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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 19:31

Les chiffres de la Commission européenne sont tombés comme un couperet, ce vendredi, en prévoyant une croissance de 0,1% pour 2013, pas si loin d’une récession donc, contre les 0,8% imaginés par le Gouvernement. Une projection qui annihile bien évidemment le secret espoir de descendre dès 2014 sous le seuil des 3% de déficit, tablant même sur 3,9. La France prend donc le risque d’être, en outre, sanctionnée par l’Europe pour ne pas avoir respecté le calendrier prévu.

Est-ce pour autant surprenant ? Mais qui donc peut être surpris de telles nouvelles ? Tout le monde savait parfaitement que les prévisions de croissance brandies lors de la présidentielles par les équipes de François Hollande étaient illusoires et fondées sur une hypothétique croissance retrouvée. Oubliant que pour la doper, il fallait mettre de l’ordre dans nos finances. Comme l’a fait l’Allemagne depuis 2002.

élections

Depuis deux ans, nos voisins outre-Rhin ne se demandent plus comment ils doivent faire des économies, mais s’ils doivent continuer sur la même ligne pour se prévenir de l’avenir ou commencer à redistribuer le fruit de leurs efforts. Un choix de « privilégiés », qui mais n’est dû qu’à une politique de rigueur et d’austérité depuis une décennie. Tout ce que la France s’est interdit de faire continuant à singer la cigale, en espérant des hivers doux. Douces illusions en vérité qui nous laissent dépourvus en pleine crise aiguë.

Aujourd’hui, le gouvernement continue avec un culot monstre d’accuser le lustre précédent pour expliquer les chiffres d’aujourd’hui, laissant entendre que ce refrain ne lassera personne pour les cinq années à venir. Comme s’il n’avait découvert la situation qu’en mai 2012. Comme s’il ne savait pas quel était l’état de nos finances publiques. Comme si Didier Migaud, socialiste, n’occupait le poste de Président de la Cour des Compte, lui qui fut nommé en 2010 par… Nicolas Sarkozy !

A ce jeu débilitant de désigner le coupable, il n’est pas bien sûr que l’on puisse trouver un gagnant entre les Assemblées nationales détenues depuis 10 ans par la droite avant 2012, et tous échelons locaux par la gauche durant la même période.

Et analyser la situation à l’aune de la dernière décennie revient à regarder par le petit bout de la lorgnette : qui ne sait que ce sont toutes les politiques, qui se sont enchaînées depuis trois décennies, qui ont puisé cet abîme étourdissant de la dette ? Toutes les formations qui ont occupé le législatif ou l’exécutif sont concernées : du PS au RPR en passant par l’UMP et l’UDF, les Verts et les Communistes : qui peut s’enorgueillir de ne pas être au moins en partie responsable de la situation ?

Certains ont le beau rôle de dire « on vous avait dit la vérité, et on ne nous a pas écoutés », à l’image de François Bayrou, le Cassandre préféré des Français. Mais qui dit que les solutions proposées pour autant par le Béarnais dans son programme de 2007 et surtout de 2012 auraient rectifié le tir ? Le Président du MoDem a toujours excellé dans le diagnostique, bien moins pour les solutions apportées. Surtout quand on sait qu’il fut 4 ans ministre lui aussi, sous Balladur puis Juppé. Difficile dès lors de s’exonérer de toute responsabilité.

La seule formation, malheureusement qui peut dire qu’elle n’a jamais participé au jeu de massacre, c’est le Front National. Et Marine Le Pen de rire aux éclats et de mener tout le monde par le bout du nez jeudi soir dans Des paroles et des actes.

Elle peut rire l’héritière. Depuis le temps que l’on dit que tôt ou tard, les Français comprendront que le jeu de l’alternance aboutit à l’abêtissement global et à l’endettement de tous, alors le mal sera fait. Et chacun pourra alors accuser son voisin d’avoir casser la digue républicaine, occultant avec pudeur que ses propres incompétences sont au moins autant responsables. Surtout quand les immenses espoirs placés en eux sont noyés par le manque de courage.

Faut-il en arriver à espérer que les municipales offrent au FN quelques mairies, pour montrer que les exemples de Vitrolles ou de Toulon, même s’ils remontent trop pour faire peur, étaient loin d’être des accidents, mais la conséquence directe d’une ligne politique, économique et sociale désastreuse ?

Quand on en arrive à espérer que le FN puisse démontrer son incompétence, histoire de l’éradiquer des esprits, l’on se dit que l’heure est grave. Qu’a donc à perdre le gouvernement, à titre personnel, à faire preuve de courage quand on sait que l’inépuisable jeu de l’alternance le boutera hors des beaux palais du pouvoir ? Et si l’enjeu était cette fois-ci la République ?

Publié sur Médiavox le 25 février 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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24 février 2013 7 24 /02 /février /2013 20:09

Ils sont rares ces moments où les invités politiques brillent sur le fauteuil d'"On n’est pas couché". La raison à une langue de bois professionnalisée et au caractère hybride de l’émission qui oscille sans distinction entre actualité et caricature, sans que l’on ne sache très bien en déterminer les contours. Mais aussi et surtout aux chroniqueurs, Natacha Polony et Aymeric Caron, dont le rôle est de mettre en difficulté l'invité. Et l’émission de samedi accoucha en ce sens d’un petit événement.


On attendait une Natacha Polony remontée 


Car en invitant le ministre de l’Éducation, Vincent Peillon, d’aucuns imaginaient une Natacha Polony le couteau en les dents, prête en tous points pour accabler ce ministre dans un domaine qu’elle a effleuré, l’enseignement, avant de la quitter très vite à grandes enjambées, comme effrayée et surtout dégoûtée d’un système qui broyait le savoir. D’ailleurs, Laurent Ruquier devait s’en délecter, puisqu’avec une gourmandise non feinte, il lui laissa très tôt la parole en disant qu’elle avait préparé tant de questions qu’il n’était pas bien sur qu’elle pût toutes les poser.

Peillon-Caron.jpg

Pour autant, ce n’est pas elle qui fut la plus flingueuse, loin s’en faut. Confiné dans un rôle de plus en plus obscur depuis quelques semaines, Aymeric Caron, dont on avait pu apprécier lors de ses première apparitions un esprit incisif, se révèle au fil du temps une déclinaison du vautour sans âme qui veille au grain en cherchant obstinément la moindre vétille, la plus petite déclaration contradictoire, le détail le moins amène pour l’exhiber avec une férocité exacerbée à son invité et tenter de le déstabiliser. Bien loin d’une dimension journalistique.


Leçon de journalisme


Par deux fois, il s’y essaya. La première en sortant les conclusions d’un rapport qui n’existe pas encore, cité par un journaliste selon lequel seulement 1 enseignant sur 5 seulement serait compétent. Un chiffre, qui amène pourtant à un minimum de précautions notamment dans l’analyse scrupuleuse, et non des moindres, de la méthodologie qui a amené à ce chiffre. Mais Aymeric Caron préfère le choc des chiffres à la véracité de son propos et mit au défi le ministre de réagir.

Et c’est une leçon de journalisme qui s’en suivit, Vincent Peillon lui demandant de sortir le rapport qu’Aymeric Caron fut bien en mal même de citer puisque celui-ci n’est apparemment pas publié. "Sourcez", lui intima alors le ministre qui refusa bien évidemment de commenter ce que d’aucuns ne pourraient considérer comme une "information".

Entêté, obstiné même, Aymeric Caron ravala sa fierté pour venir radoter son subterfuge un peu plus tard, à la manière du lourdeau Schtroumpf farceur avec ses cadeaux que l’on sait explosifs. Cette fois-ci, il compta bien sur l’ignorance de Vincent Peillon ou plutôt son incapacité à retenir tout ce qui transpire dans la presse sur son compte depuis des années : "Peillon est un serpent. Avec lui, c’est tout pour sa gueule. Vous verrez, il trahira Royal."


"Qui a dit ça ?"


Manque de chance, Vincent Peillon a une excellente mémoire, surtout, l’on imagine, pour les vacheries que l’on débite sur son compte. Et Caron n’eut même pas le loisir de finir sa citation que le ministre lui demanda "Qui a dit ça ?". Le chroniqueur feignit de ne pas comprendre et répondit "Hollande".

Sauf que Vincent Peillon ne lui demandait pas à qui l’on prêtait ces propos, mais bien qui les colportait. Et c’est le ministre lui-même qui lui lança celui qui avait rapporté le prétendu persiflage : Éric Besson, qui n’est pas "une autorité morale", rappela Vincent Peillon. Il est vrai qu'Éric Besson est à la politique ce que Judas est à Jésus. "Sourcez" lui répéta-t-il, rappelant que cela faisait la deuxième fois qu’il le prenait la mai dans le pot de confiture.

En matière de journalisme et d’éthique, incontestablement, Vincent Peillon était à son meilleur sur le plateau de Laurent Ruquier, et nul doute qu’Aymeric Caron a pris à ce titre une leçon qu’on lui espère profitable.


Meilleur journaliste que ministre


Pour le reste, le ministre de l’Education fut en revanche prévisible, avançant comme souvent une bonne volonté, une sincérité dans la démarche, mais des erreurs de diagnostique qu’il s’entête à défendre et qui feront que, dans dix ans encore, nous entendrons de la bouche d’un de ses successeurs : "Nous devons réformer l’école".

Triste litanie des symptômes, qui fait l’énumération des plaies béantes et que l’on prétend résorber avec un pansement waterproof.

Ainsi, lorsque Vincent Peillon déclina dans ses sempiternels trois points, qui ponctuent chacune de ses analyses, un mal français que ce tic rhétorique, faisant état de ce qui avait causé la déchéance de l’école, il cita dans l’ordre l’encadrement du primaire, la formation des professeurs et les rythmes scolaires. Occultant une fois encore la raison principale.

Si les élèves sortent de l’école en étant illettrés pour 25% d’entre eux, ou s’ils sortent du secondaire avec une maîtrise approximative de la langue et une culture de plus en plus infinitésimale, c’est que les pédagogies adoptées et qui sont données pour formation aux enseignants depuis trois décennies ont fait fi, avec cynisme, de la transmission des savoirs. En estimant que moins les élèves en savaient, plus il fallait donc niveler le seuil des exigences vers le bas, histoire de se mettre à leur niveau quand la mission de l’école est de mettre tous les élèves à son niveau minimal pour être un citoyen actif et pensant.

collège1

Natacha Polony lui donna bien une chance de l'affirmer en lui demandant d’où venait l’échec. Mais le ministre se perdit dans ses schémas habituels, en accusant les grandes sections maternelles d’avoir imposé la graphie aux enfants et d’avoir ainsi "médicalisé" les difficultés alors rencontrées.

Tout juste, estima-t-il nécessaire, en effet, de faire table rase de la grammaire linguistique qui s’est imposée avec violence dans les programmes scolaires et qui fait qu’aujourd’hui les parents ne comprennent même plus la grammaire qu’apprennent leurs enfants… quand elle existe puisqu’aujourd’hui un élève de collège ne sait même plus différencier un adjectif d’un verbe.

Des erreurs de communication

De la même manière, il ne donna aucune solution pour doper la vocation de ce métier, de plus en plus délaissé, et qui voit certains postes proposés aux concours laissés vaquant, faute de candidats.

On apprécia aussi l’impossible équation développée par le ministre quand dans la même phrase, il reconnait que le salaire des enseignants doit être réévalué mais explique que ce sera impossible faute de moyens. Sans une seule fois se rendre compte qu’embaucher 60.000 postes dans l’éducation avait pompé toute la marge de manœuvre qui était possible.

Mais le pire dans son intervention ne fut pas tant ses erreurs de diagnostiques ou l’absence des solutions, mais bel et bien dans la réaffirmation  que la note doit être "un encouragement" et une "émulation" et non "une blessure", décrétant qu’en France la note n’est pas utile d’autant qu’elle est attribuée sans explication.

Non, Monsieur le ministre, vos errements en la matière sont mortifères et sont en grande partie la raison de nos échecs depuis 30 ans avec la psychologisation des esprits pour faire croire à un improbable traumatisme des élèves. La note n’a pas vocation à être un calmant ou un placebo. La note est une évaluation, qui sans aspirer à l’objectivité, c’est vrai, n’en demeure pas moins un moyen d’évaluer si un savoir, ou un savoir-faire, est acquis ou non.

Libre à l’enseignant de trouver d’autres moyens pour encourager l’élève et surtout pour lui montrer les progrès qu’il a accomplis si ces derniers ne sont pas visibles à la seule vue de la note. Mais encore une fois, on ne casse pas le thermomètre pour soigner un malade : on trouve un antidote.

L’émission de Ruquier n’aura donc pas suffi à rassurer sur les capacités de Vincent Peillon à réformer l’école, loin s’en faut. Elle lui aura au moins permis de trouver une vocation certaine dans le journalisme, pour se reconvertir. Et ce n’est déjà pas si mal. 

Publie sur Le Nouvel obs - Le Plus, le 24 février 2013

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Published by Yves Delahaie - dans De l'éducation
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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 19:30

Ce fut l’affaire Findus. Puis l’affaire du cheval de Roumanie. Ce sera finalement l’affaire Spanghero. Un scandale qui de rebondissements en révélations nous montre les cuisines parfois peu ragoutantes de notre société.

Tout d’abord il faut rappeler ce qu’est avant tout l’affaire Spanghero. Ce n’est nullement un scandale alimentaire ou vétérinaire contrairement à ce que la psychose laisse entendre. C’est avant tout l’histoire de gros sous. La sombre déclinaison écœurante et lassante de cette avidité qui pousse à multiplier les pains plus que de raison. Vendre un produit ne suffit pas. Il faut encore et toujours plus de marge. Encore et toujours plus d’argent. Quitte à falsifier quelques étiquettes. Si ce gain était en partie redistribué dans la poche des employés, l’on n’y trouverait moins à redire. Las, nul n’est dupe et personne ne peut ignorer que de tels travers riment nécessairement avec le mot « actionnaire ». Une rime millionnaire.

spanghero.jpg

On peut aussi voir cette affaire sous un autre angle : comment accepter que l’on détruise des centaines de tonnes de denrées alimentaires alors que seule l’étiquette est en cause ? La qualité de la nourriture, en termes de réglementation sanitaire, n’est nullement en cause, et certaines associations, dont le secours populaire, se sont portées volontaires pour les récupérer. Une demande qui sera rejetée pour de sombres questions d’images. Parce qu’on n’ose pas donner aux nécessiteux des produits qui, pour des raisons de traçabilité, ne peuvent être mis en vente. Un non sens à l’heure où l’Europe a annoncé des coupes sombres dans ses budgets, alors qu’elle avait déjà réduit son Programme européen d’aide aux plus démunis (PEAD) d’un tiers l’an passé. Va-t-on continuer à se laisser porter par les vecteurs déformants de l’image et d’une prétendue éthique quand des femmes et des hommes ne peuvent même pas manger à leur faim dans notre pays, dans nos villes, dans nos quartiers ?

Par ailleurs, il ne faudrait pas oublier les premières heures qui ont suivi le scandale que l’on appelait alors le « scandale Findus ». Et ce bourreau tout trouvé, celui par qui le scandale serait arrivé. Celui qui, nécessairement, forcément, incontestablement était l’unique responsable de ce trafic de viande : la Roumanie. Haro sur le baudet, tout le monde a enfourché sa selle et montré du doigt le pays qui avait revendu du cheval pour du bœuf. Manque de chance, la Roumanie n’y était pour rien. On lui avait commandé du cheval, et ses abattoirs ont envoyé du cheval. L’effondrement du cours de la viande chevaline n’a aucunement provoqué une quelconque avidité en Roumanie. Bien au contraire, cette situation a excité celle des traders et des géants de l’agro-alimentaire. Cette désignation de la Roumanie comme bouc émissaire rappelle les clichés que ce pays traîne malgré son intégration dans l’Europe. Un a priori insupportable et indigne de nos valeurs.

Enfin, et comment ne pas revenir dessus, on s’étonnera toujours de la candeur du consommateur, qui, à travers cette affaire semble apprendre que les plats préparés ne proposent pas de la qualité d’un point de vue culinaire. Le citoyen prétend découvrir, horrifié, ce qu’est le minerais de viande, produit des morceaux les moins nobles de la bête, que l’on dissimule en les hachant. Ou encore que les steaks hachés sont coupés avec des boulettes de protéines, quand il croyait manger du 100% pur bœuf. A l’heure où l’information est accessible comme jamais, il faut cesser de croire que la traçabilité suffira à « informer » le citoyen : tous ces éléments figurent déjà sur les étiquettes. Mais qui prend le temps de les lire ?

Tant que le citoyen, de lui même, ne se prendra pas en charge, tant qu’il ne s’obligera pas à entendre et écouter la pédagogie de ceux qui connaissent le système, tant qu’il préférera faire semblant de rien en attendant le prochain scandale pour changer ses habitudes alimentaires, rien ne changera.

La moralité de l’histoire est qu’il ne faut pas attendre les crises pour changer sa façon de penser, de manger, de produire ou de faire du commerce. L’éthique n’est pas un serpent de mer, qu’il convient d’agiter en tous sens quand tout s’enflamme. Et il n’est jamais trop tard pour changer.

Publié sur Médiavox, le 18 février 2013

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 20:00

Le 15 février, le Conseil constitutionnel a joué un drôle de tour à deux députés socialistes, en invalidant leur élection et en les déclarant inéligibles pour un an, ce qui les empêche de se représenter à la législative partielle consécutive à cette décision.

Boutin en roue libre

Parmi elles, l’on retrouve celle qui fut l’oratrice du groupe socialiste durant les débats sur la loi du mariage pour tous et qui, de l’aveu de beaucoup et notamment de celui de Claude Bartolone en personne, s’était révélée en prenant cette lourde charge pour une néophyte du Palais Bourbon : Corinne Narrassiguin. N’en déplaise à Christine Boutin, qui semble perdre les pédales depuis le vote solennel du 12 février dernier et qui évoqua une "justice immanente" (heureusement qu'elle prétend ne pas être animée par la foi sur le débat), celle qui fut la première députée des Français de l’étranger pour l’Amérique du Nord savait depuis janvier que ses comptes n’avaient pas été validés par la Commission nationale des comptes de campagne et du financement de la vie politique (CNCCFVP).

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Serait-ce l’épée de Damoclès qui lui donna le souffle et la grandiloquence durant les 110 heures de débat ? Toujours est-il que le Conseil constitutionnel n’a fait que respecter à la lettre le règlement, en annulant l’élection et en décrétant l’inéligibilité des candidates pour un an.

Mécanique financière

Pour autant, les deux cas ne sont pas équivalents. Daphna Poznanski-Benhamou s’est rendue coupable d’avoir réglé personnellement, sans le truchement de son mandataire financier, une part substantielle des dépenses engagées en vue de (son) élection. Or la règle est formelle, puisqu’à l’exception notable des menues dépenses, que l’on évalue à 10% du montant total au maximum, c’est bien depuis le compte de campagne et de la main du mandataire financier que les dépenses doivent être effectuées.

Le cas de Corinne Narrasiguin est plus problématique puisqu’il lui a été reproché d’avoir utilisé deux comptes de campagne, dont l’un localisé sur le continent américain. L’accusée a expliqué que ce second compte était "destiné à collecter des ressources parfaitement légales qui n’auraient pas pu être déposées sur un compte français" afin de "faire des dépenses qui n’auraient pas pu être effectuées depuis le compte parisien".

 Corinne.jpg

Le cas est d’autant plus problématique que c’était la première fois que des circonscriptions étaient ouvertes pour les Français de l’étranger et que certaines dispositions n’avaient pas été pensées en amont pour coller aux recommandations pour le moins pointilleuse de notre administration.

Et la sanction est d’autant plus difficile à avaler que la CNCCFVP a reconnu que cette procédure non-conforme n’altérait en rien la sincérité du scrutin, puisqu’aucune anomalie (plafond de dépense, dépenses irrégulières, etc.) n’est à déplorer.

Rigueur machinale, science du détail

Il faut bien comprendre que les questions de financement des campagnes confinent à la rigueur obsessionnelle. On peut comprendre qu’il faille être précis pour éviter les écarts et les fraudes. On peut ainsi parfaitement comprendre que l’on invalide une élection ou une candidature,quand le candidat a utilisé plus de fonds que ceux prévus dans le cadre de la loi pour se faire élire, comme ce fut le cas pour la dernière course présidentielle de Nicolas Sarkozy.

Mais quand la sincérité du scrutin n’est pas en jeu on peut douter de la logique d’un système qui tend à préférer la procédure au pragmatisme de la situation.

Candidat sur ces mêmes législatives dans la 1e circonscription du Nord, j’ai dû moi aussi subir les menaces de la CNCCFVP. La raison de son ire ? N’ayant aucun budget pour ma campagne, j’ai utilisé la maquette de mes professions de foi pour imprimer des tracts. Rien d’illégal jusque là mais mon imprimeur, par mégarde, a intitulé mes impressions en "profession de foi" en lieu de "tracts". Et malgré une note explicative et un budget total des plus modestes (750 euros hors le R39 affilié à la propagande imposée par la Préfecture, correspondant aux professions de foi et au bulletins de vote), il me fallut justifier une seconde fois ce que ma déclaration disait déjà en substance. Mes comptes furent finalement validés.

Conseiller national du MoDem et militant de 2007 à 2012, j’ai souvent vu des cas improbables se produire, consécutivement à un règlement d’un pointillisme suranné. Ainsi, lors de l'élection régionale 2010 pour laquelle j’étais candidat, notre liste vit ses documents rejetés par la Commission de propagande à cause d’un espace manquant dans un nom composé ! Résultat : 40.000 euros de bulletins de votes à réimprimer de toute urgence !

En 2008, à Lille, Martine Aubry a été contrainte de toute urgence de refaire toutes ses affiches officielles à cause d’un rouge à lèvres trop "rouge républicain" qui associé au bleu et au blanc, laissait apparaître les trois couleurs de notre drapeau, ce qui est illégal. Pour un simple rouge à lèvres !

Durant la même municipale, un candidat MoDem dans le Nord a cru voir ses comptes invalidés car ses dépenses ayant commencé en octobre 2007, le MoDem n’avait pas encore de statut juridique puisqu’il fut crée officiellement en décembre 2007 à Villepinte…

Autant de situations ubuesques pour des "infractions" qui ne remettent nullement en cause la sincérité du scrutin.

Il est urgent que le Conseil constitutionnel s'attaque vraiment au dossier

Pourtant, dans le même temps, combien de procédures, toutes plus légales les unes que les autres, détournent le système pour doper le financement des campagnes ?

Ainsi, on sait quelle part ont pris les partis satellites de l’UMP dans le financement de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, chacun des cadres du parti s’aménageant une officine afin de contourner le plafond de 7.500 euros maximum qu’un citoyen peut offrir à un candidat. De la même manière, on se souvient de comment le Nouveau Centre avait profité d’un parti polynésien pour exister financièrement

La réalité, c’est que la situation est hypocrite : on invalide une élection pour l’ouverture de deux comptes de campagne qui ne remettent pas en cause la sincérité du scrutin, et on ferme les yeux sur un contournement de la loi, qui finalement, ne valent pas mieux que les financements occultes d’antan.

Sans doute serait-il temps de revoir la copie du cahier des charges du Conseil constitutionnel pour prendre des décisions non pas dans la droite ligne des textes mais en respectant leur esprit. 

Publié sur Le Nouvel obs - Le Plus, le 16 février 2013

 

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16 février 2013 6 16 /02 /février /2013 18:07

Alors que le texte du mariage pour tous a été voté mardi en première lecture à l’Assemblée nationale, l’affaire est loin d’être entendue pour certains.

Frigide Barjot, par exemple, a tenté le forcing en bloquant les Champs-Élysées de manière parfaitement illicite dimanche dernier, baptisant l’événement "happening" pour "boboiser" la manifestation et ainsi la rendre plus légale et sympathique aux yeux du citoyen lambda.

De manière plus rigoureuse, elle a également déposé une pétition signée par 700.000 personnes(avant la vérification de leur validité) auprès du Conseil économique, social et environnemental (Cese), pour tenter une vaine saisine, puisqu’elle ne changerait en rien le processus législatif en cours.

 

Une publicité homophobe

 

Dans la population, le débat continue aussi. Et parfois avec ses inévitables dérapages dans les prises de positions qui continuent de surprendre, pour ne pas dire plus nos voisins européens, à l’image de la Grande-Bretagne, qui a voté un texte similaire en une seule session parlementaire, texte proposé de surcroit par les conservateurs…

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Ainsi, à Angers, pour la Saint Valentin, un "Subway" a cru bon de proposer une offre exclusivement destinée aux couples hétérosexuels avec une propagande pour le moins politisée et revendiquée, puisque après avoir accolé (H/F) à côté du mot couple, le responsable de cette franchise a cru bond’y mettre une astérisque qui renvoyait à ce paragraphe, que chacun appréciera pour sa maîtrise tant de la syntaxe que de la chaîne d’accords :

"Discrimination ( ?) : Non, la loi de mariage pour tous a avancé, mais n’est pas encore ratifié par le sénat. Jusque la, je utilise la loi de la liberté d’expression"

N’en déplaise à ce responsable de "Subway", son commerce est soumis à une autre loi que celle du futur mariage pour tous ou encore de la liberté d’expression et qui est autrement plus répressive. C'est celle de la non discrimination d’autrui sur sa seule orientation sexuelle. Un délit, puni pénalement, qui s’est alourdi depuis les lois de 2004 pour lutter contre l’homophobie.

L’affaire a fait beaucoup de bruit, puisque le lendemain, les clients ont trouvé portes closes avec cette affiche "mystérieuse", paix retrouvée avec notre langue française : "Fermeture exceptionnelle".

 

Un climat nauséabond

 

Le site info de France Télévision indiquait entre temps que la direction de la chaîne Subway France s’est dite "horrifiée" par l’affaire, se désolidarisant de cette initiative en souhaitant "une sanction très grave, importante et exemplaire" pour le franchisé. Un message qui a le mérite de la clarté.

Pour autant, ce type d’événements montre une fois de plus combien ce "débat" sans cesse réclamé par les opposants avec une mauvaise foi inébranlable, puisque ce débat a bien eu lieu et qu’il n’a que trop duré, a laissé des traces indélébiles qui n’ont fait qu’accentuer l’homophobie bien plus qu’il ne l’a fait reculer.

Pendant que Frigide Barjot, dans "Touche pas à mon sexe", se réjouit de la baisse des intentions favorables au projet concernant l’adoption (dans des proportions inverses à la question du mariagequi connaît avec 66% de Français favorables un pic en France), elle oublie de dire que, dans le même temps, le nombre de plaintes à SOS homophobie a explosé de 200% durant la même période.

La fin justifie-t-elle les moyens pour Virginie Tellenne Merle (alias Brigide Barjot) et les hérauts de la croisade contre le mariage pour tous et l’adoption ?

 

La bataille de l'égalité avance mais...

 

N’oublions pas que si la loi proposée par Christiane Taubira vise à "normaliser" la situation des couples homosexuels en leur offrant les mêmes droits que les couples hétérosexuels, et par là même à faire reculer l’homophobie, la guerre sur ce terrain est loin d’être gagnée. La bataille de l’égalité avance, mais les consciences, elles, sont éminemment plus rétives à évoluer.

En tous cas, le responsable du Subway d’Angers a perdu sur toute la ligne alors qu’il tenait là un coup de publicité que d’aucuns auraient pu relever : parce qu’en proposant deux fois 30 centimètres pour seulement 14 euros, gageons que l’offre proposée à tous aurait fait un buzz autrement plus sympathique que l’ignoble affaire présentée ici...

 

Publié sur le Nouvel obs, le 16 février 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 20:04

Il fallait oser. Et il l’a fait. Et qui d’autre que Guillaume Peltier, l’homme de la "Droite forte", l’incarnation humaine de la disparition de la digue entre la droite et l’extrême droite (après ses passages au FN et au MPF), aurait pu en être le géniteur ?

L’objet du délire ? Comparer ce que d’aucuns nomment à présent l’affaire Findus aux désormais sur-médiatisés PMA (procréation médicalement assistée) et GPA (gestation pour autrui).

Dans le "face à face" de la chaîne I>Télé, mercredi 13 février à 23h30, François Kalfon et donc Guillaume Peltier, les deux spécialistes des enquêtes d’opinion du PS et de l’UMP, ont croisé le fer comme chaque semaine sur l'actualité. Et parmi eux, immanquablement, l’affaire des lasagnes et de la viande de cheval.

Tel un sportif de haut niveau, surentrainé aux analogies (l’anabolisant des rhétoriqueurs), Guillaume Peltier débuta par un échauffement qui annonçait le menu, sans trop en dire  :

"C’est la conséquence non plus de la vache folle mais de la mondialisation folle. Il n’y a plus aucune cohérence, on bafoue les lois de la nature en permanence"

Des arguments farfelus

Le sourire de François Kalfon ressemble à celui qui a compris où son contradicteur voulait en venir. Filant ainsi la métaphore, il n’hésita donc pas à parler de "coming out" pour évoquer son inclinaison gustative pour la viande de cheval.

Il n’en fallut pas plus pour que Guillaume Peltier monte sur la selle et parte au galop :

"La grande leçon de 2013, pardon d’oser ce parallèle, mais qui est pour moi très fondé : à force que l’homme s’en prenne à la nature, à la biologie, à la filiation évidente, on le voit pour les humains à travers la PMA et la GPA (...)"

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Interrompu par un François Kalfon au moins autant interloqué qu’amusé, l’homme de la "Droite forte" n’en fut guère désarmé et enchaîna : 

"Vous pouvez parler pour éviter de me laisser parler. je vous dis juste parce que c’est une réalité. Chaque enfant est fils d’un père et d’une mère. Les chevaux ne font pas de bœufs, les bœufs ne font pas des chevaux. Or on voit qu’avec l’intervention systématique de l’homme au nom de l’hyper consumérisme, au nom de l’argent facile, eh bien, on en vient à trouver tout et n’importe quoi dans nos assiettes. Ça c’est une réalité"

Les arguments contre la PMA et la GPA ont connu une déclinaison pour le moins ubuesque au sein de l’Assemblée nationale pendant une dizaine de jours. Mais force est de constater que Guillaume Peltier remporte la palme. Avec une pensée résumée en ce syllogisme :

Si les chevaux ne font pas de bœufs

Et si les bœufs ne font pas de chevaux

Alors il faut s’opposer à la PMA et la GPA

Un amalgame pathétique

Logique, non ? En quoi l’affaire Findus pose-t-elle la question éthique relative à la PMA et la GPA ? Quel est le rapport entre une filière obsédée par le fric, qui change d’étiquette en trompant le consommateur, et un couple qui désire un enfant ? Comprenne qui pourra.

Mais au-delà du gloubiboulga de la pensée de Guillaume Peltier, cet amalgame, cet épisode pathétique, qui pourrait faire rire s’il n’était pas une insulte aux couples, à tous les couples depuis le vote de la loi du mariage pour tous, qui ne peuvent avoir d’enfants, apporte deux enseignements.

D’une part, il montre la nature profonde de ce que représente aujourd’hui une partie de la droite française, qui se proclame "républicaine", sans doute pour s’exonérer des accusations que l’on fait au FN. Pour autant, quand on sombre à pieds joints dans pareilles forfanterie, jusqu’à comparer la GPA et la PMA à de la viande que l’on substitue à une autre pour gagner de l’argent, on se dit que le qualificatif qui s’honore de représenter les valeurs de la France peut être usurpé pour partie, et quelle partie quand on sait que la motion de Guillaume Peltier est arrivée en tête des dernières élections internes.

D’autre part, ceux qui croyaient que le débat sur le "mariage pour tous" avait accouché de ses pires heures, et qu’à présent la barque allait pouvoir suivre son cours, sans heurts, se sont sans doute précipités dans leur jugement. Bien au contraire, le vote de la loi a exacerbé les tensions et notamment la passion des opposants qui tentent leur baroud d’honneur, quitte à franchir les frontières du respectable. Frigide Barjot, sans autorisation, bloque les Champs-Élysées, Christine Boutin traite de nul un député de la République, et Guillaume Peltier fait son amalgame fâcheux.

Qu’on se le dise, la course au nauséabond et à la caricature n’est pas terminée. Même si l’on sait qui gagnera en fin de course.

Publie sur Le Nouvel Obs - Le Plus, le 14 février 2013

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14 février 2013 4 14 /02 /février /2013 18:00

Il fallait oser. Et il l’a fait. Et qui d’autre que Guillaume Peltier, l’homme de la "Droite forte", l’incarnation humaine de la disparition de la digue entre la droite et l’extrême droite (après ses passages au FN et au MPF), aurait pu en être le géniteur ?

L’objet du délire ? Comparer ce que d’aucuns nomment à présent l’affaire Findus aux désormais sur-médiatisés PMA (procréation médicalement assistée) et GPA (gestation pour autrui).

Dans le "face à face" de la chaîne I>Télé, mercredi 13 février à 23h30, François Kalfon et donc Guillaume Peltier, les deux spécialistes des enquêtes d’opinion du PS et de l’UMP, ont croisé le fer comme chaque semaine sur l'actualité. Et parmi eux, immanquablement, l’affaire des lasagnes et de la viande de cheval. 

 

Tel un sportif de haut niveau, surentrainé aux analogies (l’anabolisant des rhétoriqueurs), Guillaume Peltier débuta par un échauffement qui annonçait le menu, sans trop en dire (à 0'45 de la vidéo) :

"C’est la conséquence non plus de la vache folle mais de la mondialisation folle. Il n’y a plus aucune cohérence, on bafoue les lois de la nature en permanence"

 

Des arguments farfelus

 

Le sourire de François Kalfon ressemble à celui qui a compris où son contradicteur voulait en venir. Filant ainsi la métaphore, il n’hésita donc pas à parler de "coming out" pour évoquer son inclinaison gustative pour la viande de cheval.

Il n’en fallut pas plus pour que Guillaume Peltier monte sur la selle et parte au galop (à 4'06) :

"La grande leçon de 2013, pardon d’oser ce parallèle, mais qui est pour moi très fondé : à force que l’homme s’en prenne à la nature, à la biologie, à la filiation évidente, on le voit pour les humains à travers la PMA et la GPA (...)"

Peltier.jpg

Interrompu par un François Kalfon au moins autant interloqué qu’amusé, l’homme de la "Droite forte" n’en fut guère désarmé et enchaîna :

"Vous pouvez parler pour éviter de me laisser parler. je vous dis juste parce que c’est une réalité. Chaque enfant est fils d’un père et d’une mère. Les chevaux ne font pas de bœufs, les bœufs ne font pas des chevaux. Or on voit qu’avec l’intervention systématique de l’homme au nom de l’hyper consumérisme, au nom de l’argent facile, eh bien, on en vient à trouver tout et n’importe quoi dans nos assiettes. Ça c’est une réalité"

Les arguments contre la PMA et la GPA ont connu une déclinaison pour le moins ubuesque au sein de l’Assemblée nationale pendant une dizaine de jours. Mais force est de constater que Guillaume Peltier remporte la palme. Avec une pensée résumée en ce syllogisme :

Si les chevaux ne font pas de bœufs

Et si les bœufs ne font pas de chevaux

Alors il faut s’opposer à la PMA et la GPA

 

Un amalgame pathétique

 

Logique, non ? En quoi l’affaire Findus pose-t-elle la question éthique relative à la PMA et la GPA ? Quel est le rapport entre une filière obsédée par le fric, qui change d’étiquette en trompant le consommateur, et un couple qui désire un enfant ? Comprenne qui pourra.

Mais au-delà du gloubiboulga de la pensée de Guillaume Peltier, cet amalgame, cet épisode pathétique, qui pourrait faire rire s’il n’était pas une insulte aux couples, à tous les couples depuis le vote de la loi du mariage pour tous, qui ne peuvent avoir d’enfants, apporte deux enseignements.

D’une part, il montre la nature profonde de ce que représente aujourd’hui une partie de la droite française, qui se proclame "républicaine", sans doute pour s’exonérer des accusations que l’on fait au FN. Pour autant, quand on sombre à pieds joints dans pareilles forfanterie, jusqu’à comparer la GPA et la PMA à de la viande que l’on substitue à une autre pour gagner de l’argent, on se dit que le qualificatif qui s’honore de représenter les valeurs de la France peut être usurpé pour partie, et quelle partie quand on sait que la motion de Guillaume Peltier est arrivée en tête des dernières élections internes.

D’autre part, ceux qui croyaient que le débat sur le "mariage pour tous" avait accouché de ses pires heures, et qu’à présent la barque allait pouvoir suivre son cours, sans heurts, se sont sans doute précipités dans leur jugement. Bien au contraire, le vote de la loi a exacerbé les tensions et notamment la passion des opposants qui tentent leur baroud d’honneur, quitte à franchir les frontières du respectable. Frigide Barjot, sans autorisation, bloque les Champs-Élysées, Christine Boutin traite de nul un député de la République, et Guillaume Peltier fait son amalgame fâcheux.

 

Qu’on se le dise, la course au nauséabond et à la caricature n’est pas terminée. Même si l’on sait qui gagnera en fin de course.

 

Publié sur le Nouvel Obs le 14 février 2013

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13 février 2013 3 13 /02 /février /2013 17:56

Décidément, Jean-Louis Borloo nous aura tout fait. Après avoir prétendu avoir voté pour le PaCS quand en réalité, il s’était abstenu en 1998, le président de l’UDI a de nouveau défrayé la chronique mardi alors que se votait en première lecture le projet de loi de l’ouverture des droits au mariage et à l’adoption.

  

 

Cela fait des mois que Jean-Louis Borloo avait déclaré vouloir voter pour l’adoption de cette loi, à l’image de quelques barons de son parti qui avaient signé une tribune remarquée dans "Le Monde". Mardi, Jean-Louis Borloo a trouvé le moyen de se tromper de bouton et de voter "contre", quelques minutes après avoir déjà été à l’origine d’un tohu bohu inimaginable, vexé qu’il était de ne pas voir le Premier ministre en personne lui répondre (ce qui valut un "abrutis" aux députés de l’UDI de la part de Claude Bartolone, pourtant peu enclin à ce genre de sortie et respecté de tous, même dans l’opposition).

Jean-Louis Borloo a-t-il voulu se venger en modifiant son vote ou s'est-il trompé ? Les rumeurs enflent quelques minutes après le vote. 

Très vite sur Twitter, les railleries n’ont pas manqué, au départ pour exprimer la circonspection face à ce volte-face, puis pour moquer l’erreur de Jean-Louis Borloo…

Le président de l’UDI a fini par faire rectifier le vote, et, surtout s’est fendu d’un tweet pour calmer le jeu :

 

 Capture-d-e-cran-2013-02-17-a--17.57.56.png

 

Pour autant, cette sortie potache est à l’image de ce que l’UDI a montré durant ce débat : un parti sans ligne d’horizon. Un flou incompréhensible que ses membres ont nommé "liberté de conscience" sur le vote, comme l’a vociféré (au vu du ton) à l’hémicycle François Rochebloine, face à une majorité qui scandait "Bor-loo, Bor-loo, Bor-loo"), samedi 2 février dernier en plein débat sur le vote de l’article 1 :

"J’ai dit ‘la très grande majorité’ ! Nous, nous avons la liberté de vote, et vous, vous ne l’avez pas ! C’est cela qui importe !"

Le problème de l’UDI n’est pas d’avoir revendiquer une liberté de vote, ce qui est en soi parfaitement acceptable. Le problème de l’UDI sur ce projet de loi est d’avoir accepté le fait que le parti et ses militants étaient divisés sur la question, tout en laissant seulement les opposants les représenter à la tribune.

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Ainsi, Jean-Christophe Fromantin a pris la tête d’une véritable croisade, alors que Jean-Louis Borloo passait de temps en temps à l’assemblée sans ne rien dire. De la même manière, quelques instants avant le vote, Jean-Christophe Fromantin a bien rappelé que l’UDI était partagé sur la question, mais l’ensemble de son discours fut une charge lourde, très lourde sur la loi :

"Sachez que la quasi-totalité des députés du groupe UDI se mobiliseront avec détermination contre cette évolution qui marquerait une étape supplémentaire dans le droit à l’enfant. Les Français ont-ils réalisé vers quoi ce texte nous emmène ? Je n’en suis pas du tout convaincu. Votre projet de loi aboutira finalement à deux questions que poseront inévitablement les enfants : ‘D’où je viens ?’ et ‘Pourquoi je n’ai pas de papa ou pourquoi je n’ai pas de maman ?’"

Et Jean-Christophe Fromantin de conclure :

"Vous estimez que ces questions ne méritaient pas de réponses. Elles sont pour nous essentielles. C’est la raison pour laquelle la majorité des députés du groupe UDI votera contre ce texte."

 

Le centre n'a pas existé dans le débat

 

Finalement, les discours des opposants de l’UDI ont calqué leurs arguments sur les réquisitoires de l’UMP. Et Jean-Louis Borloo, un des seuls à voter "pour" a trouvé le moyen de se tromper de bouton… L’UDI, tous comme les deux députés MoDem n’ont jamais trouvé leur place dans ce débat, à l’image de Jean Lassalle qui aura fait rire aux éclats l’Assemblée le 6 février dernier :

 

Expliquant par la suite être "à la fois déchiré et empreint d'enthousiasme" concernant le vote de cette loi, personne ne comprit ce qu’il ferait. Il aura fini par voter "contre"… Ce qu'aurait fait François Bayrou, qui s'enorgueillit de revendiquer un "mariage Canada Dry". Hors sujet. 

Le centre n’aura donc pas existé sur une loi historique, que ce soit en la soutenant ou en s’y opposant. Une position illisible sur une question tranchée qui ne laisse personne indifférent. Le centre ne sait toujours pas comment se positionner et tarde à trouver une identité… Ou de la théorie de la quadrature du cercle. 

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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 17:55

Rien n’y fait. Vincent Peillon a beau faire le tour de France et des médias pour convaincre les enseignants de la nécessité de sa réforme des rythmes scolaires, les rangs de l’éducation nationale compteront des grévistes ce mardi.

Des mouvements de grève qui, il faut bien l’avouer ne sont pas forcément bien perçus à l’extérieur de la corporation. La faute, évidemment aux clichés qui restent collés aux basques des professeurs de la fonction publique. La faute aussi à un mot d’ordre assez flou de la part des syndicats puisqu’ils s’opposent aux rythmes scolaires, mais aussi à la réforme globale de Vincent Peillon, et à la rémunération. Bien que légitimes, ces revendications s’entrechoquent et nuisent au message qui est envoyé aux Français.

 

Peu de mobilisations dans les collèges et lycées

 

C’est sans doute une des raisons pour laquelle la grève ne mobilisera pas autant que certains le voudraient. D’ailleurs, centrées sur le primaire, les revendications ne mobilisent guère dans les collèges et les lycées, avec des personnels qui peuvent même se sentir étrangers à ces manifestations.

À titre personnel, j’ai toujours eu du mal à trouver dans ces grèves, qui soit dit en passant ne sont pas si nombreuses que la croyance populaire veut bien le croire, des raisons d’espérer d’elles quoi que ce soit. 

Partant des seuls représentants syndicaux, qui ont davantage tendance à annoncer le mouvement qu’à consulter leur base, ces mouvements n’ont jamais véritablement abouti à quelque chose de palpable, si ce n’est, au pire, un statu quo. Ce qui dans l’état de délabrement de l’école, et des conditions de travail des enseignants revient à un retour en arrière. Aussi, mes élèves auront le déplaisir de me voir leur dispenser savoirs et connaissance ce mardi.

Cela montre-t-il que Vincent Peillon n’est pas si contesté que les médias semblent l’annoncer ? La question est en réalité complexe.

 

À quand l'application des promesses ?

 

La personnalité même du ministre ne pose pas de problèmes majeurs. Et pour cause. Il fut nommé après un quinquennat durant lequel se succédèrent Xavier Darcos qui résumait la mission des instituteurs de maternelle à "faire faire des siestes à des enfants" et à "leur changer les couches", puis Luc Châtel qui eut le bon goût de scander lors de son discours de la rentrée 2010, censé apaisé le climat : "Notre école a moins besoin de grands soirs que de petits matins quotidiens".


Forcément, à côté de ces deux éléphants dans le magasin de porcelaine de la rue de Grenelle, qui rappelèrent un autre illustre "lourdaud" qui voulait dégraisser le mammouth (comme quoi, ce n’est pas nécessairement un problème de clivage partisan), Vincent Peillon apparaît comme plus respectueux de la corporation. Rappelant sans cesse ce que l’on doit aux enseignants, comme il le fit dans sa lettre aux personnels en juin dernier 

"Nous savons aussi la force de votre dévouement, la passion et la vocation qui vous animent pour instruire, éduquer, servir une certaine idée de la France, de la République et de l'humanité."

Pour autant, Vincent Peillon, dans la lignée de François Hollande avait promis monts et merveilles. Des embauches, de la formation et des réformes. Mais aussi de la concertation.

Sur les embauches, la promesse est clairement en passe d’être tenue, mais en laissant croire que la refonte de l’éducation nationale se résume à une question de moyens, ce qui est un cache-misère.

 

Quels efforts pour la formation des enseignants ?

 

La formation initiale, qui avait été atomisée par les équipes de Nicolas Sarkozy, est quant à elle loin de satisfaire les néo-titulaires. À la rentrée 2013, les heureux détenteurs du CAPES auront encore pas moins de 15 heures de cours à charge, en plus de leur formation.

Si Sarkozy leur avait fixé cette charge à 18 heures (c’est-à-dire un emploi du temps complet), notons qu’avant 2007, les stagiaires n’avaient que 6 heures de cours, couplés à 12 heures de formation par semaine pour assimiler progressivement les arcanes du métier.


Certes, l’IUFM était loin d’être la panacée, avec une idéologie pédagogiste moribonde et une équipe de formateurs désignés par cooptation d’amicales relations (en guise d’efficaces références). Pour autant, là où il fallut modifier le système pour le rendre plus efficient, la droite le fit disparaître… Il n’est pour l’heure qu’un halo vaguement ressemblant au début d’une formation…

Enfin les réformes. On n’entend parler que de celle des rythmes scolaires. Si la Chine vient de fêter le passage dans l’année du serpent, nul doute que cette question pourrait pleinement prendre part au défilé. Car rarement l’on aura vu de serpents de mer aussi gros, parole de moussaillon sur le pont du collège.

 

Le serpent de mer des rythmes scolaires

 

Si la Chine vient de fêter le passage dans l’année du serpent, nul doute que cette question aurait pu pleinement prendre part aux festivités. Car rarement l’on aura vu de serpents de mer aussi gros, parole de moussaillon sur le pont du collège.
 
Que les emplois du temps des élèves, et notamment des plus jeunes, puissent être rendus plus efficaces, nul n’en doute. Mais un tel paravent ne pourrait cacher la nature profonde de l’abyssal abîme dans lequel est tombé le premier budget de France : l’abandon de la transmission des savoirs, des connaissances et surtout, surtout des exigences, tant du point de vue de la performance scolaire que du comportement à tenir dans l’enceinte des établissements scolaires. Surtout à une époque où les élèves se couchent en plein cœur de la nuit dans une chambre qui ressemble en tous points à une succursale de Darty. Accabler l'école, en l'accusant de perturber le rythme biologique des enfants est donc, dans ce contexte, une fumisterie du plus mauvais goût.

 

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Et de cela, Vincent Peillon ne fournit qu’un charabia lyrique, une logorrhée polie mais floue comme un loup, un brouillamini que le philosophe manipule à grands coups de rhétorique, comptant sur le vague et le fumeux pour faire illusion. À l’image de ce qu’il fit – déjà ! – en pleine présidentiellequand on lui demanda d’expliquer le projet de François Hollande :

"Il va donc falloir envisager une revalorisation matérielle et morale du métier d'enseignant. Mais en même temps il faudra faire évoluer la définition du métier, de ses tâches, de ses obligations, des services. C'est la feuille de route que m'a donné François Hollande, avec une double exigence : le seul critère, c'est l'amélioration de la réussite pour tous les élèves, et la seule méthode c'est, à partir d'objectifs clairs assumés par le politique, la concertation et la négociation."

Alors Vincent Peillon a beau faire une danse du ventre aimable, en redoublant de déférence et d'obséquiosité à l’égard de la profession, il semble nous rejouer la partition de Jack Lang : des louanges et du vent. C’est un peu tendre en bouche, quand le menu s’annonçait fastueux. 

 

Publié sur le Nouvel Obs le 12 février 2013

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11 février 2013 1 11 /02 /février /2013 16:05

Que reste-t-il des fabuleux espoirs nés en novembre 2010 après le départ de Ben Ali et le triomphe de la révolution ? Deux ans plus tard, les islamistes ont pris le pouvoir, et un de leurs opposants les plus vindicatifs,Chokri Belaïd, a été froidement assassiné cette semaine, instaurant un climat d’incertitude et de tensions extrêmes. Samedi, à peine 3000 manifestants pro-Ennahda ont défilé pour soutenir le gouvernement en place, et notamment le maintien des Ministres islamistes.

L’effet domino constaté au Maghreb et au Moyen-Orient a bien apporté la démocratie dans des pays étranglés par des dictatures, où la liberté des citoyens était circonscrite à la parole des dirigeants. Pour autant, une vision simpliste de la situation avait fait oublier que les islamistes, c’est-à-dire, puisqu’il faut à tout prix cesser avec les impropriétés liées à l’utilisation de ce terme, ceux qui instrumentalisent la religion, à savoir l’islam, à des fins politiques, étaient largement contenus par les dictatures en place. N’oublions pas, ainsi, que c’est Nasser, en Egypte qui interdit les Frères Musulmans dès 1954, craignant notamment pour sa vie.

printempsarabes.jpg

Contrairement à ce que l’on a pu croire, bon nombre de pays arabes, bien qu’étreints dans des dictatures, avec une liberté limitée, ont vécu la fin du XXème siècle dans des Etats laïques. Mais pas une laïcité survenue comme en France après la sécularisation de l’Etat. Une laïcité contrainte, qui éreintait et traitait du même joug, les féministes ou les islamistes. Toute contestation au pouvoir était considérée comme un danger qu’il fallait éradiquer. Et ceux qui se revendiquaient de Dieu étaient, à ce titre, encore plus dangereux, pour le pouvoir des hommes.

Aussi, l’issue des printemps arabes était pour le moins prévisible. Dans ces états qui n’étaient toujours pas sécularisés, et qui n’avaient séparé loi et foi que par l’obligation, les islamistes ont presque réussi le grand chelem, s’engouffrant avec appétit dans les failles de la démocratie.

Beaucoup, en France ou ailleurs, continuent de regretter que la démocratie ait été donnée à des peuples « immatures », et qui n’étaient pas prêts à la recevoir. On peut le comprendre. Mais il faudrait ne pas refuser de voir la leçon que nous apportent ces révolutions à nos propres visions de la démocratie.

Oui, les révolutions arabes éclairent d’un jour nouveau cette idéologie, aveuglante, qui fait de la démocratie le nec plus ultra.

La démocratie n’aspire pas vers la vérité et l’égalité des citoyens : bien au contraire, elle ne fait que donner le pouvoir au plus majoritaire. Elle sert la majorité et fait fi des minorités, même si celle-ci se situe à 49%.

La République (à la française, s'entend) est infiniment plus ambitieuse : elle vise à corriger les inégalités autour de valeurs qu’elle a établies. C’est assurément plus subjectif, mais les risques de s’en remettre à la roulette russe s’amenuisent. Cela ne l’empêche pas de fonctionner avec des principes démocratiques, sans lesquelles toute liberté est impossible. Mais elle sait aussi, parfois, faire des choix qui ne plaisent pas au plus grand nombre mais qu’elle sait bénéfique pour le bien commun.

C’est ainsi qu’en France, on légiféra pour l’IVG en 1975, ou pour l’abolition de la peine de mort en 1981 malgré une opinion majoritairement défavorable.

Si la démocratie est un moyen de parvenir à la liberté et à l'égalité, elle n'est nullement une finalité en soi. Et à ce titre la République lui est largement supérieure : la seconde se fonde sur la première en lui imposant des valeurs pour le bien commun. 

Alors que ceux qui, aujourd’hui, et notamment pour des sujets de société (suivez mon regard) dressent la démocratie comme l’arme absolue, le référendum comme la panacée, ou encore l’affluence de la rue comme une vérité absolue, n’oublient jamais qu’au XXIème siècle, les pires régimes totalitaires ne naissent pas d’un coup d’état mais bien par les urnes.

 

Publié le 11 février 2013 sur Médiavox.  

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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