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7 octobre 2013 1 07 /10 /octobre /2013 10:44

Ce n’est pas la première fois que la mouche l’a piquée mais Marine Le Pen voit rouge quand on classe son parti dans l’extrême droite et promet à l’avenir de porter plainte. Contrairement à ce que l’on a pu lire ou entendre, la polémique n’est pas seulement sémantique : c’est l’acte final de la métamorphose du Front national.

La question n’est pas de savoir si le Front national fait effectivement partie de l’extrême droite : comme le rappelle Laurent de Boissieu, le Ministère de l’Intérieur distingue lui-même le FN de l’extrême droite, car rappelle-t-il « Parce que le bureau des élections du ministère de l’intérieur sort un parti des grandes catégories si celui-ci a atteint un certain poids électoral, c’est-à-dire en ce qui concerne le FN depuis les élections législatives de 1986. »

C’est en quittant son statut de groupuscule qu’il s’était débarrassé de son étiquette. Pour autant, le Front national en avait-il quitté la matrice ?

Bien évidemment que non.

En faisant des immigrés des boucs émissaires permanents, en étant Provie contre l’égalité des Droits et pour la peine de mort, le FN était devenu une grande auberge espagnole, fidèle d’ailleurs à la tradition de l’extrême droite qui a toujours eu du mal à se rassembler. Des identitaires aux intégristes traditionnalistes, sans oublier les antisémites que Jean-Marie Le Pen n’a jamais cessé de flatter et de séduire à grande gerbe de déclarations fleuries, pot pourri, tout ramenait le Front national à l’étiquette décriée.

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L’arrivée de Marine le Pen à la tête du parti a quelque peu brouillé les pistes. Faisant mine de s’attaquer à tout ce qui faisait patibulaire, elle a exclu les bombers et autre crânes rasés des défilés, exclu également Alexandre Gabriac pour un salut nazi, ou encore fait le ménage dans le réseau de Gollnisch plus isolé que jamais au Bureau national.

Mais, naïfs, et ils sont de plus en plus nombreux, ceux qui ont pu y voir un virage à 180 degrés. Marion Maréchal Le Pen qui deviendra députée et Julien Rochedy, chef de fil des jeunes Marinistes se sont rappelés au bon souvenir de certains, clichés à l’appui pour démontrer que la relève n’était pas prête à rompre avec les anciennes relations, à l’image de la Présidente qui valsa dangereusement à Vienne. Bruno Gollnisch continue de protéger au sein du Conseil Régional Alexandre Gabriac, alors que celui-ci était à la tête des Jeunesses nationalistes avant que le groupe ne soit dissout en juin dernier. Le même Gollnisch qui dit d’un député de la République qu’il est un « français de relativement fraîche date », et explique que « ces gens-là » manquent de décence parce qu’ils veulent « faire venir tout le monde » alors qu’on les a « invité chez nous »… Toute ressemblance avec l’extrême droite serait donc fortuite à croire Marine Le Pen.

Récemment, c’est le leader du bloc identitaire, organisateur des apéros saucisson-pinard, et ouvertement anti-musulman qui a rejoint les rangs des Marinistes

En réalité, peu importe tous ces faits que le citoyen continue à ignorer superbement, faute d’une sphère médiatique consciencieuse, et qui mettrait en face de Marine Le Pen ou de Florian Philippot, quand ils sont invités sur les plateaux, à s’exprimer. La Faute aussi à Mélenchon et ses amis, dont les outrances ne font que le placer à hauteur de Marine Le Pen… en moins séducteur pour les électeurs…

Ce qui semble aujourd’hui irrémédiable c’est que dans la tête de ces fameux citoyens, le Front national a réussi là où François Bayrou a lamentablement échoué : ringardiser définitivement l’étiage gauche/droite. Florian Philippot, à qui Marine Le Pen doit beaucoup, est parvenu à modifier une partie de l’ADN du parti. Pas celle de ces adhérents. Mais celle de son volet économique.

Pendant des années, le FN surfait sur des lendemains incertains, car sa poussée dans les classes populaires se heurtaient violemment à un programme économique ultra-libéral, pour une négociation des salaires directement avec l’employeur sans smic, pour la liberté de licenciement, contre les impôts… Ses fiascos à la tête des municipalités n’en furent qu’une conséquence directe.

Issu des rangs chevènementistes, Florian Philippot est parvenu à placer le FN sur les mêmes bases que le Front de gauche, avec un état fort et une condamnation sans partage de l’Europe, devenue bouc émissaire numéro un. Evidemment, le FN rajoute un autre bouc émissaire, en la personne de l’immigré ou même de l’islam que l’on maquille en islamisme pour faire bon genre, mais le discours lui est semblable.

Le FN est parvenu à inventer un nouveau baromètre qui n’est plus dans un clivage droite/gauche mais qui est dans celui europhile/eurosceptique. Et c’est sans doute une des raisons pour lesquelles sa position est apparue confuse et maladroite lors du mariage pour tous, quand le clivage droite/gauche, progressiste/conservatisme refaisait surface.

Dans cette nouvelle grille de lecture, qui tend à s’imposer dans la population, l’étiquette même d’extrême droite n’existe plus. Du moins dans la tête des électeurs. C’est tout le pari que fait Marine le Pen à la veille d’une année électorale capitale.

Caricature du talentueux Placide

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30 septembre 2013 1 30 /09 /septembre /2013 10:43

Cette fois-ci, c’en est trop. Le cacophonique duel opposant le Ministre de l’Intérieur Manuel Valls, à celle du Logement, Cécile Duflot, doit sceller le sort de ce gouvernement. « Doit », car à l’heure qu’il est, rien ne semble indiquer que Jean-Marc Ayrault rendrait la démission de son gouvernement. Pour autant, la situation ne peut plus durer.

Il ne s’agit plus ici d’un simple couac, d’une boutade, d’un dérapage ou je ne sais quel fiasco que le gouvernement s’évertue à décliner à l’envi depuis plusieurs mois. En déclarant que Manuel Valls mettait en péril « le pacte républicain », pour tenter de redorer son blason plus qu’écorné après le départ retentissant de Noël Mamère d’EELV et donner des gages de légitimité à sa participation au gouvernement, Cécile Duflot a commis l’irréparable.

Cécile Duflot a-t-elle pris conscience du sens de ces mots quand elle a lancé tel un pavé dans la mare « pacte républicain » ? A-t-elle pris conscience de ce que cette expression, pleine de majesté, impliquait ? Le pacte républicain, ce n’est pas seulement la fraternité comme l’angélique s’entête à le croire dans un parti qui n’aura décidément jamais rien compris aux valeurs françaises, en témoigne son obsessionnel penchant pour le multiculturalisme au détriment des valeurs universelles. Le pacte républicain c’est à la fois les trois piliers de notre devise, mais aussi la démocratie. Mais aussi l’école républicaine. Mais aussi la probité. Mais aussi la laïcité.

Faut-il alors rappeler à Cécile Duflot les liaisons dangereuses de son parti avec le communautarisme musulman ? Faut-il rappeler à Cécile Duflot, qu’à ce titre, les Verts ont refusé notamment de voter la loi sur les signes ostentatoires dans l’école publique de 2004 ? Faut-il rappeler à Cécile Duflot les trente années d’errance de Philippe Mérieu un des élus cadre d’EEV qui a détruit à grand coup de pédagogisme notre belle école républicaine qui avait mis la transmission des savoirs au cœur de l’éducation ? Faut-il rappeler à Cécile Duflot qu’une des élus Vert a été épinglée avec un compte en Suisse de 350000 euros, suspectés de provenir d’un blanchiment d’argent lié à la drogue ? Faut-il rappeler à Cécile Duflot que les Verts ont eu une sénatrice, Alima Boumediene-Thiery, qui non seulement appelait à un boycott illégal contre les produits israélien ou qui dénonçait un « lobby sioniste » qui sévirait en France mais avait en outre demandé des faveurs pour scolariser son fils dans un internat public, en se plaignant que ses revenus soient étrangement plus élevés que les plafonds des critères sociaux (10000 euros mensuels pour un sénateur !) et que sa réélection était incertaine et compromettait donc son avenir financier ?

Sont-ce là des comportements et des agissements conformes au « pacte républicain » ?

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Madame Duflot aurait sans doute dû nettoyer devant sa porte avant de jeter l’opprobre sur Manuel Valls. Certes ce dernier n’a certainement pas été très adroit sur la forme de ses déclarations. Mais comparer sa position, comme l’ont fait certains, à celle de Nicolas Sarkozy, l’homme de Ministère de l’identité nationale, du discours des frontières de Toulouse ou encore celui qui dissimule derrière le Buisson un panneau douane écrit en arabe dans son spot de campagne, il y a là une autre frontière qui a été plus que franchie.

Comment d’ailleurs Cécile Duflot peut-elle continuer de travailler et de collaborer dans un gouvernement dans lequel le numéro deux romprait avec le pacte républicain ? La Ministre du Logement pourrait-elle s’affranchir de pareilles valeurs ? Comment n’a-t-elle pas pu demander sa tête ou celle du Ministre de l’Intérieur pour trancher net ?

L’heure est grave. Alors que la France n’est toujours pas sortie de la crise, et que le Front national ne cesse de montrer les crocs à la veille d’une année électorale de tous les dangers, le gouvernement Ayrault n’a plus le choix. Il doit cesser de montrer ce spectacle indécent d’une équipe qui n’en est plus une depuis longtemps déjà. La synthèse à la Hollande, qui l’a vu composer un gouvernement qu’avec des socialistes et les Verts, a montré ses limites et surtout ses échecs.

En proposant un nouveau gouvernement, François Hollande enverrait un signal fort : celui d’avoir pris conscience des errements et de ses erreurs. Faute avouée à moitié pardonnée dit le proverbe. La sagesse doit l’emporter au risque de perdre bien plus qu’un ou deux scrutins…

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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 10:40

« Il faut savoir finir la guerre de Cent Ans » : c’est avec cette référence hautement historique que François Bayrou entrevoit l’avenir de son mouvement. Pas celui du MoDem. Celui du Centre. Et la nuance est de taille.

Le MoDem n’aura donc survécu qu’un peu plus d’un lustre. Car il ne fait aucun doute qu’une fois absorbé dans la force centripète de l’UDI, un nouveau parti renaîtra de ses cendres, tel un Sphinx qui vérifiera définitivement l’adage pourtant sarcastique de François Mitterrand : « le centre est ni de gauche, ni de gauche ».

François Bayrou a beau multiplier les déclarations, la joie de ressuciter « LE » centre, de mails aux adhérents pour les rassurer au son du « non, je n’ai pas changé d’une ligne » en réponse à Borloo quand il choisit parfaitement sa formule en déclarant qu’il est entré dans « l’opposition », en faisant chuter cette épithète « constructive » qui faisait toute sa singularité, il ne fera croire à personne que la perspective d’un rapprochement, ou d’une union entre le MoDem et l’UDI ne résonne pas comme l’aveu d’un échec. SON échec.

En 2007, alors porté par un mouvement populaire qui recueillit presque 7 millions de voix lors de la présidentielle 2007, le Béarnais avait alors toutes les cartes en main. C’est lui qui impose un débat dans l’entre deux tours avec Ségolène Royal, dérogeant avec la tradition de la Cinquième qui ne voit qu’un débat entre les deux finalistes. C’est lui qui est courtisé par la même candidate du Poitou, jusqu’au bas de son appartement parisien pour tenter d’empêcher la victoire annoncée de Nicolas Sarkozy.

C’est surtout lui qui crée le Mouvement démocrate qui avait alors l’ambition de casser l’étiage droite gauche pour imposer une nouvelle vision de la politique, qui ne se plaçait plus au service des partis mais au service des Français. Une force idéologique qui comprenait, enfin, qu’une loi n’a pas à être votée parce qu’elle est de droite ou de gauche, mais parce qu’elle est utile au citoyen.

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Ce mouvement est véritablement né un été indien, en ce mois de Septembre 2007 à Seignosse, lors des Université d’Eté qui réunirent 2000 personnes de tous horizons de centre droit, mais aussi de gauche. Plus généralement, de nombreux citoyens étaient alors réunis pour construire quelque chose quand beaucoup d’entre eux n’avaient jamais franchi le cap de l’engagement.

Que reste-t-il aujourd’hui de ces promesses si ce n’est un tas de fumier que l’on tente de dissimuler dans un joli paquet cadeau pour faire bonne figure ?

Il serait injuste de prétendre que l’escroquerie du MoDem se résume à un seul homme, car la sentence ferait l’économie de remises en question et des erreurs, qui, au-delà des décisions parisiennes, ont été faites.

Mais elle est née d’une stratégie entièrement tournée envers l’ambition et la trajectoire d’un homme, qui a fait du destin présidentiel, son destin. Sacrifiant toutes les élections intermédiaires qui auraient pourtant permis de faire émerger les nouveaux cadres du mouvement, et, techniquement parlant, de fonder le maillage local indispensable pour former les armées pour le combat électoral, le Bureau politique du MoDem parisien s’est évertué à foncer droit dans le mur, en continuant d’imposer une communication verticale : Bayrou et son cercle décident, et le mouvement suivra.

En Conseil national, les décisions étaient déjà parties à l’impression alors que la journée de « débat » s’ouvrait. A l’issue d’une distribution des paroles savamment pensée, les motions encore fumantes étaient soumises au vote de confiance, à la main levée.

Mais au-delà de l’échec de l’organisation d’un mouvement qui voulait faire de la politique autrement en dupliquant ce qui se faisait déjà à l’époque de l’UDF, le courage aura manqué et chaque ambition promise en 2007 s’est vue cocufiée avec un déterminisme acharné. Comment vouloir proposer une autre politique et une autre éthique, avec un véritable Parlement reprenant tous ses pouvoirs, quand on s’évertue à s’inscrire dans le système castrateur de la présidentielle telle qu’elle est instituée dans la  Cinquième République ?

François Bayrou a échoué là où Marine Le Pen a construit le fruit de son succès : le Béarnais voulait casser la lecture droite/gauche, cette hydre à deux têtes qui puise sa force dans une bipolarisation abêtissante, mais il n’a eu de cesse de revenir à la sémantique du « Centre », se plaçant de facto entre la droite et la gauche, ce qui revient à les conforter dans leur existence. Le Front national a non seulement mis dos à dos l’UMP et le PS avec son terrible mot valise « UMPS » mais il a fait bien davantage en imposant dans l’opinion publique que la véritable fracture politique réside sur la position européenne et sur la notion de frontière. Et dans cette grille de lecture, Bayrou est ringardisé, placé dans le même placard que les autres, dans un jeu de massacre dans lequel la République française finira par y perdre son âme.

L’union nationale doit s’incliner face à la division et l’ostracisme. Quel effroi ! Mais comment en serait-il autrement quand celui qui appelle de tous ses vœux à l’union nationale ne la conçoit que s’il en est le centre ?

Alors François Bayrou pourra toujours fêter ce week-end à Guidel la résurrection du Centre. Et se partager les postes à venir. Parmi les invités, certains porteront, seuls et en silence, le deuil d’un espoir désenchanté.

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16 septembre 2013 1 16 /09 /septembre /2013 10:38

Ce sera donc un braquage, un de plus, un de trop, qui aura fait saigner les stigmates. Ceux d’un pays exsangue qui a perdu ses repères et ses valeurs et qui avance titubant en attendant la prochaine catastrophe. On imagine l’affaire du bijoutier de Nice se produire une semaine avant une échéance électorale, à la manière de celle de Papy Voise qui avait « hystérisé » la présidentielle 2002.

Aujourd’hui, ce sont plus d’un million d’internautes qui soutiennent le bijoutier, qui n’a nullement agi en position de légitime défense comme il tente de l’imposer dans l’opinion publique, puisque le braqueur était reparti et qu’il était de dos. Rien de légitime ici, mais seulement un abattage cynique qui rappelle l’Amérique parano décriée par Michaël Moore et qui a fait de la vengeance par l’arme une liberté quasi fondamentale.

Nulle question ici d’amender l’odieux forfait du braqueur. Mais au nom de qui agissent ceux qui se font justice eux-mêmes ?

Pas de bourreau où le geôlier suffit.

      Mais, reprend-on, - il faut que la société se venge, que la société punisse. - Ni l’un, ni l’autre. Se venger est de l’individu, punir est de Dieu.

      La société est entre deux. Le châtiment est au-dessus d’elle, la vengeance au-dessous. Rien de si grand et de si petit ne lui sied. Elle ne doit pas « punir pour se venger » ; elle doit corriger pour améliorer.

Ces quelques lignes de Victor Hugo écrites en 1832 en préface à son récit “Le Dernier Jour d’un condamné” n’ont jamais été autant d’actualité. Atemporelles. Et quelle vertu exprimée au regard du cynisme de ceux qui, comme dans les JT, estiment que le braqueur n’a que “ce qu’il mérite”.

Tout manichéisme est à proscrire ici. Nier qu’un sentiment d’impunité domine dans notre société, dans laquelle il devient aussi simple de braquer une bijouterie que d’aller au distributeur automatique, serait d’une crasse bêtise. La France traverse une véritable crise judiciaire et ne semble plus remplir sa fonction qui est de punir et corriger les délinquants. Dans une société dans laquelle les voleurs et les criminels sont punis par la Justice des hommes, avec justice et justesse, il ne viendrait à l’idée d’aucun bijoutier de prendre une arme pour se faire justice soi-même.

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Mais se contenter de cette analyse n’est pas seulement céder à la paresse : c’est aussi préparer avec cynisme la démagogie nécessaire à l’instrumentalisation. Car il ne viendrait à l’idée d’aucun bijoutier de prendre une arme pour se faire justice soi-même non plus, si nos politiques, les représentants du Peuple, n’avaient pas, eux-mêmes, montrer la voie du désordre, de la gabegie et surtout de l’anarchie. A grands coups de boutoirs, combien d’entre eux ont piétiné de leurs godasses crasseuses la République et ses Institutions, devenues un paillasson sur lequel on construit ses trajectoires électoralistes ?

Que penser de Samia Ghali quand elle refuse de condamner l’incendie criminel d’un camp de Roms, ajoutant même qu’elle “comprenait” l’exaspération de ceux qui ont voulu faire “un petit nettoyage (…) pour faire propre” ?

Que penser d’Henri Guaino, le mal payé le plus bruyant de la République, qui humilie la Justice et un Juge d’instruction, quand il estime qu’une décision de justice ne correspond pas à son intime conviction ? Contribue-t-on à la pérennité et au respect des Institutions quand un député de la République par alors d’“indignité” ou encore de “déshonneur des Institutions” ? Le même fossoyeur qui avait déjà réinventé la Constitution en prétendant que “sociétal” et “social” étaient synonymes dans le but de vendre une parodie de référendum pour le mariage pour tous, prétendant que le “Robert des noms communs” était préférable au Dalloz pour interpréter les articles de notre Droit fondamental.

Que penser de Christian Estrosi quand il s’acharne sur les Roms en menaçant “J’en ai maté d’autres, je vous materai”, et en détaillant tout un plan de harcèlement qu’il prétend pouvoir donner à tous les maires de France ? Sont-ce là des méthodes respectables d’un élu du Peuple, celui des Lumières et des Droits de l’homme ?

Que penser enfin de cette minable mise en scène orchestrée par David Pujadas, quand, sur le plateau de “Des paroles et des actes”, il a fait témoigner à visage caché, la mère d’une victime de viol, dont l’agresseur vit en toute impunité, pour la confronter à la Garde des Sceaux, summum du voyeurisme et de la politique spectacle qui, comme par hasard, s’est déroulé quelques jours avant le drame de Nice ? Ce genre de mise en scène de l’odieux ne participe-t-il pas au climat de peur et surtout au sentiment d’impunité qui pousse tout à chacun à croire que, la Justice l’abandonnant, il ne reste plus qu’à se faire justice soi-même ? Monsieur Pujadas dort-il sur ses deux oreilles depuis jeudi dernier ?

Il y a trente-deux ans, Robert Badinter, contre l’opinion publique, avait fait adopter par la nouvelle Assemblée nationale l’abolition de la peine de mort. Une loi historique qui montrait que la République ne voulait plus se substituer à la nature ou à Dieu. Le 18 septembre 1981, la République avait choisi d’écarter la vengeance de son vocabulaire. Mais ça, c’était avant.

Aujourd’hui, la France est en deuil. Car cette France de Badinter se meurt. Plus que jamais.

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 10:36

Alors que la rentrée battait son plein lundi dernier, les professeurs écoutaient bien sagement, une journée avant les élèves, les chiffres que les chefs d’établissement communiquent chaque année, avec la même litanie : est-on au-dessus ou en dessous de la moyenne nationale ? Avec la remise en question nécessaire quand on est passé sous la ligne rouge.

Une ligne pourtant largement surélevée : 84,5% pour le brevet des collèges et 86,8% pour le bac. Et pendant ce temps, dans les classements internationaux, la France ne cesse de s’effondrer loin derrière la Finlande et la Corée du Sud.

Ce même lundi, on attendait le Ministre de l’Education venir vendre sa réforme, celle qui devait refonder l’école : on eut le droit à la visite de François Hollande à Denain, dans un des bastions les plus massacrés sur le plan scolaire et culturel. Et alors que le Président de la République était venu parler de la réforme des rythmes scolaires, on eut le droit à une polémique sans fins sur un cliché malheureux de l’AFP. Pendant ce temps, Vincent Peillon, à ses côtés, jouait les figurants. Amusante scène quand on sait avec quelle véhémence, et pourtant quelle justesse, le PS fustigeait en son temps le Ministre laqué, Luc Châtel, lisse parce qu’il le valait bien, et qui s’effaçait sans laisser de trace en toutes circonstances pour laisser Nicolas Sarkozy prodiguer la bonne parole. Le changement, c’est pour quand ?

Il faut dire que la montagne que devait être la réforme de Vincent Peillon aura accouché d’une famélique souris. Censée refonder l’école républicaine, elle n’aura finalement abouti qu’à trois placebos, aussi futiles que dispendieux pour certains : la création de 60 000 postes, le rétablissement d’une partie de la formation professionnelle pour les professeurs stagiaires et un retour de la semaine à 4 jours et demi dans le primaire.

Comment peut-on nous faire croire qu’un tel dispositif pourrait avoir la prétention de guérir notre système scolaire ? François Hollande persiste et signe dans cette idéologie mortifère pour nos comptes publics, qui consistent à considérer que l’éducation ne serait qu’une affaire de moyens, et que l’argent suffit à combler nos manques. Illusion.

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L’autre lubie consiste à croire que les rythmes scolaires sont en cause, et que les élèves ont trop de cours, tout en sous-entendant que les professeurs ne travaillent pas assez, dans un paradoxe épuisant. Peu importe que les élèves se couchent de plus en plus tard dans leur foyer, à grands coups d’écrans et d’(anti)chambres de Boulanger qui leur sert de dortoir : l’école est stigmatisée comme étant la seule responsable, comme si le rythme biologique était LA raison de notre échec. Dans le même temps, la Corée du Sud caracole en tête des bilans internationaux tout en créant des lois pour empêcher les cours du soir au-delà de minuit…

Avec la même crasse bêtise, on continue de vanter les mérites de la Finlande, l’autre nation qui domine leclassement PISA, en expliquant que l’individualisation doit primer, et que le redoublement et la notation sont traumatisants et empêchent les élèves de réussir… quand les méthodes de la Corée du Sud multiplient les exigences et la pression pour des résultats spectaculaires.

La vérité est ailleurs. Elle n’est ni en Finlande, ni en Corée du Sud, dont l’antinomie montre seulement que la réussite est au bout de ceux qui restent fidèles à une ligne claire et conformes à leur culture. En France, il y a eu une rupture. Et quelle rupture ! Le Pays des Lumières, du savoir et de la culture a rompu, voilà plus de trente ans avec ce qui avait fait la puissance de son système scolaire : la transmission du savoir. Même avec un simple certificat d’étude et en quittant le système scolaire à douze ans, un enfant savait écrire sans faire de fautes… en tous cas bien moins qu’un élève passant le bac aujourd’hui.

La question n’est pas de savoir si l’école était mieux avant : ce débat n’a aucun sens quand on sait comment l’école s’est démocratisée. La question est de savoir comment nos enfants, ceux qui feront la Nation de demain, font pour acquérir du savoir et des connaissances, quand ils n’ont pas eu la chance de l’avoir au biberon. Il est trop facile de blâmer l’école en l’accusant de ne pas savoir faire progresser ceux qui sont en difficulté : comment le pourrait-elle quand on l’empêche de transmettre et de faire apprendre ?

C’est cela que Vincent Peillon devait travailler. Las, sa copie s’égare dans un hors sujet des plus consternants, quand on sait qu’elle concerne plus de 20% de notre budget. Et dire que l’éducation devait être la priorité de ce gouvernement…

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2 septembre 2013 1 02 /09 /septembre /2013 10:34

La France doit-elle entrer en guerre avec la Syrie accompagnée par les Etats-Unis ? Bien malin, celui qui, d’un ton péremptoire, peut donner une réponse qu’il estime incontestable.

La zone du Moyen-Orient n’est pas seulement une poudrière, les Balkans du XXIème siècle : c’est aussi un territoire sur lequel règne une alternative incompatible avec nos valeurs humanistes : la dictature ou l’islamisme. Le Printemps arabe s’est rappelé à notre bon souvenir et l’instable Egypte est une épée de Damoclès qui flotte sur la moindre de nos décisions.

Pour le dire plus simplement, il n’y aura aucune bonne décision. En entrant en guerre sans l’aval de l’ONU, on fragilise encore davantage une Institution qui avait déjà été bafouée en 2003 lors du conflit Irakien en ouvrant la porte à une démocratie que l’on sait peu hermétique aux fous de Dieu. En ne faisant rien, on se résigne à voir Bachar el-Assad continuer de massacrer la moindre opposition le contestant.

François Hollande est le chef des armées. C’est à lui que revient la décision d’entrer ou non en guerre. Et les grotesques leçons de républicanisme de Mélenchon n’y feront rien : s’il est un domaine qui est chasse gardée de l’Elysée, c’est bien celui-ci.

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Cela ne le dispenserait pas de prendre en compte la gravité du moment et d’en parler avec les différents responsables des autres partis politiques, et même avec l’Assemblée nationale. Un vote du Palais Bourbon serait même envisageable. Mais le conditionnel s’impose, car, s’il n’avait pas lieu, il n’y aurait pas de scandale à dénoncer.

Personne ne semble en réalité faire confiance à François Hollande, de suspicions en avertissements au Président.

La Présidente du Front National rejoue là la partition qu’elle préfère en brandissant le spectre de l’islamisme, renouant aussi avec la tradition d’un parti qui a toujours fait ses yeux doux aux dictateurs. Marine Le Pen a même été prêché la bonne parole en janvier dernier sur une chaîne d’information pro-Assad pour étayer sa vision qui n’a rien d’ambiguë…

Plus surprenant, François Bayrou a entonné le même chant, accusant le Président de la République de vouloir remettre la Syrie aux fondamentalistes, comme si Bachar El-Assad était le garant de la laïcité en son pays. Une fumisterie. Une de plus. Surtout quand on voir la tête de la Syrie faire la danse du ventre avec l’Iran, qui n’a rien d’un état laïc.

De Marine Le Pen à François Bayrou en passant par Mélenchon et les réticences entendues à droite, tout laisse à croire que vient de s’ouvrir le bal des faux-culs. Parce qu’au lieu de reconnaître qu’aucun choix n’est en soi satisfaisant, chacun tente de tirer la couverture de son côté, préparant une saison électorale qui sera fatidique pour nombre d’entre eux. Avec quel cynisme, ils en oublient que depuis deux ans, ce sont des milliers de Syriens qui, privés de liberté de parole, sont massacrés dans le silence assourdissant de la communauté internationale, voire la complaisance d’autres grandes nations comme la Russie ou la Chine toujours prête à protéger ceux qui bafouent les Droits de l’homme.

La décision de 2013 n’a rien à voir avec celle qui avait été prise en 2003 : les victimes se comptent dans des proportions bien plus insupportables et les preuves sont autrement plus concrètes que les photos à géométrie variable proposées en leur temps par Colin Powell.

Alors il faut avoir du courage. Le courage de se retrousser les manches quand des femmes et des hommes meurent pour penser autrement. Le courage aussi de prendre le risque de la démocratie, tout en ayant conscience qu’elle n’a rien d’une panacée.

Mais qu’on se le dise : le pire serait de ne rien faire. Et d’attendre. 

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15 juillet 2013 1 15 /07 /juillet /2013 10:28

Il est toujours amusant de se pencher sur La Manif pour tous. On a beau chercher dans tous les coins et tous les recoins, rien n’y fait : ce collectif organisé en nébuleuse ment, ment et ment encore quand il prétend être aconfessionnel.

Personne n’est dupe : il n’y a qu’à regarder tous ceux qui se sont succédés à l’organisation pour se rendre compte que le catholicisme est aux avant postes, de Frigide Barjot, à Ludovine de la Rochère en passant par Béatrice Bourges, Xavier Bongibault ou encore la caution gauchiste en la personne de Laurence Tcheng.

Aujourd’hui, alors que la pression sur le mariage pour tous s’est nécessairement atténuée, le collectif hésite sur l’avenir de son engagement entre une intrusion dans les Municipales ou l’aventure de Christine Boutin.

Mais il est un détail, un seul, qui permet de bien cerner qui se cache derrière ce que d’aucuns ont estimé être la voix du peuple, quand celle-ci ne représentait qu’une minorité, certes bruyante, mais réduite à ce qu’elle est : presque rien.

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Alors que le président de la République défilait sur les Champs-Elysées, personne n’a pu ignorer les sifflets et les quolibets qui ont été déversés lors du passage. Des manifestations d’hostilité qui ont été revendiquée sur Twitter notamment par des militants de la Manif pour tous comme ils se l’étaient promis depuis des semaines. On voit ici un de ces spécimens pour le moins intéressant.

Se définissant comme « Catho à réaction » et « Zoulou de la Manif pour tous », ce très jeune militant semble fier de sa performance, sa tweet line se vantant d’avoir fait connaître  « une première » à un président de la République. Au-delà de la vacuité de cette action, il est intéressant de voir que cet énergumène s’est attaqué de manière ostentatoire à un symbole de la République. Lui qui prend pour pseudonyme « Konstantin », qui avec une variable orthographique correspond au premier empereur romain à épouser le catholicisme. Comme si les symboles républicains rappelaient que la France n’était plus chrétienne.

Une réaction qui fait écho à Vivien Hoch, ce pseudo Philosophe qui a, sur Mediavox même, défini ce qu’était le Printemps français, et qui se prétend lui-même coordonnateur du Mouvement et qui, après avoir défendu Civitas, déclarait samedi sur son compte Twitter : “Catholiques, le #14Juillet a 1 saveur particulièrement sanguinolent » avant d’effacer son forfait.

En réalité, ce mouvement qui de Vivien Hoch à David van Hemelryck, Samuel Lafond en passant par Nicolas Buss a fait les gros titres pour avoir été prétendument un prisonnier politique incarne cette jeunesse versaillaise, à la rhétorique et au langage ciselé, qui sont les héritiers de cette extrême droite qui estime comme Monseigneur Aillet que sur certains sujets la foi est supérieure à la loi. D’ailleurs Vivien Hoch ne disait-il pas l’hiver dernier qu’il fallait obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes ou encore qu’il fallait rétablir le délit de blasphème ?

Renaît ainsi cette tendance royaliste, au lys triomphant, qui entend par exemple imposer à la Constitution européenne ses origines chrétiennes, à la manière de celle de Hongrie. Une tendance qui aurait même vite fait de trouver le virage laïque de Marine Le Pen assez dérangeant quand Bruno Gollnisch assure les arrières de la vielle garde au FN à la mémoire de Bernard Anthony.

Qu’on se le dise, si notre église déplore dimanche après dimanche des bancs désespérément vides, elle se réjouit, jour après jour, d’un renouvellement intégriste fait de sang neuf qui n’attend qu’une seule chose : sa contre-révolution pour attenter à la République.

Ne nous y trompons pas : les sifflets contre François Hollande ce 14 juillet ne sont pas synonymes de sa côte de popularité. Ils sont le reflet de cette minorité revancharde qui veut faire la nique à la République, et sa laïcité.

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 10:24

Mais où est donc passée cette droite qui s’enorgueillit si souvent des valeurs républicaines insufflées par « Le général » ? Où est passée celle qui se targuait de faire barrage au front national ? Où est passée celle qui se reconnaissait dans la droite sociale quand, ce week-end, Christian Estrosi propose de donner des méthodes pour « mater » des gens du voyage ? Où ?

Après le spectacle indigne lors de la rocambolesque élection de son président à l’automne dernier, le dénigrement de la mission du député par Guaino qui estime que l’Assemblée nationale n’est pas légitime pour légiférer (sic) et des primaires parisiennes qui tournèrent au pugilat, l’UMP n’en finit plus de sombrer dans les tréfonds de la République. Avec un Graal trouvé dans l’affaire de la présidentielle 2012.

L’infamie n’est pas dans l’invalidation définitive des comptes de campagne de Nicolas Sarkozy. Cette décision du Conseil Constitutionnel est on ne peut plus normale et logique puisqu’elle suit à la lettre celle du CNCCFP. Un candidat a fauté et il paye pour réparer sa faute. Tel est le fonctionnement de la République.

L’infamie réside dans ces réactions affectées qui ont suivit et qui salissent la République. Souillures indignes.

Les barons de l’UMP se sont succédés pour dénoncer et critiquer vertement le Conseil Constitutionnel, s’asseyant sur son jugement comme on pose son séant sur des toilettes. Avec quelle arrogance et quel mépris ont-il expliqué, la main sur cœur que seul un complot pouvait expliquer un tel acharnement (sic).

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Nadine Morano, qui est à l’intelligence ce que le pâté Hénaf est à la gastronomie française a même tenu à évoquer « une décision politique » alors qu’on l’invitait à réagir. Et d’ailleurs, il serait temps de se demander pourquoi l’on se presse tant à son chevet quand celle qui se déguisait pour torpiller les rencontres de Ségolène Royal en 2007, n’a plus aucun mandat pour asseoir sa légitimité à parler, à l’exception d’un mandat de conseillère régionale, comme il en existe 1880 en France. Tant que Nadine Morano ne sera pas candidate à autre chose qu’à l’oscar du François Pignon de la politique française, les medias seraient bien avisés d’y réfléchir à deux fois avant de charrier sa prose.

Seule Bernard Debré a montré davantage de mesure, en critiquant ceux qui osaient remettre en question la décision du Conseil Constitutionnel mais dans un élan forcément suspect, quand on sait que c’est son frère qui en est le président et que son réquisitoire avait autant vocation à tempérer l’ardeur de ses collègues que de défendre la famille.

La réalité c’est que cette décision se place dans un logique. Des députées PS avaient vu leur élection annulée, alors que le plafond des dépenses n’était même pas engagé. Une peine d’inéligibilité s’était même ajouter à leur peine, ce qui est impossible pour un candidat à la présidentielle : sans doute est-elle là la véritable injustice.

Mais qu’il est insupportable de voir défiler, un à un, les bon petits soldats de ce président déchu, qui a non seulement perdu la présidentielle malgré son hold-up opéré dans les tiroirs du FN, mais qui a en outre triché pour tenter d’y parvenir !

L’UMP a cocufié la République et elle retourne sur la place publique, se placer en victime de ce qui est pourtant son forfait, pour accabler celle qu’elle a trahie de ne pas être suffisamment vertueuse ! L’infamie à l’état brute, qui tente de duper une opinion publique toujours prête à croire celui qui pleure le plus fort, plutôt que celui qui prêche la vérité le plus sobrement du monde.

Aujourd’hui le spectacle abject donné par la droite républicaine a marqué au fer rouge l’UMP. Pestiférée à jamais. Soit la droite républicaine se fonde un autre parti, une autre identité et tente de racheter son âme. Soit elle choisit de vivre avec cet héritage qui n’empêchera plus le FN de passer pour un parangon de vertu et qui voit là une occasion unique de rivaliser avec l’UMP pour devenir le parti leader de la droite.

Tant que cette droite-là n’a pas changé l’ADN qui actuellement la pourrit jusque dans ses gênes, il est inconcevable pour un républicain de voter pour l’un de ses représentants. De la même manière que seront condamnables sans rémission tout ceux qui s’accommoderont des circonstances, qu’ils soient de l’UDI ou du MoDem, comme cela se dessine pour certaines listes des Municipales ou des Européennes.

L’auteur de ces lignes a toujours lutté et combattu pour dénoncer l’hydre bipartite et refuser le manichéisme de la politique française. Mais il est des heures où les valeurs importent davantage que les principes. Sans renaissance sous d’autres bases, la droite n’est aujourd’hui tout simplement plus légitime pour incarner les valeurs de la France.

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 07:50

Lundi soir, France 2 consacre son prime aux séries américaines. Mais ce lundi 1er juillet, le show a commencé un peu en avance, peu avant 20h30. Et un acteur, déjà connu et réputé, a pu y faire montre de tout son talent et de tous ses charmes, au sens étymologique du terme. Disons-le tout net : Bernard Tapie a envoûté David Pujadas, et osons-le mot il a empapaouté toute la France devant nos yeux hypnotisés.


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Il a fallu le voir arriver, le regard froid, visiblement avide d’en découdre. Jadis invité par Paul Amar à défier Jean-Marie Le Pen avec une paire de gants sur le bureau, ce qui avait valu la porte pour le journaliste, Tapie n’avait pas pris une ride depuis 1994. En tous cas dans son jeu.

Le couteau entre les dents, prêt à mordre, il a mené l’entretien à sa guise malgré un David Pujadas qui a tenté tant bien que mal d’être pugnace. Mais que vos la défense d’un petit agneau quand le vautour déploie ses ailes, avec fureur ? Bernard Tapie n’aura de cesse durant toute la première partie de l’entretien de ressasser l’histoire d’Adidas et du Crédit Lyonnais afin de se victimiser.


Un seul objectif : la victimisation


Le spectateur n’avait d’autres choix que de s’apitoyer sur le sort de ce pauvre millionnaire à qui on a acheté une société pour 2 milliards pour la revendre 2 de plus dans un même élan au nez et à sa barbe. Devant ses épinards sans beurre, le smicard tombe dans l’empathie et c’est bien normal : que d’emphase, quel talent pour conter, quelle maestria pour demander à ne pas être interrompu.

Il faut rendre justice à Bernard Tapie : les mauvaises langues ont souvent expliqué qu’il avait combattu Jean-Marie Le Pen en employant la même rhétorique et la même démagogie. Ce n’est pas juste : c’est à la fille du Patriarche que l’on pense en l’entendant. Fermez les yeux, et vous entendrez la l’héritière de Montretout dénoncer "Télé bolcho".

Affuté comme jamais, il a sillonné avec grâce dans le hors piste, ressassant les prémices de l’affaire quand ce pour quoi il a été mis en garde à vue ne concerne que le jugement de l’affaire, pas son fond.

En réalité, Tapie a tenté de noyer le poisson hier, hurlant au complot, dénonçant la cabale des journalistes, et crachant sur la "France de la haine". Ironique quand on emploie la rhétorique de Marine le Pen.

Monsieur Bernard Tapie a tout faux. Et il le sait très bien. Ce n’est pas la « France de la haine » qui le pourchasse : c’est la France de la vérité. La France de la justice. La France de la probité. Celle qui n’accepte pas que l’on ait décidé de faire fi du pouvoir judiciaire, la justice des citoyens, pour précipiter un tribunal arbitral des plus contestables. L’affaire "Tapie" n’avait que trop duré ? Mais il en est de même pour tout scandale financier de cette importance. Alors pourquoi Monsieur Tapie aurait-il été traité d’une autre manière.  

 

Naïf pujadas ?


C’est aussi cette France en crise qui n’accepte pas que l’on ait pu débourser sur les deniers publics 402 millions d’euros, destinés en partie  à couvrir la dette fiscale de l’homme d’affaire. L’autre partie, tout aussi généreuse lui aura permis de rebâtir en un coup de mains l’empire qu’il avait exhibé avec indécence pendant des dizaines d’années.

Mais le plus grave dans l’affaire n’est pas la démonstration de force de Bernard Tapie, qui, en soi, n’a surpris personne. Le plus grave, c’est que David Pujadas ait accepté de l’invité. Accepté de lui offrir une tribune unique pensant que sa pugnacité suffirait à le faire trébucher.

Naïf Pujadas.

 

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Que s’est-il passé hier soir ? Tapie a décliné ce qu’il sait le mieux faire : l’homme traqué qui doit se défendre. La victime sommé de clamer son innocence : un rôle sur mesure qui lui permet de sortir, tel le prestidigitateur la faute d’orthographe sur "Estoupe" qui le disculpe. Hercule Poirot est invoqué sur le plateau du JT…

Ceux qui sont persuadés qu’il n’est pas victime du "complot" qu’il dénonce en seront pour leurs frais. Ceux pour qui le mot complot déclenche des élans d’empathie seront plus déterminés que jamais pour le croire comme la victime. Et c’est là que le bât de Pujadas blesse : ce sont les mêmes qui, lors de la législative partielle, aurait malgré tout voté Cahuzac, et qui l’ont même fait pour certains puisqu’on a retrouvé des bulletins portant son nom durant le dépouillement.

 

Cachez ce manipulateur que je ne saurais voir


Quoi que dise Tapie, quoi que la Justice démontre ou décide, quelle que soit les preuves accablantes que l’on pourra détenir, le charme (au sens étymologique) de cet homme consiste à trouver le moyen infaillible de paraître plus blanc que blanc auprès d’une partie de la population. C’est ainsi. Et sans doute la meilleure des choses à faire est de ne surtout pas lui donner la chance de s’expliquer sur un 20 heure devant une telle audience acquise à sa cause.

Certains crieront au déni de démocratie : ils ont tort. Tapie peut parfaitement s’exprimer et il le fait : il a publié un livre et a même ouvert un site internet pour se disculper. Il répondre aussi aux juges. Preuve qu’en démocratie on peut parfaitement s’exprimer librement : et Tapie sait mieux que quiconque en utiliser tous les arcanes. Il n’y avait nul besoin donc de rajouter un 20h sur France 2. Nul besoin. 

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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 08:12

C’est fait. Depuis minuit, la Croatie a rejoint l’Union Européenne, devenant le 28ème pays à l’intégrer. D’une manière symbolique, le panneau « douane » qui la reliait à la Slovénie a été enlevé pour rendre plus concret la libre circulation.

Je me refuse ici à broyer du noir, à expliquer que cette intégration, tardive, tombe mal pour une Union en pleine Crise, alors que la Croatie vient apporter son lot de mauvaises nouvelles, avec un chômage à 20%, son PIB à 39% en dessous de la moyenne européenne, ou encore la corruption qui gangrène le pays. Il y a trop eu en 2013 d’affaires, de catastrophes et de mauvais sentiments pour s’apitoyer de pareille façon. 

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Et quel meilleur signe envoyé à l’Europe que celui d’accueillir comme il se doit un nouveau pays ? Carrefour de culture entre l’empire romain et ottoman, la Croatie a connu une Histoire tumultueuse. Il ne faut pas oublier qu’il y a encore vingt ans, le pays était en guerre alors que la Serbie tentait de préserver coûte que coûte de ce qui restait de cette incongruité qu’était la Yougoslavie.

Aujourd’hui encore, les terres croates sèchent ses cicatrices, entre ces champs délaissés au bord des routes où on vous interdit de vous arrêter faute d’avoir encore tout déminé, et ces façades de Sibenik ou de Zadar, lézardées, et surtout encore marquées par les impacts des balles.

Des cimetières regorgent de tombes faites à la hâte dans les années 90, alors qu’au même moment, les touristes allemands continuaient, comme si de rien n’était, d’aller en vacances au bord de l’Adriatique, devenue en quelques décennies leur côte d’Azur.

C’est parce que l’Europe a été pensée, à l’origine, pour panser justement les plaies de la guerre, pour refermer deux des chapitres les plus sombres de son Histoire que l’intégration de la Croatie, aujourd’hui, en 2013, prend tout son sens.

L’arrivée d’une nouvelle nation dans l’Union européenne n’est pas nécessairement synonyme de dette supplémentaire, comme certains aiment le radoter. C’est aussi l’occasion d’être encore et toujours plus fort face à un marché mondialisé dans lequel l’Union fait nécessairement la force, ou plus exactement dans lequel la désunion fait nécessairement la la faiblesse, et à long terme la disparition. Chef de la délégation de l’Union européenne (UE) en Croatie, Paul Vandoren qui explique pourtant dans « Le Monde » que la Croatie sera assurément « un des pays à problème », au même titre que la Grèce, est très clair quand on lui demande si elle n’aurait pas dû intégrer l’Union Européenne :

« Je pense au contraire que c’est une bonne chose, et qu’il n’y avait pas d’alternative pour la Croatie. Que pourrait-elle faire sans l’UE ? Comment pourrait-elle se défendre ? En 2004, quand elle a commencé son parcours d’adhésion, la Croatie allait mieux, c’est vrai, et l’Europe aussi. Faudrait-il aujourd’hui laisser le malade en dehors de la maison, sous prétexte qu’il est souffrant ? Certainement pas. »

L’Europe ne doit pas oublier ses idéaux : au-delà du grand marché économique qui l’a devancée (et qui a malheureusement provoqué le deuil d’une « Europe politique » pour longtemps), elle reste un symbole, observé et respecté fait de paix et de solidarité.

Václav Havel, avait eu cette phrase savoureuse qui résume à la perfection la situation, et qu’a exhumée un journaliste croate : « L’Europe ne se résume pas au prix d’un sac de pommes de terre ».

Et c’est parce que nos valeurs ne sont pas seulement à apprécier l’aune des cours de la bourse et des marchés qu’il convient, sans angélisme mais avec sincérité, de souhaiter à la Croatie la bienvenue chez elle, en Europe.

 

Publié sur Médiavox, le 1er juillet 2013

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  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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