoption ?

 

La bataille de l'égalité avance mais...

 

N’oublions pas que si la loi proposée par Christiane Taubira vise à "normaliser" la situation des couples homosexuels en leur offrant les mêmes droits que les couples hétérosexuels, et par là même à faire reculer l’homophobie, la guerre sur ce terrain est loin d’être gagnée. La bataille de l’égalité avance, mais les consciences, elles, sont éminemment plus rétives à évoluer.

En tous cas, le responsable du Subway d’Angers a perdu sur toute la ligne alors qu’il tenait là un coup de publicité que d’aucuns auraient pu relever : parce qu’en proposant deux fois 30 centimètres pour seulement 14 euros, gageons que l’offre proposée à tous aurait fait un buzz autrement plus sympathique que l’ignoble affaire présentée ici...

 

Publié sur le Nouvel obs, le 16 février 2013

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 20:04

Il fallait oser. Et il l’a fait. Et qui d’autre que Guillaume Peltier, l’homme de la "Droite forte", l’incarnation humaine de la disparition de la digue entre la droite et l’extrême droite (après ses passages au FN et au MPF), aurait pu en être le géniteur ?

L’objet du délire ? Comparer ce que d’aucuns nomment à présent l’affaire Findus aux désormais sur-médiatisés PMA (procréation médicalement assistée) et GPA (gestation pour autrui).

Dans le "face à face" de la chaîne I>Télé, mercredi 13 février à 23h30, François Kalfon et donc Guillaume Peltier, les deux spécialistes des enquêtes d’opinion du PS et de l’UMP, ont croisé le fer comme chaque semaine sur l'actualité. Et parmi eux, immanquablement, l’affaire des lasagnes et de la viande de cheval.

Tel un sportif de haut niveau, surentrainé aux analogies (l’anabolisant des rhétoriqueurs), Guillaume Peltier débuta par un échauffement qui annonçait le menu, sans trop en dire  :

"C’est la conséquence non plus de la vache folle mais de la mondialisation folle. Il n’y a plus aucune cohérence, on bafoue les lois de la nature en permanence"

Des arguments farfelus

Le sourire de François Kalfon ressemble à celui qui a compris où son contradicteur voulait en venir. Filant ainsi la métaphore, il n’hésita donc pas à parler de "coming out" pour évoquer son inclinaison gustative pour la viande de cheval.

Il n’en fallut pas plus pour que Guillaume Peltier monte sur la selle et parte au galop :

"La grande leçon de 2013, pardon d’oser ce parallèle, mais qui est pour moi très fondé : à force que l’homme s’en prenne à la nature, à la biologie, à la filiation évidente, on le voit pour les humains à travers la PMA et la GPA (...)"

Peltier-sur-Ite-le--vs-Kalfon.jpg

Interrompu par un François Kalfon au moins autant interloqué qu’amusé, l’homme de la "Droite forte" n’en fut guère désarmé et enchaîna : 

"Vous pouvez parler pour éviter de me laisser parler. je vous dis juste parce que c’est une réalité. Chaque enfant est fils d’un père et d’une mère. Les chevaux ne font pas de bœufs, les bœufs ne font pas des chevaux. Or on voit qu’avec l’intervention systématique de l’homme au nom de l’hyper consumérisme, au nom de l’argent facile, eh bien, on en vient à trouver tout et n’importe quoi dans nos assiettes. Ça c’est une réalité"

Les arguments contre la PMA et la GPA ont connu une déclinaison pour le moins ubuesque au sein de l’Assemblée nationale pendant une dizaine de jours. Mais force est de constater que Guillaume Peltier remporte la palme. Avec une pensée résumée en ce syllogisme :

Si les chevaux ne font pas de bœufs

Et si les bœufs ne font pas de chevaux

Alors il faut s’opposer à la PMA et la GPA

Un amalgame pathétique

Logique, non ? En quoi l’affaire Findus pose-t-elle la question éthique relative à la PMA et la GPA ? Quel est le rapport entre une filière obsédée par le fric, qui change d’étiquette en trompant le consommateur, et un couple qui désire un enfant ? Comprenne qui pourra.

Mais au-delà du gloubiboulga de la pensée de Guillaume Peltier, cet amalgame, cet épisode pathétique, qui pourrait faire rire s’il n’était pas une insulte aux couples, à tous les couples depuis le vote de la loi du mariage pour tous, qui ne peuvent avoir d’enfants, apporte deux enseignements.

D’une part, il montre la nature profonde de ce que représente aujourd’hui une partie de la droite française, qui se proclame "républicaine", sans doute pour s’exonérer des accusations que l’on fait au FN. Pour autant, quand on sombre à pieds joints dans pareilles forfanterie, jusqu’à comparer la GPA et la PMA à de la viande que l’on substitue à une autre pour gagner de l’argent, on se dit que le qualificatif qui s’honore de représenter les valeurs de la France peut être usurpé pour partie, et quelle partie quand on sait que la motion de Guillaume Peltier est arrivée en tête des dernières élections internes.

D’autre part, ceux qui croyaient que le débat sur le "mariage pour tous" avait accouché de ses pires heures, et qu’à présent la barque allait pouvoir suivre son cours, sans heurts, se sont sans doute précipités dans leur jugement. Bien au contraire, le vote de la loi a exacerbé les tensions et notamment la passion des opposants qui tentent leur baroud d’honneur, quitte à franchir les frontières du respectable. Frigide Barjot, sans autorisation, bloque les Champs-Élysées, Christine Boutin traite de nul un député de la République, et Guillaume Peltier fait son amalgame fâcheux.

Qu’on se le dise, la course au nauséabond et à la caricature n’est pas terminée. Même si l’on sait qui gagnera en fin de course.

Publie sur Le Nouvel Obs - Le Plus, le 14 février 2013

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 18:00

Il fallait oser. Et il l’a fait. Et qui d’autre que Guillaume Peltier, l’homme de la "Droite forte", l’incarnation humaine de la disparition de la digue entre la droite et l’extrême droite (après ses passages au FN et au MPF), aurait pu en être le géniteur ?

L’objet du délire ? Comparer ce que d’aucuns nomment à présent l’affaire Findus aux désormais sur-médiatisés PMA (procréation médicalement assistée) et GPA (gestation pour autrui).

Dans le "face à face" de la chaîne I>Télé, mercredi 13 février à 23h30, François Kalfon et donc Guillaume Peltier, les deux spécialistes des enquêtes d’opinion du PS et de l’UMP, ont croisé le fer comme chaque semaine sur l'actualité. Et parmi eux, immanquablement, l’affaire des lasagnes et de la viande de cheval. 

 

Tel un sportif de haut niveau, surentrainé aux analogies (l’anabolisant des rhétoriqueurs), Guillaume Peltier débuta par un échauffement qui annonçait le menu, sans trop en dire (à 0'45 de la vidéo) :

"C’est la conséquence non plus de la vache folle mais de la mondialisation folle. Il n’y a plus aucune cohérence, on bafoue les lois de la nature en permanence"

 

Des arguments farfelus

 

Le sourire de François Kalfon ressemble à celui qui a compris où son contradicteur voulait en venir. Filant ainsi la métaphore, il n’hésita donc pas à parler de "coming out" pour évoquer son inclinaison gustative pour la viande de cheval.

Il n’en fallut pas plus pour que Guillaume Peltier monte sur la selle et parte au galop (à 4'06) :

"La grande leçon de 2013, pardon d’oser ce parallèle, mais qui est pour moi très fondé : à force que l’homme s’en prenne à la nature, à la biologie, à la filiation évidente, on le voit pour les humains à travers la PMA et la GPA (...)"

Peltier.jpg

Interrompu par un François Kalfon au moins autant interloqué qu’amusé, l’homme de la "Droite forte" n’en fut guère désarmé et enchaîna :

"Vous pouvez parler pour éviter de me laisser parler. je vous dis juste parce que c’est une réalité. Chaque enfant est fils d’un père et d’une mère. Les chevaux ne font pas de bœufs, les bœufs ne font pas des chevaux. Or on voit qu’avec l’intervention systématique de l’homme au nom de l’hyper consumérisme, au nom de l’argent facile, eh bien, on en vient à trouver tout et n’importe quoi dans nos assiettes. Ça c’est une réalité"

Les arguments contre la PMA et la GPA ont connu une déclinaison pour le moins ubuesque au sein de l’Assemblée nationale pendant une dizaine de jours. Mais force est de constater que Guillaume Peltier remporte la palme. Avec une pensée résumée en ce syllogisme :

Si les chevaux ne font pas de bœufs

Et si les bœufs ne font pas de chevaux

Alors il faut s’opposer à la PMA et la GPA

 

Un amalgame pathétique

 

Logique, non ? En quoi l’affaire Findus pose-t-elle la question éthique relative à la PMA et la GPA ? Quel est le rapport entre une filière obsédée par le fric, qui change d’étiquette en trompant le consommateur, et un couple qui désire un enfant ? Comprenne qui pourra.

Mais au-delà du gloubiboulga de la pensée de Guillaume Peltier, cet amalgame, cet épisode pathétique, qui pourrait faire rire s’il n’était pas une insulte aux couples, à tous les couples depuis le vote de la loi du mariage pour tous, qui ne peuvent avoir d’enfants, apporte deux enseignements.

D’une part, il montre la nature profonde de ce que représente aujourd’hui une partie de la droite française, qui se proclame "républicaine", sans doute pour s’exonérer des accusations que l’on fait au FN. Pour autant, quand on sombre à pieds joints dans pareilles forfanterie, jusqu’à comparer la GPA et la PMA à de la viande que l’on substitue à une autre pour gagner de l’argent, on se dit que le qualificatif qui s’honore de représenter les valeurs de la France peut être usurpé pour partie, et quelle partie quand on sait que la motion de Guillaume Peltier est arrivée en tête des dernières élections internes.

D’autre part, ceux qui croyaient que le débat sur le "mariage pour tous" avait accouché de ses pires heures, et qu’à présent la barque allait pouvoir suivre son cours, sans heurts, se sont sans doute précipités dans leur jugement. Bien au contraire, le vote de la loi a exacerbé les tensions et notamment la passion des opposants qui tentent leur baroud d’honneur, quitte à franchir les frontières du respectable. Frigide Barjot, sans autorisation, bloque les Champs-Élysées, Christine Boutin traite de nul un député de la République, et Guillaume Peltier fait son amalgame fâcheux.

 

Qu’on se le dise, la course au nauséabond et à la caricature n’est pas terminée. Même si l’on sait qui gagnera en fin de course.

 

Publié sur le Nouvel Obs le 14 février 2013

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 17:56

Décidément, Jean-Louis Borloo nous aura tout fait. Après avoir prétendu avoir voté pour le PaCS quand en réalité, il s’était abstenu en 1998, le président de l’UDI a de nouveau défrayé la chronique mardi alors que se votait en première lecture le projet de loi de l’ouverture des droits au mariage et à l’adoption.

  

 

Cela fait des mois que Jean-Louis Borloo avait déclaré vouloir voter pour l’adoption de cette loi, à l’image de quelques barons de son parti qui avaient signé une tribune remarquée dans "Le Monde". Mardi, Jean-Louis Borloo a trouvé le moyen de se tromper de bouton et de voter "contre", quelques minutes après avoir déjà été à l’origine d’un tohu bohu inimaginable, vexé qu’il était de ne pas voir le Premier ministre en personne lui répondre (ce qui valut un "abrutis" aux députés de l’UDI de la part de Claude Bartolone, pourtant peu enclin à ce genre de sortie et respecté de tous, même dans l’opposition).

Jean-Louis Borloo a-t-il voulu se venger en modifiant son vote ou s'est-il trompé ? Les rumeurs enflent quelques minutes après le vote. 

Très vite sur Twitter, les railleries n’ont pas manqué, au départ pour exprimer la circonspection face à ce volte-face, puis pour moquer l’erreur de Jean-Louis Borloo…

Le président de l’UDI a fini par faire rectifier le vote, et, surtout s’est fendu d’un tweet pour calmer le jeu :

 

 Capture-d-e-cran-2013-02-17-a--17.57.56.png

 

Pour autant, cette sortie potache est à l’image de ce que l’UDI a montré durant ce débat : un parti sans ligne d’horizon. Un flou incompréhensible que ses membres ont nommé "liberté de conscience" sur le vote, comme l’a vociféré (au vu du ton) à l’hémicycle François Rochebloine, face à une majorité qui scandait "Bor-loo, Bor-loo, Bor-loo"), samedi 2 février dernier en plein débat sur le vote de l’article 1 :

"J’ai dit ‘la très grande majorité’ ! Nous, nous avons la liberté de vote, et vous, vous ne l’avez pas ! C’est cela qui importe !"

Le problème de l’UDI n’est pas d’avoir revendiquer une liberté de vote, ce qui est en soi parfaitement acceptable. Le problème de l’UDI sur ce projet de loi est d’avoir accepté le fait que le parti et ses militants étaient divisés sur la question, tout en laissant seulement les opposants les représenter à la tribune.

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Ainsi, Jean-Christophe Fromantin a pris la tête d’une véritable croisade, alors que Jean-Louis Borloo passait de temps en temps à l’assemblée sans ne rien dire. De la même manière, quelques instants avant le vote, Jean-Christophe Fromantin a bien rappelé que l’UDI était partagé sur la question, mais l’ensemble de son discours fut une charge lourde, très lourde sur la loi :

"Sachez que la quasi-totalité des députés du groupe UDI se mobiliseront avec détermination contre cette évolution qui marquerait une étape supplémentaire dans le droit à l’enfant. Les Français ont-ils réalisé vers quoi ce texte nous emmène ? Je n’en suis pas du tout convaincu. Votre projet de loi aboutira finalement à deux questions que poseront inévitablement les enfants : ‘D’où je viens ?’ et ‘Pourquoi je n’ai pas de papa ou pourquoi je n’ai pas de maman ?’"

Et Jean-Christophe Fromantin de conclure :

"Vous estimez que ces questions ne méritaient pas de réponses. Elles sont pour nous essentielles. C’est la raison pour laquelle la majorité des députés du groupe UDI votera contre ce texte."

 

Le centre n'a pas existé dans le débat

 

Finalement, les discours des opposants de l’UDI ont calqué leurs arguments sur les réquisitoires de l’UMP. Et Jean-Louis Borloo, un des seuls à voter "pour" a trouvé le moyen de se tromper de bouton… L’UDI, tous comme les deux députés MoDem n’ont jamais trouvé leur place dans ce débat, à l’image de Jean Lassalle qui aura fait rire aux éclats l’Assemblée le 6 février dernier :

 

Expliquant par la suite être "à la fois déchiré et empreint d'enthousiasme" concernant le vote de cette loi, personne ne comprit ce qu’il ferait. Il aura fini par voter "contre"… Ce qu'aurait fait François Bayrou, qui s'enorgueillit de revendiquer un "mariage Canada Dry". Hors sujet. 

Le centre n’aura donc pas existé sur une loi historique, que ce soit en la soutenant ou en s’y opposant. Une position illisible sur une question tranchée qui ne laisse personne indifférent. Le centre ne sait toujours pas comment se positionner et tarde à trouver une identité… Ou de la théorie de la quadrature du cercle. 

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8 février 2013 5 08 /02 /février /2013 17:45

David Douillet est un homme à part. Une sorte d’OPNI : Objet politique non identifié. Quadruple champion du monde et double champion olympique de judo, l’homme aurait pu, comme bon nombre de ses collègues, faire profiter de ses dons aux espoirs français.

Las. Attiré par la politique, et par la finance, il finit par prendre des responsabilités à l’UMP, à l’époque sarkozyenne, avant d’être élu député dans le territoire des Yvelines. Secrétaire d’État chargé des Français à l’étranger, puis ministre des Sports, à une heure où le président d’alors pense compenser son déclin par la nomination d’un homme à la popularité conséquente. David Douillet n’aura donc pas atteint le zénith que sur les tatamis.

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Il ne l’aura pas non plus atteint dans la finesse et l’humanisme : en 1998, dans "L'Ame du conquérant", il déclare, toute virilité affichée :

"C'est la mère qui a dans ses gènes, dans son instinct, cette faculté originelle d'élever des enfants. Si Dieu a donné le don de procréation aux femmes, ce n'est pas par hasard"

Avant de conclure :

"On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes ! 

Et à ceux qui se refusent à lire entre les lignes, le champion olympique avait cru bon de préciser que le terme "tapette" désignait "les hommes qui ne s'assument pas" 

Du Ronsard dans le texte.

 

Les records de goujaterie

 

Toujours est-il que ce grand politicien, au sens physique du terme s’entend, s’est surtout manifesté depuis l’ouverture du débat sur le mariage pour tous par son absence au mieux, ou pour les trois malheureuses fois où il est intervenu, ses digressions sur la GPA, la "gestation pour autrui", qui, rappelons-le, ne fait pas partie du projet de loi, ni des "territoires" de la majorité comme l’a maintes fois répété Christiane Taubira depuis dix jours.

Ce jeudi, il a battu les reccords de la goujaterie, de l'homophobie implicite ou encore du non-dit en évoquant la GPA dans d'autre pays et en parlant de ces bénéficiaires du dispositif en ces termes : "Pour des centaines d'euros, les ventres de femmes sont loués par des riches... euh, je veux pas les nommer."

Ne pas le nommer... On le comprend quand on se souvient en quel terme élégant, "les tapettes", il évoquait le non-dit par écrit. 

Et David Douillet de se laisser aller à une leçon de morale envers la garde des Sceaux sur son incapacité à répondre sur la question de la GPA, alors que le dispositif ne fait ni partie du projet de loi, ni de celui ayant trait à la loi sur la famille en mars prochain, et alors qu’elle a répété une trentaine de fois au sein de l’hémicycle qu’elle et la majorité étaient farouchement opposées à cette marchandisation du corps de la femme.

Une accusation insupportable pour la nouvelle coqueluche des Français, qui veille nuit et jour, à tout venant, contre ces opposants qui ne cessent de lui chercher des poux. Et la réponse fut cinglante :


On le voit, les réponses relèvent du pathétique. Avec la palme, mais il les collectionne depuis quelques jours, à Christian Jacob qui qualifie des mots écrits sur un livre, et qui restent donc signés dans la prospérité comme des "ragots de presse". Des ragots, des mots inscrits sur un livre, publié à des milliers d'exemplaires ?

 

Mauvaise foi de l'UMP

 

Si la France voulait avoir la confirmation de la mauvaise foi de l’UMP dans les débats, la voilà servie.

Cette même UMP qui ne défend pratiquement aucun de ses amendements et qui profite pour chacun de ses membres de ses deux minutes de paroles pour attaquer sans discontinuer. À l’image de Jean-Frédéric Poisson, héritier de Christine Boutin sur la Xe circonscription des Yvelines, qui malgré ses bonnes manières dans le débat, contrairement à Marc Le Fur ou encore à Philippe Gosselin qui se confondent en vocifération ou en accusations fallacieuses, conclut chacun de ses délires en aucun rapport avec ce qu’il a déposé au préalable par un sentencieux "l’amendement est défendu".

Encore heureux.

 Dans ce contexte, la résistance de Christiane Taubira n’est pas seulement digne, valeureuse ou encore courageuse. Elle est l’essence même de la République, qui consiste à combattre avec le glaive et l’épée les pourfendeurs de la liberté et de l’égalité.

 

Publié sur le Nouvel Obs le 8 février 2013.

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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