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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 16:34

La Rippe, Trelex, Neuchatel, Rueil-Malmaison, Genève, Neuchatel à nouveau, Boeil-Bezing, Genève encore, Gland et Genève une nouvelle fois pour finir.

Alors où sont les intrus ?

Rueil-Malmaison et Boeil-Bezing bien évidemment qui sont les seules villes françaises de cette longue liste de cités suisses.

Et à quoi bon, me direz-vous, cette énumération ? 

beckerCela correspond tout simplement aux lieus de résidence des dix premiers français classés au classement ATP, qui régit les joueurs de tennis professionnels. Impressionnante statistique : 80% des joueurs français ont choisi de partir en Suisse plutôt que de payer leurs impôts en France. A l’heure où la France brille à Bercy et s’apprête à jouer la finale de la Coupe Davis, il y aura une bonne odeur de chocolat qui flottera dans les airs de Belgrade début décembre. Il faut dire que c’est une tradition française, Guy Forget, Henri Leconte et Amélie Mauresmo étant les voisins de nos dix meilleurs joueurs actuels (Amélie, qui après sa déclaration d’amour pour la France en 2000, expliquant qu’elle ne quitterait son pays pour rien au monde et surtout pas pour des raisons fiscales, a brusquement changé d’avis quand elle intégra la Top 5 durablement durant quelques années… Ce qui fait pas moins de 15 millions de dollars amassés sur les courts agrémentés d’au moins d’autant si ce n’est plus en contrats publicitaires sur lesquels le fisc français peut lorgner en vain…)

En tennis, il faut bien l’avouer, on ne parle plus depuis longtemps de nationalité mais bien de résidence. Et à ce petit jeu de passe-passe, deux terres d’accueil dominent outrageusement toutes les autres : la Suisse, donc, et le Rocher de Monaco bien évidemment. Quitte parfois à perdre à ce jeu qui se transforme en qui perd-gagne pour ces globe-trotters comme Boris Becker qui à son époque dut reverser quantité d’impayés alourdis de pénalités conséquentes, l’Allemagne ayant estimé que son séjour sur sa terre mère était suffisamment significatif pour faire de lui un contribuable allemand.

FedererDubaiIronie du sort, le meilleur joueur de la planète est bel et bien Suisse… mais résident aux Emirats Arabes Unis ! En effet, c’est à Dubaï que l’inénarrable légende de la petite balle jaune passe la majeure partie de son temps quand il n’illumine pas de son génie les courts du monde entier. Les conditions météorologiques ne sont pas étrangères à ce choix qui permet notamment à « Rodger » de peaufiner sa préparation au soleil en plein mois de décembre,  mais le fait que le régime fiscal soit bien plus avantageux aux non-Suisses n’y est pas non plus pour rien… A Dubaï, on ne s’embête pas de ces petits problèmes de trésorerie et la défiscalisation est de mise.

En tous cas, à l’heure où le Gouvernement français refuse de s’attaquer pleinement au bouclier fiscal, prétextant la fuite des fortunes françaises, préférant vampiriser jusqu’à la dernière goutte la classe moyenne en supprimant les niches fiscales de la manière la plus anarchique et la plus injuste qui soit, pendant que Madame Bettencourt ne reverse que 0,17% de son patrimoine par an au fisc français, force est de constater que les tennismen français sont bien loin de toutes ces tergiversations. Leur magot est bien à l’abri de Bercy, dans les verts pâturages au-delà du Lac Léman. La fierté de notre réussite sportive vaut-elle une si notable exception ?

BîmesEn tous cas, on se souvient que Christian Bîmes, alors président de la Fédération française de Tennis figurait au premier rang du meeting de lancement de la campagne de Nicolas Sarkozy le 14 janvier 2007 à Paris. Pas de quoi rapatrier les joueurs au bercail pourtant malgré le bouclier.

Entre temps, notre cher Président (pas celui de l’Elysée, l’autre) fut frappé d’inéligibilité après avoir été condamné par la Justice pour la prise illégale d'intérêts, sa femme ayant continué à travailler pour la société fournissant les hôtesses de Roland-Garros alors qu’elle était l’épouse du Président de la Fédération. Toute ressemblance avec l’affaire Woerth n’est que purement fortuite…

Le monde du tennis français n’est décidément pas glorieux en dépit de ce que veulent bien faire croire nos innombrables victoires sur le terrain…

Raison de plus pour mettre à l’honneur un de ceux qui ne cèdent pas à la tentation. Honneur d’autant plus mérité que ce joueur est un des piliers de l’équipe de Coupe Davis et qu’il vient de faire un parcours ébouriffant à Bercy en dominant notamment la numéro 3 mondial, Novak Djokovic. Son nom ? Mickaël Llodra. Le fameux gars de Rueil... Et cet amoureux de Paris n’est pas prêt de suivre ses copains de l’équipe de France, lui…

  llod

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Published by Yves Delahaie - dans Du sport
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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 23:42

Ces derniers mois, la presse nous avait habitué à montrer du respect pour notre Majesté et pour ses disciples. Faire allégeance à son Roi est devenu une discipline olympique dans laquelle il est difficile de choisir son champion. Servir le discours officiel dans ses plus beaux plats fait ainsi partie de la cuisine des journalismes, surtout lorsqu’il y a une caméra qui tourne. A l’inverse, l’on a tendance à être moins irrévérencieux dès lors que l’opposition prend la parole. On se souvient de la célèbre émission des Européennes, un fameux jeudi noir, où, excédé par tant d’inclinaison, l’irascible Mélenchon dans son style habituel avait rétorqué un « allez au diable » à une Arlette Chabot débordée par les événements.       

                Aujourd’hui, les Puissants, et notamment les membres du Gouvernement se sont trouvés un allié de poids. De poids car le complice ne se trouve pas à TF1, là où l’on s’assoit sur la séparation des pouvoirs tant que la cuvette est lavée par les contrats publicitaires, mais sur France télévision. Son nom ne vous dit sans doute rien ; il officie dès lors qu’Yves Calvi prépare son émission vespérale sur France 2… Il revêt alors les oripeaux de l’animateur de  C dans l’air. Son nom disais-je : Axel de Tarlé. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le bonhomme n’est pas un adepte de la question… de bois. Seul problème : elle ne vont que dans un seul sens. Florilège.

  

 

 

Je n’ai pas été le dernier à critiquer les syndicats ou les débordements qu’ils ont tardé à condamner. Je trouve également que malgré le manque de communication et d’équité, la réforme était nécessaire. Mais je ne suis pas obstiné au point de condamner de la sorte les syndicats, sans autre forme de procès ! Axel de Tarlé dépasse les bornes et en guise de se faire l’avocat du diable afin de lancer le débat s’improvise procureur zélé d’un gouvernement qui n’a pas lui-même formulé aussi efficace argumentaire durant les toutes dernières semaines. Le service public peut-il accepter cet outrage à la déontologie journalistique et à cette tournure éditorialiste que revêt une simple animation de débat… Le débat est justement ouvert…

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 20:26

Comme cela est arrivé à quelques reprises, le blog, qui se veut mutualiste, s’ouvre à d’autres plumes amies. Aujourd’hui, je prête mes colonnes à Frédéric Lefebvre… Non pas le porte-parole de l’UMP mais le secrétaire départemental du Nord pour le Mouvement Démocrate, qui fut porte-parole et candidat pour les Régionales de la liste emmenée par Olivier Henno. Et le moment est grave et pour le moins sérieux : retour sur le fracassant coming-out de Monsieur Vanneste…

 

 

Vanneste.jpgSi l'idée d'un rapprochement entre l'UMP et le Front National est contre nature, le "coming out" politique du député de la Xème circonscription a le mérite d'être clair et assumé. Monsieur Vanneste s'est toujours senti proche des thèses développés par le Front National. L'annonce récente Urbi et Orbi a le mérite de clarifier la situation si d'aucun en doutait encore.

Si l'idée d'une telle union n'était pas effrayante, nous pourrions nous réjouir du "coming out" de Monsieur Vanneste. Assumer ses attirances politiques, son désir de pacs avec le Front National, il fallait le faire.

J'imagine le soulagement de vivre sous cette identité assumée.

Après cette prise de position, nous avons envie de vous dire : encore un effort Monsieur Vanneste, dites- nous vers quel candidat à la présidence du Front National, votre coeur balance ? Je n'ose imaginer que vous ne rêviez de Monsieur Gollnisch... Ohhh non pas vous Monsieur Vanneste.

Pour ce qui concerne le Modem, nous réaffirmons notre opposition aux idées portées par le Front National et trouvons dans ces nouveaux rapprochements UMP-FN des motivations supplémentaires à notre combat pour défendre l'Humanisme. Comme pour celle de Monsieur Vanneste, notre prise de position est claire et assumée.

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28 octobre 2010 4 28 /10 /octobre /2010 11:59

copéEt si le passage en 6ème était conditionné par un examen d’entrée ? Voici la dernière polémique lancée par le Président du Groupe UMP à l’Assemblée Nationale, Jean-François Copé. A l’heure où la réforme des retraites vient à peine d’être votée, dans le vent de contestation qu’on lui connait, force est de constater que les élus de la Majorité n’ont pas froid aux yeux.

Faut-il pour autant hurler de manière pavlovienne à la démagogie, l’inégalité devant l’éducation ou encore autres fadaises bienpensantes dont nous assomment certaines sommités de la gauche, bien assommantes à dire vrai ? Car il ne faudrait pas balayer la proposition de Copé d’un revers de main sous le fallacieux prétexte que c’est une idée de droite. Le jugement, hâtif, est tout ce qu’il y a de plus réducteur dans la conception de la politique, et pour le dire franchement, ce qu’il y a de plus consternant dans la lecture moderne de la politique, sachant, malheureusement que modernisme rime trop souvent avec manichéisme. Au nom de quoi la droite ne pourrait-elle pas se pencher au chevet de l’éducation nationale, agonisante, quand la Gauche préfère s’épancher sur les qualités d’un prétendu vil homme il y a peu, et mort pour le coup,  George Frêche ?

langLe raccourci est quelque peu médiocre, pensez-vous, mais il faut bien dire que la manie de gauche de s’emparer du dossier de l’éducation, en toute exclusivité, pensant être les seuls légitimes sur la question, tels leurs suppôts verts sur la problématique écologique, a de quoi agacer. Pour preuve, cette tribune écrite dans Le Monde le 15 mai dernier par Yves Durand et Jean-Marc Ayroult, députés pour le compte du PS, et envoyée aux professeurs qui débute par un stupéfiant et non moins arrogant : « il existe un pacte séculaire entre le projet socialiste et l’ ‘éducation’ » ? Ou de l’éternelle déclinaison de l’expression « djeuns » qui traduit si bien cette attitude : la gauche « se la pète ». Et pourtant, il est tout aussi clair que si l’école est souffrante, la gauche parait, elle, souffrir d’amnésie :

N’est-ce pas Jean-Pierre Chevènement qui décréta béatement qu’il fallait que 80% d’une classe d’âge soit bachelier en guise de démocratisation de l’éducation avec les conséquences désastreuses que cela a apporté notamment concernant l’enseignement professionnel ?

Ne serait-ce pas Lionel Jospin qui créa de toutes pièces les IUFM qui furent des outils de propagandes à pédagogoles qui permit de niveler le niveau vers le bas et d’abattre comme un tyran l’autorité qui fut travesti lexicalement en « autoritarisme »  pour complaire les nostalgiques de ce que mai 68 a produit de pire, à savoir l’anarchie (car nul doute que mai 68 ait permis des avancées sociales autrement plus bénéfiques pour le pays) ?

Enfin, Jacques Lang qui demeure autant Ministre de la Culture à vie qu’ambassadeur des enseignants n’a-t-i pas inventé le concept « d’inertie obséquieuse », tout sucre tout miel, pendant que se sclérosait l’un des piliers de notre République ?

Un peu d’humilité donc. Même si la Droite est parfaitement responsable du pourrissement de la situation, fossoyeur d’exception, plaçant au sommet de l’Education Nationale un fantoche, simple spectateur de sa Majesté Sarkozy venue en personne vendre la réforme des lycées. Faut-il rappeler que ce n’est pas par Modestie, même s’il le vaut bien, que Monsieur Châtel ne met qu’en sous-titre « Ministre de l’Education Nationale » sur sa page quand trône avec majesté le glorifiant « porte-parole du Gouvernement » ?

 

chatelweb.jpg

 

Bref, la Gauche n’a, elle non plus, pas de leçons à recevoir, et de ce fait décrétons un statu quo : tout parti, démocratique et agissant pour le bien de la République a le droit d’émettre un avis ou une proposition afin de calmer les maux d’un malade dispendieux, car au-delà de 23% du budget national, l’on est en droit d’exiger un service public efficace et de qualité. Etudions donc la proposition de Monsieur Copé, qui s’expliqua par téléphone sur le plateau de l’Edition spéciale mercredi 28 octobre, sur Canal plus :

edition spéciale« L’idée est le résultat de l’observation. Aujourd’hui, lorsque l’on envoie un enfant qui sort de CM2 pour aller au collège et qui ne maîtrise pas les savoirs fondamentaux lire, écrire, compter, ça veut dire pour lui une perspective quasi assurée d’échec scolaire. Donc le principe, c’est de dire : « on n’envoie pas un élève de fin de CM2 au collège qui ne maîtrise pas les savoirs fondamentaux »

Et Jean-François Copé d’en expliquer les modalités :

« Comment le faire ? L’idée c’est de fixer un examen, pas du tout dans l’esprit du bac. Il ne s’agit pas de dire 80% ou 70% des enfants… Non. L’objectif c’est 100%. C’est-à-dire qu’il faut vraiment tout faire pour que l’enfant, avant d’entrer au collège, sache lire, écrire, compter, et puisse ensuite poursuivre sa scolarité. »

Résumons donc la première partie de cette intervention : l’un des moyens qui permettrait d’endiguer la vague vicieuse de l’échec scolaire (à savoir 20% d’illettrés en entrée de 6ème et autant d’élèves en échec en fin de 3ème) serait de ne faire accéder en 6ème que ceux qui auraient les bagages pour le faire. Soit. Reste à savoir que faire de ceux qui ne réussissent pas cet examen. Copé n’en parle pas. Ou plutôt n’en parle plus. Il préfère ne s’intéresser qu’à l’objectif de 100% de réussite. Pour autant, il avait déjà évoqué l’éventualité dans la matinale de France 2, Les Quatre Vérités, la veille :

 

 

On le voit, Copé a l’air gêné aux entournures. Il faut dire que l’idée du redoublement n’est en réalité pas un « intérêt » original... Mais l'originalité tient, comme on le verra, sur la refonte de l'organisation et du système.

Etudions donc en détail, et honnêtement, les tenants et les aboutissants de cette proposition.

projet humanisteTout d’abord, il faut reconnaître à Monsieur Copé un certain courage : dans une thématique où la Gauche, comme nous l’avons vu, se reconnait comme un interlocuteur exclusif, et comme étant le seul à être légitime, il faut oser s’avancer de la sorte et proposer ce qui serait pour le coup un véritable changement. Et la position est d’autant plus audacieuse à mon sens qu’elle me rappelle un des points qui fut âprement négocié lors du Congrès programmatique du Mouvement Démocrate en Décembre dernier concernant justement le passage en sixième. Le texte définitif, amendé par Marielle de Sarnez fut celui-ci : « Notre ambition est forte : nous voulons que tous les enfants qui entrent en sixième sachent lire, écrire et compter ». Estimant que cet argument était trop consensuel avec ce que l’ensemble des autres partis avaient proposé depuis 30 ans et qui avait pourtant abouti à une inertie égale à ce sujet, la situation s’aggravant même, j’avais proposé l’amendement suivant : « Notre ambition est forte : nous exigeons qu’aucun enfant qui ne sache correctement lire, écrire et compter puisse entrer en sixième », ce qui nous aurait contraint à trouver des solutions pour impérativement atteindre le 100% au nom de l’égalité devant l’éducation. L’amendement ne fut pas retenu (et n’eut même pas la possibilité d’être défendu). L’esprit de la proposition de Copé va pourtant dans le même sens : contraindre l’école de trouver des solutions et contraindre l’élève à u avoir un bagage minium pour ne pas le condamner de facto à un échec programmé.

La proposition de Copé rappelle aussi ce post de Blackangel59, qui utilisa mes colonnes pour évoquer le cas du Cameroun, d’où il était originaire,  où existe encore le concours d’entrée en 6ème, dont il dit qu’il est « un programme difficile mais [qui a] fait ses preuves ».

En réalité, l’argument de la « pression » exercée sur des élèves de 10 ans ne tient pas :

 

 

Chaque année le passage étant en jeu, la pression est constante. Dans le cadre de l’examen d’entrée en sixième, la pression serait repartie bien au contraire sur plusieurs années, de quoi construire un parcours, là où aujourd’hui on se remet en question tous les ans. Dans cette nouvelle organisation, les années de CM2, 3ème et de Terminale correspondraient aux paliers décisifs : un parcours primaire de 5 ans (CP, CE1, CE2, CMA & CM2), de 4 ans pour le collège (6è, 5è, 4è & 3è) puis de 3 ans pour le lycée (2nde, 1ère et Terminale) : qui pourrait rêver de parcours plus progressif ?

examCela présenterait aussi l’avantage de régler une fois pour toute le redoublement, taxé tour à tour d’inefficace, d’inégalitaire et couteux. Tous ces arguments tomberaient et trouveraient enfin une réponse : un redoublement unique en fin de cycle en CM2, 3ème ou Terminale.

Reste à savoir ce qui adviendrait de ceux qui échouerait à répétition. Car ce que la proposition de Copé occulte, et ce n’est pas là la moindre des difficultés, quid du collège unique ? Il a tout son sens pour ceux qui ont passé et donc réussi l’épreuve d’entrée en 6ème mais que faire des élèves qui échoueront une deuxième fois ? Les faire rester en CM2 jusque 17 ans ? Les intégrer malgré tout au collège, ce qui démolirait l’ambition et les effets attendus d’une telle proposition ? Créer une autre filière ? On le voit, la solution est loin d’être limpide.

Enfin il convient aussi de s’assurer des moyens mis en œuvre afin d’aboutir au miraculeux 100%. Et cette fois-ci, Copé est beaucoup moins convaincant :

 

 

 

Et l’on en revient alors à la « solution miracle » que représente l’accompagnement éducatif et l’aide individualisée qui ne sont que des pansements et non des remèdes. Et que dire encore de cette proposition qui fait du Directeur d’école le « patron » (terme malheureux s'il en est concernant l'école...) et qui recruterait lui-même son équipe pédagogique, reprenant en chœur la proposition très contestable du HCE que j’avais déjà débattue ici même.

walibiOn le voit, encore une fois, la solution miracle n’existe pas. Et ce n’est pas un examen qui règlera à lui seul la question de l’échec scolaire, celui de l’accompagnement des parcours ou encore sur le caractère égalitaire d’un système qui n’oublierait personne. Pour autant, s’accompagnant d’autres mesures, fondées notamment sur la pédagogie et la liberté pédagogique du professeur en réponse aux besoin de son public, avec une formation qui est à créer et à repenser en profondeur et qui nécessite donc d’autres idées lumineuses, et en repensant l’organisation du système scolaire sans donner les pleins pouvoirs au principal ou au directeur, ce qui placerait l’enseignent pourtant acteur principal dans la transmission des savoirs en faire-valoir et en simple pion, l’idée de Copé pourrait largement trouver sa place et donner de la clarté à un système opaque et qui n’a pas viré sa cuti concernant le redoublement. Il faudrait alors enfin reposer la problématique du socle commun pour qu’il ne devienne pas, comme c’est le cas actuellement, un fourre-tout à compétence qui forge un savoir minimum quand il devrait être l’outil recensant les savoirs et les connaissances qui construisent un savoir minimal. Et pour ce faire, la stratégie du slogan peut s’avérer gravement inefficace, et pourrait même à terme nuire à la santé de notre école publique, déjà valétudinaire.

 

 

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Published by Yves Delahaie - dans De l'éducation
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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 16:23

Benjamin Lancar, le terroriste de la pensée unique a encore frappé. Une victime. Une autre. Un mort-vivant revenu d’un sombre passé… Le trailer de ce nouvel opus intitulé :

Le Djihad selon Lancar, Acte II…

 

Diabolique, ce Benjamin Lancar. A peine avait-il ravalé sa fierté après son attentat suicide à Cdans l’air, qu’il récidive quelques semaines plus tard à Revu et corrigé. Pour Lancar, France 5, c’est les Etats-Unis. L’impérialisme d’une pensée qu’il combat. Pensez donc : le service public ! Le lieu idéal pour perpétrer ses plus funestes attentats. Et à la guerre comme à la guerre, on exhume de la manière la plus sordide et la plus abjecte qui soit. Ressortir une affaire, vieille de 24 ans ! Le terroriste n’avait pas encore soufflé sa première bougie qu'il pensait déjà à allumer sa première mèche ! Et de souffler sur les braises ardentes d'un souvenir douloureux pour la République. Malik Oussekine est la malheureuse victime d’une bavure policière alors qu’il protestait contre le projet de loi du Ministre Devaquet, qui proposait à l’époque une sélection à l’entrée de l’université ! L’affaire fit grand bruit et contraignit le Ministre délégué chargé de la recherche et de l'enseignement supérieur de l’époque à démissionner, avant que la loi ne soit envoyée aux oubliettes.

Plus fort que l’attaque terroriste en martyr, Lancar invente la contre-attaque terroriste, en supputant le désir d’avoir un martyr dans les rangs de l’adversaire. L’on appréciera les méthodes de ce franc-tireur, dont, rappelons-le, la réélection à la tête des Jeunes Pop fut un véritable chemin de croix, qui se solda par une victoire digne des Républiques bananières… Consternant Lancar pour qui la foi justifie les moyens. Dieu Sarkozy mérite tous les sacrifices. Même celui de la dignité.

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20 octobre 2010 3 20 /10 /octobre /2010 15:29

Alors que le concert sur les retraites bat son plein, la Droite restant d’une fermeté sans égale quand la Gauche déploie ses arguments dans la rue, le MoDem n’existe pas. Il reste inaudible. Inquiétant à quelques mois d’une Présidentielle qui s’annonce plus ouverte que jamais. Une absence qui n’émeut malheureusement pas grand monde. Sauf un téléspectateur qui, lundi, s’est posé la question, suscitant l’intérêt des éditorialistes de C dans l’air qui durent répondre à la question qu’il faudrait se poser.

 

 

Le premier constat qui s’impose à nous est sans équivoque et à ce titre, il fait mal, voire très mal : le MoDem est donc complètement inaudible. Ce que l’on réprouvait lors des Régionales s’avère être une constante macabre. Plus personne ne sait ce que pense le Mouvement Démocrate. Plus personne ne sait où se positionne le Mouvement Démocrate. Mais surtout plus personne ne s’intéresse au Mouvement Démocrate. La pilule est dure à avaler mais il est un fait indéniable : quand le MoDem avait un poids électoral, et qu’il brouillait en quelque sorte le rapport de petit journalforce de la bipolarisation de par son autonomie, contrairement aux Verts ou néo-Verts rapatriés d’Europe Ecologie qui n’ont jamais fait de l’indépendance leur mode de fonctionnement, étant inféodés au Parti Socialiste, le dialogue s’instaurait et ses positions étaient reprises, débattues ou contestées. Aujourd’hui, ses points de vue se diluent, perméables aux deux discours dominants, en tous cas en termes de résonnance. Pire, la seule vision que l’on en a consiste en fil directeur sarcastique que le Petit Journal décline à l’envi, pour le plus grand plaisir des spectateurs, qui s’amusent de la dérision avec laquelle le Shadow Cabinet et son Président sont raillés jour après jour. Cette création se voulait singulière et un gage de sérieux ; elle n’est finalement que le prétexte à une guignolade sans fin, ni finesse.

D’autre part, le fait de lier par le destin des retraites le MoDem au FN a de quoi laisser perplexe. Ce n’est pas la première fois, me direz-vous, que le rapprochement s’opère. La première offensive fut sémantique quand de soi-disant analystes prétendirent avec bêtise que Bayrou, en jouant sur la dénonciation du traitement médiatique et la dictature des sondages, faisait du « Le Pen light », expression, que reprit assez servilement un certain Monsieur Bernard de la Villardière qui à coups surs, ne doit sa carte de presse qu’à un jour de pâques quand il découvrit avec béatitude son Kinder Surprise. « De la Villardière, journaliste light » persifflait non sans acuité Thibaut Lannoy, qui travaille aux côtés de deux de nos plus emblématiques élus du Nord, à savoir Olivier Henno et Jacques Richir. La seconde fut mise en scène un certain jeudi noir, dans une émission consternante, et à la ligne éditoriale inconséquente, à trois jours du scrutin  des Européennes, quand dénonçant maladroitement la mécanique et l’instrumentalisation des sondages (encore !), François Bayrou reçut un soutien appuyé et incommodant de Marine Le Pen, top contente de voir les thèses familiales de la victimisation trouver une caution légitime.

lepenPourtant le silence du FN et du MoDem n’ont pas du tout les mêmes raisons. Pour le parti de Saint-Cloud les raisons sont intrinsèques, pour le Mouvement de François Bayrou, elles sont extrinsèques. Le silence supposé du FN ne montre qu’une seule chose : le parti de Jean-Marie Le Pen n’a que faire du sort des retraites actuellement. Englué dans une lutte interne faite de querelles intestines et de népotisme traditionnel, dans un parti qui a toujours eu pour tradition de faire payer (chèrement !) le positionnement sur ses listes, ce qui fait que le haut du pavé est essentiellement tenu par des personnes aux ressources certaines, ce manque d’intérêt n’a rien de surprenant. Le FN le sait bien : ce n’est pas sur ce thème qu’il pourra faire campagne. En revanche, l’analyse de Krivine est bien trop caricaturale :

 

 

Il est loin le temps où le programme social se résumait en une politique nataliste à l’exclusive de la préférence nationale, la libre négociation des salaires ou encore la liberté de licenciement propre à l’économie anglo-saxonne. Son volet social s’est étoffé, et même s’il se circonscrit dans des perspectives discriminatoires pour celui qui n’a pas la chance d’ être français (excluant même ceux qui travaillent et payent leurs impôts sur notre territoire), force est de constater que le rapprochement avec le Medef est d’une simplicité voire d’un simplisme qui en dit long sur le discours populiste et réducteur auxquels s’adonnent les anciens responsables de la LCR et les nouveaux notables du Parti Anticapitaliste. Résumer la ligne politique du FN à celle du Medef, c’est faire le jeu du FN en le plaçant à l’extrême droite, et donc rationnaliser un éventuel rapprochement avec la droite républicaine comme ont tenté de le faire sur le terrain de la préférence nationale Philippe De Villiers ou sur le terrain des mœurs et de la morale Christine Boutin. C’est en somme fortifier son électorat, le parti n’ayant pas besoin d’une telle aubaine pour bien figurer dès que le scrutin n’est plus local. krivineLe PA, comme naguère la LCR n’apprend rien de son passé : qui s’en étonnera de la part de ceux qui se revendiquent du trotskysme en 2010… Devant un tel manichéisme et une telle vision aussi caricaturale du champ politique, il était vain d’attendre de Krivine une analyse sur le positionnement du MoDem, à moins d’entendre la litanie selon laquelle François Bayrou est de droite, et de montrer une fois de plus l’aveuglement bête et méchant dont fait preuve le parti du plus célèbre facteur de France, pour le pas dire l’onanisme. Car à rester seul, c’est bien connu, cela peut rendre sourd…

 

La réponse apportée par Guillaume Roquette, Directeur de Valeurs Actuelles est autrement plus instructive :

 

 

En rappelant clairement le positionnement du François Bayrou, Guillaume Roquette met le doigt sur la problématique : la position du Mouvement Démocrate sur les retraites est nuancée et technique. Quoi de plus normal sur un sujet aussi épineux. Soyons francs, si un problème d’une telle difficulté et qui prenait une telle ampleur dans l’âpreté des débats pouvait se circonscrire à une réponse simple et claire, nul doute que des millions de personnes ne manifesteraient pas actuellement dans la rue et que l’affaire n’aurait pas pris plus de quelques jours. Mais à la manière d’Arlette Chabot qui lança un tonitruant « que c’est technique et compliqué » sur le plateau d’A vous de juger à une Martine Aubry qui tentait d’y voir clair dans les propositions de la Gauche, il faut aller au plus simple. Sans pédagogie. Sans précision. Un brouhaha sonore an quelque sorte.

Arlette-Chabot pics 390Et c’était d’autant plus compliqué pour la Secrétaire du PS que sa réponse, qui, pour la résumer, admettait que pour avoir un taux plein, l’on était contraint d’admettre que 41 annuités et demi étaient nécessaires, accordait donc du crédit à la réforme menée par Eric Woerth en terme d’années de cotisation, ce sur quoi finalement peu de manifestants et de « bloqueurs »  sont en accord. Ce que ne manqua pas de souligner la frange gauche du PS, Hamon en tête, depuis quelques jours. « Affirmer une position sur les 41 ans et demi, c'est nous mettre en décalage avec la mobilisation sociale », explique Pascal Cherki, maire du XIVè arrondissement de Paris, qui précise : «Tactiquement cette position est une faute car elle résonne comme une gifle claquée à la face de millions de salariés mobilisés contre le projet de Nicolas Sarkozy et de François Fillon». Pas de véridique en politique mais de la tactique. En d’autres termes, peu importe la raison, c’est l’opinion de la rue qui l’emporte. Melenchon n’est plus le seul à se revendiquer du populisme.

PSCar il est une donnée indéniable dans cette politique moderne : l’on est manichéen ou l’on n’existe pas. C’est tout pour, ou tout contre. Sans quoi l’on vous taxe de ne pas savoir trancher. Noir ou blanc, point de gris. Et c’est ainsi que l’on prétend résoudre la si précieuse et délicate mécanique de la République. Razzy Hammadi, secrétaire national aux services publics, en fait l’illustration la plus probante quand il explique : «La différence avec la droite ne peut pas être une question de curseurOser dire que l’on a des convergences avec l’autre parti, c’est nécessairement faire le deuil de milliers de voix. Et la quête de la vérité ne vaut pas cette perte du pouvoir pour la gauche. C’est la raison pour laquelle, Martine Aubry avait tenté de crier à la méprise quand elle annonça au journal de 20 heures qu’elle envisageait l’âge du départ à la retraite à 62 ans. Elle répéta à l’envi que ce n’est pas ce qu’elle avait voulu dire. Car à présent, il y a ce que les politiques disent et ce qu’il faut comprendre qu’ils disent avoir dit en écartant ce qu’ils ont dit sans avoir voulu le dire. C’est le genre d’argumentation qu’aurait très bien pu utiliser Jean-Paul Guerlain, quand il avait prétendu que les nègres étaient paresseux, vendredi midi au journal d’une Elise Lucet étonnamment silencieuse après une telle dérive.

BayrouEt François Bayrou alors ? Eh bien sa position est assurément plus complexe. Car il n’y a pas de solution miracle à un domaine aussi technique que le système de répartition des retraites. Et c’est bien là que  le bât blesse : la politique française semble de désintéresser profondément des nuances et de la subtilité qui différencie une bonne idée d’une pensée démagogique et électoraliste. La quête de la vérité ne semble plus être la priorité de nos politiques. Seules comptent les voix, quitte à simplifier ou à mentir : « Je ne souhaite pas et ne nous souhaite pas revivre une quatrième désillusion lors de l’élection présidentielle de 2012 » rappelle d’ailleurs Pascal Cherki sur son blog. Seulement, Monsieur Cherki et autres disciples de la machine à voix, la politique ne se résume pas à gagner des élections. Il ne faudrait pas confondre la finalité et les moyens d’y parvenir. L’objectif de la politique est avant tout d’être au service de la vérité et du citoyen. Cela nécessite une importante part de risques, notamment quand le bien de tous s’oppose à l’opinion générale. L’abolition de la peine de mort était elle populaire en 1981 quand Badinter la fit voter ? Assurément pas. Pourtant qui oserait le remettre en question trente ans plus tard avec l’espoir raisonnable d’être suivi en masse ? Pour faire de la politique, il ne faut pas être dogmatique au risque de se scléroser. Le PS en sait quelque chose. Mais les velléités comme celle de Delanoé qui osa un « je suis libéral » en 2008 sont assez rares et éphémères. Le payant très cher lors des élections internes pour le poste de secrétaire général, il fit machine arrière… à grandes enjambées.

bayrou-different1Faut-il enfin rappeler qu’en politique, la nuance ne doit pas être perçue comme l’affirmation d’un non-positionnement mais comme celle d’un non-alignement ? Il faut rompre ces tics et ces tocs qui consistent à épouser une cause et des valeurs qui ne sont pas siennes pour espérer en être payé de retour. Mieux vaut perdre avec ses valeurs que de triompher dans le déshonneur. Le MoDem, en nuançant sa position sur les retraites, fait l’audacieux pari de l’honnêteté (il ne ment pas en prétendant que la réforme est vaine et inutile) et de la fraternité (il refuse que l’âge de 67 ans pour une retraite à taux plein soit uniformisé notamment pour ceux dont la pénibilité du travail et le morcellement de la carrière représentent déjà de lourds handicaps). Au risque d’être inaudible. Mais finalement, le problème n’est pas que l’on n’entend pas le MoDem et François Bayrou mais bien qu’on ne VEUT pas l’entendre quand on tend au manichéisme dans un concert qui réduit la tessiture à ses notes les plus aigues et les moins subtiles. Par facilité. Et il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre.

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18 octobre 2010 1 18 /10 /octobre /2010 15:16

Le bras de fer qu’offre actuellement la réforme des retraites est d’un niveau qui ne grandit ni les politiques, ni la Nation. Alors que le Sénat s’apprêtait à voter les finitions, le ton se durcit avec les blocages innombrables qui se mettent en place, et une mauvaise foi côté Gouvernement qui refuse de jouer l’honnêteté dans une situation de crise.

opéescargotD’une part, ceux qui s’opposent à la retraite commencent à vouloir jouer à un jeu dangereux. Sur le fond, leur discours est inacceptable : à les entendre il ne faudrait pas du tout de réforme et le Gouvernement mentirait quand il prétend que l’on ne pourra plus à terme garantir le système de répartition. Ceux-là sont soit naïfs, soit d’un égoïsme sans nom. Nul besoin d’avoir fait polytechnique pour se rendre compte que notre système va droit dans le mur : l’espérance de vie ne cesse de croître quand le chômage des jeunes explose malgré tous les coups-fourrés auxquels ont procédé les gouvernements en succession pour allonger artificiellement les études et donc éviter de comptabiliser les jeunes dans les actifs qui grossissent les chiffres du chômage. Que cette réforme soit passée au bleu, inéquitable, et très incomplète est une chose.  Mais dire qu’elle ne sert à rien, qu’elle a été crée pour casser la dimension sociale du pays est un mensonge purement démago et électoraliste, qui d’habitude était l’apanage de l’extrême gauche, mais qui à l’approche de 2012 est dangereusement repris par le PS et les Verts. Cette vision de la réforme est caricaturale et scandaleuse car visant à un populisme qui s’autorise à profiter de l’ignorance et de la naïveté de certains citoyens en détresse.

melenchonDe la même manière sur la forme, la fin semble justifier les moyens : les blocages se multiplient de manière illégale : pourquoi revendiquer un droit de grève et d’expression quand les mêmes refusent aux autres le droit de travailler ? Empêcher les citoyens de se rendre sur leur lieu de travail, les étudiants d’assister aux cours ou aux raffineries d’importer leur ressource et d'exporter leur marchandise par une main d'oeuvre volontaire est criminel et relève de la pure barbarie. Ces méthodes n’ont rien de démocratiques et ne font pas honneur à notre pays. Le droit de grève est trop sacré pour être prostitué de la sorte par des soudards qui veulent épicer leur quotidien. Le grève implique le droit de non-grève. Aussi, les routiers qui procèdent à des opérations escargot devront répondre de leurs actes devant la justice quand des personnes malades ne pourront se rendre à l’hôpital, quand les pharmacies ne seront pas livrées de précieux médicaments, quand les travailleurs se verront retirer une partie de leur salaire faute d’avoir pu se rendre sur leur lieu de travail. On peut ne pas être d’accord avec la réforme, en parler et user de son droit de grève. Mais la gabegie et l’irresponsabilité n’ont rien à faire avec les principes et les valeurs de la République et de la Démocratie. Que dire enfin des lycéens, excités par une extrême gauche qui ravive les feux de 68, dans ce qu’il a de plus regrettable, et qui agite le drapeau rouge devant un taureau qui ne demande qu’à sécher… La jeunesse ne se présente assurément pas sous son meilleur jour et c’est peine à voir autant de démagogie déployée pour justifier un engagement aussi confus idéologiquement mais malheureusement aussi organisé dans sa bêtise.

leplacide grèvePour autant, il ne faudrait pas dédouaner le gouvernement dans cet épisode qui tourne au pathétique : la méthode que celui-ci nous impose depuis 3 ans, à un rythme effréné montre aussi un profond irrespect pour notre Démocratie. Le Parlement est un faire-valoir, que dis-je, un laquais votant aux ordres d’une armée conduite de mains de fer par un seul homme. L’ère de la pensée unique est de mise depuis 2007, et les dialogues s’avèrent être de sourds. On entend mais on n’écoute pas. Surtout pas. Surtout quand les conclusions des débats sont déjà en train d’être imprimées dans la salle attenante prêtes à être délivrées à l’AFP. Il n’y aura eu pour cette réforme, et comme pour beaucoup d’autre, qu’un simulacre de consultations. Jamais les responsables syndicaux et autres délégués de telle ou telle profession n’auront eu leurs mots à dire. Quand il s’est agi de la TVA sur la restauration à 5,5% le Gouvernement avait fait preuve d’une attention plus particulière, me semble-t-il… Au lieu de cela, l’on s’est emballé, comme le lièvre, quand il eut fallu comme la tortue, prendre un minimum de temps et de considérations pour des aspects qui touchent au plus près de l’humain. Et avec un consensus équitable, dans lequel chacun aurait fait des efforts, il n’y aurait eu aucun mal à faire passer une réforme certes ingrate mais qui était nécessaire. Au lieu de cela, l’on passe en force, on conteste toute argumentation et toute solution autre que celles déjà validées en amont, on ment sur la force de la grogne et l’on avance envers et contre tous ! Au pire, on dramatise hortefeuxd’autres sujets (quel besoin Hortefeux a-t-il eu de répéter au Grand Jury RTL que l’Arabie Saoudite avait confirmé une mence sérieuse d'attentat sur nos terres ? N’est-ce pas là un moyen de détourner l’attention ? Attention, je ne dis pas que la menace terroriste n’existe pas, et les précédents messages n’avaient pas à être mis en doute quant à leur diffusion. Mais celui d’hier n’était-il pas de trop et de nature à noyer le poisson à l’aube d’un durcissement attendu ?). Nier les chiffres qui montrent que plusieurs centaines de milliers de personnes défilent dans les rues, sans compter ceux qui ne peuvent le faire faute de financement suffisant de ces jours non-payés, est d’un mépris sans nom. Encore une fois, on peut contester… la contestation, mais comment peut-on la nier ? Pareille attitude fait immanquablement penser aux pires des dictatures qui ont sévi bien loin de notre France si républicaine… Ajoutez à cela les malheureux symboles choisis depuis 3 ans, de la Rolex au Fouquet’s, en passant par le bouclier fiscal, l’affaire Woerth, vous aurez le portrait parfait d’une situation ubuesque qui contribue au moins autant que la réforme à encourager les manifestants à défiler dans la rue. Car ce que l’on y entend dans les cortèges c’est autant la contestation de la loi sur la retraite que les méthodes d’un Gouvernement à bout de souffle.

modemAlors ? N’est-elle pas belle l’alternative à la française ? Qu’il est beau à voir le résultat de la bipolarisation ! Superbe indécence de ce spectacle apocalyptique de notre cinquième république, qui fut érigée à la gloire d’un seul homme omnipotent, et qui s’effondre par la force d’un seul homme, croyant relever le défi du roi fainéant mais qui n’était en réalité, qu’impotent. Las, le spectacle est pathétique et n'offre le choix qu'entre la démagogie ou celui de la mauvaise foi en force. A titre personnel, je refuse d’avoir à trancher pour l’une de ces démarches, tout aussi exécrables l’une que l’autre. Je refuse de faire le jeu d’une extrême gauche menteuse, manipulatrice et populiste. Je refuse de faire celui d’un Gouvernement sourd, injuste, et qui fonctionne en oligarchie, pour le bonheur des bonnes adresses. La France vaut mieux que ce dilemme qui n’a rien de cornélien tant il sombre dans les abîmes de l’électoralisme.  Dans ce concert discordant et dissonant, le Mouvement Démocrate peut-il encore parvenir à faire entendre sa singularité ? Pressons-nous : car il n’y a pas besoin d’attendre la grève pour rater le bon train…

PS : Caricature par Le Placide, http://www.leplacide.com

 

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16 octobre 2010 6 16 /10 /octobre /2010 11:59

Le débat sur l’orthographe est un véritable marronnier. Avec cette impression que le débat n’est jamais définitivement clos. Tant d’images éculées sur une simple transcription de la langue peuvent paraitre d’une vacuité sans nom. Mais il prend tout son sens dès lors qu’il touche aux fondamentaux de la démocratie comme l’explique régulièrement André Chervel, linguiste et grammairien. Pourtant, loin de défendre cette langue, ce éminent docteur entend la réformer, ou plus précisément la déformer dans ses grands principes : fallait-il que les gardiens du temple devinssent les fossoyeurs, même pas impies qui plus est, de ce qu’il y a de plus sacré dans une civilisation : sa langue ?

chervelAvant même de rentrer dans le vif du sujet et donc nécessairement dans la polémique, écartons d’un geste le plus concis possible, le faux débat qui a alimenté inutilement les conversations sur le thème : il faut différencier l’orthographe de la dictée. L’un est une des composantes de la langue écrite, l’autre n’est qu’une évaluation. Les mettre sur un même plan revient à circonscrire la pomme de terre à la cuisine française : une hérésie. Mais pourquoi a-t-on la manie de n’entendre par orthographe, que cet exercice futile et stressant qu’est la dictée ? Sans doute parce que l’école l’a promulguée à un rang auquel elle n’aurait jamais dû accéder, c’est incontestable. Sans doute aussi, parce qu’elle fut, et plus que jamais demeure, un indice discriminant pour évoluer en société. C’est tout aussi incontestable. Mais l’important n’est-il pas d’écrire sans faute dans sa prose que dans celle empruntée à un autre ? Aussi, il ne faudrait pas faire de la dictée un enjeu essentiel de l’orthographe : elle n’est qu’une évaluation parmi tant d’autres de la discipline. Elle est utile sans être incontournable, pratique sans être primordiale. Et de renvoyer pédagogistes et autres nostalgiques dos à dos dans cette éternelle déclinaison de la querelle des Anciens et des Modernes, qui n’a d’intérêt que le verbiage éhonté que l’on veut bien lui accorder.

L’orthographe comporte des enjeux bien plus importants ; et notamment celui qui permet de transcrire la compréhension de la langue. Bien écrire, c’est maîtriser non pas seulement la graphie mais le sens des mots, le rythme de la phrase, son essence dans ce qu’elle a d’organique et de plus profond. Aussi le diagnostique d’André Chervel sur la baisse du niveau est à la fois juste et n’est assurément pas vain : un citoyen qui se respecte maîtrise la langue, le barbare lui la torture et la balbutie. Chervel ne ment pas quand il évoque le retard des écoliers dans le domaine : Sauver les lettres aboutit aux mêmes conclusions depuis presque deux décennies :

 

 

Dès lors deux positions s’opposent : ceux qui veulent faire en sorte que les élèves progressent, avec tout ce que cela implique comme l’augmentation des heures dévolues à la langue, ainsi qu’un laxisme et une désinvolture qui doivent se substituer à une exigence et une rigueur qui ont cruellement fait défaut dans l’enseignement. Et ceux qui pensent que la maîtrise de l’orthographe est d’une difficulté trop importante, décrétant qu’elle n’a donc rien de démocratique, et que seule une réforme permettrait de rectifier le tir. Assurément, Chervel est de ceux-là :

 

 

Etonnamment ce linguiste, Historien de la langue, fait un diagnostique de qualité mais trouve des remèdes, qui ne sont même pas des placebos, mais qui aggravent plus durement les bobos tout courts…

D’une part, André Chervel explique qu’à ne rien faire il risque d’y avoir une « fracture orthographique », rendant un hommage lexical à Jacques Chirac dans ce qu’il a inventé de plus modique, lui qui redécouvrit l’improbable « abracadabrantesque », d’une saveur autrement plus piquante. Et le théoricien de prévoir une langue à deux vitesses, l’une maîtrisée par ceux dont les parents pourront payer des cours privés, l’autre non maîtrisée qui discriminera définitivement les classes populaires sur le marché du travail. Une question s’impose : Monsieur Chervel vit-il dans le même monde que nous, ou a-t-il fait un usage néfaste de la machine à remonter le temps ? N’est-ce pas déjà le cas actuellement ? Le diagnostique de Docteur Chervel est pour le moins retardé.

Mais au lieu de corriger le tir, là où le bât blesse, à savoir l’école, Chervel préfère diminuer le niveau et niveler vers le bas les exigences de la langue : ne faudrait-il pas plutôt refaire de l’orthographe tout simplement une exigence minimale et ne plus la considérer lors des formations disciplinaires de lettres comme « la science des ânes » ? Chervel ne donne-t-il pas raison à ces gourous dangereux qui ont martelé à toute une génération de professeurs de lettres que l’orthographe était la discipline bourgeoise par excellence ? L’envisager comme un simple passeport démocratique en la replaçant à sa juste place dans les enseignements, sans la circonscrire à la sempiternelle dictée ne changerait-il pas déjà la donne ? André Chervel préfère lui tomber dans le misérabilisme. Car il est un argument insupportable qu’il traine de plateaux en livres : celui qui prétend que ne pas réformer l’orthographe reviendrait à défavoriser les couches populaires et par cette « fracture sociale » de faire de notre langue une barrière à la démocratie. Comment parvient-il à ce point à inverser les rôles ? La langue n’est-elle pas, justement, la garantie la plus sure de la préservation de la démocratie ? La langue ne doit-elle pas être le reflet de la civilisation, de son histoire, de sa culture ? Pourquoi la réduire à une volonté purement consumériste et utilitariste ? Doit-elle être seulement un moyen de communication, ou plus largement un vecteur de culture ? Ne plus l’enseigner dans sa réalité historique mais dans sa forme réformée, ne risque-t-il pas bien au contraire de creuser plus encore cette « fracture sociale » ? Comparant l’état de notre langue à celui qui fut réservé au latin au XIXème siècle, Chervel ne sert-il pas alors l’idéologie d’un certain Nicolas Sarkozy, qui prétendait lors de la Présidentielle, que les deniers publics n’avaient pas vocation à financer l’étude du latin ? Va-t-on en arriver à dire que l’Ecole publique n’a pas vocation à enseigner la langue française ?

Chervel est inconséquent et met des œillères. Il prêche sans contradicteurs, et son pèlerinage perdure, mois après mois, espérant que sa croyance finira par s’imposer à tous. Dès lors, il annone sa litanie quel que soit le plateau, comme ici en 2008 pour Média part :

 

 

Ou bien là sur le plateau de France2 la semaine dernière :

 

 

Sans même de parler du bien-fondé de cette mutilation inutile de la langue, qui comporterait autant de principes que de contradictions (inutile d’en rapporter ici tous les détails), force est de constater que le débat est biaisé par la définition que l’on donne au terme « orthographe ». Du grec, ce mot est composé d’ «ortho » qui signifie « droit, correct »  et de « graphie » qui désigne « l’écriture » : l’ « orthographe » est donc textuellement « l’écriture correcte », « la graphie correcte ». Pourtant les diagnostiques sont plus larges, évoquant notamment les impropriétés, emploi fautif et non maîtrisé du vocabulaire, au même titre que les accords et que les doubles lettre comme le montrent ce reportage issu du journal de France2, dans lequel Chervel peut légitimement pense-t-on proposer sa réforme :

 

 

Pour autant, il ne faudrait pas tout confondre : la maîtrise de la langue est bien plus large que l’orthographe en elle-même, comme le montre les impropriétés relevées par le professeur au début du reportage. André Chervel n’en a cure et préfère radoter sa marotte de la double consonne pour régler tous les maux de la langue. Mais n’est-ce pas là réducteur. De quoi souffre la langue aujourd’hui ? Des phrases inintelligibles car non construites, un manque patent de vocabulaire et de richesse (contrairement à ce qu’affirme HONTEUSEMENT Philippe Mérieu pour qui les jeunes ont plus de vocabulaire que leurs prédécesseurs -sic !!!!- ), des accords non respectés, le tout n’étant pas simplement une exigence passéiste mais aboutissant à des contresens et à ce que la maîtrise de langue est censée combattre : la non-compréhension. Aujourd’hui, les élèves, et mêmes les adultes n’ont plus les mots pour le dire, les phrases pour se faire comprendre, les accords pour être cohérents.

André Chervel botte en touche et prétend que la raison qui poussent certains à ne pas vouloir réformer, c’est une révision de l’adage biblique « œil pour œil » :

 

 

Encore une fois, la maîtrise de la langue est indiscutablement réduite à une peine, une tâche ingrate et difficile, par laquelle il faut passer, comme jadis le service militaire. Elle n’est jamais envisagée comme la solution à un problème : l’incompréhension et la non-communicabilité des êtres vivants d’une même Nation. Etrange, paradoxale, que dis-je inepte argumentation,  pour celui qui est devenu linguiste et historien de la langue ! Et devant autant de souffrances et de stoïcisme, en ces temps de débats intenses, on ne saurait trop conseiller à Monsieur Chervel de prendre battre en retraite…  

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8 octobre 2010 5 08 /10 /octobre /2010 22:44

delhayeAlors que se préparent les Assises de Lyon qui verront la fusion définitive entre les Ecologistes (Verts et Europe Ecologie) avec l’objectif officiel d’une plus grande clarté et celui plus officieux mais autrement plus important d’assurer la continuité juridique nécessaire au financement public, Eric Delhaye, Président délégué de CAP21, tente un exercice de lecture quant à la participation future de son organisation dans cette machine à gagner écologiste, dans une tribune libre, après le départ en grande pompe du Mouvement Démocrate voilà quelques mois au lendemain de Régionales. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le mariage qu’il avait envisagé a du plomb dans l’aile. D’emblée, les périphrases alourdissent le beau projet sans parler du plus-que-parfait, synonyme d’horizon funeste :

« Nous avons été nombreux à espérer qu’un jour les écologistes seraient capables de se réunir dans un mouvement unique et indépendant. La dynamique d’Europe Ecologie et de ses coopérateurs pouvait laisser penser que cette heure était arrivée ».

 

Puis le couperet tombe net :  

 

« Si des partenariats sont envisageables, Cécile Duflot nous a clairement indiqué qu’il n’y avait pas de place pour CAP21 dans le processus fondateur du nouveau mouvement ou dans le bureau exécutif, ce qui a le mérite de la clarté et de la franchise. »

 

PhotoCorinneLepageC’est donc tout penaud que CAP21 est convié à rentrer à la niche. CAP21 a-t-il été sacrifié au nom de passé de Jupette de Corinne Lepage, dans un parti qui a toujours fait de son ancrage à gauche une donnée non négociable ? En d’autres termes, la dimension partisane l’a-t-elle emporté sur les considérations purement politicienne ? CAP21 a-t-il été victime de l’hégémonie des Verts dans cette nouvelle union comme semble l’indiquer Eric Delhaye quand il écrit :

 

« J’espère me tromper mais il est à craindre que l’opération Europe écologie ne devienne en réalité qu’un simple relookage des Verts et qu’il n’y ait aucune volonté de s’associer à un autre parti organisé comme CAP21 ni de chercher une synthèse programmatique avec l’écologie humaniste, progressiste et indépendante que nous représentons ».

 

Déjà vu déjà entendu ? Non, sans rire ! Ne reconnait-on pas là la rhétorique utilisée jadis pour quitter le MoDem ? Bien qu’il ne faille pas épargner les anciens Verts qui, selon toutes vraisemblances, sont hostiles de nature à toute alliance allant au-delà de leur périmètre gauche, ardents défenseurs d’un clivage… clivant, bloc contre bloc, pour s’assurer des retombées d’une bipolarisation qui rétribue à coups sûrs (une part négociée quand le PS est fort comme aux Régionales, ou un jeu d’égal à égal quand son principal partenaire est affaibli, comme lors des Européennes), il ne faudrait pas se laisser berner par la victimisation de CAP21, qui comme à son habitude reprend la bonne vieille litanie de l’éternelle victime.

 

Pour y voir plus clair, il n’y a guère besoin de remonter bien loin : l’après-présidentielles de 2007 suffit à y voir un peu plus claire nous aussi. Proche de l’UDF depuis sa création en 1996, CAP21 officialise sa collaboration avec François Bayrou au début de l’année 2007, quand Corinne Lepage comprend qu’elle n’aura pas les 500 signatures nécessaires pour briguer aux Présidentielles. Car il est une donnée qu’il faut bien comprendre pour saisir la trajectoire de ce parti : ce que veut Corinne Lepage, Cap21 le fait. Et vice versa. Elle qui dénonçait l’aura trop étouffante du « gourou Bayrou » avait de quoi méditer en observant la déférence qui lui est due par les adhérents du parti dont elle est la fondatrice et l’unique Présidente en 14 années d’existence.

modemCAP21 convole alors en justes noces dès mai 2007 avec le futur Mouvement. Pour autant, un premier désaccord, passé assez discret et malgré tout non des moindres, vient gâcher la fête : échaudé par les courants qui ont pu déstabiliser l’ancienne UDF et par la triste destinée des Verts, tiraillé de l’intérieur par moult sous-tendances, et dont Jean-Luc Bennahmias est le témoin le plus crédible, François Bayrou ne souhaite pas que CAP21 garde son identité et souhaite voir le parti de Corinne Lepage se fondre au projet humaniste du Mouvement Démocrate. CAP 21 ne l’entend pas ainsi, et Corinne Lepage avec lui. Lors du Congrès de Cap21 du 23 juin 2007, la participation du parti humaniste et écologiste à la fondation du Mouvement Démocrate est adoptée à la quasi-unanimité…sous-réserve de conserver une autonomie politique et financière. Corinne Lepage et son parti souhaite de toutes évidences garder une porte de sortie au cas où… L’occasion viendra pour prendre conscience que cette concession faite à la future eurodéputée sera une erreur. De fait, en décembre 2007, Cap21 devient membre fondateur du Mouvement Démocrate et conserve son autonomie politique et financière.

Par la suite, l’union sacrée fit son bonhomme de chemin. Corinne Lepage fut nommée vice-présidente du Mouvement en mai 2008 au lendemain des Municipales et fut en charge des Commissions mises en route pour élaborer une ligne programmatique. Les Européennes vont marquer un tournant.

eva jolyCorinne Lepage prend la tête de la liste du Nord pour ces Européennes aux côtés d’Olivier Henno. Dans le même temps, Eva Joly, pressentie pour rejoindre nos couleurs, se rétracte, après qu’on lui refuse la tête de liste d’Ile-de-France, dévolue à Marielle de Sarnez eurodéputée sortante. Cela aura toute son importance bien plus tard. Mais on ne le sait pas encore.

La campagne est un succès. Corinne Lepage en profite pour sortir un opus Vivre autrement, qui lui permet de théoriser sa vision de l’économie soutenable. Tout concourt à faire des ces élections une réussite puisque dans le même temps, François Bayrou cartonne en tête des ventes avec Abus de pouvoir. Les sondages donnent près de 15% au MoDem. C’est alors que la roue tourne… et Corinne Lepage avec.

Europe Ecologie, qui entre-temps, a récupéré Eva Joly fait une campagne besogneuse et efficace. Entraîné par un Cohn-Bendit qui en a vu d’autres, les intentions ne cessent de progresser. Fin mai, Europe Ecologie participe à l’anti-Bayrou envers et contre tout, le Président du MoDem qui décidément agace beaucoup. Avec la Gauche mais aussi la Droite républicaine, haro sur le Béarnais ; les conséquences sont immédiates dans cette micro-campagne. En quelques jours, Europe Ecologie connait une poussée quand les intentions de vote du Mouvement Démocrate s’effritent. Corinne Lepage qui se voyait bien accompagnée d’Olivier Henno à Bruxelles comprend rapidement que le pari est perdu. C’est alors que survient l’invraisemblable jeudi noir.

A quatre jours du scrutin, France2 organise le seul débat des Européennes de la campagne. Enregistré l’après-midi même, il accouche d’un bras de fer sanglant entre Cohn-Bendit et Bayrou. Personne le l’oubliera. On le comprendra plus tard, le leader d’Europe Ecologie avait parfaitement préparé son coup et tout tenté pour faire sortir le Président du Mouvement Démocrate de ses gonds. Non content de réussir son coup, il ne s’arrête pas là, et en sortant de l’émission contacte Corinne Lepage en jouant les offusqués. En vérité il jubile. Il flaire le coup de poker bien au-delà de ces Européennes. Le soir du 6 juin, Corinne Lepage passe par tous les états. Elle est remontée comme jamais. La rupture avec François Bayrou, qu’elle trouvait déjà trop hégémonique, est proche. C’est le point de rupture. Calmée, et rassurée par son entourage, elle reprend ses esprits pour finir la campagne. Mais pas pour longtemps  : dès le soir du résultat, qui est marqué par un résultat catastrophique pour le Mouvement Démocrate (8,5%), Corinne Lepage détonne sur les plateaux télévisés en sabordant le Mouvement et en expliquant que Europe Ecologie a réussi là où le Mouvement Démocrate avait échoué. Très négative, elle n’aura pas de mots trop durs pour condamner François Bayrou d’avoir choisi une campagne nationale là où les (rares) électeurs avaient décidé de choisir le débat européen et l’écologie.

86301 bayrouvanlerenberguneLa rupture est totale. Corinne Lepage comprend-elle que l’horizon 2012 est bouché, en tous cas en restant au MoDem ? Sans aucun doute. Pour elle, en tous cas, l’aventure est d’ores et déjà terminée. Lors du bilan fait au 133 bis rue de l’Université, l’ambiance est tendue, et Corinne Lepage continue l’offensive. François Bayrou quitte même le bureau, ce qui filtrera dans la presse. Nul besoin de se demander qui a livré l’info… Bennahmias qui n’a jamais véritablement apprécié la Présidente de CAP21 fulmine en face. Les conséquences sont immédiates : Corinne Lepage est priée d’arrêter les Commissions Démocrates, on lui demande de se faire plus discrète et d’avoir la critique moins acerbe. En privé, on lui demande certainement d’annoncer son départ après les Régionales histoire de ne pas plomber plus encore le Mouvement. Elle accepte le compromis et si elle soutient du bout des lèvres la candidature de son ancien numéro 2, Olivier Henno, pour les Régionales, elle n’oublie pas de donner son point de vue lors de la rencontre avec les militants et via le web crée un collectif Terre Démocrate qui ne fait aucun doute sur son objectif de scission : un des gestionnaires n’est autre que… Christophe Ginisty qui a claqué la porte du Mouvement quelques semaines plus tôt en faisant grand bruit.

Au Congrès d’Arras, elle fait un passage éclair, profitant de l’éclairage des médias pour dire qu’elle est persona non grata. Elle en profite pour dresser ses troupes contre le Mouvement lors du Module consacré aux Régionales, celles-ci reprochant à Jean-Marie Vanlerenberghe de ne pas avoir un « quotas » sur les listes du Mouvement Démocrate : la réponse est cinglante quand le sénateur rétorque qu’il avait toujours estimé que les adhérents de CAP21 étaient avant tout des adhérents du MoDem… Ambiance.

cap21 internetDurant la campagne, Corinne Lepage prend des contacts réguliers avec Cohn-Bendit et tire des plans sur la comète. Elle proclame préférer faire alliance à Bruxelles avec les Verts plutôt qu’avec l’ADLE. Pratiquant la stratégie de la terre brûlée, elle soutient dans l’Est la candidature d’Europe Ecologie contre la liste menée par Yann Wehrling, ancien porte-parole des Verts et membre du Mouvement Démocrate. Le soir des résultats du 1er tour, Corinne Lepage et Benhammias s’étripent en direct sur le plateau de France2 devant un auditoire médusé : les deux sont encore membres du même mouvement ! Quelques jours plus tard, Corinne Lepage annonce son départ du Mouvement Démocrate, décision entérinée par CAP21 quelques semaines plus tard. Dès lors elle est pressentie dans un rapprochement avec les Ecologistes.

 

Pourquoi alors, à peine quelques mois après ce rapprochement, la greffe n’a-t-elle pas prise ?

 

D’une part, il faudrait rappeler quelque chose : ce rapprochement n’avait rien de PROGRAMMATIQUE et d’IDEOLOGIQUE. Le 19 mai 2009, en pleine campagne des Européennes, Corinne Lepage n’avait-t-elle pas eu les mots les plus durs envers EE en expliquant qu’elle refusait de soutenir une liste qui comportait un « intégriste », disciple de Tariq Ramadan, qui ne s'oppose pas à la lapidation des femmes et qui oeuvre pour un communautarisme propre à défier la laïcité à la française ? Ou encore envers le grand écart entre Cohn Bendit et José Bové ?

  

 

Visiblement, toutes ces divergences la gênaient beaucoup moins une fois que les Européennes avaient rendu leur verdict.

Par ailleurs ces derniers mois ont vu une lutte de femmes : Cécile Duflot, héritière de l’écologie de cecile-duflotGauche et qui n’a jamais vu d’un bon œil l’arrivée de Corinne Lepage, Eva Joly, auréolée du succès des Européennes, et véritable fer de lance d’Europe Ecologie, et le Présidente de CAP21 qui a tenté de se faire une place. Las, les Universités d’été scellent son sort. Une fois de plus. En choisissant de faire d’Eva Joly la candidate pour les Présidentielles quand Cécile Duflot prenait la Direction du futur parti écologiste, les cadres écologistes condamnent Corinne Lepage : elle n’avait plus de place au jeu des chaises musicales. Sa déclaration à l’ouverture des Universités avait de quoi faire sourire :

« Je crains un virage trop à gauche, avec par exemple la position des Verts sur les retraites et cela me paraît très loin des positions de Daniel Cohn-Bendit. D’ailleurs, le recul de Daniel Cohn-Bendit au sein du mouvement est pour moi un aveu d’échec. »

 

Aujourd’hui les adhérents de CAP21 déchantent, une fois de plus. Les voilà sans ressources. Seuls avec leur eurodéputée, sans avoir de chance de voir leur voix se faire entendre à l’avenir. Leur candeur fait sourire : comment ont-ils pu croire un seul instant que les Verts n’allaient pas être dominants dans cette nouvelle structure écologiste ? Comment ont-ils pu penser que Duflot et Joly allait laisser l’oxygène nécessaire à Corinne Lepage, pour incarner une rivale dangereuse ? Face au cynisme de leur présidente, les adhérents de CAP21 ont pêché par naïveté. Ingénus, ils n’ont pas vu le cynisme de la trajectoire de l’ancienne Jupette. Les ambitions présidentielles de Corinne Lepage sont à présent un souvenir lointain et un rêve inaccessible. Corinne Lepage ou comment tout sacrifier pour sa trajectoire personnelle. C’est amusant : c’est exactement ce qu’elle reprochait il y a quelques mois à François Bayrou. Ou de la déclinaison éternelle de l’ironie du sort…

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3 octobre 2010 7 03 /10 /octobre /2010 22:39

collège1Le rapport du HCE, Le Haut Conseil de l’Education, Collège,  remis vendredi au Président de la République, n’a visiblement pas beaucoup ému la presse, et plus particulièrement la télévision qui a boudé l’événement. Il faut dire qu’en se contentant de l’introduction, l’on serait tenté de le résumer en la reconnaissance de l’inefficience voire l’inefficacité de notre collège. Une confirmation plus qu’une information comme le souligne Natacha Polony, dans Le Figaro, qui rappelle que la situation était déjà connue :

« Un message qui n’a rien de véritablement nouveau puisque le constat d’une crise au collège, lieu de violence et de malaise, où se révèlent les inégalités scolaires, est dressé depuis déjà quinze ans. Il le fut encore au printemps, à travers le rapport de la Cour des comptes, qui pointait, comme le HCE, les statistiques dramatiques sur les difficultés en français et en mathématiques. »

Et le journaliste d’enfoncer le clou : « 25% d’élèves en grande difficulté à l’entrée en 6e : le chiffre avait alors été contesté par la plupart des acteurs du système scolaire. Il ne l’est plus depuis que les enquêtes internationales PISA sont venues le confirmer. »

Rien de nouveau donc dans ce rapport, même si le HCE décline les diagnostiques (un collège qui accentue les inégalité, un collège qui n’a d’unique que le nom, un collège qui place la France parmi les mauvais élèves de l’OCDE) et les raisons de cet échec (une identité mal définie et qui fait de lui une propédeutique au lycée, un collège qui n’a jamais été une priorité, et des acteurs qui ont toujours été réticents à mettre en œuvre le collège unique). Pourtant, cette Institution comme elle en a le devoir, a émis des recommandations. A l’aune de celles-ci, observons ce qui se prépare, ou plus exactement ce que l’on souhaite voir s’y préparer.

collège2Tout d’abord, le rapport insiste lourdement sur l’identité même du collège unique. Et conteste d’emblée tous ceux qui y seraient opposés en assénant qu’un fonctionnement par filière ne résoudrait en rien les défaillances du système.

Bien au contraire, plutôt que de s’intéresser sur l’impossibilité pour un seul professeur de se dédoubler dans des classes devenues difficiles à gérer pour pallier l’hétérogénéité, le HCE préfère se contenter de dire que les professeurs ne sont pas assez formés, voire pas suffisamment volontaires, attitude qui résulterait d'une aversion de facto envers le collège unique. S’il recommande toutefois un encadrement plus important compte tenu du contexte (ce qui est totale contradiction avec les mesures prises chaque année depuis une décennie concernant l’Education Nationale, avec une réduction de plus en plus importante de postes), il estime que la charge des professeurs tendant à se diversifier, et le HCE de citer pêle-mêle en sus du « temps d’enseignement), le travail d’équipe, l’aide au travail, le tutorat sans penser nullement à évoquer la préparation des cours, la correction des copies, la participation aux examens, cela pourrait conduire les professeurs « à un allongement de leur présence dans l’établissement ».

 Bien évidemment bienveillants, les Sages ont tout prévu : « l’environnement matériel doit se prêter à cette nouvelle organisation du travail des enseignants : ils devront ainsi pouvoir disposer d’un bureau dans leur établissement afin d’assurer dans de bonnes conditions leurs diverses missions ». Jolie précaution mais assez peu crédible :

collège4Est-il nécessaire de rappeler que pratiquement aucun établissement ne dispose de l’espace nécessaire pour mettre à disposition par matière (ne parlons même pas d’un bureau par professeur), et qu’aujourd’hui les établissements flambant neufs HQE font en sorte que les professeurs ne disposent pas de leur salle mais vaquent de pièce en pièce faute de moyens justement ?

Est-il nécessaire de rappeler que la charge d’un professeur pour ses cours nécessite un temps ajustable de préparation et de correction de copies ?

Est-il alors envisageable d’estimer que le prix où est payé un professeur (1900 euros net après 10 ans d’exercice) est suffisamment faible pour qu’il voie dans cette redistribution horaire largement à sa défaveur un travailler plus pour gagner autant (voire moins si l’on considère l’inflation de son salaire comparativement à celle de la vie ?). A moins bien évidemment que les heures dévolues aux cours ne soient diminuées, ce qui entraînerait de facto une diminution des emplois du temps (après tout les élèves français ont déjà perdu un an de scolarité en français depuis 20 ans en nombre d’heure global : davantage de réduction de cours conduira forcément à réussir les fameux tests PISA qui semblent être dans le collimateur de nos grands Sages…)

 

collège3Pour autant le HCE a d’autres cadeaux dans sa hotte. Non content de prévoir une augmentation substantielle de présence non rémunérée dans l’établissement, fort des exemples allemands et anglo-saxons, il prévoit aussi des « dominantes » qui orienteraient les concours de recrutement, « ce qui pourraient conduire certains professeurs de collège à enseigner plusieurs disciplines ». Et le rapport de se faire l’élogieux écho de cet établissement de Bordeaux, qui fort d’une équipe pédagogique volontaire, propose à ses élèves des enseignements disciplinaires le matin, et des enseignements inter disciplinaires l’après-midi. A l’heure où le Gouvernement a imposé le recrutement des professeurs au niveau master, en estimant qu’il faut parfaitement connaître sa matière pour l’enseigner, force est de constater que les Grands Sages voient les choses différemment, et leur envie de faire du collège, la continuité de l’école vise également les professeurs qui à l’image de leurs collègues en primaire ne seraient plus des spécialistes mais des généralistes. La spécialisation n’interviendrait qu’au lycée. Ce qui sonne le glas du CAPES qui recrutait pour l’ensemble du secondaire, c’est-à-dire le collège et le lycée.

Non contents de réformer ce concours, ils souhaitent réduire la part prépondérante des savoirs universitaires (sous-entendu qui sont INUTILES pour enseigner à un niveau aussi « basique » que le collège) du concours : « Toute mesure prise pour confronter les futurs candidats aux concours de recrutement à la réalité et aux exigences du métier d’enseignement ira dans le bon sens ». Une préconisation qui serait louable si les savoirs savants n’étaient pas réduits à leur portion congrue… Au lieu de se questionner sur les moyens à mettre en œuvre pour lutter contre la violence et la difficulté à enseigner, le HCE préfère la résignation : autant apprendre aux néo-professeurs de faire " avec" . L’on a connu projet plus ambitieux que celui qui consiste à mettre des pansements sur des plaies béantes plutôt que de guérir du véritable mal.

collège5Mais la marotte du HCE reste ce socle commun des compétences décidé en 2005, et qu’il s’impatiente à voir mis en œuvre sur le terrain. Fustigeant tour à tour les professeurs, les syndicats, les Hauts Fonctionnaires et les Ministres qui se sont succédés de ne pas avoir fait une priorité de cette initiative prise en 1975 par Valéry Giscard d’Estaing lors de la création du collège unique, les Sages balayent d’un revers de mains les arguments de ceux qui prétendraient que ce socle serait un savoir au rabais (il est vrai que leur réforme du concours, la bi voire tri-valence des futurs professeurs et la diversité des missions proposées au professeur ont de quoi mettre d’aucuns sur ses gardes…) : s’occuper des élèves en difficulté n’empêchent pas de s’occuper de ceux qui sont en excellence scolaire. Il est vrai que la quasi-disparition  de la carte scolaire a quasiment fait disparaître les seconds de certains établissements, mais comme le disent les Grands Sages, cela aura eu « le mérite indiscutable de mettre fin à l’hypocrisie antérieure ». A cynique, cynique et demi…

Toutefois, le bouquet final est encore à venir. Car les artificiers du HCE ont garder leur plus belle gerbe pour la fin : l’autonomie des chefs d’établissements, ce qui selon les dernières informations, semblent être une recommandation très intéressante pour le Président de la République, amis tremblez ! Car si dans cette autonomie figure une marge de manœuvre de 10% dans les budgets alloués afin de répondre au mieux aux besoins (de la même manière afin de ne pas encourager les établissements à faire redoubler les élèves dans le but inavoué de « remplir » les effectifs, ces derniers seraient fixés pour quelques années sans la pression de perdre des classes et des postes), le HCE propose aux chefs d’établissements de… recruter leurs professeurs, comme cela se fait en Angleterre. Cela pose EVIDEMMENT des véritables questions :

collège6Quid des professeurs qui ne seraient pas « choisis » ? Que fera-t-on d’eux ? Les mettra-t-on dans des établissements ghettos dans lesquels se retrouveront ceux qui n’auront pas été sélectionnés ? Ou chaque principal aura comme obligation d’avoir un « quota boulet » comme lorsque l’on compose une équipe pour la balle au prisonnier ?

Par ailleurs, sur quel critère seront sélectionnés les professeurs et notamment les jeunes formés ? Sur des dossiers ou des fichiers ? Remplis par qui ? Les principaux ? Où se situe ici le contre-pouvoir en cas d’une injustice flagrante (mais rassure-vous il n’y a JAMAIS eu de conflits avérés en France entre un Principal et l’équipe pédagogique d’un collège…) ? Faut-il rappeler ce constat d’un secrétaire du SNES de Lille qui explique que les conflits entre professeurs et principaux ont EXPLOSE en quelques mois ?

Enfin et surtout, il faut rappeler que dans la « logique disciplinaire » que veut occulter le HCE, les responsables pédagogiques des professeurs restent l’Inspecteur, qui comme le professeur, a les connaissances et l’expérience de la matière. Aujourd’hui le rapport propose donc in fine de le substituer au principal : comment dès lors être jugé par un ancien CPE ou un ancien professeur de SVT qui aurait obtenu son concours de chef d’établissement : en quoi ses connaissances font-elles autorité en anglais ou en français ? Au nom de quoi serait-il légitime pour décréter ce qu’il faut enseigner et la manière dont il faudrait procéder ? Seule la pédagogie d’ensemble et les méthodes jugées a priori seront auréolées au détriment de la transmission des savoirs qui sera tout bonnement secondaire.  Mais il faut dire que le socle de commun de connaissances ressemble tant à un socle commun des compétences (d’où la lourde insistance du HCE pour abroger définitivement la notation – encore heureux que nous n’ayons pas eu encore une fois de plus à nous « manger » la constan(c)e macabre d'Antibi… -) que le pas est sur le point d’être franchi. Disons le tout net : dans quelques années, cela n’aura nulle importance de savoir conjuguer le verbe avoir au passé composé ou de savoir démontrer qu’une droite est perpendiculaire à l’autre : du moment que l’élève communique sans frapper, sait attacher une pièce jointe pour valider le B2i et baragouine trois mots clefs d’anglais même sans syntaxe pour valider son A2, il aura toute les chances d’être un bon élève du collège.

collège7Et c’est avec cela que les Grands Sages nous voient grimper dans le classement PISA ? Faut-il rappeler que les tests qu’ils proposent en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences sont des exercices « à l’ancienne », d’application d’une connaissance et de la restitution de celle-ci. Il n’est pas sûr qu’avec une telle organisation, la réussite soit de notre côté.

Le bilan de ces recommandations est accablant : le maintien coûte que coûte du collège unique (avec pour rassurer tout le monde une revalorisation du technologique et du professionnel , dont la culture sera inculquée à tous les collégiens « à parité d’estime avec les discipline traditionnelles »), un Collège qui deviendrait une « Ecole du socle commun », aux exigences revues à la baisse, les connaissances laissant la place aux compétences, avec validation sans évaluation, des professeurs de moins en moins spécialisés, aux savoirs généralistes mais à la pédagogique suivant la ligne directrice de l’établissement où il aura été… choisi, puisque cette affirmation est non des moindres, les principaux, forts d’une autonomie quasi-totale, auront la liberté de recruter selon leurs desideratas.

 

Les Pédagogistes peuvent se gausser : ils viennent de remporter une bataille colossale face à tous les autres, et pas seulement les nostalgiques : ceux qui ont tout simplement un minimum d’exigence pour leurs descendants, histoire de leur donner les armes pour réussir dans un monde devenu de plus en plus sélectif. Aujourd’hui l’objectif est clair : créer une masse avec un savoir minimum et non minimal, comme l’on dotait jadis les esclaves britanniques d’un « basic english » pour ainsi créer une main d’œuvre à bon marché et qui n’aura même plus les armes du langage pour se rebeller (on comprend mieux l'allusion de Luc Châtel lors de son discours de rentrée quand il disait préférer des petits matins quotidiens que des "grands soirs"). Pour ceux qui le pourront, resteront les établissements privés qui donneront ce que le public ne leur donnera plus. Ceux qui en auront les moyens sont bien moins nombreux que ceux qui sont dans le besoin : cela tombe bien, car l’on aura toujours davantage besoin d’ouvriers que de cadres dirigeants ; Quand je vous le disais : à cynique, le HCR est cynique et demi…

 

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Published by Yves Delahaie - dans De l'éducation
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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