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24 juin 2013 1 24 /06 /juin /2013 08:10

Dimanche soir, peu avant 20h, alors que l’on annonçait un résultat partiel mais consolidé de Jean-Louis Costes, l’ambiance n’était pas à la fête. Prudence semblait mère de sureté et il ne fallut véritablement que l’annonce de la défaite par le FN, d’abord par Florian Philippot, puis par le candidat FN lui-même, pour entendre enfin un discours de victoire. Sans emphase.

Et pour cause. La victoire de l’UMP à Villeneuve-sur-Lot n’est qu’électorale. Politiquement, c’est une épée de Damoclès qui se dessine, toujours plus proche au-dessus de la tête de la République.

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Quand Jean-Marie Le Pen atteint le second tour de la Présidentielle en 2002, son score brut ne progresse que de 1 point entre le premier et le second tour, laissant le président sortant être réélu avec un score de République bananière. Cet échec brutal, marqué par des manifestations d’une densité exceptionnelle qui affectèrent durablement la famille le Pen, comme en témoignera l’actuelle présidente du FN dans son autobiographie A contre flots, sera la marque de fabrique de ce parti. Le Front national était un parti pour faire peur, épouvanter les élus en place, l’establishment comme l’appelait Jean-Marie Le Pen, qui n’avait pas vocation à gouverner. Les électeurs pouvaient ainsi en toute lâcheté dans l’isoloir voter pour un parti, qui, même en cas d’accident avec une qualification au second tour, n’avait aucune chance ou presque d’accéder au pouvoir (ou presque eu égard aux expériences municipales qui restèrent, il faut le rappeler, dans les annales de la Justice française…).

Aujourd’hui il n’en est rien. En 11 ans, le Front national, bien aidé par une succession patrimoniale parfaitement réussie, par un maquillage d’une exceptionnelle efficacité pour occulter les négationnistes, les intégristes cathos ou encore les fachos trop racés et par un pillage méthodique de l’UMP dans le programme nationaliste, est devenu un parti qui revendique le pouvoir. N’en déplaise à Jean-François Copé qui s’est évertué ce dimanche à prétendre le contraire, quand il aurait mieux fait d’expliquer avec plus de clarté sa différence idéologique avec le FN plutôt que de ne citer que la capacité de ce dernier à surfer sur les peurs. Il y avait pourtant bien d’autres choses à dire pour marquer sa différence que de souligner, bien au contraire, ce qui a marqué sa propre rhétorique politique.

Quand le FN atteint le second tour dans un duel en 2013, il ne stagne plus. Il ne progresse plus de seulement 10 points. Dans la troisième circonscription du Lot-Et-Garonne, Etienne Bousquet-Cassagne a presque doublé son score entre le 1er et le second tour. Alors que la participation a, elle aussi, progressé de plus de 5 points, laissant augurer un sursaut républicain. Impensable il y a encore peu de temps alors qu’un front de la même épithète avait été évoqué.

Et c’est sur cet unique point qu’il faut reconnaître la pertinence de la déclaration de Jean-François Copé ce dimanche soir : le front républicain n’existe plus. Il faut dire que le président contesté de l’UMP en est le principal fossoyeur, depuis les cantonales de 2011 durant lesquelles il s’était opposé à cette ligne pourtant exercée depuis plusieurs décennies.

Bien au contraire, le « front républicain » devient contre-productif, alimentant le poujadisme du FN qui vogue sur la vague Marine UMPS. Ce « front » qui fait s’allier des ennemis idéologiques renforce le FN, qui devient finalement « le » parti d’opposition et surtout qui confirme que la frontière idéologique actuelle n’est plus celle qui fracture la gauche et la droite mais bien celle qui sépare les européistes de ses sceptiques (ou de ses « septiques » quand il s’agit du FN, partisan du rétablissement des frontières pour les raisons que nous tairons).

Dès lors, que faire en cas d’un second tour dans lequel le FN aura gagné sa place sans triangulaire ? Ce sera certainement un des axes de réflexion à mener tant au PS qu’à l’UMP, les partis du centre que sont le MoDem ou encore l’UDI ne se posant pas tant de questions sur le concept d’une « cohabitation », choisie ou non.

Les deux députés FN de l’Assemblée nationale avaient été élus en 2012 par deux triangulaires. A présent, le FN n’entend plus seulement troubler le jeu électoral. Ses prétentions sont colossales. Et bien avant les Municipales et encore plus les Européennes, qui avec un scrutin strictement proportionnel pourraient offrir une victoire historique du FN dans une élection à dimension nationale, il restera une autre élection législative partielle dans la 3ème circonscription des Bouches-du-Rhône, avec un Stéphane Ravier plus favori que jamais et que le score de Villeneuve-sur-Lot a du mettre en appétit.

Oui. Naïfs, si naïfs ceux qui ont cru hier soir à la défaite du Front national.  

 

Publié sur Médiavox, le 24 juin 2013.

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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 08:07

Les urnes de la désormais ancienne circonscription de Jérôme Cahuzac ont donc rendu leur terrible verdict pour le gouvernement : pour la 8ème législatives partielles consécutives, le PS est sur de perdre un nouveau siège au Palais Bourbon puisque son candidat arrive 3ème, largement en deçà de la limite des 12,5% nécessaires pour provoquer une triangulaire. C’est le FN qui défiera donc l’UMP, comme dans l’Oise en mars dernier.

Ironie du sort, ce seuil de 12,5% des inscrits avaient été réévalués pour diminuer les triangulaires et par là même pour barrer la route du FN. Le retour du boomerang avait frappé l’UMP lors des cantonales 2011 qui fonctionnaient sur le même principe. Il frappe aujourd’hui durement le gouvernement en place.

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Et la messe n’est pas encore dite quand on sait que la législative de la 3ème circonscription des Bouches-du-Rhône s’annonce plus que périlleuse, puisque la députée invalidée, Sylvie Andrieux, a écopé de 3 ans de prison dont 1 an ferme… Pas de quoi mettre en confiance le candidat socialiste qui se présentera pour sa succession d’autant qu’en juin 2012, le candidat FN, Stéphanie Ravier avait échoué sur le fil avec 49, 01% des voix, échouant à 699 voix du but.

Comme un symbole, c’est dans la commune de Villeneuve sur Lot, la ville de Jérôme Cahuzac, que le FN fait son meilleur score en arrivant en tête devant l’UMP. Sur les plateaux de télévisions, les représentants du PS rivalise dans le pathétique en sortant les calculs d’apothicaires et en expliquant que le candidat FN fait moins de voix que Marine Le Pen lors des Présidentielles (comme si les deux scrutins étaient comparables) oubliant que le score de leur candidat a été divisé par deux ! Il serait ridicule de croire que le FN ne réalise pas une poussée sur l’éternel argument d’une participation en berne.

Qu’on se le dise, en démocratie, ce qui compte, ce sont les bulletins de vote qui sont déposés et comptabilisés. Les abstentionnistes ont toujours tort et remettent leur destin à d’autres, et n’ont, de ce fait aucun message à apporter au débat.

La réalité, c’est que dans la tête d’une partie non négligeable de français, le FN fait augure de partie propre, de parti qui n’est pas dans les affaires, puisqu’il n’a pas été au pouvoir. Et c’est bien là la mascarade, que dis-je l’escroquerie qui consiste à croire que le FN aurait les mains propres.

Le bilan des mairies gagnées par le FN dans la fin des années 90 est catastrophique, oscillant entre faillite, scandales et sanctions judicaires. Marine Le Pen a beau rôle de dire qu’aucun des maires salis ne sont encore au FN, de la même manière qu’elle est fière de dire qu’elle a exclu Alexandre Gabriac, fondateur des Jeunesses nationalistes, ce qui montre au mieux que son parti est un véritable aimant à nauséabond qu’il lâche quand la boule devient trop puante, histoire de sauver les apparences.

La réalité est tout autre : l’affaire des arrangements de Carpentras n’ont visiblement pas été assez médiatisée puisque l’on a appris le mois dernier que Marion Maréchal Le Pen aurait pu être élue grave à un arrangement avec le PS : preuve que le FN sait parfaitement se jouer du système qu’il prétend dénoncer et qu’il sait parfaitement tomber dans les combines les plus crapuleuses.

Marine Le Pen vogue sur le « tous pourri », mais oublie par exemple de remplir entièrement sa déclaration de revenus et d’activité imposé à Bruxelles pour tous les députés européens.

Le problème n’est finalement pas que le FN soit nauséabond : le problème c’est qu’il parvient à faire croire l’inverse. Sa persuasion est telle qu’elle fait craindre aujourd’hui le pire. Il ne suffira pas de dire que le FN version Marine n’est pas un parangon de vertu : il faut le démontrer, sans cesse. Mais se contenter de brailler « F comme fasciste et N comme Nazi » comme cela se fait depuis trois décennies ce qui n’empêcha pas Jean-Marie Le Pen, personnage pourtant autrement plus sulfureux que sa fille, d’atteindre le second tour de la Présidentielle, relève au mieux de l’inconsciente naïveté, au pire de la collaboration inconsciente avec celui que l’on prétend combattre.

Publié sur Médiavox, le 17 juin 2013

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 08:05

Elle fêtera ses 108 bougies en décembre et pour l’instant, elle se porte bien. Fière et résistante. Mais pour combien de temps ?

En 2013, la laïcité, née d’un long débat et de nombreuses luttes face à l’église, continue de subir des assauts de toutes parts. Depuis deux décennies, c’est l’intégrisme musulman qui est pointé du doigt. Non sans raison.

Et les suites de la crèche Baby-Loup continueront d’alimenter la vigilance. Imaginée au cœur d’une cité de la région parisienne, ouverte 24 heures sur 24 pour accueillir les enfants de ceux qui travaillent avec des horaires décalés, Baby Loup a vu sa fondatrice, Natalia Baleato, exilée politique chilienne, devoir repenser un règlement intérieur quand des parents lui avaient demandé de réveiller les bébés aux heures de prières. Voulant préserver les enfants de ces souffles religieux un rien précipités pour des êtres aussi jeunes, la fondatrice avait ainsi tenu à imposer une neutralité de l’ensemble du personnel, notamment concernant la tenue vestimentaire, s’inspirant des valeurs laïques, puisqu’en sa qualité d’établissement privé, Baby Loup ne pouvait se revendiquer de la laïcité.

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Une employée, en congé maternité depuis 6 ans, était revenue voilée, et avait tenté de l’imposer malgré un règlement intérieur qu’elle avait accepté de respecter. Son licenciement avait fait grand bruit, après que des groupes, représentant un islam fondamentaliste à Chanteloup-les-Vignes, relayés notamment par le CCIF, ont décidé de faire de cette affaire un symbole.

La justice avait dans un premier temps rejeté la demande de la plaignante avant une inversion de la décision par la Cour de Cassation en mars dernier. Aujourd’hui, les fondamentalistes ont obtenu gain de cause : la crèche a été désavouée, et l’affaire montre qu’en France un établissement privé a parfaitement le droit de se revendiquer d’une confession religieuse mais pas des valeurs laïques !

Mais ils ont obtenu aussi la fin de cette crèche au concept unique.  Lassée des revendications religieuses qui après l’affaire se sont amplifiées, de la demande d’une alimentation halal à l’exigence d’un personnel musulman entre autres pressions exercées sur le personnel, Natalia Baleato a baissé pavillon et décidé de quitter Chanteloup-les-Vignes pour Conflans Ste-Honorine. Bien malgré elle, elle abandonne les travailleurs de la cité situé à 20 km de Paris, qui, pendant des années, ont pu compter sur la présence de cette crèche 24/24 avec la promesse de la neutralité, aux mains d’intégristes qui n’ont d’autres fins que d’imposer leur vision aux autres, et d’une manière plus ambitieuse à la République.

Mais l’on aurait tort de croire que ce danger intégriste serait le seul et surtout univoque : l’intégrisme traditionnaliste catholique a ainsi repris des couleurs vives depuis quelques mois, revigoré par sa croisade contre le mariage pour tous. Et sa volonté de faire plier la République est au moins aussi dangereuse et activiste, d’autant qu’elle profite d’oreilles bien disposées à les entendre chez les élus de droite notamment. 

Certains circonscrivent l’intégrisme catholique au schisme lefebvriste, rattaché à la Fraternité Saint Pie X et qui tournent le dos au Vatican, trop réformiste à leur goût (sic), comme Civitas. C’est oublier que ce qui relève de l’intégrisme, c’est l’instrumentalisation de la religion à des fins politiques. Qu’elle soit éloignée ou non du Vatican ou du Clergé. Et il est un homme qui, la semaine dernière, a parfaitement résumé la pensée de cette vision, qui tente de faire de la foi une référence supérieure à la loi, en la personne de Monseigneur Maillet : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu: mais quand César s’oppose au dessein de Dieu, il vaut mieux désobéir à César ».

Qu’Alain Escada, de l’institut Civitas, s’en revendique n’étonnera personne puisqu’il affirme que son « lobby (sic) vise à restaurer une France dont les décisions seraient inspirées de la doctrine de l’église ». Mais quand on sait que Christine Boutin, qui fut tout de même Ministre de la République, ne dit pas autre chose quand elle affirme qu’elle croit en des lois supérieures alors qu’on lui explique que la loi du mariage pour tous a été votée et promulguée, elle qui avait déjà affirmé en 1998 au Nouvel Observateur qu’elle était « catholique avant d’être élu », l’effarement est de mise.

Et l’on se demande si ceux qui crient au loup vert en dénonçant l’intégrisme musulman, ne cache pas à l’intérieur du livre gigogne titré « code civil » qu’il brandisse bruyamment, un missel qui prie en silence, avec force et fracas.

 

Publié sur Médiavox, le 10 juin 2013.

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3 juin 2013 1 03 /06 /juin /2013 08:02

Il y a un an et demi, les primaires socialistes avaient montré quelle formidable machine à gagner ce processus pouvait être. Succès populaire avec plusieurs millions de participants au scrutin. Succès démocratique avec un véritable débat laissant surgir d’authentiques fractures dans la manière d’aborder la politique. Succès électoral, fruit de cette dynamique.

L’UMP avait tant et tant critiqué ces primaires que la voir en organiser pour les municipales parisiennes, avant sans doute celles des présidentielles 2017, peut paraître grotesque. Mais il n’y a même pas besoin de puiser dans sa mauvaise foi manichéenne pour espérer voir du grotesque, tant le spectacle donné par la droite est absolument pathétique.

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L’épisode ubuesque de la présidence du parti en novembre dernier n’a donc pas suffi. Lui qui avait abouti à trois discours successifs de victoire pour Jean-François Copé, des suspicions de triche, une Commission électorale au nom ridicule, la Cocoe et à la compétence qui l’était encore plus puisqu’elle avait « oublié » de compter des bureaux de vote… Le spectacle affligeant vit d’ailleurs le groupe se scinder en deux à l’Assemblée nationale entre l’UMP d’un côté et le… RUMP de l’autre, ce qui en anglais dans le texte signifie le « croupion »… Quand ça ne veut pas…

Sur le bucher du mariage pour tous, l’UMP avait péniblement recollé les morceaux en empruntant la croisade de Frigide Barjot. Tout feu contre le gouvernement, plus que contre un projet quand on sait, depuis ce week-end, que Jean-François Copé a préféré occulter ses convictions personnelles à des fins électoralistes. Bras dessus, bras dessous avec les ducs du Front national, on a vu les barons de l’UMP s’égosiller dans les rues, à hurler au gazage d’enfants, au vol de la République et même au viol de la démocratie.

Happés par ce Peuple de droite qui découvrait les vertus des pavés, quitte à bafouer les lois de la République, en se bastonnant contre les CRS ou même au sein même de l’Assemblée, la droite n’avait certainement pas gagné en respectabilité. Loin s’en faut. Mais elle avait, pour le moins, retrouvé des couleurs.

Mais c’est étrangement sur ce même thème, si fédérateur et qui avait cicatrisé les blessures, que le sang a de nouveau coulé. La Manif pour tous avait tenu à mettre son couteau dans la plaie en distribuant ses bonus/malus puis en mobilisant ses réseaux, comme elle avait su le faire pendant des mois, en proposant notamment une inscription aux Primaires via son site. Puis en utilisant les mêmes méthodes chiffrées aux sources douteuses en annonçant, pour faire bien peur, des milliers d’inscriptions par leur intermédiaire.

Tout était prêt pour le désastre : Jean-François Legaret fut désigné l’opposant principal de NKM pour son opposition sans faille au mariage pour tous, tandis que cette dernière s’étripait avec Pierre-Yves Bournazel sur celui qui était le plus gay-friendly. Ce fut alors au tour de Guillaume Peltier de déclarer vouloir tout mettre en oeuvre pour faire échouer la favorite, avant que les cadres du Parti ne viennent le désavouer publiquement…

Tout cela dans une même famille. Ironique de la part de ceux qui s’en revendiquent. Et le vote n’avait pas encore commencé.

Parce qu’une fois le vote ouvert, ce fut le tir au pigeon, avec la découverte d’un vote électronique défaillant, où l’on pouvait usurper des identités, ou encore voter plusieurs fois. Un tel couac qui poussa la CNIL à ne pas donner son homologation…

Le capharnaüm continua durant quelques heures avant que les cadres de l’UMP ne sonnent la fin de la récréation : interdiction formelle à tous les acteurs de s’exprimer sous peine de sanction. Le comble que de devoir interdire la liberté de parole pour un parti qui s’était enorgueilli d’avoir laissé la liberté de vote à ses députés sur le mariage pour tous…

L’UMP n’est pas un parti politique : elle est devenue l’incarnation de la décadence politique, un running gag permanent qui se produit à guichets fermés.

Jean-François Copé eut ce week-end une phrase à la fois lucide et ahurissante dans l’aveu de faiblesse pour décrire l’événement : « A l’UMP, nous apprenons la démocratie, c‘est assez nouveau »

Voir un parti républicain qui œuvre en France, terre des Lumières et des Droits de l’homme et qui a montré la voie à tant de Nations, en arriver à en balbutier les principes de la démocratie en dit long, très long sur sa maladie.

 

Publié sur Médiavox, le 3 juin 2013.

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27 mai 2013 1 27 /05 /mai /2013 08:00

Elle devait être, à entendre la Primaire socialiste puis François Hollande, la priorité parmi la priorité. On se souvient que celui qui allait devenir le Président de la République s’était même étripé avec Martine Aubry sur le bûcher du redoublement, pendant que Ségolène Royal montrait, avec justesse, que 12000 enseignants par an ne correspondaient pas à 2,5 milliards d’euros mais à 3 fois plus. Pour autant, l’éducation reste la grande absente de la gouvernance Ayrault. La réforme votée par l’Assemblée nationale a accouché d’une souris insignifiante qui ne change en rien l’énorme bâton dans la roue éducative de la France : l’absence de savoir et de sa transmission.

En guise d’une réforme de fond, visant à redonner savoirs et culture à des élèves qui en sont d’autant plus dépourvus quand ils ne les ont pas eus au biberon, ce qui en fait donc une priorité sur le plan de l’égalité à l’accès de la formation, la loi n’a proposé que l’embauche de 60 000 enseignants. Pour le reste, la formation initiale des enseignants n’a nullement retrouvé le volume horaire qui aurait dû être le sien, puisque non seulement le gouvernement socialiste n’est pas revenu sur la nécessité d’un Master pour être enseignant et qu’un stagiaire a toujours 15 heures de cours hebdomadaires contre 6 avant l’ère mortifère de Sarkozy.

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De manière assez discrète il faut bien l’avouer, La Cour des comptes à rendu public un rapport le 22 mai sur la gestion de l’Education Nationale, Gérer autrement les enseignants. Et force est de constater qu’elle désavoue complètement la politique éducative du trio Peillon-Ayrault-Hollande en expliquant que l’Education nationale « ne souffre pas d’un manque de moyens budgétaires ». Bien au contraire, c’est la gestion elle-même qui est pointée du doigt et qui montre que les effectifs sont mal employés.

Un cas est notamment intéressant à analyser : celui des ZEP. Depuis leur création en 1981, les gouvernements socialistes n’ont eu de cesse de rappeler qu’il fallait dans ces zones des moyens supplémentaires et des enseignants en plus. S’il est absolument nécessaire de conserver des classes plus restreintes dans ces zones (25 élèves maximum par classe en collège, contre 30 dans un établissement non classé), le rapport rappelle que ces établissements ne bénéficient jamais des enseignants les plus expérimentés et les plus chevronnées mais bien au contraire se voient affecter les néo-titulaires, en masse.

La raison de ce cercle vicieux ? La prime dérisoire (et jugée comme telle par le rapport) donnée aux enseignants pratiquant en ZEP, qui ne les motivent qu’à fuir au plus vite à la prochaine mutation. Aujourd’hui, un enseignant en ZEP ne gagne que 80 euros nets de plus dans un établissement où il fait 18 heures comme ses collègues du centre-ville… Dans ces conditions, l’afflux d’enseignants supplémentaires revient à rajouter des couches d’enseignants sans expérience à une autre, sans régler le moindre problème d’un point de vue pédagogique… La Cour des Comptes évoque même la possibilité de réduire le nombre d’heures effectuées devant les élèves.

Pour autant, faut-il prendre pour argent comptant tout ce que préconise ou explique la Cour des comptes ? Loin s’en faut.

Comme le rappelle le Ministère sur son site, on peut douter du calcul effectué quand il est dit que « les moyens alloués au système éducatif ont été en hausse constante » entre 2008 et 2012, se contentant des sommes engagées, sans tenir compte du nombre de postes en lui-même. De la même manière, on ne peut rester que dubitatif face à cette obsession de la bivalence (deux matières par enseignants) en croyant qu’abandonner la spécialisation règlerait les problèmes qui restent avant tout ceux de la transmission des savoirs. Quant à cette autre obsession qui consiste à vouloir absolument décentraliser en rendant autonomes les chefs d’établissements pour gérer les personnels ou encore annualiser les heures des enseignants, il paraît toujours inquiétant de constater que seuls les arguments d’ordre pécuniaires semblent orienter les décisions quand, encore une fois, quitte à radoter, ce sont les préoccupations pédagogiques qui doivent primer.

En réalité, la Cour des comptes ne répond pas à cette question : comment fait-on pour que nos élèves apprennent leurs leçons, acquièrent des savoirs, maîtrisent la lecture, le calcul, et puissent connaître l’Histoire des France et faire de la maîtrise de la langue française une excellence dont on peut s’enorgueillir, y compris en société ? Cela fait quarante ans que la réponse se fait pourtant, durement et cruellement, attendre.

 

Publié par Médiavox, le 27 mai 2013.

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 07:57

Ils sont rares ces moments où l’on peut s’arrêter et contempler la vue avec délectation. Et en ces temps où il est bon ton de s’acharner sur notre Président de la République, il convient de saluer comme il se doit la fin d’une longue période, qui de promesse en bataille, a engendré du plus beau ravalement de notre devise républicaine. Le pilier central, l’égalité, est aujourd’hui plus proche que jamais de l’éclat qu’on lui avait promis voilà deux siècles avec la validation par le Conseil constitutionnel vendredi et la promulgation dans la foulée samedi de la loi ouvrant le mariage et l’adoption aux couples homosexuels.

Oui, il faut saluer la promesse tenue de campagne de Hollande qui avait tant laissé indifférents ses adversaires durant la présidentielle, et qui, soudain, par l’opération du Saint Esprit, en ont fait un casus belli, évoquant les changements de société, de régime ou bien de civilisation. Ceux-là même qui refusaient d’en débattre durant toute la campagne se plaignirent de ne pas être entendus, alors même que la France a saturé de leurs jérémiades.

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Les opposants au mariage pour tous, qu’il convient aujourd’hui d’appeler mariage tout court, n’ont pas seulement fait exploser l’homophobie, pris en otage le Peuple français en prétendant parler en son nom, ou redonner des gages à une extrême droite française que l’on croyait, un peu comme les bancs des églises le dimanche, désertée. Ils ont souillé le pacte républicain en divisant les Français sur la question fondamentale de l’égalité, quand, dans le même mouvement, de nombreux pays font la transition du mariage des couples homosexuels sans heurts, ni drames. Certaines de leurs actions, sombrant dans le délit, ont légitimé l’adage selon lequel la fin justifiait les moyens, plongeant notre Nation dans un climat délétère et malsain.

Il en aura fallu du courage à ce gouvernement pour faire face à cette folie, de ces citoyens maquillés par la déraison de leur passion en délinquants du dimanche. Résister à ceux qui se sont servis des poussettes comme boucliers humains pour ensuite jouer les victimes. Ne pas plier face à ceux qui considèrent que la foi est sur certains sujets supérieure à la loi.

Ne pas renoncer, ne pas céder. François Hollande dont on tance souvent le caractère velléitaire à force de compromis mous ou de synthèses médiocres qui ne satisfont personne, n’a ni plié, ni rompu. Il a tenu. Et a montré de quel bois il était fait en touchant aux fondamentaux de la République et en lui apportant le souffle de modernité qui lui était nécessaire afin de ne pas laisser une partie de ses enfants, sans droits, devant payer l’identité sexuelle de leurs parents. La République les a, enfin, débarrassés du complexe d’Oedipe, et de la culpabilité parentale qu’on leur faisait porter, comme une croix sur le dos.

Pour autant, on ne saurait se contenter d’aussi peu. Dans une France en proie aux doutes, prête pour une frange d’épouser les sillons les plus obscurantistes, le Président de la République doit à présent agir sans compter. Sur l’économie, l’éthique, l’éducation, l’emploi.

Il lui faudra aussi mettre de l’ordre dans sa majorité, afin qu’un Jérôme Cahuzac ne puisse pas, comme il l’a fait cette semaine, laisser planer le moindre doute sur un retour en politique quand on s’est rendu coupable de parjure devant des élus de la République pour cacher avec lâcheté ses délits. Son fantôme menace pourtant de hanter les Municipales pour 2014, dans une année électorale où le PS risque de payer très cher l’impression d’ensemble.

De la même manière, si le pilier central de notre devise, l’égalité, trouve un lustre aux reflets voisins de ceux qu’on lui avait imaginés en 1789, il ne faut pas oublier tous ceux qui sont encore laissés sur le bord de la route, de la reconnaissance des trans, sur la question LGBT, ou des étrangers qui travaillent en situation régulière et qui s’acquittent de leurs impôts sans pour autant bénéficier pleinement de leur citoyenneté par le vote aux élections locales. Avoir repoussé la proposition après les municipales lors de la Conférence de Presse a été perçu pour beaucoup comme un renoncement. Bien loin du Président courageux que j’applaudissais il y a encore quelques mots…

Publié sur Médiavox le 20 mai 2013

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13 mai 2013 1 13 /05 /mai /2013 07:54

Si l’année 2013 est une année vierge d’élection, une première en France depuis 2006, elle n’en aiguise pas moins les appétits. 2014 sera, il faut dire, une année faste avec en perspective les Municipales et les Européennes, les scrutins des régionales et des cantonales ayant été décalés pour surcharge de calendrier.

Et à une dizaine de mois des premières échéances, force est de constater que le paysage politique français ressemble à un champ de bataille… après la guerre. François Hollande va bientôt trouver des gisements de gaz de schiste, malgré l’interdiction de son exploitation en France, l’UMP est gangrénée par la culture de l’ego, le Front de Gauche flatte les ouvriers mais ne ratisse que chez les bobos.

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Quant au Front national, s’il semble plus fort que jamais, ses difficultés à rassembler au-delà de ses électeurs au second tour lui offrent davantage de perspectives pour les européennes que pour les municipales. Même s’il est à surveiller comme le lait sur le feu.

Ne reste que le centre et son hydre à deux têtes : celle de Bayrou, qu’il considère comme le seul « centre » et celle de Borloo.

L’UDI peut envisager l’échéance avec sérénité, son alliance assumée avec la droite, et sa promesse de siéger au PPE, offrant même à l’électorat de droite la possibilité de voter pour un parti en apparence moins en proie avec les problèmes internes.

A l’inverse, la situation du MoDem est bien plus périlleuse. En juin 2013, le MoDem va même jouer très gros, puisque cinq de ses derniers élus, remettront leur mandat en jeu. Et avec un peu de 9% aux présidentiel, et moins de 2% aux législatives, l’heure est plutôt à l’inquiétude.

C’est dans ce contexte difficile que Marielle de Sarnez et François Bayrou tentent de manœuvrer en coulisse.

Cette semaine, Marielle de Sarnez n’a pas exclu de faire des listes communes avec l’UDI, quand François Bayrou semble avoir fait le paon auprès de François de Rugy, en lui laissant entendre que le MoDem soutiendrait sa liste s’il venait à se présenter à la Mairie de Nantes.

Le MoDem, qui a tout sacrifié pour imposer sa liberté et son indépendance, serait prêt à faire des listes communes avec l’UDI, membre de l’opposition et les Ecologistes, membre de la majorité, pour les deux échéances à venir. « Tous ceux qui veulent faire quelque chose d’utile pour l’Europe, au centre de la vie politique française, bien évidemment, je regarde ça avec intérêt », explique en substance Marielle de Sarnez.

Mais de quel « intérêt » parle-t-on ? De celui des Français ou de celui de la préservation des sièges ? Taclé par mes soins sur la question, le Responsable de la communication du MoDem m’a répondu en substance que la ligne politique était restée la même.

Ah oui ? Jusqu’à présent, les partenariats ne s’étaient pourtant éventuellement opérés qu’au second tour, au nom d’un projet de valeurs communes. Pas dans une fusion dès le premier.

La réalité c’est que malgré la proportionnelle, le MoDem aura toutes les peines du monde à continuer d’exister, surtout avec une UDI qui se pose en concurrent direct sur le thème de l’Europe.

Plutôt que de faire la pédagogie de sa singularité, le MoDem préfère s’aveugler des prétendues valeurs partagées. Car lorsque l’on choisit la liste commune dès le premier tour, au moins revendique-t-on l’appartenance à une même famille de pensée, ou pour le moins à être en accord sur l’essentiel.

Quitte à oublier par exemple qu’à l’UDI, François Lebel a expliqué que le mariage pour tous ouvrait la voie à la pédophilie, à la consanguinité ou encore l’inceste ? Que le CNIP, membre de l’UDI, a déjà fait alliance avec le Front national par le passé ? Qu’Edouard Fritch avait demandé à ce que la Polynésie bénéficie d’une laïcité adaptée à son territoire fait d’histoire chrétienne (sic quand on sait qu’il faut attendre le XIXème siècle pour la voir se convertir au christianisme) ?

Quant aux Verts, pendant longtemps, le MoDem a fustigé leur logique « sectariste » d’appareil (demandez à Jean-Luc Benhammias s’ils souhaite y retourner…), décrié le laxisme qui guide leurs décisions en matière de justice et de sécurité. Et que dire de leurs accointances, comme à Roubaix, ou au mieux de leur passivité face à l’intégrisme vert, les écolos jouant depuis des années aux idiots utiles de la République, à l’image de Noël Mamère qui se complaisait à se faire applaudir au Congrès de l’UOIF ? Que penser d’un parti qui avait placé très haut dans ses listes en 2009 un homme comme Ali Rahni qui explique que Tariq Ramadan est sa « référence intellectuelle majeure » ? Ou qui avait fait élire sénatrice une femme qui expliquait que le lobby sioniste n’avait pas à faire sa loi en France ? François Bayrou aurait-il par ailleurs oublié que Philippe Mérieu n’est pas seulement le Vice –Président du Conseil Régional de Rhône-Alpes, mais qu’il est aussi celui qui a ruiné la transmission du savoir de l’Education Nationale depuis 30 ans, et que la profession est reconnaissante envers les Verts de l’avoir éloigné de ses sentiers ?

Certes le MoDem n’a plus le privilège de décider seul de ses alliances. Et comme le jeu politique l’y oblige, il faut savoir faire des compromis pour exister. Car faire de la politique sans avoir d’élus revient à prêcher dans un désert.

Pour autant, le compromis n’est pas la compromission. Avant que de regarder ce qui rassemble, il faut veiller, avant toute chose, à vérifier ce qui vous sépare. Sans aucune concession. La fin ne justifie pas les moyens. Au risque de se renier définitivement.

Publié sur Médiavox, le 13 mai 2013

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 07:51

A priori nul n’aurait pu croire que les sillons de leurs charrues électorales pouvaient se croiser. Et pourtant…

François Bayrou, issu de la Démocratie chrétienne, et qui tente depuis dix ans de se défaire de l’inféodation à la droite n’a pas toujours les mêmes diagnostics, et encore moins les mêmes solutions que l’héritière de Montretout, Marine Le Pen.

Mais c’est lors de sa campagne présidentielle de 2007, la seconde, que le Béarnais vit alors certains observateurs oser le comparatif. C’est à Bernard de Villardière que l’on dut la première offensive, lui qui au est journalisme, ce que Frigide Barjot est à la rigueur mathématique pour compter ses manifestants. Bayrou serait un « Le Pen light ».

L’hymne avait bien plu, si bien qu’en 2012, la même rengaine fut resservie par les hommes de main médiatiques de François Hollande, histoire de faire peur.

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A croire ces inventeurs en analogie, le crime de François Bayrou serait de proposer une autre voie, de mettre dos à dos la gauche et la droite face à leurs échecs et de flatter par-là même une certaine conception du populisme. Les chancres de l’anti-système mis au ban.

J’avais déjà expliqué en quoi les thématiques et les valeurs défendues de part et d’autres rendaient ce rapprochement inopérant, inique et surtout issu de la mauvaise foi.

Dans son dernier ouvrage, De la Vérité en politique, constatant l’échec répété et prévisible de l’hydre bipartite face à la crise, François Bayrou se veut grave et explique que les Français ont deux solutions : celle du populisme de Marine Le Pen, ou la sienne qui prône l’union nationale. Une proposition d’autant plus alléchante qu’elle semble porté par l’opinion.

Ne lui en déplaise, et n’en déplaise à tous les défenseurs de la République, si pareille alternative était la seule possible dans les mois à venir, François Bayrou a toutes les raisons d’échouer face à Marine Le Pen. Au nom de la voie qu’ils proposent, et partant du diagnostic qui les y a conduits, tout laisse à croire, tristement, que le Président du Mouvement Démocrate fait une erreur, grave, de lecture.

François Bayrou part de l’échec de la droite et de la gauche, qui, successivement, luttent avant tout pour revenir au pouvoir ou pour conserver celui acquis davantage qu’ils ne se mettent au service des Français. Selon lui, ce crétinisme bipartite ne peut fonctionner qu’en temps de prospérité, mais, comme il l’explique aussi dans 2012, Etat d’urgence, il est mortifère quand la Crise menace les fondations. Seule une autre politique, une autre manière de faire de la politique permettrait de sauver la situation.

Jusqu’à ce point, on peut dire sans prétendre qu’ils se ressemblent, que Marine le Pen et François Bayrou partagent le même point de vue, et cela en dehors de toutes considérations idéologiques qui les placent nécessairement aux antipodes.

Mais, fort de ce constat, la Présidente du Front national ne tire pas les mêmes conséquences.

Pour elle, et surtout pour Florian Philippot, l’énarque, jadis passé chez Chevènement, qui est la tête pensante du FN, et à qui on doit les relents républicains d’un parti jadis plus disposé envers les nostalgiques royalistes, la raison de cet enlisement de ce qu’elle appelle « l’UMPS », c’est l’inféodation à l’Europe. Pour elle, c’est elle qui est responsable de tous les maux : de la crise économique et financière, de l’immigration et de la crise culturelle et multiculturalisme que traverserait selon elle le pays.

Marine Le Pen fracasse la lecture gauche/droite en expliquant que la réelle fracture est « européiste ou non ». Elle remplace donc un manichéisme par un autre : on est soit pour, soit contre le rétablissement des frontières, avec à la clé la souveraineté de la France. Et en temps de Crise, le manichéisme est dans le vent.

François Bayrou ne fait pas le même raisonnement. Lui non plus ne souhaite plus de cette grille de lecture gauche/droite, et propose, par l’union nationale, que chacun mette dans sa poche son appartenance partisane pour construire une véritable politique qui prend en considération les citoyens et les situations et non les lubies partisanes.

Sauf que, pour ce faire, Bayrou se place au Centre.

Le Centre ? Quand on aspire à casser l’étiage droite/gauche ? Etre au centre, signifie nécessairement être au « centre de quelque chose ». Et tout dans le discours de François Bayrou, qui n’entend se passer ni de l’un, ni de l’autre (faute d’équipe, railleront certains), le condamne à être au centre de la gauche et de la droite. A proposer une politique, qui, loin des sentiers d’une sixième République, qui lui permettrait de gouverner avec davantage de proportionnelle, l’enlise dans une Cinquième qui le condamne élection après élection.

Le Béarnais prétend, depuis deux lustres, offrir une grille de lecture différente à l’alternative droite/gauche, quand en réalité, il ne fait que se placer à l’intérieur de cette grille en parlant de nouveauté. Et c’est là que le bât blesse. Et la cohérence avec.

François Bayrou a beau être plébiscité par les Français pour une union nationale dans laquelle il serait le Premier Ministre : il n’en demeure pas moins que si la présidentielle avait lieu demain, il resterait aux alentours de 10%, en cinquième homme, loin, si loin de Marine le Pen. Car face à celui qui prétend incarner une politique nouvelle dans le même appareil, les Français choisissent celle qui propose de faire exploser le dit appareil. Au risque de faire exploser la République et ses valeurs.

L’Europe traverse une sale période car elle doute d’elle-même. Les populismes qui montent dans tous les pays en crise veulent lui faire la peau, et ceux qui ne l’ont pas compris et qui continuent de dire qu’elle est nécessaire sans s’obliger à faire de la pédagogie, seront irrémédiablement condamnés.

En période instable, le discours de la raison sera toujours balayé par celui de la passion. 

Peu importe la vérité en politique : ce qui compte, c’est ce que les Français sont prêts à croire. Mais la carrière entière de François Bayrou montre une absence totale de lucidité sur la question.

 

Publié sur Médiavox, le 6 mai 2013

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 07:48

Le ventre de la République a rendu un verdict qui ne laisse planer aucun doute, malgré les incantations des bigots, des charognards, ou de ceux qui refusent à la France l’application stricte du principe d’égalité, pilier central de notre devise.

La nouvelle n’a pas empêché de nouveaux débordements. Dans l’Assemblée, des abrutis ont tenté de déployer une banderole en faveur d’un référendum sur la question, niant les préconisations du Conseil Constitutionnel, qui, il y a deux, ans expliquait que seul le législateur était légitime en la matière. Niant aussi la Constitution qui empêche le recours au référendum pour des lois sociétales. Niant aussi le règlement de l’Assemblée qui exige la neutralité des spectateurs. Hervé Mariton et Jacques Bompart, l’ancien fondateur du FN, auraient fourni les invitations aux pourfendeurs. Les mêmes qui pendant dix ans au gouvernement ou le parti le soutenant exigeaient encore plus de justice, de morale et de règles à respecter en renvoyant les délinquants à des peines toujours plus lourdes. Amère ironie du sort.

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Le soir-même, des excités ont bravé, une nouvelle fois les forces de l’ordre, avant de s’en prendre aux journalistes. Certains y voient un 68 mai à l’envers, quand il ne faut y voir que racaillerie bourgeoise, ou pire racaillerie brune. Les saluts nazis ont fleuré bon dans ces soirées printanières qui avaient des relents de nationalisme effrayants.

Le mariage pour tous aura réveillé certains bas instincts et les enseignements à tirer ne sont pas à négliger pour construire notre avenir.

La droite continue de croire, comme l’avait dit dans un élan méprisable François Baroin, que la Gauche ne peut arriver au pouvoir que par effraction, et tente par tous les moyens de montrer leur illégitime à gouverner. A l’heure où, pourtant, les Français rêvent d’union nationale. Douce utopie.

L’église ne doit plus être regardée à l’aune de ses bancs qui se désertent, mais en fonction des l’influence qu’elle possède. Beaucoup de questions se posent encore sur le financement de la Manif Pour Tous, et l’église semble avoir des trésors inavoués de ressources. On la croyait moribonde et chacun pensait que les idées les plus réactionnaires étaient l’apanage des intégristes. La France laïque a découvert avec effroi que l’ensemble du Clergé n’est assurément pas du clan des progressistes, et que les Français étaient au moins autant laïques que catholiques dès qu’il s’agissait de « penser la société ». De quoi effrayer ceux qui savent que certains imposteurs n’hésitent pas à faire arrêter la laïcité là où s’achève le catholicisme, sur le bucher de l’islam. Nier que l’opposition du mariage pour tous ne se nourrissait pas du même feu que le débat sur l’identité nationale revient à être borgne chez les aveugles.

On a souvent cru que le clivage droit/gauche relevait d’une conception différente de l’économie quand le débat du mariage pour tous a montré et démontré sans l’ombre d’un doute, que ce clivage était bien plus prégnant sur les questions sociétales. Comme deux visions du monde irréversible. L’une lorgnant vers le passé et la sclérose, l’autre vers l’avenir et la modernité. A chacun de reconnaître son camp.

La droite, elle, s’acoquine, bras dessus, bras dessous, avec le FN, dans les manifestations, et signent d’une même main des amendements pour spolier des citoyens des mêmes droits que les autres. Une première dans la Cinquième République. La Droite populaire et celle dite forte boivent du Petit lait. Guillaume Peltier peut y voir la légitimité de son parcours qui en d’autres terres serait indigne.

Et le Centre dans tout ça ? A ne rien y comprendre : Borloo se plante de bouton, Fromantin, censé expliquer la liberté de vote fait un réquisitoire de sa vision personnelle du dossier qui puise sa source dans la même bénitier que Boutin, Bayrou dit qu’il n’aurait pas voté la loi, tout en expliquant que le texte doit passer au Sénat. Bref, un centre, fidèle à lui même : illisible.

Mais le plus gros enseignement reste cette jeunesse retrouvée de l’extrême droite, pure et dure, qui sans complexe affiche ses prétentions, de tribunes en coups de poings. Marginalisée, elle représente aujourd’hui non pas un nombre conséquent, mais une force d’existence majeure, capable d’ébranler les fondements de la République. De Civitas au Printemps français, des Jeunesses nationalistes aux mouvements Provie (appellation frelatée pour « anti IVG), le brun est de saison.

Et il est à craindre que cette loi du mariage pour tous fera date… et pas seulement pour ses bienfaits.

 

Publié sur Médiavox, le 29 avril 2013

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 07:46

L’histoire marquera au fer rouge ceux qui, aujourd’hui, revendiquent fièrement appartenir à la droite. Car, si les médias pointent avec une fascination quasi morbide, la descente aux enfers de François Hollande dans les opinions favorables, ils en oublient que cet effondrement dans les abysses n’est nullement le fruit d’un combat digne et légitime de la part de l’autre tête de l’hydre bipartite.

Les années Sarkozy auront marqué un tournant, que d’aucuns ont baptisé avec fierté « la droite décomplexée ». Cette droite qui ose tout, et qui surtout part d’un postulat, factice, selon lequel des tabous brideraient la liberté de parole en France. Cette prétendue libération de l’expression a surtout été l’occasion d’un déchainement idéologique sur des bouc émissaires : les pauvres, les assistés, les musulmans, les fonctionnaires ou encore les Roms. Ainsi, le débat sur l’identité nationale ou cet autre sur la laïcité n’avaient fait qu’attiser des haines et des tensions, séparant les Français entre eux.

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Mais l’entre deux tours de la présidentielle apporta quelque chose de nouveau. Patrick Buisson emmena dans son ténébreux sillon un président sortant prêt à tout pour ne pas perdre. Dans le spot de campagne, on vit alors apparaître un panneau « douane » écrit en français et en arabe. A Toulouse, on agita la notion de frontière. Puis Nicolas Sarkozy s’amusa à piller dans la besace de Marine le Pen en agitant une improbable présomption de légitime défense des forces de l’ordre.

La coup manqua d’assez peu. François Hollande fut élu et Nicolas Sarkozy contraint de prendre le large. La droite eut alors le choix : exiger un droit d’inventaire pour recomposer une droite moins attirée par son extrême, ou bien encore poursuivre ce chemin de la radicalisation. Ceux qui tentèrent la première voie, à l’image de Roselyne Bachelot furent crucifiés sur le champ.

Aujourd’hui, qu’est devenue la droite ? Un gigantesque zoo qui n’est même pas capable de trouver son chef. N’ayant trouvé que pour seul os à ronger « le mariage pour tous », alors qu’elle n’avait eu de cesse de dire que ce sujet n’était pas la priorité des Français et que le gouvernement l’utilisait pour faire diversion, elle s’enfonce jour après jour dans l’indignité la plus éloignée des idéaux républicains.

Henri Guaino prétend que l’Assemblée nationale n’est pas légitime pour légiférer. Puis il accuse la préfecture de police de mentir, demande au préfet de la police de « changer de métier » (sans oublier sa Gentil-lesse à l’égard du juge du même nom estimant qu’il avait « déshonoré la Justice »).

Laurent Wauquiez défend mordicus que le référendum sur le mariage pour tous serait constitutionnel quand, dans un livre de droit, il a écrit et démontré l’inverse il y a onze ans.

Christine Boutin appelle à la guerre civile ou évoque « l’étoile jaune », quand les chefs de groupe du Sénat demande eux-même la publication des élus n’ayant pas voté comme le groupe.  

Hervé Mariton parle de « coup d’état législatif » quand on ramène trop rapidement à son gout un texte qui aura pris tellement de temps, qu’entre temps deux pays ont déjà doublé la France…

Philippe Cochet, député,  dit à l’Assemblée que le gouvernement est en train d’ « assassiner des enfants ».

Marc le Fur, député, provoque lui-même les forces de l’ordre.

Yves Albarello, député, frappe un huissier en pleine séance de travail à l’Assemblée nationale.

Cette même droite, qui rechigne à condamner les violences homophobes ou celles perpétrées contre les forces de l’ordre toute la semaine, qu’elles soient signées du Printemps français ou encore des « Jeunesses nationalistes ». Pire, quand elle s’y plie, elle n’oublie pas de rappeler que le seul responsable de la situation c’est le gouvernement, expliquant que cette violence est née de la frustration et qu’elle s’explique.

Cette même droite qui avait voulu durcir la loi avec les récidivistes, et qui trouvaient que la Justice n’était pas suffisamment sévère avec les délinquants. Les barons de la droite deviennent aujourd’hui ces mêmes délinquants. En toute impunité.

La droite n’est pas seulement irresponsable : elle est aujourd’hui indigne, paradant, main dans la main, avec l’extrême droite et des responsables du Front national pour refuser à des Français des droits, tous convaincus de leur vision suprématiste de la société. Aujourd’hui, la droite pactise avec ceux qu’elle prétendait combattre.

Ce dimanche, Yves Jégo, de l’UDI n‘en revient pas de voir certains des siens se laisser aller de la sorte : « Comment peut on se dire de centre droit et défiler côte a côte avec un haut dignitaire du #FN tout en niant la légitimité du Parlement ?! ». Oui, Monsieur Jégo, comment ? Comment en est-on arrivé à cette droite indigne ?

Publié sur Médiavox, le 22 avril 2013

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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