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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 16:10

Mais qui donc Frigide Barjot aura-t-elle ému avec ses larmes sur le plateau du Grand Huit, en implorant "écoutez-moi" ? Qui d’autre aura-t-elle davantage convaincu ? L’entendre Frigide ? Mais on n’entend qu’elle. Partout. Et tout le temps. Au point de dire tout et n’importe quoi.

Il est inutile de revenir sur ses visions fantasmées de la loi. En revanche, il est toujours intéressant d’analyser certains de ses gros mensonges qui tentent de dissimuler sa part d’ombre, à elle aussi.

En janvier dernier, juste avant la Manif pour tous, elle avait déjà prétendu ne pas connaître les activités d’Alliance VITA, pourtant coorganisatrice de la manif pour tous. Une vidéo exhumée de Nouvelle de France avait confirmé pourtant sa présence à la Marche pour la Vie en janvier 2011, où elle avait accepté de répondre à quelques questions. Elle avait, au passage, claqué la bise à Christine Boutin, fondatrice de l’Alliance des Droits de la vie et devenue justement Alliance Vita, sous la houlette à présent de l’ombrageux Tugdual Derville, membre de la manif pour tous et connu également pour être l’homme qui compare cyniquement les homosexuels à des handicapés.


Mais quelques heures avant de pleurer comme une Madeleine un rien surjouée, la tête de gondole de "La Manif pour tous" avait débattu en forte compagnie sur le plateau de "Ca vous regarde", la veille : Hervé Mariton, le vice-Président de la Commission des lois au Sénat Jean-Pierre Michel et Caroline Fourest.

Et l’on comprend pourquoi elle a pu repartir contrariée du débat, car, comme en janvier chez Ruquier, Frigide barjot a encore été prise en flagrant délit de mensonge par Caroline Fourest. La même que, Pascal Boniface, sans jamais l’avoir démontré et affublant sa victime de ses propres maux et méthodes, qualifiait de "sérial-menteuse". Sauf qu’encore une fois, la menteuse, ce n’est pas Caroline Fourest mais bel et bien Frigide Barjot :


Tout d’abord, Frigide Barjot prétend que Laurence Tcheng, un des piliers de la Manif pour tous, n’a rien à voir avec Civitas, et que son collectif est parfaitement opposé à l’institut. Elle prétend ensuite que, ce n'est pas vrai qu'elle y "a été bien accueillie".

Voici donc la preuve du gros mensonge de Madame Barjot, avec le passage précis dans lequel Laurence Tcheng s’exprime dans l’église Ste Thérèse de Boulogne Billancourt le 19 décembre 2012 au nom de la Manif pour tous :

 

"Je n’ai rien contre Civitas", "j’ai été très bien accueillie" sont les mots de Laurence Tcheng qui explique qu’ils ont tout fait pour faire cause commune avec Civitas après une réunion organisée le 12 septembre avec toute la "cathosphère", mais qu’Alain Escada "n’a pas voulu démordre de ses bannières et de ses slogans" et les membres de Civitas ont pris "le parti, la liberté et la responsabilité de lancer leurs actes de leur côtés".

Pas de rupture donc mais bel et bien, l’expression d’un regret de ne pas avoir pu faire cause commune de la part de Laurence Tcheng, ce qui à lire Alain Escada n’est apparemment pas du tout le cas.

Premier mensonge, et de taille puisque depuis des mois, Frigide Barjot tente de montrer que "La Manif pour tous" n’a rien à voir avec Civitas. Et prise la main dans le pot de confiture, elle nie les faits de manière éhontée.

Ensuite, Frigide Barjot dit effrontément qu'Alliance Vita n’est pas une association anti-avortement. C’est déjà mieux qu’en janvier quand chez Ruquier elle prétendait ne pas connaître ses activités. Elle rajoute ici en tutoyant Caroline Fourest, dans cette fâcheuse habitude de familiarité pour tenter de passer pour la "bonne copine" :  "Non, Caroline, c’est faux, on ne remet en cause la loi Veil, arrête !"

Pas anti-avortement Alliance VITA ? On peut alors lire Tugdual Derville vanter les mérites de la Marche pour la Vie que l'association organise tous les ans en janvier, exception faite de 2013 pour faire front unique sur le mariage pour tous :

"La Marche pour la vie se déroule à Paris le dimanche 22 janvier 2012. Ses participants refusent la chape de silence qui continue de peser sur la réalité de l’avortement dans notre pays, depuis sa dépénalisation en 1975, contre laquelle ils continuent de protester, tout en réclamant un aide accrue pour les femmes enceintes."

“Une loi contre laquelle ils continuent de protester”.

Alors certains rétorqueront que Frigide Barjot pourrrait ne pas d’être de tous les combats d’Alliance VITA. Et que c’est pour cela qu’elle demande à Caroline Fourest de s’en retourner à Tugdual Derville. On peut aussi noter que dans la vidéo de nouvelle de France, Frigide barjot dit qu’elle n’est pas contre "la remise en cause de la loi Veil".

Pour autant, en 2009, quand elle avait pris fait et cause pour l’église et benoit XVI avec le "Benoithon", voilà ce qu’elle disait à l’occasion de l’affaire de Monseigneur José Cardoso Sobrinho, archevêque de Recife, dans le nord-est du Brésil qui avait excommunié la mère d'une jeune fille de 9 ans pour fait avorter sa petite fille, enceinte de jumeaux, fruit du viol de son beau-père, coutumier du fait :

 

Et voilà comment Frigide Barjot, sur Europe 1, assène que pour les Chrétiens, auquels elle s’associe (“pour nous les Chrétiens”) l’avortement est un crime (“quand on tue quelqu’un”).  

Donc de deux choses l'une : soit Frigide Barjot est pour la légalisation du crime, soit elle est contre la loi Veil... Même Alain Escada n'est, encore, jamais allé aussi loin dans le raisonnement mortifère.

Alors pourquoi mentir à ce point pour cette femme de médias qui sait mieux que quiconque que tout ce qu’elle dit est conservé par la mémoire collective virtuelle qui fausse l’adage selon lequel les paroles s’envolent ?

Tout simplement parce que derrière le rimel, se terre des convictions et une idéologie ultra-conservatrice et ultra réactionnaire.

Frigide Barjot n’est pas seulement la “porte-parole de Jésus” qui étonnamment attire la confiance du Clergé le plus doctrinal : si elle est si suivie en plus haute sphère catholique, c’est tout simplement parce que ses idées épousent le dogme. Son rôle, dit elle à "La vie", est de montrer Dieu à César pour que César ne se prenne pas pour Dieu.

Qu’on se le dise, pour Frigide Barjot, il est des sujets où la République n’a pas son mot à dire et où seul Dieu décide.

A la question d’Hervé Mariton dans "Ca vous regarde", “quel est l’intérêt de l’échange qui vient de se produire ?”, il conviendrait de lui répondre qu’il permet tout simplement de dévoiler celle qui passe pour homophile, républicaine et “fofolle” sympathique. Sous les paillettes et le rose bonbon, sa “part d’ombre” est tout simplement terrifiante. 

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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15 avril 2013 1 15 /04 /avril /2013 07:42

Je me souviens l’été 2012 quand je m’attardais sur la rhétorique d’Alain Escada de l’Institut Civitas et de Christine Boutin qui préparaient leur croisade contre le mariage pour tous. Combien m’ont soufflé, même parmi mes amis et mes proches, que je m’intéressais là à un épiphénomène, marginal, qui n’aurait aucun impact sur la France.  Et de glisser au passage que la loi passerait comme une lettre à la poste.

Dix mois plus tard, la République est exsangue. Gangrénée par une extrême droite qui n’avait pas le visage qu’on voulait bien lui donner.

La question n’est donc pas celle du nombre. La question est celle de la portée, de la capacité à mobiliser et à nuire. Et force est de constater que celle de l’extrême droite impressionne durablement.

On a souvent considéré que le Front national était « L’Extrême droite ». C’était oublié qu’à ses côtés, d’autres factions, parfois bien plus radicales, vivotaient en sous sol.

L’extrême droite n’est pas un mouvement et encore moins une famille de pensée. C’est une nébuleuse complexe, qui va des nostalgiques pétainistes aux négationnistes, en passant par les anti-IVG (qui par pudeur médiatique se nomme Provie), l’œuvre française ou encore les catholiques traditionalistes intégristes

Et aujourd’hui, elle trouve un terreau unique et historique (pour la première fois depuis les années 30 ?) pour allier ses forces, elle qui a toujours eu tendance à se faire la guerre plutôt qu’à se rassembler. Le mariage pour tous est devenu une aubaine pour une révolution qu’ils appellent de tous leurs vœux, contre les principes de la République et la République elle-même.

C’est ainsi qu’est né « le printemps français ».

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Une référence aux révolutions arabes pour le moins sarcastique quand on sait que l’immense majorité des mouvances d’extrême droite a une idéologie xénophobe et tout particulièrement à l’adresse de l’islam (ce qui ne les empêche pas, parfois, de vouer un culte pour les dictateurs du Moyen Orient…).

Il ne se passe à présent pas une journée sans que les exactions ne viennent empoisonner notre pays : les membres du gouvernement ou encore les élus qui ont décidé d’apporter leur voix à l’égalité se retrouvent ainsi soit empêchés de tenir des réunions publiques, comme Erwann BinetNajat Vallaud-Belkacem ou encore le courageux Jean-Pierre Michel, vice-président de la Commission des lois du Sénat.

Chantal Jouanno (UDI) et François de Rugy (EELV) ont eux eu le « plaisir » de se voir réveiller par un comité d’accueil musclé, la première ayant découvert que son adresse et le nom de ses enfants avaient été au préalable jetés en pâture en guise de flyer.

Et qui aura oublié Christophe-André Frassa (UMP), menacé de mort pour avoir voter pour le projet en Commission des lois, et qui étonnamment s’est abstenu lors du vote solennel, après avoir fait l’aveu de l’épée de Damoclès qui pesait sur ses épaules. 

Chacune de ses démonstrations de force porte la même signature : le printemps français.

Alors très vite, les hérauts qui se veulent respectables de l’opposition au mariage pour tous tentent par tous les moyens de s’en laver main, et d’expliquer que cette radicalisation n’est pas de leur fait. C’est le cas évidemment de Christine Boutin, de Frigide Barjot ou encore de la droite, emmenée à l’Assemblée par Christian Jacob.

Et d’aller plus en déresponsabilisant ceux qui commettent ces actes en accusant le gouvernement d’en être la cause.

Pourquoi cette surenchère quand une simple condamnation aurait suffi ? Tout simplement parce qu’ils sont les premiers à tendre la mèche à la flamme qui ne demande qu’à s’embraser ! Christine Boutin évoque la guerre civile, quand Frigide Barjot prédit avec délectation et fureur « du sang » et pendant que Christian Jacob anticipe des « confrontations violentes ».

Loin de condamner ces réactions extrémistes, Boutin, Barjot et Jacob ne font que les alimenter en attisant tant et plus les braises pour tenter de récupérer les marrons du feu. Et tous ceux qui pensaient qu’ils étaient modérés se rendent compte qu’un double discours soutenait leur argumentation.

Aujourd’hui libérée par une opinion publique complètement retournée et excitée par les hérauts de l’opposition au mariage pour tous, l’extrême droite française triomphe en faisant régner la terreur, leur représentant s’enorgueillissant même de voir les leurs mis en garde à vue après leurs méfaits.

Aujourd’hui la droite, et ses satellites de la manif pour tous sont entièrement responsables non pas de ce printemps français, mais de ce printemps brun. Avec le spectre du 6 février 1934 en épée de Damoclès.

 

Publié sur Médiavox, le 15 avril 2013.

 

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8 avril 2013 1 08 /04 /avril /2013 07:36

Je voudrais écrire autre chose. J’aimerais voir une lueur d’espoir. Je souhaiterais tant vanter les vertus d’une République qui, dans l’Histoire, en a fait naître ou prospérer tant d’autres. L’exemple.

L’exemplarité, c’est celle qui devrait guider l’action de nos élus. Jérôme Cahuzac avait su inspirer le respect de tous, même celui de l’opposition ce qui est une rareté dans un paysage politique marqué au fer rouge par l’hydre bipartite aux réactions manichéennes et pavloviennes. Cahuzac, c’était la version face du gouvernement. Le contrepoids pragmatique et nécessaire aux promesses électorales les plus folles. Le symbole de l’économie, de la rigueur et de la raison pour endiguer les marées électoralistes qui déferlent au vent des Présidentielles.

Medee-copie-1.jpg

En mentant sur son ou ses compte(s) ) l’étranger, dans le but de soustraire de l’argent au Fisc, lui dont la mission était justement de lutter, comme jamais, contre l’évasion fiscale, Jérôme Cahuzac n’a pas seulement trahi la République, dans son ventre. Il n’a pas seulement floué tous les Français.

Il a tout simplement ruiné toutes tentatives à moyen terme du gouvernement de faire passer la rigueur ou les efforts au Peuple français.

Il a ouvert les vannes aux discours populistes, qui n’en demandaient pas tant, pour chatouiller des esprits repus de trahisons.

Plus grave, il a montré que l’impunité était courante en France. Et puisque les politiques eux-mêmes d’affranchissent des lois quand il s’agit d’eux mêmes, il n’y a aucun raison que les citoyens lambda n’en fassent pas de même.

D’ailleurs, Henri Guaino ne réinvente-t-il pas lui même la Consitution, en redéfinissant son article 11 sur le référendum, prétendant que dans le vocabulaire juridique « affaires sociales » et « affaires sociétales » sont synonymes ? Ne fantasme-t-il pas nos Institutions en déclarant que l’Assemblée Nationale n’est pas légitime pour légiférer ? Ne fait-il pas fi de la séparation des pouvoirs et de l’indépendance de la justice en insultant le juge d’instruction Gentil qui a mis en examen Nicolas Sarkozy ?

Aujourd’hui, les hommes et femmes politiques n’ont de cesse de faire la pédagogie de l’effort et de la justice quand eux-mêmes s’en accommodent en toute impunité. Seul l’ego semble primer.

Dès lors il n’y a rien de surprenant à voir les opposants au mariage pour tous, mécontents de leur sort, déchainer leur haine et cracher sur la République.

La semaine dernière fut un déferlement ininterrompu d’incivilités allant jusqu’au terrorisme avec un sénateur, menacé de mort, et contraint, malgré des dénégations fort peu convaincantes, de changer son vote.

La France est dans un marais et s’enfonce jour après jour dans les méandres de l’obscurantisme. Chacun pour soi et Dieu pour tous : la République n’est plus qu’un paillasson sur lequel on essuie ses forfaits, pour reprendre l’image que Rama Yade réserva à Kadhafi il y a cinq ans.

Notre République n’est pas seulement malade : on lui assène coups de couteaux sur coups de couteaux, à tous les échelons de la société. L’heure est grave. Mais le plus alarmant est qu’il en existe certains, au sein même de notre pays, pour s’en réjouir.

Publié sur Médiavox, le 8 avril 2013.

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 10:04

Le feuilleton du mariage pour tous tourne au vinaigre. Et ceux qui pensaient que la situation était exacerbée du fait des accusations caricaturales constatées des deux côtés vont devoir sérieusement et urgemment leur copie : la violence, de l’intimidation jusqu’à la menace de mort, n’est que d’un côté. Un seul.

Depuis quelques semaines, le baroud d’honneur des opposants au projet ressemble en tous points à un baroud du déshonneur. Jusqu’à l’indignité.

 

Les intimidations ont fait place au harcèlement 

 

Frigide Barjot a beau se dédouaner des exactions du 24 mars, en prétextant avoir été débordée par des extrêmes, sa rhétorique ne dupe personne. Le discours de la manif pour tous n’a pas attendu que l’extrême droite passe à l’action (car elle était DÉJÀ présente dès novembre dans le défilé des opposants, y compris celui rose bonbon) pour passer aux armes.

Depuis des affiches franchement limites jusqu’aux points Godwin cumulés par Xavier Bongibault, qui en équivalence lui vaudrait une ménagère en argent véritable chez Total, en passant par la menace du refus d’obtempérer pour Frigide Barjot.

Et qui oubliera la pasionaria de l’ancienne bataille du Pacs, Christine Boutin, qui se la joue en Madone christique, en s’adjugeant elle-même le gazage des forces de l’ordre, attendu qu’il a fallu qu’elle s’approche du périmètre de l’interdit des forces de l’ordre jusqu’à pénétrer dans l’avenue des Champs-Élysées pour se faire prendre…

Depuis le 24 mars, les intimidations ont fait place au harcèlement, avec un accueil réservé à bon nombre de membres du gouvernement quel que soit leur déplacement, ou en empêchant des élus de parler. Ironique quand on prétend être bâillonnés…

Sans oublier bien évidemment la cerise sur le gâteau posée par le GUD Nancy avec un visuel qui appelle au gay bashing... Ambiance. 

 

Des opposants aux méthodes "minables"

 

L’ouverture du débat au Sénat vient de marquer un nouveau tournant. Morbide. Alors que Jean-Pierre Michel, le rapporteur de la Commission des lois au Sénat a commencé sa journée au tribunal pour répondre à l’insensée Barjot pour avoir exprimé tout haut ce que le bon sens impose de soi, à savoir qu’il n’y a pire homophobie que celle qui ne s’assume pas, Chantal Jouanno venait de subir l’assaut d’opposants au réveil de son appartement dans le 12e arrondissement au son de "un père, une mère, c’est élémentaire".

Un épiphénomène qui aurait été dérisoire, si les méthodes employées notamment par Béatrice Bourges, la fameuse présidente du "Collectif pour l’enfant", qui avait quitté le collectif "manif pour tous" au soir du 24 mars en dénonçant des méthodes de Bisounours (sic), avaient confiné à la délation, comme le confia Chantal Jouanno, interrogée sur I>Télé jeudi soir vers 22h10 :

"Le plus étonnant, c’est que ceux qui se réclament de la défense de la famille, sont les premiers à venir porter infraction et à porter atteinte à votre propre vie de famille, parce que derrière tout ça, ce qu’il faut bien savoir c’est qu’en plus ils ont communiqué en citant le nom de mes enfants et en donnant mon adresse ce qui est parfaitement, franchement minable."

 

 

Un sénateur UMP change son vote après des menaces de mort

 

Mais l’on avait encore rien vu, puisque, coup de théâtre, le sénateur UMP Christophe-André Frassa, qui avait voté en commission des lois pour le projet de loi sur le mariage homosexuel, annonça peu avant l’ouverture des débats du palais du Luxembourg qu’il voterait contre en séance.

Sa déclaration matinale en laissa plus d’un perplexe puisque, tout en rappelant qu’il était pour le mariage des personnes du même sexe, il voterait contre…

La séance du Sénat apporta la réponse à ce brutal changement de vote, pour le moins incohérent :Christophe-André Frassa a été menacé de mort ! Rien que ça. Alors il nie bien évidemment que cette menace ait infléchi sa décision, tout en l'exposant dans l'hémicycle ; auquel cas, pourquoi en faire mention ?

À la tribune, il explique qu’il craint les dérives de la PMA et de la GPA, qui ne figurent pas dans le projet de loi, la GPA étant même ultra marginale chez les élus de notre République. Un argument éculé, maintes fois démenti par les partisans et surtout qui ne convainc personne.

 

Christine Boutin se félicite à coups de "on lâche rien"

 

Le sénateur a, semble-t-il, bel et bien cédé à la menace. Voilà dans l’état dans lequel notre République est aujourd’hui : les convictions républicaines ne valent plus rien face à la violence, à la menace, et au harcèlement.

Certains expliqueront qu’elle n’est l’œuvre que d’une frange marginale. Mais que vaut cet argument quand, aussi marginale fut-elle, cette menace suffit à changer un vote.

Plus grave, la réaction de Christine Boutin sur Twitter qui se félicite à coups de "on lâche rien" de ce changement de vote, occultant la motivation du sénateur, pressé par une menace de mort :

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Dès lors, il ne servira à rien de prétexter que la violence est à la marge, ou l’œuvre du GUD ou de n’importe quel détraqué d’extrême droite : quand on en arrive à cueillir les fruits de l’indicible et des fossoyeurs de nos valeurs, on en épouse les semailles.

En ce sens, l’artifice de la jachère, dès lors qu’il faut prendre ses responsabilités, ne pourra jamais, jamais, nous prendre pour des poires.

 

Publié sur Le Plus, du Nouvel Observateur le 5 avril 2013

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1 avril 2013 1 01 /04 /avril /2013 07:29

La Cour de Cassation avait-elle conscience que son jugement sur l’affaire de l’employée voilée licenciée de la crèche Baby Loup allait sans doute changer la loi française ? Nul ne le sait. Mais elle ne pouvait ignorer que sa décision serait suivie d’un très vif intérêt et que ses conclusions qui contredisaient les jugements en première instance et en appel, allaient faire couler beaucoup d’encre.

Contrairement à ce que les soi-disant hérauts de l’islam proclament ce week-end à l’annuel Congrès de l’UOIF au Bourget, Ahmed Jaballah, son président en tête, la montée de boucliers face à cette décision n’est pas une discrimination de plus envers l’islam. Ni envers les libertés individuelles. Et encore moins une entrave à l’égalité. Une dernière accusation honteuse qu’Ahmed Jaballah tente d’intrumentaliser en expliquant qu’au “moment où on autorise la loi sur le mariage homosexuel, on émet des propositions de loi restrictives concernant les musulmans, qui ne me paraissent pas constituer des éléments d’égalité”. Honteuse car l’UOIF ose montrer la loi du mariage pour tous en référence quand l’organisation avait déclaré en janvier dernier que le projet de loi constituait une menace de dérive vers la zoophilie et la polyandrie, puisqu’il semble convenu qu’un homme ayant plusieurs femmes étant parfaitement normal pour l’UOIF.

 

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La réalité, c’est qu’aujourd’hui, un établissement ayant pour mission de d’occuper des enfants a le droit d’être confessionnel mais n’a pas le droit de se réclamer des valeurs laïques !

Incroyable paradoxe qui fait les délices des intégristes de tous poils qui s’enfourchent dans la brèche pour repousser, toujours plus loin, les frontières de l’acceptable au sein de la République.

Il n’est pas question ici de changer les règles du privé : ainsi Fanny Truchelut qui avait refusé à une de ses clientes de déambuler en voile dans les parties communes de son hôtel n’a aucune excuse, et n’en aurait eu aucune après la loi qui a été esquissée dans son grand oral par François Hollande : les discriminations envers les femmes voilées dans l’espace public sont des actes intolérables qui prostituent les libertés individuelles et qui doivent être sévèrement réprimés.

Mais l’affaire Baby Loup n’est pas du même cuir : il est question ici d’un établissement, financé en partie par des fonds public qui plus est, et dont la mission est d’intérêt général auprès des enfants. Un établissement qui n’a pas spécifiquement pointé du doigt une femme voilée du jour au lendemain, mais qui avait en vigueur un règlement intérieur datant de 17 ans et que l’employée, adjointe à la directrice avait respecté jusque-là. Il n’y avait qu’à voir en 2008, la présence renforcée des « grands Frères » au tribunal pour intimider Elisabeth Badinter ou encore Jeannette Bougrab, alors présidente de la Halde, ce que cette dernière raconte dans son livre “Ma République se meurt”, pour s’autoriser à croire que le voile n’était, ici, qu’un prétexte pour tester les lois de la République.

Il n’y a dès lors plus de choix : quand il y a une faille, il faut la colmater. Au risque de voir nos valeurs républicaines gangrénées par les germes belliqueux du communautarisme.

Cela ne nous empêche pas d’être vigilants et de prendre conscience que certains instrumentaliseront l’affaire pour assouvir leur haine viscérale envers l’islam : mais le courage politique n’est-il pas justement de mener la bataille sur les deux fronts, celle des valeurs laïques et celle contre le racisme et les discriminations ? Ce qui éviterait à l’avenir de confondre ceux qui combattent l’intégrisme et ceux qui organisent des croisades en pseudo héritiers de Charles Martel.

Aussi, aujourd’hui, plus que jamais, il faut soutenir l’appel lancé sur Marianne par les incontournables Elisabeth Badinter et Jeannette Bougrab, le Président du PRG Jean-Michel Baylet, l’éclairant philosophe Abdennour Bidar, ou encore l’essayiste Caroline Fourest pour que l’on légifère, afin que les établissements privés relevant de l’utilité publique puisse se doter, si leur mission l’exige, d’un règlement relevant des valeurs laïques. Il n’est pas question d’interdire quoi que ce soit ou de restreindre la liberté de croyance, mais juste de préserver la neutralité là où la République juge que c’est nécessaire.

 

Publié sur Médiavox, le 1er avril 2013

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31 mars 2013 7 31 /03 /mars /2013 09:58

Ce week-end se tient au Bourget le traditionnel congrès de l’UOIF, l'Union des organisations islamiques de France. Une démonstration de force annuelle pour cette organisation dont la matrice est proche des Frères musulmans, et qui tente de montrer, à la France, à l’Europe et globalement dans le monde entier, sa capacité à organiser une tribune politique.

L’organisation, qui a boycotté les dernières élections du CFCM (le Conseil français du culte musulman), à qui elle doit pourtant son émergence en France, preuve que cette coquille vide initiée par Nicolas Sarkozy aura été un formidable cheval de Troie pour s’imposer dans le paysage islamique français, a eu l’occasion, cette année, de rectifier le tir concernant sa liste des invités.

Il faut dire que la précédente édition avait été sacrément bouleversée après l’interdiction faite, en pleine campagne présidentielle, par le président d’alors de refuser le territoire à six prédicateurs. Parmi eux, Youssef al-Qaradawi, prédicateur vedette de la chaîne Al-Jazeera et sommité du monde musulman, qui légitime les attentats suicides en expliquant que c’est "la justice divine qui s’opère, Dieu offre aux faibles une arme d’auto-défense contre laquelle les forts ne peuvent rien malgré tout leur arsenal militaire et nucléaire" (déclaration faite le 25 avril 2004 sur Al-Jazeera et repris dans "OPA sur l’islam de France", par Fiammetta Venner).

 

Respect des valeurs laïques

 

Cette année, l’organisation se veut moins sulfureuse pour son Congrès, ce qui n’empêche pas certains observateurs de noter que des orateurs aux propos sulfureux continuent de sévir à la tribune.

Mais, au-delà de l’éternelle polémique sur les invités, qui savent avec un talent cynique manier un double discours et qui n’écrivent pas toujours ce qu’ils disent sur le territoire de notre République, l’atmosphère est à l’inquiétude cette année, après le jugement de la Cour de cassation concernant l’affaire Baby-Loup. Et la position assez courageuse prise par François Hollande ce 28 mars, lors de son grand oral (c’est assez rare pour être souligné) quand il a estimé qu’il fallait légiférer pour éviter ce cas d’espèce.

UOIF-copie-1

En d’autres termes, selon lui, il est nécessaire que la République permette à un établissement privé, relevant d'une mission d’utilité publique, de se revendiquer de la neutralité des valeurs laïques quand il peut actuellement être confessionnel. Comment peut-on en effet accepter qu’en France une crèche privée puisse être catholique mais ne puisse pas être respectueuse des valeurs laïques ? Un comble qu’il convient de corriger au plus vite.

Et c’est ce qu’ont très bien compris Elisabeth Badinter et Jeannette Bougrab quand elles ont lancé cette semaine une pétition pour appeler à légiférer sur la question :

"Dans un État laïque, il serait ainsi permis de créer une crèche privée religieuse, mais pas une crèche laïque ? Impérative pour la puissance publique, la laïcité serait interdite aux citoyens et aux structures privées ?

Parce qu'ils sont précisément d'entre nous tous les êtres les moins pourvus de défense et les plus malléables, les enfants ont droit à la neutralité, garante de leur libre arbitre en formation. Notre loi doit impérativement être modifiée."

 

Égalité à double vitesse ?

 

L’appel signé aussi par le philosophe Abdennour Bidar, le président du Parti radical de gauche Jean-Michel Baylet ou encore l'essayiste Caroline Fourest, inquiète l’UOIF. Sur i>Télé samedi 30 mars, deux femmes, toutes deux voilées, expliquaient que les libertés individuelles étaient en jeu et qu’elle refuseraient de retirer le voile pour aller travailler, laissant croire que l’ensemble des professions seraient touchées.

Le président de l’UOIF, Ahmed Jaballah, va encore plus loin dans l’instrumentalisation en évoquant le mariage pour tous en contradiction avec cette proposition de loi :

"Les dernières déclarations de ceux qui veulent étendre la loi de la laïcité dans les établissements privés suscitent une vraie inquiétude chez les musulmans : on est en train de revoir une laïcité à la mesure de leur pratique."

Avant de préciser :

"Au moment où on autorise la loi sur le mariage homosexuel, on émet des propositions de loi restrictives concernant les musulmans, qui ne me paraissent pas constituer des éléments d’égalité."

La comparaison d’Ahmed Jaballah est tout de même sacrément gonflée. Le président de l’UOIF prend en référence le mariage pour tous pour tenter de faire croire qu'en France l’égalité serait à double vitesse. Or s’il est bien un sujet qu’il pourrait éviter de prendre en exemple c’est bien celui à propos duquel son organisation s'est tout de même écriée :

"Qui pourra délégitimer la zoophilie, la polyandrie, au nom du sacro-saint amour ? Ne sommes-nous pas en train de suivre une voie où le principe d’égalité ne serait plus défini par des limites et des normes communes, mais par des perceptions personnelles, aussi égoïstes et affectives puissent-elles être ?"

Et l’on est tenté alors de demander à Monsieur Ahmed Jaballah si, justement, sa volonté de ne pas vouloir préserver les crèches, et seulement les établissements qui relèveraient de la mission publique auprès des jeunes enfants, ne serait justement plus définie par des limites et des normes communes, mais par des perceptions personnelles, aussi égoïstes et affectives…

 

L’UOIF crie au loup

 

La loi proposée par François Hollande ne vise nullement à réduire les liberté individuelles. son but est de protéger les enfants et de permettre aux crèches et au jardins d’enfants de se pourvoir d’une règle de neutralité, de la même manière qu’ils peuvent actuellement se revendiquer d’une confession.

Cette loi ne serait donc pas une fermeture de la République. Bien au contraire, ce serait mettre fin au déficit dont souffrent les valeurs laïques dans l’espace privé.

Il n’est pas question d’interdire aux hôtesses d’accueil d’enlever le voile dans un hôtel, aux ouvriers d’une usine d’enlever la kippa quand ils dirigent une équipe, ou encore à un banquier d’enlever sa croix catholique en or qui pend au-dessus de sa chemise. Il est question de protéger dans certains cas les établissements privés, quand leur mission d’utilité publique a trait aux plus fragiles, face au manque de neutralité et aux pressions religieuses, en leur donnant la possibilité de se revendiquer des valeurs laïques. Ni plus, ni moins.

L’UOIF peut donc toujours agiter le chiffon rouge et crier au loup. Elle ferait mieux de s’inquiéter de voir comment l’islam a été instrumentalisé dans l’affaire Baby-Loup plutôt que de s’inquiéter de la laïcité et des valeurs laïques, qui auront toujours vocation de garantir, à tous les Français, la liberté de culte. Sans aucune concession.

Et quand on lit que l’organisation craint la polyandrie, mais absolument pas la polygynie, ou encore qu’elle a condamné la loi de 2004 sur les signes ostentatoires dans les écoles publiques, l’on se dit que, derrière les craintes de l’UOIF, se voilent des revendications… "pas très catholiques".

 

Publié sur le Plus, du Nouvel Observateur le 31 mars 2013

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28 mars 2013 4 28 /03 /mars /2013 20:50

François Hollande, savez-vous qu'il existe un pays dans ceux de l'OCDE dans lequel des enfants de douze ans sont illettrés ? 

Savez-vous aussi que cette même Nation se classe parmi les plus mauvaises dans le classement PISA établit par l'OCDE, sur des critères aussi basiques que la lecture, les mathématiques et les sciences ?

Savez-vous que des comiques, de grands comiques, regardent de manière hémiplégique ce classement, ne regardant que la Finlande, quand la Corée qui lui dispute la tête, emploie des méthodes contraires, montrant que la seule certitude que l'on puisse avoir c'est qu'il n'existe aucune modèle ?

Savez-vous pourtant que ce pays consacre 7,1% de son PIB dans l'éducation des enfants et qu'il offre une scolarité gratuite durant tout le cursus scolaire ?

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Savez-vous que, dans ce pays, des têtes "pensantes" ont dirigé avec force et dogmatisme la formation de tous les enseignants leur faisant comprendre que la pédagogie était une finalité en soi ? Or, elle n'est qu'un moyen, selon moi. Et ils ont laissé encore croire que l'échec d'un élève ne peut jamais provenir de lui-même mais vient nécessairement du professeur.

Savez-vous Monsieur Hollande, que ce pays est le nôtre et que vous présidez à la République ?

Monsieur Hollande, mon père n’avait que le certificat d'étude, et m'a toujours encouragé à travailler à l’école. Parce que, lui, avait été de son propre aveu "un cancre" à l'école. Pourtant, c’est bien lui qui me corrigeait mes fautes d'orthographe jusqu'au collège, qui me faisait réciter mes tables de multiplication et c'est encore lui qui me faisait les gros yeux quand je ne savais pas que le 23 représentait le département de la Creuse. Lui le "cancre" ! Savez-vous combien de bacheliers et d'universitaires d'aujourd'hui seraient donc des cancres à l'aune de son savoir de l'époque ?

Je vois les élèves chaque matin, ils ne baillent pas parce que leur journée de cours s'est terminée à 17 heures mais parce qu'ils ont envoyé des SMS jusque tard dans la nuit en écoutant de la musique dans leur chambre. Ce dont ils manquent cruellement ce n'est pas de "bonnes notes", mais de savoir reconnaître un verbe, de savoir mettre en s au pluriel, de savoir que les États-Unis ne font pas partie de l'Europe ou encore que multiplier 7 par 8 donne 56.

En quoi votre réforme les aide-t-elle à maîtriser ces savoirs, Monsieur le président ? La mission de la République est d'avoir des exigences. Des exigences pour tous. Et d'autant plus pour ceux qui sont en difficulté. 

Alors Monsieur Hollande, la question est simple : allez-vous enfin proposer à l'école la seule réforme que la République puisse se permettre en ces temps de crises, le retour du savoir, de la culture et surtout, surtout des exigences ?

Publié sur le Nouvel Obs - Le plus, le 28 mars 2013

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Published by Yves Delahaie - dans De l'éducation
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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 20:46

Le troisième cortège de la manif pour tous s'est donc soldée par un échec à tous points de vue.

Échec chiffré tout d'abord puisqu'avec 300.000 manifestants (selon la police), le collectif rassemble moins que le 13 janvier où l'on en avait comptabilisés 340.000. Et Frigide Barjot peut bien s'agiter en tous sens et s'époumoner en parlant de 1,4 millions et bientôt 2,5 sur I>Télé, la dure réalité des chiffres est cruelle pour celle qui s'est autoproclamée reine du bal et qui, dimanche soir sur la chaîne d'info était très agressive à l'égard des questions des journalistes.

Si la manifestation avait été un succès, nul doute qu'elle aurait adopté sa traditionnelle mine débonnaire. Ce qui ne fut pas le cas dans la séquence suivante, durant laquelle le mascara eut bien du mal à dissimuler la fureur de Frigide Barjot, qui n'était pas à prendre avec des pincettes :

 

 

Il faut dire que le chiffre décevant cache un échec beaucoup plus large justement, celui de l'ambiance bon enfant, "calme et pacifique" que voulait le collectif. Et de ce point de vue là, nul ne peut nier que les événements ont clairement dégénéré.

 

Un échec de l'organisation

 

L'on a beaucoup glosé sur les gaz lacrymogènes qui auraient été lâchés sur des enfants. Certains politiques, Christine Boutin et Laurent Wauquiez en tête, en ont même rajouté des tonnes et des tonnes sur les antennes d'info continu, pour dénoncer la barbarie des forces de l'ordre. Christine Boutin, que l'on a retrouvée évanouie au sol, en Belle au bois Dormant des réac, demandant même la démission de Manuel Valls, dans la mesure et la pondération qu'on lui connaît.

Pour autant, des personnes présentes et des journalistes, ont clairement expliqué que certains manifestants avaient clairement placé eux-mêmes poussettes et bambins en tête de cortège pour intimider les forces de l'ordre, comme cette autre vidéo amateur le prouve sans l'ombre d'un doute : "On va mettre les enfants devant" (à 3'58). 

 

 

Des membres du GUD se sont infiltrés dans le cortège, mais comme on le voit, ils ne furent donc pas les seuls à vouloir provoquer les forces de l'ordre.

Pour autant, il ne faudrait pas que ces quelques gaz vinssent enfumer l'ensemble des dérapages que la manifestation de dimanche a connus. Il y en eut bien d'autres, tout aussi graves et qui contredisent vigoureusement le terme choisi par Frigide Barjot pour les évoquer : "un épiphénomène". D'autant que les manifestants avaient reçu des consignes pour le moins claires, dans un courriel qui circulait dimanche via les réseaux sociaux : "Arrivez de tous les côtés, par où vous semble bon, par où vous pourrez, y compris par les Champs-Elysées". 

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Des débordements pas véritablement spontanés donc. Un message qui a bien été compris puisque des journalistes d'Europe 1 ont clairement entendu dans le cortège : "Rien à foutre des consignes de la préfecture."

Car, pour une manifestation censée être "bon enfant", avec un message très clair pour lutter contre l'homophobie, l'on a tout de même vu des insultes non déguisées pleuvoir dans la foule ou à partir de la foule via les réseaux sociaux. "SOS homophobie" a eu le temps de faire une impression écran d'un tweet qui montre bien l'ambiance : 

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Bruno Roger Petit, habitant sur les lieux, préféra lui ironiser sur un "allons brûler le Queen !" qui ressemble à s'y méprendre au fameux "les pédés au bûcher" de 1998.

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Christiane Taubira déjà honteusement grimée par le collectif de la Manif pour tous eut le droit à une métaphore vivante du meilleur goût puisqu'un âne déambulait dans la rue, portant le nom de la Garde des Sceaux. 

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Voilà des semaines que les opposants ont adopté la méthode jusqu'au boutiste pour clairement radicaliser ce mouvement. La Manif pour tous se voulait le pendant de Civitas en version soft et "homophile". Pourtant, elle rejoint la caricature jusque dans ses pires outrances. 

Ce défilé est devenu du grand n'importe quoi quand certains à droite l'ont pris comme tribune politique en réclamant la démission de Hollande et en voulant rejouer la motion de censure dans la rue.

Et c'est fièrement que les représentants de la manif pour tous exigent à présent d'être reçu par le chef de l'État ! Comme l'adolescente qui a ruiné l'appartement familial après sa boum et qui réclame son cadeau d'anniversaire la bouche en cœur !

Cette manifestation n'a pas seulement insulté les homosexuels, les partisans de l'égalité ou encore le camp des progressistes. Elle a insulté la République. La manif pour tous est devenue un mouvement indigne qui tente d'engranger toutes les aigreurs qui passent, à la manière de la voiture du balai qui drague tout ce qui traîne. On imagine les images qui vont se diffuser à travers l'Europe et le Monde pour voir ridiculiser notre pays.

Qu'on se le dise, ce n'est plus la manif pour tous : c'est l'indignité pour tous.

Publié sur Le Nouvel Obs - Le Plus, le 25 mars 2013

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25 mars 2013 1 25 /03 /mars /2013 19:40

On pensait avoir tout vu. Et surtout avoir atteint le fond quand Nicolas Sarkozy avait pillé dans le programme de Marine le Pen pour tenter le hold-up face à François Hollande en mai 2012.

D’aucuns avaient imaginé un droit d’inventaire, une remise en question de cette course poursuite vers l’extrémisme. La droite républicaine ne pouvait alors plus se regarder dans le miroir. Presque un an plus tard, et après le spectacle ridicule de la présidence de l’UMP qui mit davantage en exergue une culture de l’égo qu’une véritable fracture sur le plan des idées, l’UMP sombre, jour après jours dans une caricature indigne qui fait honte à la république.

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Henri Guaino, qui se rêve en Malraux des temps modernes, a franchi la ligne rouge vendredi dernier suite à la mise en examen de Nicolas Sarkozy. Contestant la décision du juge Gentil, lui demandant des comptes, il a estimé que la Justice était partiale dans cette affaire et que son comportement était indigne. Accuser ses détracteurs de ses propres maux, une bien vile habitude pour la droite française. Car Monsieur Guaino, qui vient de découvrir les vertus du suffrage universel, et en prenant quel risque puisque se présentant dans les Yvelines, où même un âne investi par l’UMP gagnerait comme l’écrit dans « Ma République se meurt » Jeannette Bougrab, n’est pas le premier dans son camp à bafouer l’indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs. Le lustre de Sarkozy en est l’illustration parfaite.

En novembre 2011, alors que la Cour des comptes émettait des doutes sérieux sur la gestion et l’efficacité des forces de sécurité en France, Claude Guéant, furieux, est alors monté au créneau en dénonçant, selon l’AFP qui s’est procuré une copie, « un nombre important d’inexactitudes, d’erreurs d’analyse, d’oublis et d’appréciations manquant parfois d’objectivité », ainsi que des « formulations abruptes » et des « sous-entendus contestables ».

Xavier Bertrand s’était, quant à lui, occupé de la presse en taxant Médiapart de « fasciste » quand le média dirigé par Edwy Plenel avait commencé l’enquête Bettencourt. Et quand on sait avec le recul du temps, ce que révèle cette affaire, on apprécie à sa juste mesure la prise de risque de l’Ancien Ministre du travail.

Et qui a oublié Monsieur Hortefeux qui, tour à tour, avait dénoncé en sa qualité de Ministre de l’Intérieur le laxisme de la justice en 2010, pointé du doigt des magistrats un peu plus tard avant de qualifier une décision de justice « disproportionnée ».

Et quel exemple donna celui qui est aujourd’hui mis en examen, Monsieur Sarkozy lui-même quand il avait fait fi, devant la France entière de la présomption d’innocence dans l’affaire Clearstream, en parlant de coupables au lieu de prévenus…

Ce dimanche, c’est Laurent Wauquiez qui accusait la police d’avoir « gazé » des enfants dans la manif pour tous, oubliant que les manifestants n’avaient pas respecté l’interdiction faite de défiler sur les Champs-Elysées, et occultant le fait qu’il est tout proprement irresponsable de ramener bambins et poussettes dans une manifestation aussi compacte, surtout quand on sait que le GUD s’y invite depuis novembre. Monsieur Wauquiez et ses compères étaient prompts, hier soir, à expliquer et à justifier les débordements sous le prétexte que les opposants n’étaient pas occupés. Un comble de la part de ceux qui revendiquaient fièrement pendant cinq ans de ne jamais avoir cédé à la rue…

L’UMP se radicalise. Ses prises de positions ne sont plus seulement outrancières. Elles mettent à mal la République et ses principes.

La droite française s’abîme et décrédibilise la classe politique dans son ensemble, elle qui, de jour en jour, perd sa légitimité aux yeux des électeurs. La crise, on le voit n’est pas seulement financière : c’est une crise de la République.

Publié sur Médiavox le 25 mars 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 20:40

Cela devait finir par arriver. Le troisième défilé de la Manif pour tous a clairement dérapé. Une centaine de manifestants clairement agressifs a tenté de forcer des barrages disposés "en parfait accord avec les organisateurs", comme l’a expliqué sur BFMTV Laurent Nunez, directeur de cabinet du préfet de la police de Paris.

Les manifestants surexcités ont même eu l’audace de placer des poussettes et des enfants en tête de cortège, en espérant dissuader les forces de l’ordre. De quoi aussi se poser en victimes enprétendant que les CRS ont "gazé" des enfants, comme le braillait dans un mélo surjoué Laurent Wauquiez sur la même chaîne d'info, qui pourra toujours s’enorgueillir de tenir la même argumentation qu’Alain Escada lors de l’affaire des Femen le 18 novembre dernier.

Tout a été fait ces derniers jours pour exacerber les tensions : Frigide Barjot aura tout tenté pour faire défiler son cortège sur les Champs-Élysées, ce qui n’est permis à aucune manifestation pour des raisons de sécurité.

Mais se sentant investie par une mission divine, l’égérie de la Manif pour tous se croit au-dessus des lois et avait clairement menacé d’investir malgré tout la plus belle avenue du monde, avec ou sans autorisation.

Se faisant passer pour une victime en prétendant que les autorités voulaient interdire son défilé quand on lui demandait simplement d’emprunter un autre itinéraire, Barjot a clairement alimenté la crispation et a elle-même radicalisé son mouvement.

Non contente de manifester contre l’égalité, Frigide Barjot y ajoute à présent l’indignité.

La Manif pour tous vient définitivement de faire tomber le masque. Ce collectif n’a rien d’un élan bon enfant, tout de rose bonbon vêtu, tentant d’exprimer un point de vue qu’il vient soumettre au débat.

Non. C’est une nébuleuse suspecte qu’a révélée une enquête du "Monde" cette semaine, et qui comporte autant de coquilles vides que d’organisations oscillant entre les appartenances catholiques, anti-IVG ou encore traditionalistes. 

Un spectre qui abrite au sein de l’organisation Xavier Bongibault qui assimile François Hollande à Adolphe Hitler, ou encore Tugdual Derville, d’Alliance Vita, qui compare les homosexuels aux handicapés. Un mouvement qui n’hésite pas à user d’arguments douteux pour confectionner des affiches comme elle mettant en scène Christiane Taubira dont on appréciera les relents :

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La Manif pour tous a le droit d’exprimer un point de vue contradictoire, fût-il ultra minoritaire en France puisque 66% des Français sont favorables à la loi qui a déjà été votée en première lecture par l’Assemblée nationale. Mais elle n’a pas le droit de défier la République et ses principes pour imposer son point de vue.

Violence, incivilité, provocation de l’ordre public, non respect des institutions, instrumentalisation des enfants et des poussettes en tête de cortège à la manière des anti-IVG. Mais quelle sera la prochaine étape ? Une insurrection ? un appel à la violence ?

La mascarade a assez duré. La République mérite des excuses de la part de la Manif pour tous. Et la destinée législative du texte doit continuer son cours. 

 

Publié sur Le Nouvel Obs - Le Plus, le 24 mars 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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