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5 août 2012 7 05 /08 /août /2012 09:38

Roger Federer lors du match qui l'opposait à J.M. Del Potro, aux JO de Londres, le 3 août 2012 (AMENDOLA/SIPA).

Roger Federer lors du match qui l'opposait à J.M. Del Potro, aux JO de Londres, le 3 août 2012 (AMENDOLA/SIPA).

 

La victoire fut douloureuse, ô combien douloureuse. Et pourtant, on aurait tort de croire que Roger Federer jouait vendredi sa bête noire, en demi-finale du tournoi olympique, sur le Center Court de Wimbledon. Certes Juan Martin Del Potro est bien l’homme qui l’avait terrassé sur le central de Flushing Meadow, en finale de l’US Open en 2009, alors que personne ne voyait perdre le Suisse. Cette défaite, en cinq manches, avait même empêché l’Helvète de boucler un grand chelem sur deux ans, puisque tenant à Roland Garros et à Wimbledon la même année, il avait remporté dans la foulée en 2010 l’Open d’Australie. Depuis, il y eut des blessures pour l’Argentin.

 

Un match record

 

Mais depuis son retour, Roger s’est toujours rappelé à son bon souvenir en le battant systématiquement, méthodiquement. Rien pour cette année, les deux joueurs s’étaient affrontés déjà à cinq reprises : Open d’Australie, Rotterdam, Dubaï, Indian Wells et Roland Garros. Et à chaque fois celui qui allait redevenir n°1 mondial en juillet avait pris le dessus.

 

À Paris, pourtant, l’alerte avait déjà été chaude. L’Argentin, se rappelant qu’en 2009, il avait failli faire tomber le Suisse en demi-finale en menant 3-1 dans le cinquième set, avait mené deux manches à rien. Mais le physique trop fragile de celui que l’on surnomme la Tour de Tandil (sobriquet né de sa grandeur – presque 2 mètres – et de sa ville de naissance en Argentine) avait réduit ses espoirs à néant et Federer avait déroulé dans les trois derniers sets après une belle frayeur : 3-6 6-7 6-2 6-0 6-3.

 

Cette fois-ci, le suspense aura tenu jusqu’au bout. Les mauvaises langues auraient tort de considérer que le format aura sauvé la mise de Del Potro puisque les Jeux olympiques, contrairement aux grands chelems, se jouent en deux sets gagnants. Car en l’emportant 19-17 dans l’ultime manche, le Suisse et l’Argentin auront pour ainsi dire jouer cinq manches. 4h29.

 

Un record pour un match au meilleur des trois sets depuis les 4h02 du  fameux Nadal/Djokovic en demi-finale de Madrid en 2009, que beaucoup considèrent comme la victoire à la Pyrrhus de l’Espagnol. Touché dans sa chair après ce combat, il avait non seulement concédé la finale à Federer le lendemain, mais surtout avait dû rendre les armes pour la seule fois de sa carrière 15 jours plus tard à Roland Garros face à Söderling, les genoux en capilotade.  

 

Federer a eu peur

 

Vendredi, comme ce fut déjà le cas lors de son premier tour face à Alejandro Falla, Federer a eu peur. Et cela s’est vu. Incroyable sensation pour l’amateur de tennis de voir ce monument du tennis trembler au moment de conclure. L’homme aux 17 titres du grand chelem, aux 7 Wimbledon, qui est au sommet de la hiérarchie pour la 289e semaine (record de Sampras battu depuis 2 semaines à une longueur encore respectable de celui, mixte, de Steffi Graf dont le règne s’étendit sur… 377 semaines) n’a en effet rien pu faire, quand à 9 partout il put, enfin, breaker l’Argentin pour la première fois du match après 3h45 de jeu.

 

Il y a six ans, du temps de sa grandeur où il perdait moins de cinq matchs à l’année, Roger Federer n’aurait jamais laissé passer l’occasion. Il aurait commencé par deux ou trois services gagnants histoire d’écœurer son adversaire. En 2012, le Suisse n’est plus capable de mettre la tête sous l’eau de sa victime aussi facilement. En panne de premières, il donnait le signe à son adversaire qu’il y pensait. C’en fut assez pour Del Potro qui appuya encore plus fort ses coups pour s’offrir un break blanc. Tout était alors à refaire. Comment le Suisse venait-il le laisser s’échapper pareille occasion, lui qui venait, enfin, de prendre le service imprenable de son adversaire ?

 

La faute à des défaites qui se sont accumulées. La faute à des adversaires qui ont, progressivement fait sauter le verrou, en l’emprisonnant côté revers, pour l’attaquer plein champ sur son côté coup droit, son coup le plus redoutable pourtant, qui chancelle à présent quand il est pilonné dessus. La faute à l’expérience aussi qui lui permet de lire dans l’esprit de ses adversaires comme dans un livre, et de sentir le moment comme aucun autre. Conscient que "le" moment est arrivé, cette conscience, loin de lui assurer un coup d’avance, le fait trembler, là, où, un jeunot jouerait sans réfléchir.

 

Simplement humain

 

Aujourd’hui, l’émotion guide sa main quand l’instant devient tendu. Historique aussi puisque chaque victoire n’en finit plus de rajouter un chapitre au roman déjà fleuve de son incomparable carrière. Déjà à Wimbledon, ses victoires furent douloureuses, comme face à Julien Benneteau où il passa plusieurs fois à deux points de la défaite, ou encore en finale face à Murray, qui pendant longtemps aura détenu les clefs de la finale, et qui, jusqu’au bout, aura fait trembler le Suisse, en sauvant notamment une première balle de match.

 

On voyait Dieu en lui, on le voit tout simplement humain. Et c’est sans doute ce qui le différencie d’un Nadal dans cet éternel débat qui s’ouvre régulièrement pour savoir pourquoi on préfère la Suisse à l’Espagnol : bien sur le recordman de Roland-Garros pleure, lui aussi à chaque grande victoire. Mais cette humanité ne vient qu’à la toute fin du match, quand le masque vient de tomber, comme le verdict. Dans les échanges, pas un signe de fragilité ne vient colorer l’ensemble. Chez Federer, malgré le palmarès, les fêlures sont vives. Il n’est plus de victoires faciles. Comme si chaque pierre apportée au collier lui donnait davantage le vertige, bien plus qu’à ceux qui le suivent depuis plus d’une décennie.

 

Vendredi, à la presse suisse, il l'avouait : "Pour être honnête, j’ai imaginé la défaite. Je sais que, après une telle déception, j’aurais eu du mal à remobiliser mes esprits pour une médaille de bronze. Je devais gagner aujourd’hui." Imaginer la défaite en plein match ? Comment un champion en arrive-t-il à confier ce que tous les entraîneurs vous défendent de faire ?

 

Un destin à la Steffi Graf

 

Son destin en fin de carrière ressemble à celui de Steffi Graf, celle qui est considérée comme la plus grande championne de tous les temps, avec son Grand chelem en 1988 (assorti d’une médaille d’or à Séoul la même année) et ses 22 titres du grand chelem. Bousculée par les Sabatini Fernandez, puis humiliée par Seles, enfin ringardisée par Davenport, Hingis et les Williams qui pointaient, déjà, le bout de leur nez, la championne avait su, à chaque fois, composer avec l’énigme pour trouver, seule, la solution. Petit à petit, elle s’était adaptée pour faire de ses bourreaux d’un moment, des victimes en devenir.

 

Mais au fil du temps, chaque combat semblait puiser sa force dans le mental de la championne. Tant et encore. Si bien que chaque victoire approchée semblait la rendre plus fragile encore. L’Allemande ne fit plus jamais dans la facilité, celle qui lui permit notamment en 1988 de boucler la finale la plus rapide de l’histoire du jeu en 38 minutes. 

 

 

Et à partir de 1995, chacune d’elle ressemblait à un exploit tant l’Allemande semblait à fleur  de peau, balbutiant son coup droit quand elle s’approchait de son but. Qui a oublié les larmes qui coulèrent sur ses joues en 1995, en 1996 et encore en 1999 quand elle venait de renvoyer Hingis à ses études ? À l'époque, Steffi Graf avait confié à "Tennis Magazine", que l’expérience ne l’aidait pas et que, bien au contraire, lui faisait prendre conscience des moments qu’il ne fallait surtout pas rater, la lucidité du sage, troublante, que l’insouciance de la jeunesse méprise avec dédain.

 

Aujourd’hui, le Suisse vit pareille situation. Son palmarès n’est pas un matelas de confiance dans lequel il peut puiser quand le moment devient difficile.

 

Conscience dans l'accomplissement

 

L’insouciance avait fait de lui un Dieu. La conscience dans l’accomplissement le réduit à l’état d’humain. L’émotion surgit et vient faire douter la détermination et la certitude. Mais Dieu que la victoire n’en a alors que plus de saveur ! Pour Federer bien évidemment. Et que dire des amateurs de tennis qui se frottent les yeux pour ne pas croire qu’ils sont en plein rêve : Roger, après avoir été divin, est redevenu humain. Mais toujours un trophée entre les mains. 

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3 août 2012 5 03 /08 /août /2012 09:37

Jiaudo Wu

La pongiste Jiaduo Wu joue sous les couleurs de l'Allemagne (I.INOUYE/SIPA).

 

Dans l’anonymat de la multitude des disciplines des Jeux olympiques, certains matchs ont retenu l’attention en tennis de table, alors que le tournoi débutait son deuxième tour : Qiangbing Li affrontait Mo Zhang , Xue Li défiait Jian Fang Lay. Puis au-delà de ces matchs "fratricides", on voyait également Jiao Li, Yuan Tian, Yifang Xian, Jie Li, Jiaduo Wu et combien d’autres encore pointer le bout de leur nez… Depuis quand une délégation, fût-elle la plus forte de la discipline, en l’occurrence la chinoise, a-t-elle le privilège de présenter huit voire dix de ses compatriotes en compétition ?

 

Pourtant, contrairement aux apparences, aucune de ces pongistes n’est chinoise. Du moins officiellement. Dans l’ordre de leur apparition, elles sont autrichiennecanadiennefrançaise,australienneluxembourgeoisehollandaisecroatefrançaisehollandaise à nouveau et allemande. Sauf qu’en y regardant de plus près, il suffit de s'attarder sur le lieu de naissance de chacune de ces athlètes pour voir qu’il y a anguille sous roche : respectivement Pékin, Shi Jia Zuhang, Boshan De Zibo Sh., Wengzhou, Shangaï, Qingdao City, Shenyang, Baoding, Sichuan et enfin Linhai-Zhe Jiang. Des noms de villes bien exotiques pour les pays cités…

 

Une concurrence telle que les Chinoises vont à l'étranger

 

En réalité, sur les 64 joueuses participant au tournoi, 24 sont originaires de Chine !

 

Le phénomène n’est pas nouveau et ne se circonscrit pas à l’épreuve féminine. En Chine, la concurrence est telle que les quotas imposés par la Fédération internationale ne permettent pas à tous les athlètes chinois de concourir pour les championnats du monde, ou encore les Jeux olympiques. Si bien qu’à moins de faire partie des génies de la discipline, il ne reste plus à ces pongistes qu'à se tourner vers d’autres pays, enclins à les accueillir pour tenter d’endiguer la vague chinoise, qui fait la main basse sur toutes les compétitions internationales depuis plusieurs décennies.

 

La situation en devient cocasse, car certains matchs ressemblent à s’y méprendre à un championnat de Chine. Benoit Paire, tennisman français qui vient de faire son entrée parmi les 50 premiers joueurs du monde, n’avait pas un classement suffisant pour se qualifier pour Londres. Aussi c’est de la tournée américaine qui débute sur ciment, et qui est naturellement désertée par les meilleurs, qu’il suit les Jeux olympiques le soir, à l’hôtel, après ses matchs. Et regardant un de ces matches "format championnat de Chine", il ne put s’empêcher de tweeter cette semaine :

Le phénomène est devenu tel que la Fédération internationale de tennis de table a dû réagir… mais un peu tard. En 2008, elle a voté un nouveau règlement interdisant les changements de nationalité pour les athlètes de plus de 21 ans. Parallèlement, la règle encadre sévèrement les "transferts" ayant lieu avant cet âge, en exigeant une "période de qualification" de sept ans pour un changement de nationalité entre 18 et 21 ans ; de cinq ans entre 15 et 18 ans, et de trois ans pour les joueurs de moins de quinze ans.

 

Problème majeur : ce nouveau règlement ne concernait pas les Jeux olympiques…

 

Des naturalisations loin d'être confinées au tennis de table

 

Tous les sports ont connu des vagues de naturalisation. Le football et l’athlétisme ont vu le Qatar et Brunei acheter à coups de millions de dollars des athlètes déjà confirmés au plus haut niveau mondial, pour se créer artificiellement une culture sportive, à l'image des cités lacustres qu'ils ont déjà créées à Dubaï. En janvier dernier et dans le cadre des championnats du monde de handball, qui seront organisés en 2015 au Qatar, ce dernier avait tenté de débaucher Nikolaj Markussen, Danois de nationalité, avec à la clef un chèque à sept chiffres pour l'inciter à quitter son maillot national… Proposition déclinée par l’intéressé, qui ne se voyait pas tourner le dos au Danemark natal.

 

Qu’il est loin le temps où les naturalisations n’étaient que la conséquence d’une condition de réfugié politique, comme c'était le cas pour la Tchécoslovaque Martina Navratilova, dont l’exil aux États-Unis avait ému le monde entier en 1975, alors qu’elle était simplement autorisée à jouer un tournoi sur le territoire US. Elle était retournée dans son pays en 1986 seulement, lors de la Fed Cup, sous les couleurs américaines et aux côtés de Chris Evert, ce qui restera un grand moment d’émotion pour celle qui était devenue l’une des plus grandes sportives de sa discipline.

 

Aujourd’hui, les naturalisations ne sont qu’une affaire de gros sous pour des pays en mal de résultats. Plutôt que d’utiliser cet argent à développer des structures sportives dans les territoires et d’aider la jeunesse à se découvrir une âme de champion.

 

Et si l'on interdisait tout simplement les naturalisations ? Autant demander de supprimer le fric dans le sport...

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1 août 2012 3 01 /08 /août /2012 09:37

La judokate Wodjan Ali Seraj Abdulrahim Shahrkhani à son arrivée à Londres, le 25 juillet 2012 (M.NAAMANI/AFP).

 La judokate Wodjan Ali Seraj Abdulrahim Shahrkhani à son arrivée à Londres, le 25 juillet 2012 (M.NAAMANI/AFP).

 

Le feuilleton interminable sur le voile islamique aux JO aura rendu son verdict. Il est sans appel pour les femmes.

 

Après de multiples rebondissements, la judokate saoudienne Wodjan Ali Seraj Abdulrahim Shahrkhani a été autorisée à concourir la tête voilée, dans le cadre du tournoi des +78 kg. Nul doute que les caméras risquent de s’intéresser de près à un combat qui n’aurait focalisé sinon aucune attention.

 

D’aucuns pourraient s’émouvoir que l’on discute encore autour du voile aux Jeux olympiques puisque le CIO avait déjà annoncé le 23 juillet dernier qu’il autorisait deux athlètes saoudiennes à participer voilées à la compétition. Le comité s’était alors fendu d’un communiqué qui avait de quoi laisser perplexe :

 

"Le CIO est heureux d'annoncer qu'il a reçu la confirmation du Comité olympique d'Arabie Saoudite que deux femmes participeront pour l'Arabie Saoudite aux jeux Olympiques de Londres cet été".

 

Et c’est bien là le hic : l’Arabie Saoudite avait donc fait de cette autorisation une condition sine qua non pour qu’elle envoie des athlètes femmes aux JO pour la première fois de l’histoire. D’où le communiqué, étonnamment enthousiasmé, et les conclusions qu’en avaient tiré certains : par cette décision, le CIO a permis aux femmes de concourir et donc de s’émanciper.

 

Le CIO cède devant l'Arabie Saoudite

 

Ahurissante inversion des valeurs ! En quoi autoriser des femmes à concourir avec un voile, contrainte qui est imposée par le pays, peut-il concourir à l’émancipation des femmes ? Comme le soulignait alors Fabienne Broucaret, journaliste indépendante et auteur de l’ouvrage "Le sport, dernier bastion du sexisme", quand la FIFA en avait fait de même pour le football au début du mois, il ne faudrait pas oublier d’où provient la demande :

 

"Du point de vue des femmes, c’est un leurre de penser que cela va aider à les émanciper. Il faut voir d’où vient la demande : du Koweït, de l’Arabie Saoudite... des pays où les droits des femmes sont bafoués au quotidien, où elles ont parfois même jusqu’à l’interdiction de conduire !"

 

Mais les fédérations sportives préfèrent rester sourdes à la condition des femmes dans ces pays et croire que céder à ces revendications revient à leur donner une liberté, celle de concourir, oubliant qu’elles contribuent aussi grandement à rendre légitime une ligne politique qui ne garantit pas les mêmes droits aux hommes et femmes, et finalement à les priver de liberté tout court.

 

D’autant que ceux qui arguent que ce n’est l’histoire que d’un "voile" se fourvoient : les autorités saoudiennes ont imposé d’autres obligations à l’envoi de femmes aux JO (une demande du CIO, faut-il le préciser, et non pas de l’Arabie Saoudite qui, apparemment, n’a pas cherché à "médiatiser" par elle-même cette première historique…) : en sus du code vestimentaire strict, ont été imposés un accompagnement permanent des athlètes femmes ainsi qu’une interdiction de se mêler aux hommes. La "liberté", en somme. Et l’"égalité", surtout.

 

Un problème de sécurité

 

Si elle a pu défiler "librement" lors de la cérémonie d’ouverture, la judokate Wodjan Ali Seraj Abdulrahim Shahrkhani a toutefois buté sur une autre institution, la fédération de judo, qui n’autorise pas le hijab. Les règlements du judo imposent à ses combattants de se présenter tête nue sur le tatami. Une question de sécurité. Et puis, certainement aussi, une question de culture. Au judo, l’adversaire combat à armes égales, en simple kimono ceinturé. Sans autres signes de quelque nature que ce soit.

 

La délégation saoudienne a décidé de suspendre la décision de faire concourir son athlète à l’autorisation de la Fédération de judo. Officiellement, l’on apprend que les discussions ont été menées par le CIO auprès de cette dernière. Mais qu’allait-elle donc faire dans cette galère sachant qu’il existe un règlement ?

 

Et si le spectre de l’attentat de Londres qui éclata le lendemain de la désignation de Londres comme ville hôte olympique avait guidé l’esprit olympique, par crainte d’un climat qui serait devenu lourd ? Ne serait-ce pas là céder à une menace invisible ? Le conditionnel s’impose mais les interrogations n’en demeurent pas moins légitimes. Finalement, la Fédération Saoudienne a obtenu gain de cause. A moins que ce ne soit le CIO, l’on ne sait plus très bien.

 

L’affaire est d’autant plus lourde que c’est le père de l’athlète qui, en réalité, avait menacé d’empêcher sa fille de concourir. Tout un symbole que cette décision du CIO et qui dépasse assez largement l’esprit olympique. Trop largement. Le CIO a perdu sur tous les plans : religieux, politiques et culturels.

 

Les valeurs de l'olympisme bafouées


Il aura profané la neutralité que la charte olympique impose en termes de religion (n’évoquons pas la laïcité, et son concept français sachant qu’il n’est pas entendu de la même manière outre manche et outre atlantique) : "aucune sorte de démonstration ou de propagande politique, religieuse ou raciale n’est autorisée dans un lieu, site ou autre emplacement olympique."

 

Et la charte de préciser :

 

"Les Comités nationaux olympiques doivent préserver leur autonomie et résister à toutes les pressions, y compris, mais sans s’y restreindre, les pressions politiques, juridiques, religieuses ou économiques qui pourraient les empêcher de se conformer à la Charte olympique."

 

Résister à toute pression religieuse… Une réussite de toute évidence.

 

Il aura contredit sa volonté d’interdire de diffuser des messages politiques comme il l’imposepourtant à tous les athlètes. En autorisant non pas la liberté de porter le voile, mais son obligation par certaines délégations, il aura légitimé ceux qui font de la religion ou de ses signes ostensibles une tribune politique fondée sur l’instrumentalisation de la foi.

 

Enfin, il aura bafoué la culture du judo en lui préférant de manière parfaitement arbitraire la culture d’une nation. Depuis quand, aux Jeux olympiques, les valeurs d'une nation supplantent-elles celles du sport ?

 

Mais, et c’est sans doute le plus grave, dans les tous les cas, c'est évidemment la cause féminine dans le monde qui vient de connaître un recul. Désormais, ceux qui contrôlent leur liberté ont le pouvoir de décider, même quand ils gambadent sur les terres prétendues de l’universalisme. Prétendues, car l’olympisme, depuis longtemps, a bien perdu de ses idéaux.

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5 juillet 2012 4 05 /07 /juillet /2012 09:30

Oscar Pistorius court le 200 m aux championnats du monde paralympiques à Manchester, le 22/05/2012 (OLDHAM/SIPA)

Oscar Pistorius court le 200 m aux championnats du monde paralympiques à Manchester, le 22/05/2012 (OLDHAM/SIPA) 

 

Ironie du sort : alors qu’Oscar Pistorius pensait que ses espoirs olympiques s’étaient définitivement envolés, voilà que la Fédération d’athlétisme d’Afrique du Sud annonce qu’elle enverra un relais 4x400 mètres, malgré son refus de faire participer individuellement ses athlètes sur la distance, faute d’avoir atteint les minimas exigés. Une revanche pour le sportif, après avoir été empêché de participer aux JO de Pékin en 2008.

 

Handisport ou compétitions classiques ?

 

Simple anecdote du monde sportif ? Mais savez-vous qui est Oscar Pistorius ? Oscar, né sans péronés, a été amputé à seulement onze mois. Il débute logiquement sa carrière d’athlète en handisport, mais la recherche lui permet de s’équiper de deux prothèses en carbone. Une révolution technique qui va commencer par faire du bruit, dès lors que le Sud-Africain décide de courir aux côtés de valides.

 

En 2008, alors que se dessinent les Jeux olympiques de Pékin, les spécialistes décident de se pencher sur son cas, pour savoir si l’athlète est favorisé par rapport aux valides, ou si la technologie en carbone lui permet seulement d’exploiter au mieux ses qualités physiques intrinsèques. Une affaire assez épineuse, et qui aboutit dans un premier temps aux conclusions del’Université des Sports de Cologne, qui estime alors que les fines prothèses en fibre de carbone utilisées par Pistorius procurent au Sud-Africain un avantage sur les athlètes valides.L’IAAF (International Association of Athletics Federations) n’a donc pas le choix et interdit donc à Pistorius de participer à une compétition hors handisport.

 

Entre temps, le Tribunal arbitral du Sport intervient en faveur de l’athlète en mai de la même année, et l'autorise à nouveau à courir. Trop tard pour qu’il puisse se qualifier chez les valides, puisqu’il échouera à 70 centièmes des minimas requis. Il ramène tout de même trois médailles d’or de Chine, aux Jeux paralymiques, en 100, 200 et 400 mètres.

 

Depuis, les polémiques vont et viennent au rythme des rapports que rendent les différents spécialistes, qui se contredisent les uns après les autres. En aveugle, l’IAAF préfère laisser courir le Sud-Africain, au bénéfice du doute plutôt que de le léser le cas échéant. A vrai dire, la Fédération ne prenait pas, jusque l’année dernière en tous cas, un risque démesuré, car les performances du Sud-Africain n’étaient pas au niveau des meilleurs athlètes.

 

"Blade Runner" a rejoint les sportifs valides : juste ou pas ?

 

Mais en réalisant 45’07 en 2011, celui que l’on nomme "Blade Runner" ("le coureur aux lames") se qualifia pour ses premiers championnats du monde avec les valides, en signant la quinzième meilleure performance mondiale de la saison, avec un temps qui lui aurait permis d’obtenir la 5èmeplace aux JO de 2008, et la 4ème à Berlin aux Mondiaux de 2009…

 

Alors évidemment, la légende que construit Oscar Pistorius est extraordinaire. A l’image de la réaction de Sebastian Cœ, ancien recordman du monde du 800 mètres, et co-organisateur des Jeux olympiques de 2012, et qui après la performance de l’an passé se réjouissait de la possibilité de voir l’athlète se qualifier pour Londres, qualifiant même l’événement de "fascinant".

 

Pourtant, on ne peut qu’être sceptique face à la situation. Qu’adviendra-t-il si Pistorius venait à courir encore plus vite ? Ses progrès sont déjà considérables, puisqu’il a gagné plus d’une demi-seconde sur son record personnel. Et l’on est en droit de se demander s’ils sont autant dus à ses capacités physiques qu’à la technique toujours plus performante de ses fameuses lames.

 

L’éthique du sport de haut niveau se fondant avant tout sur l’équité des conditions, la suspicion est de mise, même si elle ne doit en rien altérer l’admiration face à la détermination et la bravoure de ce personnage hors-normes, qui aurait refusé une invitation pour Pékin, même après la décision du Tribunal du Sport, souhaitant gagner son billet sur le tartan.

 

Exemple édifiant : un tournoi de tennis qui mêle sportifs valides et handicapés

 

Il n’en est pas toujours de même dans les autres sports. Ainsi, au tennis, la situation est assez différente. Comme en athlétisme, les athlètes peuvent le pratiquer en handisport, quelque soit leur niveau de handicap au niveau des jambes, grâce à un fauteuil adapté. La seule différence avec le tennis traditionnel réside dans les deux rebonds auxquels les athlètes ont le droit, afin de compenser leur manque de réactivité et de vitesse.

 

Depuis peu, les pratiquants en fauteuil qui le souhaitent peuvent parfaitement participer aux tournois réservés aux valides avec leur chaise adaptée. Une spécificité que j’ignorais, quand j’ai pris part en décembre 2010 au tournoi de Ronchin, dans la banlieue de Lille.

 

Avant mon match, je vois que mon adversaire, qui boîte énormément, se plaint du terrain qui nous est réservé, évoquant des bosses. Il obtient que l’on déplace un match en cours, pour prendre leur place.

 

"Cavalier", me dis-je alors… Jusqu'à ce que je comprenne les raisons des exigences de mon adversaire, quand il se retourna pour me dire : "Au fait, on vous a dit ? Je joue en fauteuil." Devant mon air certainement interloqué, il tenta alors de me rassurer : "Mais ça ne change rien aux règles, j’ai juste droit à deux rebonds."

 

Inutile de préciser que la sensation est étrange, dès les premières balles. Cela s’est très certainement vu sur mon visage, d’autant que dans la peur de commettre un impair, on reste plutôt silencieux dans ce genre de situations. Le sentiment est même mitigé, quand après une amortie, votre adversaire se rend tranquillement sur la balle, puisqu’il a jusqu’à la limite du troisième rebond pour la reprendre…

 

Mais il avait bien raison : cela n’a absolument rien changé. Les échanges étaient évidemment différents, surtout en termes de tactique mais sur le terrain, nous étions deux joueurs qui pratiquions la même discipline et dont la règle était : "Être le dernier à remettre la balle dans le court…" Avec la même détermination, la même volonté de gagner, les mêmes reproches après avoir raté l’immanquable.

 

Déterminer l'existence d'une éventuelle discrimination

 

Pour autant, la différence avec l’affaire Pistorius, c’est que le fauteuil ne présente aucun avantage par rapport aux valides, bien au contraire : la vitesse et le temps de réaction sont considérablement diminués, l’agilité des mains doit être décuplée puisqu’il faut à la fois tenir la raquette et faire tourner les roues, il faut savoir anticiper les distances, car après deux rebonds, la balle atterrit beaucoup plus loin, et les balles hautes deviennent compliquées à jouer si elles ne sont pas frappées au sommet du rebond.

 

D’ailleurs, alors que mon adversaire du jour m’avouait faire partie des quinze premiers français en fauteuil, il ne sera classé que "40" cette saison-là chez les valides, le tout premier classement accordé après les non-classés…

 

Cette expérience montre qu’il est parfaitement possible d’effacer le handicap par le prisme du sport. Les valides peuvent parfaitement imaginer pratiquer aux côtés des athlètes handisport. Mais peut-être pas au même niveau de performance que celui qu’ils atteignent dans leur catégorie spécifique.

 

Surtout quand sans appareillage, ils sont très loin du niveau qui leur est possible d’atteindre avec, comme c’est le cas dans les disciplines où le physique prend une importance considérable. Car il y aura toujours un doute : l’aide technique compense-t-elle ce que les muscles normalement sollicités sont censés produire dans la pratique, ou en fait-elle davantage ?

 

Mais entre la perspective sportive et la dimension humaine, il convient de trancher. Et il n’est pas bien sûr que la polémique ait autant d’importance que l’engouement et le formidable espoir que représentera la participation d’Oscar Pistorius aux Jeux olympiques de Londres où il ne pourra espérer autre chose que le symbole pour laurier… en attendant les Jeux paralympiques où il tentera de conserver ses titres sur 100, 200 et 400 mètres.

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29 juin 2012 5 29 /06 /juin /2012 09:28

Gilles Simon au tournoi de Wimbledon, le 28 juin 2012 (A.GRANT/SIPA)

Gilles Simon au tournoi de Wimbledon, le 28 juin 2012 (A.GRANT/SIPA)

 

Mais qu’est-il passé dans la tête de Gilles Simon, pour avoir eu ce besoin irrépressible de sombrer dans la goujaterie ? Est-ce que son allergie (relative) pour le gazon lui aurait fait perdre son sang froid ? Toujours est-il qu’avant de sombrer face à Xavier Malisse au deuxième tour du tournoi de Wimbledon, le Français, 13ème mondial, et ancien membre du top ten, a fêté d’une manière pour le moins singulière son élection au conseil des joueurs de l’ATP, lui qui a remplacé… Rafaël Nadal.

 

Alors que la question du prize-money continue de faire beaucoup jaser, et que les tournois du grand chelem ont décidé de mettre la main à la poche notamment en augmentant de manière substantielle les gains des perdants des premiers tours, Gilles Simon a mis les pieds dans le plat, en ressassant un vieux débat sur l’égalité hommes/femmes à propos des gains sur le court :

 

"Je pense qu'aujourd'hui, le tennis masculin est vraiment en avance par rapport au tennis féminin. Les joueurs ont certainement encore passé deux fois plus de temps sur le terrain à Roland-Garros que les femmes. On parle souvent de l’égalité dans les salaires, je trouve que ce n'est pas un truc qui marche dans le sport. Je pense qu'on est le seul sport aujourd'hui où il y a la parité hommes-femmes au niveau des prize-money, alors que le tennis masculin reste plus attrayant que le tennis féminin à l'heure actuelle."

 

Peu avare en mots, le Français a même décidé d’en rajouter une louche à propos de la popularité, ou plus exactement du défaut de popularité du circuit féminin :

 

"Quand les tournois deviennent des évènements combinés, c’est surtout pour sauver la semaine des filles. Quand à Rome, il y a 20 spectateurs pour assister à la finale dames et que l’année suivante, je ne peux pas m’entraîner sur le site une seule fois, parce que nous sommes trop nombreux, j’ai forcément les boules (sic). Et je pense que c’est légitime."

 

Les filles ont vite remis Simon à sa place

 

Les réactions n’ont pas tardé. Marion Bartoli, numéro un française, a renversé l’argument en expliquant que si, selon Simon, les femmes profitaient de la notoriété du circuit masculin lors des épreuves mixtes, les hommes, eux, ne sont en réalité que très peu à déchaîner les passions, sous-entendant évidemment que Gilles Simon ne faisait pas partie de ceux-là : "ll ne faut pas non plus oublier que les joueurs qui attirent réellement des spectateurs dans le circuit masculin, il y en a cinq ou six, et le reste profite de ces cinq ou six."

 

Serena Williams au Tournoi de Rome, le 18 mai 2012 (A.MEDICHINI/SIPA)

Serena Williams au Tournoi de Rome, le 18 mai 2012 (A.MEDICHINI/SIPA)

 

Maria Sharapova et Serena Williams lui ont emboîté le pas, avec le sarcasme en plus, en explicitant ce que Marion Bartoli ne faisait que suggérer. La Russe, numéro un mondiale, a ainsi déclaré : "Je crois que mes matches sont regardés par plus de monde que les siens." Une remarque d’autant plus cinglante et compréhensible que Maria était victorieuse des deux dernières finales de Rome justement qui semblait être dans le collimateur de Gilles Simon… Serena Williams a joué la solidarité, non sans insistance : "Clairement, il y a beaucoup plus de monde qui regarde les matches de Maria que ceux de Simon. Elle est beaucoup plus sexy que lui."

 

À mufle, mufle et demi ?

 

L’argumentation de l’ancienne et de l’actuelle numéro un mondiale touche juste. Car il ne serait être question d’évaluer les gains en tournoi en fonction de la durée de l’effort.

 

D’une part, parce que, c’est une évidence, les femmes n’ont pas la même constitution physiologique. Il n’y a donc pas lieu de parler d’égalité mais d’équité.

 

D’autre part, et c’est sans doute le plus important, parce que si les joueuses et les joueurs étaient réellement payés en fonction de leurs efforts, comment explique-t-on que leurs revenus s’élèvent à des centaines de milliers de dollars quand celui qui travaille dur à l’usine en gagne jusqu’à mille fois moins ? Sur ce terrain-là, les arguments de Simon sont clairement scandaleux.

 

Maria Sharapova au Tournoi de Rome, le 18 mai 2012 (A.MEDICHINI/SIPA)

Maria Sharapova au Tournoi de Rome, le 18 mai 2012 (A.MEDICHINI/SIPA)

 

Par ailleurs, en quoi les sommes touchées par ses homologues féminines impactent-elles ses propres revenus ? Le circuit féminin fonctionne en autonomie totale et ce qui ne serait plus versé aux femmes ne reviendrait donc aucunement dans les poches des hommes. A tel point que l’on se demande même si cette revendication ne relève pas tout simplement de la simple jalousie.

 

Le tennis masculin a-t-il toujours été aussi attractif ?

 

Rappelons nous que dans les années 90, où le tennis masculin était dominé outrageusement par Pete Sampras et Jim Courier, qui n'étaient pas, sans faire insulte à leur talent, des emblèmes fantasmatiques, le tennis masculin traversait une grave crise et peinait à remplir les stades quand la rivalité Graf/Seles déchainait les passions.

 

Qui se souvient de la finale de Roland Garros 1992 entre Jim Courier et Petr Korda, quand la finale dames opposa la veille les deux reines qui s'écharpèrent jusqu’à 10/8 au troisième set ? Cette année-là, les joueuses avaient disputé 8 jeux de plus, et sué davantage que les homologues masculins... Pourtant, Seles avait remporté 372.896 dollars pour sa victoire, contre 490.618 pour Courier, soit 25% de moins !

 

En 1992, la finale simple dames de Roland Garros oppose Steffi Graf à Monica Seles, qui l'emporte

 

À partir du moment où il y a des fans qui font le déplacement, et en-dehors du fait, qu’en effet, depuis quelques années, le niveau technique du tennis féminin fait pâle figure, comparé à l’âge d’or que connaît le circuit ATP avec Federer, Nadal et Djokovic, il n’y a aucune raison que les joueuses ne touchent pas les dividendes du succès qu’elles engrangent.

 

Gilles Simon a évoqué une seule finale, celle de Rome, qui se déroula devant une faible affluence. Mais combien de tournois se déroulent devant des tribunes pleines ? La finale des Masters féminins d’Istanbul l’année dernière s’est jouée devant plus de 13.000 fans, pour un spectacle de 2h28 ! Gilles Simon peut-il en revendiquer autant quand il a joué la finale de Bucarest ? L’Open Gaz de France de Paris au stade Coubertin connaît aussi un succès de plus en plus grandissant depuis maintenant vingt éditions. Et les jours des demi-finales et de la finale dames se jouent à Roland Garros sans qu’il ne reste une seule place à vendre.

 

Une sortie qui n'honore pas Simon

 

Gilles Simon aurait pu marquer son élection au sein du Conseil des joueurs de manière plus digne que cette sortie machiste qui insulte des femmes qui ont tant lutté pour imposer la professionnalisation de leur sport. Billie Jean King et Martina Navratilova ont dû être écœurées d‘entendre pareille stupidité, elles qui ont tant œuvré dans les années 70 pour que les joueuses puissent elles aussi gagner leur vie en jouant au tennis.

 

Mais, me direz-vous, on peut toujours trouver plus indélicat. Personne n’a oublié dans le monde du tennis le jugement flatteur que portait il y a quinze ans le néerlandais Richard Krajicek à l’égard de ses homologues féminines, lui qui remporta Wimbledon en 1996 : "Je pense que 80 des 100 premières du classement féminin ne sont que de grosses truies." Devant le tollé provoqué par sa sortie, il avait tenu alors à "nuancer" son propos : "J'ai sans doute exagéré quand j'ai dit ça. C'est certainement plus proche des 75%."

 

Finalement, même en termes de vulgarité, Gilles Simon reste un petit joueur…

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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 10:41

Mais quel est donc le problème de Mickaël Llodra ? Ce joueur a pourtant tout pour plaire. Non seulement, il est un des rares serveurs-volleyeurs qui restent sur le circuit, frappé de plus en plus par le ralentissement des surfaces et par l’uniformisation des jeux.

 

Mais il est aussi une exception et un exemple puisqu’il est l’un des seuls français classés parmi les joueurs classés parmi les meilleurs à l'ATP à résider en France et non en Suisse, comme Joe Wilfried Tsonga, Gilles Simon, Richard Gasquet ou encore Gaël Monfils, ou bien en Belgique comme Jérémy Chardy (amusant quand on sait que le véritable Suisse, Roger Federer, a élu domicile à… Dubaï où il ne paye aucun impôt). Ce qui ne l’empêche pas par ailleurs d’êtreambassadeur de Jaguar et notamment aux côtés de Francis Huster pour la campagne 2012.

 

Preuve que l’on peut très bien gagner sa vie et ne pas considérer que payer des impôts, c’est-à-dire contribuer à l’effort et la solidarité de la Nation, c’est se faire plumer. Une rareté, surtout dans le monde sportif, que pourraient exploiter les candidats à la présidentielle qui ont décidé de faire du zèle en instrumentalisant comme jamais le thème de l’exil fiscal, comme Nicolas Sarkozy qui a même décidé de plagier Jean-Luc Mélenchon sur la question.

 

Mais il y a une ombre au tableau. Et non des moindres.

 

Vendredi dernier, alors qu’il jouait son premier tour à Indian Wells, sur la côte ouest des Etats-Unis, Mickaël Llodra a été sanctionné d’une amende de 2500 dollars après avoir insulté une partie du public un peu trop bruyant. Un dérapage qui aurait pu être dérisoire si la teneur de l’insulte ne venait pas assombrir le tableau : « Fucking Chinese » ! Une insulte dont le racisme est à peine voilé et que le champion de tennis mit sur le compte de l’emportement. On peut tout de même douter du caractère spontané de la remarque, d’autant qu’elle fut formulée en anglais, qui n’est pas la langue maternelle de notre compatriote.

 

Et ce d’autant plus que Mickaël Llodra n’en est pas à sa première sortie douteuse. L’année dernière, durant le tournoi de Roland Garros, il s’était singularisé de la même manière envers un arbitre contre qui il pestait à nouveau lui lançant : "on n'est pas au souk ici, on ne vend pas des tapis sur un marché". Elégant, non ?

 


Michaël Llodra fait polémique par buzzensport

 

Après les dérapages multiples de nos Ministres de l’Intérieur de Hortefeux à Guéant, ceux deGuerlain, irait-on jusqu’à croire le racisme deviendrait une exception française ? Une banalisation qui amène à se poser de nombreuses questions.

Oui mais au moins lui paye ses impôts en France, rétorqueront certains. Alors si ça va pour eux…

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 20:18

Trop, c’est trop. On peut rire évidemment de tout. Pas avec tout le monde, ajoutait Desproges. Mais pas seulement : pas n’importe comment, non plus. Et cette fois-ci, les Guignols sont allés loin, beaucoup trop loin, avec un sketch mettant en scène Rafaël Nadal, alors même que Contador estsous les feux des projecteurs suite à sa suspension de deux ans.

 

Rafael Nadal en conférence de presse le 28 janvier 2012 - Open d'Australie (Rick Rycroft/SIPA)

Rafael Nadal en conférence de presse le 28 janvier 2012 - Open d'Australie (Rick Rycroft/SIPA) 

 

Une nouvelle affaire qui fait légion dans le cyclisme, où le dopage tient davantage à une sorte de sinistre culture qu’à une culture de type nationale, et ibérique en particulier. A ce que je sache ni Pantani, ni Virenque, Ni Ullrich, ni Armstrong, ni Vinokourov , ni,Museeuw,  ni Rusmsas (liste non exhaustive) ne sont Espagnols.

 

Mais qu’à cela ne tienne. Faisons feu de tout bois et gaussons-nous en accusant sans preuve. Après tout, la personnalité préférée des Français avait déjà montré la voie en publiant sa honteuse tribune dans le Monde sur la potion magique, étayant sa fine argumentation sur les comptoirs des troquets, dixit Noah lui-même. Alors les auteurs des Guignols n’y sont pas allés avec le dos la cuiller :

 

Nadal pisse dans le réservoir Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Le message est on ne peut plus clair, à en croire le sketch : Rafaël Nadal est tout bonnement dopé. La blague pourrait ne poser aucun problème si le numéro 2 mondial avait été pleinement impliqué dans une affaire. Manque de chance, l'Espagnol n’avait eu que son nom cité dans l’affaire Puerto, vieille de 6 ans, à une époque où il n'avait pas encore conquis les cimes du tennis Mondial. Et avant même que la justice n'ait pointé le bout de son nez… Évidemment, cette "citation" n’avait pas été suivie de la moindre suspicion (je ne parle même pas d’inculpation).

 

Que lui reproche-t-on alors ? D’avoir gagné six fois Roland Garros ? De rivaliser physiquement avec Djokovic ? De fonder son jeu sur un puissant physique ? Ou alors d’être espagnol ?

 

Depuis quand les caricaturistes se substituent-ils au Tribunal arbitral du sport ? Encore une fois, s’il était impliqué dans une affaire, Rafaël Nadal n’aurait rien eu à redire, comme à l’époque Richard Virenque, ou même Richard Gasquet qui avaient eux aussi, subi les affres des humoristes. Mais cette fois-ci, Les Guignols, qui avaient pourtant de quoi faire pour étayer leur dossier sur le sport espagnol, ont choisi de s’attaquer à une personne, qui à l’exception notable des conversations qui alimentent les piliers de comptoir, est au-delà de tout soupçon.

 

L’affaire a bien évidemment rapidement traversé les Pyrénées. Le premier concerné a cru bon de devoir se justifier (ce qui est sans doute une erreur de communication…) puisqu’il a affirmé : "C'est triste de subir une telle campagne contre quelque chose qui a coûté tellement d'efforts. Il n'a jamais été question de pilules, de seringues ou de quoi que ce soit de ce genre, je peux vous l'assurer."

 

Le dauphin de Novak Djokovic n’est pas dupe, et sait que les Guignols n’agissent pas seuls : "Je ne crois pas, non plus, que ce soit une attaque contre moi ou contre quelqu'un d'autre en particulier, mais contre l'Espagne en général. ce n'est pas seulement Canal+ qui s'y livre, il y a aussi d'autres médias (français)".

 

La polémique a même enflé quand le gouvernement espagnol est lui-même monté au créneau. Au point de brandir protestations et même plainte en guise de représailles…

 

Avant que l’affaire ne prenne un tour diplomatique, ne faudrait-il pas s’intéresser aux nombreux cas qui ont secoué la France et notamment au cas de Patrice Ciprelli, dont la mise en examen est en passe faire tomber un mythe à la peau dure ? La France, le pays irréprochable dans sa lutte contre le dopage… En tous cas, il ne fait plus aucun doute qu’il est le plus arrogant dès qu’il s’agit d’en parler.

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 10:42

Lundi soir, la prestigieuse cérémonie des Laureus World Sports Awards a récompensé à Londres le meilleur sportif de l’année. And the winner is : Novak Djokovic. Le Serbe a en effet été préféré à Lionel Messi, Sebastian Vettel ou encore Usain Bolt, contrairement à l’Equipe qui lui avait incompréhensiblement préféré en décembre dernier le buteur du Barça.

 

Pourtant, qu’aurait pu faire de mieux Novak Djokovic qu’en cette saison 2011 ? Auteur d’un petit chelem (Australie, Wimbledon, US Open), il a conquis les 5 premiers Masters 1000 de la saison (faisant l’impasse sur Monte Carlo qui ne fait plus partie des tournois obligatoires), échouant en finale dans le 6ème après abandon face à Murray. Ce faisant il a enfiler comme des perles les victoires avec un joli collier final de 41 victoires consécutives, à un rang de la série de McEnroe réalisée en 1984, dans un contexte concurrentiel  moins relevé.

 

D’aucuns pensent que Djokovic a bâti la plus belle saison qu’un joueur de tennis ait joué, chez les hommes en tous cas, car il sera difficile de faire mieux que Steffi Graf en 1988, qui boucla un grand chelem assorti d’une médaille d’or olympique, mais la concurrence de l’époque, même enrichie d’une Evert et d’une Navratilova vieillissantes fait pâle figure au regard du Big four actuel.

 

On pourrait tout de même nuancer le propos en rappelant que les trois petits chelems de Federer ont été embellis d’une victoire finale aux Masters, qui réunit les 8 meilleurs mondiaux de l’année, épreuve où le Serbe est arrivé exténué, chutant dès les matchs de poule.

 

Pour autant les dithyrambes fleurissent et les louanges ne sont pas exclusives : c’est tout le Big Four qui est encensé, à savoir, après le Serbe, Rafaël Nadal, Roger Federer et Andy Murray, qui ont raflé toutes les finales et les demi finales, à l’exception notable de Tsonga à Wimbledon qui a grillé la politesse à sa Majesté Federer et David Ferrer en Australie qui a profité d’un Nadal diminué physiquement. Une razzia qui s’est complétée des 9 Masters 1000, les tournois les plus importants de l’année, tous remportés par le Big Four (5 pour Djokovic, 1 pour Nadal, 2 pour Murray et 1 pour Federer) et bien évidemment la victoire aux Masters du Suisse. On avait jamais vu pareille hégémonie partagée sur le circuit.

 

Enamouré, le nouveau président de l’ATP s’est même laissé allé à une confidence que beaucoup partagent : 

« Ses exploits sont d'autant plus incroyables car Novak les a réalisés en évoluant parmi des joueurs talentueux. Peut-être la meilleure génération que le tennis ait connue. »

 

Alors, le nouveau boss de l’ATP voit-il si clair quand il parle de la meilleure génération que le tennis ait connu ? Les chiffres donnent le vertige mais il y a pourtant un fait que beaucoup de personnes oublie : les conditions de jeu ne sont plus aussi difficiles qu’autrefois.

 

Et il n’est pas question ici de parler sur l’évolution du matériel puisqu’il va sans dire que chacun profite de la même avancée technologique. Il est simplement question des surfaces qui ont eu tendance à s’uniformiser. De fait, le jeu s’est considérablement ralenti au fil des ans, rendant les contre-attaquants Djokovic, Nadal et Murray, les maîtres multi-surfaces, ce qu’ils auraient bien eu du mal à incarner il y a deux ou trois décennies.  Leur domination s’explique au moins autant par leur talent singulier, leur travail acharné, que par le fait que les terrains, tous les terrains favorisent à présent leur type de jeu.

 

Wimbledon, le Temple, comme l’appelle les spécialistes en est l’illustration la plus frappante et qui parlera même au plus profane.

 

En 2001, alors que le gazon restait encore la surface la plus rapide du monde, la légende Pete Sampras affronta dans un match de Titan, un petit jeune plein de promesses, un dénommé Roger Federer, plus connu alors pour ses jets de raquette, et un orgueil qui n’avait d’égal que le talent. Le match fut sublime entre ces deux attaquants qui se ruèrent au filet pendant plus de quatre heures :

 

Sept ans plus tard, Le même Federer, qui domine ses pairs depuis 4 ans, affronte son challenger qui se jour-là va le faire tomber de son trône, le coupant dans son espoir de remporter un sixième titre consécutif sur le gazon. Observez la nature des échanges qui émaillent ce tie-break d’anthologie.

 

Le jeu au filet a quasiment disparu pour laisser place à des échanges de fond de court. Même l’autochtone Andy Murray le reconnait : le gazon peut parfois avec certaines conditions climatiques devenir la surface la plus lente qui soit. Un comble pour celle qui fut jugée comme la plus rapide et la plus fusante du circuit.

 

D’ailleurs anecdote qui ne trompe pas : auparavant, à la fin du tournoi de Wimbledon, l’herbe avait complètement disparu dans la route qui menait au filet, là où les attaquants chevauchaient pour claquer leur volée et profiter ainsi pleinement de la rapidité du jeu. Aujourd’hui, seule la zone de fond de court est complètement cramée par les incessants aller-retour. Incroyable renversement de situation.

 

 

La conséquence de ce ralentissement qui touche également le ciment de l’US Open et l’Open d’Australie qui a lâché le rebound ace pour une surface autrement plus lente est la consécration d’un seul prototype de joueur, le contre-attaquant, qui a transformé le tennis en une bataille de fond de court, Federer devant lui-même modifié son jeu pour rivaliser avec ses concurrents. Le Big Four brille en réalité sur une seule filière qu’il décline à l’envi, quelle que soit la surface. Les serveur-volleyeurs est devenu un dinosaure après le cataclysme des surfaces.

 

Pourtant à Doha, on a aperçu du bout de la lorgnette une opposition de style entre la filière d’un passé nostalgique et celle plus moderne et plus stéréotypée, quand, après le forfait de Federer, on proposa en compensation un spectacle singulier entre une ancienne gloire du tennis, adepte du service-volée, Stefan Edberg et Jo-Wilfried Tsonga qui gagnera le tournoi le lendemain. Certes, Tsonga a certainement été moins concentré et moins appliqué à faire valoir toute sa puissance afin d’offrir un spectacle équilibré mais force est de constater que ces types d’échanges rafraichissent quelque peu l’œil du spécialiste.

 

 Tsonga - Edberg : le best of

 

Alors s’il parait bien difficile dans la modernité uniforme des tennis proposées, d’affirmer sans ambages que les tennismen actuels représentent la génération la plus talentueuse de tous les temps, on peut tout de même leur donner du crédit, et non des moindres : jamais la rivalité entre quatre joueurs n’aura été aussi grande. Et le spectacle est tout de même éblouissant en termes de qualité technique. Tout le reste n’est que vaine littérature pour alimenter le débat des spécialistes. Ne boudons pas notre plaisir.

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 19:49

Étonnant brouillard autour d’un fait divers assez grave qui touche l'un des athlètes français les plus en vue pour les prochains Jeux Olympiques de Londres.

 

Voilà une dizaine de jours, dans une indifférence assez générale, un de nos meilleurs prétendants à une médaille pour juillet prochain s’est retrouvé plongé dans une affaire assez sombre. C’est le journal L’Equipe qui a révélé le pot aux roses dans son édition du samedi 17 décembre : Teddy Tamgho, détenteur du record du monde de triple saut en salle (17m92) serait convoqué le mardi suivant par la Commission de discipline de la Fédération Française d’Athlétisme.

 

Teddy Tamgho à Lausanne, le 29/06/2011. (FABRICE COFFRINI / AFP)

 Teddy Tamgho à Lausanne, le 29/06/2011. (FABRICE COFFRINI / AFP)

 

Que lui est-il reproché ? Une altercation avec une autre athlète, suffisamment violente pour en venir aux mains. Comble de l’histoire, Teddy Tamgho n’en est pas à son premier incident : il avait déjà été exclu de l’INSEP (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance) voilà trois ans, pour une durée de un an et pour des faits similaires. Le jeune espoir français ne risquait alors rien de moins qu’une radiation à vie…

 

Le verdict est tombé quelques jours plus tard : 12 mois de suspension dont six avec sursis, assortie d'une amende de 1.500 euros et de 50 heures de travaux d'intérêt général. Une sanction, en apparence assez lourde et qui amène à se poser des questions sur ce qui lui est clairement reproché.

 

Var Matin s’est procuré la déclaration sur l’honneur effectuée par la plaignante et transmise à la commission de discipline. Et force est de constater que le récit est consternant : "Teddy s'est jeté sur moi et m'a saisi brutalement d'une main, par le cou, il a resserré très fort sa main autour de mon cou (...). J'ai commencé à sentir des vertiges me prendre. Il m'a alors balayé les deux jambes et je me suis lourdement et violemment étalée sur le sol (...). Lorsque j'ai repris mes esprits, Teddy me tirait par les cheveux. Il m'a traînée sur environ 4-5 mètres (...). Sabine (une amie de la jeune fille dont le prénom a été changé) s'est interposée. Teddy lui a mis un coup de poing dans la mâchoire (...). Je me suis dirigée vers le parking... J'ai été choquée en voyant Marc (un autre ami qui a essayé de s'opposer) qui était en sang".

 

Et l’athlète, présumée victime, d’enchaîner : "Teddy a débarqué une nouvelle fois. Il disait qu'il allait me tuer. Il était comme possédé. Marc s'est mis entre nous deux. La scène était horrible. Il lui envoyait des coups de pied dans la tête (...) Deux autres garçons ont pu immobiliser Teddy à l'aide d'une clé. Au même moment, Pascal et Florent (deux jeunes athlètes) arrivaient avec leur voiture, on nous a carrément évacués".


Glodie Tudiesche a renouvelé au micro de RMC ces accusations à la Saint Sylvestre.

 

Une sanction sur mesure

 

Il n’est nulle question de déterminer les responsabilités de chacun, ou de faire un procès qui n’aurait davantage de valeur qu’une sentence prononcée autour d’un ballon de rouge dans un troquet. Laissons ce type de procès à la personnalité préférée de Français.

 

Néanmoins, il convient de se poser quelques questions. Surtout quand mis en cause dans une affaire somme toute assez grave, Teddy Tamgho se permet de se réjouir de sa participation aux JO qui était loin d’être certaine il y a quelques jours. L'athlète a eu l’indécence de poster un clip pour le moins provocateur, pour décrédibiliser celle qui reste une victime présumée et demandera que la justice tranche sur son sort.

 

 

Car comme le rappelle la jeune femme, la sanction est pour le moins factice : blessé, Tamgho avait d'ores et déjà fait l’impasse sur sa saison hivernale. Autant dire que la sanction ne l’empêchera ni d’aller à Londres ni de s’aligner pour les meetings de préparation. Ce qui revient à dire que Tamgho n’aurait finalement rien fait de grave, ou en tous cas rien de suffisamment indigne pour l’empêcher de représenter la France aux Jeux Olympiques.

 

Pourquoi alors l’avoir condamné à six mois fermes et 6 autres avec sursis, une sanction jamais vue dans l’histoire du sport français ? De deux choses l’une : soit ce qu’il a fait est grave et mérite une sanction sans pitié à l'égard d'une violence lâche sur une jeune athlète qui gardera un souvenir amer de son altercation… Soit, tout ceci est pure affabulation et auquel cas la sanction est terriblement sévère.

 

Cela n'est pas sans rappeler la conclusion de l'affaire qui a mis aux prises Mehdi Baala et Mahieddine Mekhissi à l'issue du meeting de Monaco en juillet dernier, à quelques semaines des championnats du Monde de Daegu. Les deux athlètes avaient offert un spectacle déplorable aux yeux du monde entier.

 

 

La Fédération avait alors choisi de les sanctionner financièrement en les empêchant de participer à des meetings pour une durée de 10 mois. Mais elle ne les avait pas empêchés de participer aux Championnats du Monde. Avec raison sur le plan sportif puisque Mekhissi rapporta une des quatre médailles que la France réussit à préserver dans cette compétition. Mais où est la morale dans l’histoire ?

 

La Fédération française d’athlétisme semble prête à tout pour les lauriers. Quitte à ce que la victime soit une femme ? Et que fait le CNOSF ? Et quid du Ministre des Sports, étonnamment discret dans cette affaire ? Les sportifs envoyés par la France n’ont-ils pas la mission de représenter la nation ? Notre Bleu est dans de beaux draps…

 

Et pourquoi la Fédération rend-elle déjà une décision alors que la Justice française n’a pas encore tranché ? Est-elle prête à accepter un Or olympique entaché quelques semaines plus tard par une peine d’emprisonnement pour violence perpétrée envers deux femmes et un entraineur puisque ce ne sont pas moins de trois plaintes qui ont été déposées ? Encore une fois, s’il y avait trop de doutes sur le témoignage de la jeune femme, pourquoi avoir sanctionné Teddy Tamgho ?

 

Une affaire d’autant plus embarrassante, que certains nauséabonds n’hésiteront pas à faire des raccourcis nauséabonds, tout comme Mehdi Baala l’avait redouté dans l’affaire qui l’opposa à Mahieddine quand il déclara à chaud : "Ça m'aurait évité de me bagarrer dans un stade rempli et montrer encore une mauvaise image des sportifs maghrébins. On va encore dire que c'est les Arabes. C'est malheureux".

 

Oui, une affaire drôlement embarrassante qui étonnamment reste somme toute discète… Une affaire plus politique qu’il n’y parait. Un politiquement incorrect qu’il convient de dissimuler ?

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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 19:31

En publiant sa tribune dans "Le Monde", Yannick Noah pensait bien jeter un pavé dans la mare. Pour une réussite, c’est une réussite ! Le monde du sport dans son ensemble est consterné par les propos de l’ancien vainqueur de Roland Garros.

 

Yannick Noah assiste au quart de finale entre la France et la Grèce, Euro basket, le 15 septembre 2011, Lituanie (MILOSAVLJEVIC/SIPA)

Yannick Noah au quart de finale entre la France et la Grèce, Euro basket, 15 septembre 2011, Lituanie (MILOSAVLJEVIC/SIPA)

 

Pire, il a mis dans l’embarras tout le tennis français. La FFT s’est fendue d’un communiqué assez laconique, épargnant la légende Noah (mais pas ses propos) pour n’évoquer que la lutte contre le dopage :

 

"Face au fléau qu'est le dopage dans le sport, les accusations sans preuve et les propos provocateurs sont inappropriés, et la pire des attitudes serait de renoncer à lutter."

 

Et que dire des joueurs de tennis français qui jouent actuellement le Masters, Tsonga en simple et Llodra en double, l’un des tournois le plus important de l’année pour eux, qui doivent faire face dans les vestiaires à… Rafael Nadal et David Ferrer, soit la moitié de l’armada espagnole de Coupe Davis. Merci qui ? Merci Yannick !

 

L’heure pour eux est au profil bas. Interrogé sur les propos de la personnalité préférée des Français (jusque quand…) quant au dopage dans le sport espagnol, Tsonga a ainsi expliqué :

 

"Je suis venu dire à Rafa que je ne prenais pas part à ça. Et que ce que pensait un Français ne reflétait pas forcément l’opinion publique à tous les coups. Il m’a dit qu’il n’y avait pas de souci. C’était pour mettre les choses au clair. Je n’ai pas envie [...] qu’il ne me regarde de travers alors que je n’y suis pour rien."

 

Rien de tel pour lancer le match qui s’annonce décisif entre les deux jeudi dans l’O2 Arena, puisque le vainqueur sera qualifié pour les demi-finales. Qu’il se rassure, Nadal ne semble pas lui en vouloir. Mais rien ne dit que l’Espagnol ne va pas trouver une motivation supplémentaire pour remettre les pendules à l’heure après son humiliante défaite face à son rival de toujours, Roger Federer.

 

Nadal est allé plus loin dans sa condamnation des propos de Yannick Noah, en tentant d’expliquer l’insolente réussite du sport espagnol, suffisamment notable pour que le tennisman reconverti en chanteur la juge suspicieuse :

 

"L’Espagne est au sommet du sport parce qu’elle a une génération fantastique. Ce qui compte c’est l’effort, le travail et l’envie de progresser. Nous ne bénéficions pas des mêmes installations que la France et pourtant, depuis vingt ans, nous sommes meilleurs qu’eux."

 

Ce qui compte, c’est l’effort, le travail et l’envie de progresser. De bien belles valeurs brandies en étendard par le sextuple vainqueur de Roland Garros, qui sont aux antipodes de la potion magique avancée par Noah.

 

Et la différence est grande entre une inspiration prise sans preuve auprès des piliers de comptoir et les arguments vérifiables de Nadal. Car si l’actuel numéro deux mondial évoque cette période de "vingt ans", ce n’est pas complètement par hasard. Cela ne fait pas exactement vingt ans que l’Espagne explose au plus haut niveau, mais une toute petite décennie.

 

Toutefois, en remontant vingt ans en arrière, on retrouve un événement qui a marqué un tournant décisif dans la mentalité, la préparation et la réussite des Ibériques : les Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. Cette grand-messe, qui restera dans les mémoires de tous ceux qui ont pu les vivre même à la télévision, a marqué toute une génération d’Espagnols qui aujourd’hui ont entre vingt et trente ans.

 

Leur réussite, aujourd’hui, ils la doivent aussi à cette vitrine qui les a marqués, motivés comme jamais. On se souvient de l’incroyable impact qu’a eu la Coupe de monde de football en France alors que ce sport connaissait une période de creux depuis la retraite de Platini et la non-qualification historique pour la Coupe du monde 1994 aux États-Unis.

 

Dans sa fumeuse analyse, Yannick Noah n’a tenu compte que de la réussite des Espagnols, sans avoir pris en compte à un seul moment le contexte de cette progression, qui n’a rien d’ailleurs rien de fulgurante : Arantxa Sanchez, numéro un mondial, Juan Carlos Ferrero, numéro un lui aussi, ont montré la voie en tennis, Miguel Indurain en cyclisme (si certains veulent évoquer des soupçons, c'est là aussi sur le net, le troquet des temps modernes, il faudrait sans doute dépasser le prisme de l’Espagne pour aborder celui du cyclisme en général…), Fermin Cacho qui remporta le titre olympique à Barcelone avant de l’assortir de l’argent en 1996, et de deux breloques du même métal aux championnats du monde de 1993 et 1997…

 

Eh oui, quitte à parler sport espagnol, autant s’y connaître un peu et évoquer tous ceux qui ont participé à sa gloire quand les grands soupçons n’étaient pas de mise… Et constater que, si les Français n’étaient pas "des nains" à côté d’eux, il leur est déjà arrivé de jouer les faire-valoir. Et qu’avant d’être soupçonné de dopage, un vainqueur peut légitimement avoir la présomption du meilleur jeu…

 

Car, dans ce cas-là, il y a d’autres nations qui pourraient être pointées du doigt :

 

- on peut parler de l’athlétisme américain qui a vu tomber Marion JonesJustin GatlinTim Montgomery, Chryste Gaines et tant d’autres, sans compter les éternels soupçons sur Florence Griffith Joyner, qui détient toujours le record du monde des 200 et 100 mètres en… 20’34 et 10’49, elle qui décéda brutalement à 39 ans, n’est peut-être pas le plus propre de la planète ;

 

- on peut aussi évoquer, si l’on veut parler de ceux qui nous font "passer pour des nains", la Jamaïque et les records invraisemblables de Bolt qui défient les lois de la nature que l’on avait imaginées et de ses athlètes féminines qui ont éclaboussé de leur talent Pékin tout en faisant grincer les dents – les leurs étant enserrées dans des appareils dentaires suspects pour quelques observateurs ;

 

- et les All Backs alors qui ont écrasé tout le monde lors de la dernière Coupe du monde de rugby ?

 

- et les Chinois qui dominent le tennis de table depuis plusieurs décennies ?

 

- et les Kenyans qui gagnent toutes les courses de fond et de demi-fond ?

 

Mais non, de cela, Yannick Noah n’en dit mot. Il préfère pointer seulement le sport espagnol. Sans aucune preuve. Quitter à écorner l’image du champion qu’il a été, comme le craint Claude Droussent, ancien patron de "L’Équipe". D’ailleurs, depuis lundi, on en parle beaucoup de Yannick. Mais lui reste muet… La gueule de bois ?

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Published by Yves Delahaie - dans Du sport
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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