Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
16 décembre 2013 1 16 /12 /décembre /2013 14:20

La France, qui fait de l’éducation son premier pôle de dépense, navigue péniblement au milieu de classe des pays de l’OCDE, incapable de former les jeunes issus des milieux défavorisés. 25% de sa jeunesse est au chômage. Des braquages en série viennent poser une épée de Damoclès sur les buralistes ou les diamantaires. Une violence qui s’impose durablement dans la société, avec la renaissance d’une extrême droite plus zélée que jamais, contestant la légitimité du pouvoir et fomentant la contre-révolution. Les plans sociaux se multiplient et notre industrie est exsangue. Sans compter qu’au loin s’esquisse un conflit de tous les dangers en Centrafrique. 

Mais à entendre les médias, rien de tout cela ne semble intéresser les Français. Non. A les lire, les voir ou les entendre, ils n’auraient qu’une priorité, qu’un désir, qu’une obsession : Nicolas Sarkozy reviendra-t-il en politique pour se prendre sa revanche face à François Hollande en 2017 ?

Les sujets et les unes se multiplient, quand les éditorialistes ne viennent pas broder l’ouvrage de Pénélope, défaisant leurs argumentaires, qui sont autant de fantasmes, au gré des sondages commandés en masse sur la question.

sarko.jpg

Un jour l’on apprend que 60% des sympathisants de l’UMP souhaiteraient le voir être candidat en 2017 ; un autre que 46% des Français préféreraient le voir aujourd’hui président, contre 27% qui soutiennent Hollande. Valeurs actuelles qui disputent au Figaro le rôle de la Pravda de droite imagine même Sarkozy « écraser » Hollande à l’aune d’un sondage sur des adjectifs qualificatifs que les Français accorderaient aux deux hommes…

Les médias et les Français semblent à la fois fous, artificiels et frappés d’Alzheimer.

Fous car comment lancer de tels plans sur la comète Sarkozy pour 2017 quand le calendrier n’indique que décembre 2013 ? Soyons précis : il s’est passé moins de temps depuis mai 2012 qu’il n’en reste d’ici la prochaine présidentielle. 19 mois se sont écoulés quand il en reste encore 40… D’ici là, des municipales, des européennes, des régionales des cantonales et mêmes des sénatoriales se dérouleront. Autant d’échéances qui permettront de voir venir et de juger des forces en présence. Autant de moments de vérité démocratique qui donneront la mesure de la menace nationaliste sur nos têtes. Autant de temps qui est donné pour surtout trouver des solutions à cette crise qui n’en finit pas. Certainement pas pour lorgner vers une autre élection, une de plus, surtout à une période où l’on ne cesse de rappeler que le politique a de moins en moins de légitimité aux yeux des citoyens.

Artificiels car cet engouement autour de Nicolas Sarkozy aurait des vertus s’il était motivé par une direction, des idées, un programme. Si l’ancien président avait, enfin, fait amende honorable de son chaotique quinquennat. S’il avait fait son mea culpa sur son insupportable buissonnade notamment lors de la présidentielle 2012. Mais de ces remises en question, de propositions, de projet, il n’en est nullement question. Des images, des sourires, des applaudissements au concert de sa femme suffisent à alimenter la story telling, cet insupportable terme qui s’est imposé à la vie politique française. La forme maquille outrageusement la vacuité que représente actuellement l’épaisseur politique de Nicolas Sarkozy. Finalement, que représente ce retour si ce n’est l’annonce d’une revanche, le pansement attendu sur la blessure de l’ego indélébile pour l’homme ?

Enfin frappés d’Alzheimer. Car il faut se frotter les yeux pour découvrir à quel point les Français ont oublié ce qu’a pu représenter le lustre Sarkozy. Les indécences de sa vie privée, la droite bling bling au mépris des classes populaires et moyennes, la politique des sondages, le bouclier fiscal, le cancer de l’assistanat, l’opprobre sur l’islam et les Roms, des suppressions de postes dans l’éducation nationale à l’aveugle suivi de l’extermination sans rémission de leur formation, Frédéric Lefebvre et Nadine Morano… L’inventaire pourrait noircir des pages, les pages noires de notre République.

Léché, lâché, lynché, Nicolas Sarkozy n’a en réalité jamais cessé d’être le jouet de l’insatiable fascination des médias, et par là même, en gentils consommateurs, de certains Français autour de son personnage. Aujourd’hui, la République doit grandir et apprendre, de toute urgence, à oublier Nicolas Sarkozy. Et les médias avec elle.

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
commenter cet article
9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 14:24

Avouons-le, oui j’y ai cru un peu. Un tout petit peu. Quand mardi dernier, les résultats PISA ont rendu leur impitoyable verdict, faisant de la France une élève moyenne de l’OCDE, quand elle est la seule à consacrer 23% de son budget à l’école, j’ai cru que Vincent Peillon allait enfin réagir. Ou être poussé à réagir. Car pour une fois, c’est le premier ministre en personne qui est venu s’alarmer de ses résultats alors qu’il était en déplacement.

Une réaction assez singulière, puisque pendant des années, les officiels se sont évertués à nier la pertinence de ces tests d’aptitude et de culture, à l’image de ces élèves qui, nantis d’une note piteuse, viennent contester le sujet, le barème quand les parents ne viennent pas à la rescousse pour mettre en cause la compétence du professeur.

L’extrême gauche continue d’ailleurs avec une grasse bêtise à l’image de Jean-Claude Mailly, le secrétaire général de Force ouvrière (FO), qui sur I>Télé, prétendait que les tests étaient calibrés pour les anglo-saxons… pourtant classés derrière la France. Tout excès est dérisoire et Dieu sait que l’extrême gauche française… est terriblement dérisoire.

Alors quand Jean-Marc Ayrault a semblé prendre la mesure du drame national qui se jouait dans la confirmation de la médiocrité de notre système, j’ai cru (un peu) que Vincent Peillon allait ENFIN prendre ses responsabilités. 

Sans pour autant renier sa non-réforme, discours politique obligeant, il aurait pu, pour le moins, expliquer que le recrutement massif de professeurs et l’obsession d’une modification des rythmes scolaires, mesure cosmétique sans effet sur la pédagogie et la scolarité, devaient s’accompagner d’autre chose. Que la direction prise depuis trente années et qui a détourné tout le monde du savoir et de la culture, délaissant sur la route les enfants de la misère, dont les programmes allégés revenaient à dire qu’ils étaient trop idiots pour avoir de véritables ambitions, était mortifère et insupportable aux yeux de l’égalité républicaine.

En vain.

Le Ministre a beau lire le diagnostique, il persiste dans l’erreur, comme ses prédécesseurs, qu’ils soient de droite ou de gauche d’ailleurs.

Quand les résultats de PISA insistent sur le fait que l’école française ne fait pas progresser les élèves qui sont en difficulté, le Ministre persiste à dire que notre école est trop élitiste. Misère. Si notre école avait suffisamment d’exigence POUR TOUS bien au contraire, sans doute aurions nous davantage d’enfants d’ouvriers dans les grandes écoles et bardés des plus grands diplômes universitaires.

Peillon

Et alors que justement les résultats de PISA nous expliquent que la seule chose qui fonctionne en France c’est notre élite, à qui l’on daigne transmettre un véritable savoir, et une authentique valeur ajoutée, Vincent Peillon scie la branche de l’arbre sur laquelle il est assise et décide de s’attaquer aux salaires des professeurs des écoles préparatoires

Jacques Julliard a eu les mots justes dans son édito de Marianne cette semaine :

« Depuis des années l’école française est dominée par un pédagogisme compassionnel et une parentocratie démagogique qui se traduisent par un volume de travail insuffisant. (…) Il est parfaitement inutile aujourd’hui de ‘réformer l’enseignement’, de ‘refonder l’école’, (…) si l’on ne s’attaque pas au cœur du problème : la restauration de l’éminente dignité du savoir et le rétablissement d’un rapport de confiance et de respect entre le maître et l’école. Sinon mieux vaut supprimer l’école. »

Car que cherche au juste Vincent Peillon ? Non seulement, il s’apprête à sacrifier la seule chose que l’école française est encore capable de faire avec ses élites. Mais, beaucoup plus grave, au regard du pilier central de notre devise, il ne fait rien pour donner aux enfants qui n’ont pas la culture au biberon, l’exigence d’un savoir qui, seule, les doterait des armes des la compétition qu’est devenue l’entrée dans la vie professionnelle.

Stigmatisés par leurs carences dans les savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter), puisque le socle commun des connaissances minimales est devenu le socle commun des connaissances minimums, ces enfants se voient refuser l’idéal républicain voulu par Jules Ferry.

Venez comme vous êtes, et vous repartirez comme vous êtes venus : voici la triste invitation de Vincent Peillon à la jeunesse française. En attendant que le fossoyeur, professeur de philosophie coule des jours heureux à Bruxelles…

Cynisme, vous avez dit cynisme ?

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
commenter cet article
2 décembre 2013 1 02 /12 /décembre /2013 14:25

Alors que la France s’enfonce jour après jour dans une tourmente, mal contrôlée, montrant que François Hollande a eu tort de faire sa campagne en occultant les efforts qu’il allait demander aux Français, un serpent de mer est venu faire son retour dans le débat public. La comptabilisation du vote blanc.
Le vote blanc serait l’alpha et l’omega de la démocratie moderne, qui, à en croire certains, permettrait de canaliser la colère de ceux qui ne se sentent pas représentés et qui se retrouvent contraints et forcés de se réfugier dans l’abstention et dans les extrêmes.

Durant la présidentielle 2012, François Bayrou en avait fait un volet de la moralisation de la vie publique, quand Bruno Gaccio avait sorti un argumentaire sur la question l’an passé intitulé Blanc c’est pas nulUn site consacré au « Parti du vote blanc » a même vu le jour.

 Nos élus ne semblent pas partager cet élan avec autant d’enthousiasme et s’ils ont effectivement voté la semaine dernière une proposition de loi reconnaissant le vote blanc, qui fera ainsi différence avec les votes nuls… mais seulement après les municipales.

Faut-il aller plus loin comme le préconisent certains ? Assurément, non.
Tout d’abord, il est parfaitement stupéfiant de voir les tenants d’un vote nul mesuré comme une force politique expliquer que son intégration dans les votes exprimés permettraient de faire entendre cette voix. Rien n’est plus faux.

 Qui peut prétendre ce que signifie réellement l’expression d’un vote blanc, sinon à tenter de faire croire en son omniscience ?

Les raisons qui poussent les électeurs à voter blanc, c’est-à-dire à fournir une enveloppe vide ou encore avec un papier blanc, vierge de tout nom de candidat ou de toute liste à l’intérieur, peuvent être multiples : impossibilité de faire son choix par rapport à une offre, dégoût de la vie politique, expression d’un énervement, facétieux en manque de sensations, personne ayant omis de mettre un bulletin…

En faisant apparaître le vote blanc dans les votes exprimés, l’on ne fera donc ajouter que de la confusion à la confusion et la seule chose qui serait mesurable serait alors « le parti de la non-décision » face à ceux qui choisiraient un candidat.

Par ailleurs, introduire le vote blanc parmi les suffrages exprimés ébranlerait sérieusement la légitimité des élus, qui se verraient ainsi adoubés sans recueillir la majorité absolue, mais une majorité relative, une incongruité dans des Institutions que l’on a voulues à scrutin majoritaire à deux tours pour leur donner les pouvoirs que la IVème République, justement leur disputait. On voit déjà comment certains ont présenté le résultat du 2ème tour de la présidentielle 2012, en expliquant que François Hollande, comme Chirac en 1995 avait été élu sans réunir 50% des inscrits. Et à l’heure du tout scepticisme, nos élus n’ont assurément pas besoin de cela.

La réalité c’est que la démocratie n’est pas modulable et personnalisable. Dans cette société individualiste où chacun veut seulement voir ses intérêts représenter, tout le monde fait la fine bouche et estime que la représentation est insuffisante.

Que la société française soit déçue par la classe politique, qu’elle soit agacée par son manque de transparence, par ses leçons de morales qui se résument le plus souvent à « faites ce que je dis et pas ce que je fais » est parfaitement légitime. Qu’elle refuse de jouer le jeu exigeant de la démocratie est en revanche irrecevable.

blanc.jpg

Les électeurs ne se satisfont pas des ceux qui se présentent ? Qu’ils se présentent eux mêmes, qu’ils prennent le courage de mettre eux aussi les mains dans le cambouis et qu’ils convainquent le citoyen du bienfondé de leur critique !

Voter c’est faire un choix, trancher net. Le vote blanc institué, deviendrait le contournement de la démocratie, un refuge de lâcheté pour certains, le refus de se décider pour d’autres, dans une auberge espagnole intraduisible et qui n’aboutirait qu’à une explosion imminente de notre système.

Parce que finalement, quel est le véritable problème ici ? Le véritable problème, c’est que les citoyens et les électeurs ne se sentent pas représentés. Or institutionnaliser le vote blanc ne consisterait qu’à enregistrer au mieux leur colère. Pas à résoudre leur problème.

Or la seule manière de résoudre ce problème à un nom, un mode de scrutin, unique et incontestable : la proportionnelle. Avec ce qu’il faut pour que la liste arrivée en tête puisse avoir de quoi diriger.

Est-il si utopique de voir en France imiter ce que fait l’Allemagne quand Angela Merkel, pourtant arrivée largement en tête des élections fédérales, est en passe de diriger une immense coalition de la droite à la gauche, la contraignant à proposer pour la première fois le SMIC et l’abaissement de l’âge de la retraite ? Un compromis qui fait rêver en France, où l’on préfère agiter la colère plutôt que l’apaiser.

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
commenter cet article
25 novembre 2013 1 25 /11 /novembre /2013 14:27

La mauvaise foi fait partie du jeu de l’opposition. C’est un fait. Quelle qu’elle soit, quelle qu’en fut l’époque, son caractère minoritaire la contraint, pour exister, à crier des cris d’orfraie, histoire de ne pas se faire oublier.

Pour autant, la mauvaise foi peut se faire pardonner, quand, en contrepartie, l’opposition se veut prodigue en idées, en suggestions, en solutions. Or, force est de constater que la droite est actuellement bien avare en propositions, rendant sa verve bien vaine… au mieux.

Après avoir tenté de se rabibocher sur le bûcher du mariage pour tous, l’UMP entonne depuis quelques mois son refrain préféré, celui qui, à l’entendre, serait le cœur même de la fracture droite/gauche dans le paysage politique français : la fiscalité.

Il en va de même en 2013, qu’en 1997, 1991 ou qu’en 1983 : la gauche serait cet horrible ogre qui ferait saigner les contribuables aux quatre veines pour abreuver sa soif irrésistible. La légende est tenace mais la critique, venant de l’UMP est d’une hypocrisie sans nom.

Tout d’abord, parce que, dans l’opprobre jeté sur les impôts, les caciques de droite parlent de l’Etat, comme si cette entité était étrangère au commun des citoyens français. Occultant que ces impôts sont nécessaires pour financer la scolarité de leurs enfants, y compris quand ils sont dans le privé compte tenu des financements publics dont ces établissements bénéficient, pour les soigner quand ils sont malades, pour les protéger face à l’insécurité qu’ils prétendent en pleine explosion.

A les entendre, cet argent ne servirait qu’à engraisser l’assistanat, que Laurent Wauquiez avait baptisé en son temps le « cancer de la société », ou encore à financer la CMU. Autant de légendes insupportables qui deviennent crédibles dans une société fragile, prête à céder à la candeur et à la naïveté pourvu qu’elle se croie entendue.

Cette droite est hypocrite quand elle prétend se soucier des classes moyennes et des plus démunis qui ont du mal à adapter leur budget face à la hausse de la fiscalité, alors qu’au pouvoir, et notamment sous l’ère Sarkozy, sa seule œuvre fiscale fut de créer un bouclier pour les plus nantis de France, estimant qu’à partir d’une certaine somme, ils n’avaient plus à contribuer au bien commun.

fiscalite-.jpg

Hypocrisie redoublée quand on sait qu’à partir de 2002, la droite a baissé le taux de l’impôt sur le revenu, quand elle décentralisait bon nombre de compétences aux départements et aux régions, faisant exploser la note des impôts locaux. Qu’il fut simple alors de rejeter la faute sur la gauche, qui détenait l’immense majorité des gouvernances de l’échelon local !

Et que dire de l’hypocrisie de ceux qui prétendent fonder une partie de leur campagne municipale sur ce thème, à l’image de Nathalie Kosciusko-Morizet, dont la tartufferie n’a d’égal que la fourberie quand on sait que Paris est la ville où l’imposition est la plus faible de France…

Bien évidemment, la gauche n’est pas exempte de tout reproche concernant la fiscalité. Mais la droite, par une hypocrisie électoraliste, en cache la vraie nature.

La faute de la gauche et du gouvernement n’est pas d’augmenter les impôts, alors que nos finances sont exsangues. Leur faute c’est d’avoir menti durant la présidentielle aux Français, en prétendant que la croissance suffirait, et en occultant les efforts qui étaient plus que prévisibles.

Leur faute c’est d’avoir dilapidé le peu de marge de manœuvre budgétaire dont la France bénéficiait pour embaucher des dizaines de milliers d’enseignants, en estimant que cela suffirait à faire l’effet d’une réforme, quand notre école a surtout besoin de voir le retour de la transmission du savoir, pour remplir la tête de nos écoliers.

La vérité c’est que la droite, restant au pouvoir, n’aurait pas eu d’autres choix, et ce n’est pas un hasard si Nicolas Sarkozy, à la fin de son quinquennat, avait dû renoncer au bouclier fiscal qui était pourtant le symbole de sa prise de pouvoir.

Inutile de dire qu’entre mensonges et mauvaise foi, il y a, aux marges de l’échiquier politique, des mains qui se frottent, avec frénésie

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
commenter cet article
18 novembre 2013 1 18 /11 /novembre /2013 14:28

C’est avec une trivialité sans égards que je m’adresserais, sans déférence, au Ministre de l’Education nationale : c’est bien fait !

L’inopportunément dénommée « réforme » des rythmes scolaires n’est plus un caillou dans la chaussure du Ministre. Elle est désormais une véritable bombe à retardement qui se paye le luxe de mettre tout le monde d’accord… contre le gouvernement. Parents comme enseignants refusent en bloc cette disposition, mal expliquée, mal amenée et mal préparée.

Soyons honnête, la mauvaise foi est de part et d’autre. Et comme l’a si maladroitement rappelé Vincent Peillon au journal de TF1, si tous les parents faisaient leur travail d’éducation, sans doute l’école ne serait-elle pas contrainte de jouer les garde-chiourme. De la même manière, on ne peut que s’agacer à voir ses représentants des parents d’élèves prétendre que leur progéniture est épuisée depuis cette réforme, quand les élèves avouent, en cour de récréation, se coucher de plus en plus tard dans ce qu’il convient d’appeler une antichambre de Darty, où les écrans rivalisent de puissance et de rayonnement. 

La faute de Vincent Peillon, et de François Hollande, puisque le Ministre ne fait qu’appliquer à la lettre les contours flous d’un programme qui prétendait mettre la priorité sur l’éducation, n’est pas d’avoir voulu revenir à l’école des quatre jours et demi.

Sa véritable faute c’est de prétendre, de plateaux en micros, épaulé sur cette litanie par George Pau-Langevin, ministre déléguée à la réussite scolaire (sic), que les rythmes scolaires modifiés sont la corolaire de la réussite scolaire. Parce qu’il ne s’agit plus de petits mensonges ou de petits non-dits : c’est assurément une escroquerie sans nom qui met à mal les valeurs de la République qui a pour mission de donner une éduction digne de ce nom à nos enfants.

La raison pour laquelle notre école est exsangue depuis trente ans, comme le révèle, années par années, le classement PISA, décrié énergiquement par les fossoyeurs pédagogistes, qui pourtant l’utilisent hypocritement pour vanter les mérites de son leader, la Finlande, réside dans l’abandon de la transmission du savoir. On a interdit aux enseignants de faire apprendre des choses, parce que apprendre c’était mécanique, c’était abêtissant, c’était vulgaire.

L’élève devint ainsi un être pensant… Pensant quoi ? Nul ne le sait puisque cette force pensante n’avait point de matière pour s’accomplir.

rythme.jpg

Fi des tables de calcul quand la calculatrice vient à l’aide de l’apprenant, terme hallucinant qui s’est imposé quand, dans le même temps, on tuait pourtant l’apprentissage.

Fi de l’orthographe, la « science des ânes », quand l’ordinateur vient souligner toutes vos erreurs.
Fi des dates historiques qui ne servent à rien pour écrire l’avenir.

Dans ce no man’s land de la culture, Vincent Peillon a voulu refonder l’école. Vaste fumisterie quand la réforme des rythmes scolaires ne s’est accompagnée que de l’embauche d’enseignants, avalant la seule marge budgétaire qui restait à un pays au bord de la faillite. Même la formation rétablie des néo-titulaires est un simulacre, puisque les stagiaires ont encore 15 heures de cours hebdomadaires avec en outre leur formation, quand ils n’en avaient que 6 avant l’ère mortifère Sarkozyenne.

Il ne suffit pas de dire que la gauche aime les enseignants et met la priorité dans l’éducation pour que cela suffise. Les paroles ne remplaceront jamais les actes.

Mais le plus grave dans l’affaire, le plus cynique même, c’est que ce weekend, le PS vient officiellement d’investir Vincent Peillon pour être tête de liste des Européennes, pour la région Sud-Est. Avec donc la certitude de siéger et de quitter le Ministère. Histoire de dire aussi à quel point, finalement, il(s) s’en lave(nt) finalement les mains.

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
commenter cet article
11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 14:30

La tribune d’Harry Roselmack publiée dans le Monde a fait grand bruit. Et sans doute, tel était son but. Pour autant, tout aussi talentueuse que soit la plume de l’ancien présentateur du 20 heures de TF1, elle offre un miroir déformant de la réalité, en minorant finalement l’irrespirable atmosphère qui règne dans notre pays, et que le journaliste a pourtant bien sentie.

Que retient-on finalement de ce coup de gueule ? Que la France redevient raciste et que le Front national est tout à la fois le repaire de ceux qui le sont et le propagateur d’un tel climat. Et ce même si le journaliste reconnaît que ce qui le chagrine, « c’est le fond de racisme qui résiste au temps et aux mots d’ordre, pas seulement au sein du FN« .

Mais en réalité, Harry Roselmack ne perçoit ici que la partie immergée de l’iceberg. Tout d’abord, et comme il le suggère seulement, comme si c’était un fait minoritaire, les racistes ne sont pas seulement hébergés dans le parti de Marine Le Pen.

On se souvient par exemple, à droite, des propos insupportables de Jean-François Copé et sa légende des pains au chocolat, des regrets du Président de CNIP de voir que Hitler n’avait pas suffisamment tué de Roms ou encore de ce maire UMP qui, lors de l’inopportunément dénommé débat sur l’identité nationale, avait expliqu » qu’ »ILS »(…) étaient dix millions et que la France les payait « à rien foutre ».

Qui a oublié le jeune musulman, qui selon Nadine Morano, porte la casquette à l’envers, parle le verlan et ne travaille pas, ou encore Chantal Brunel qui voulait remettre les migrants dans un bateau ?

Mais la droite n’est pas la seule responsable et la seule famille politique qui peut revendiquer abriter ou encore distiller du racisme. N’oublions pas que dans les années 80, les électeurs de l’extrême gauche se sont massivement tournés vers le Front National, et notamment les ouvriers, à une période où Jean-Marie Le Pen ne laissait guère de doute sur son discours ségrégationniste.

Et que dire de la responsabilité de ceux qui, à gauche, par angélisme ou par cynisme, se sont interdit d’invoquer la laïcité, l’intégrisme religieux ou encore le risque communautariste, en prétextant que ces sujets étaient nauséabonds et n’étaient qu’une vue de l’esprit ? Qui ne sait que toutes atteintes aux principes républicains, aussi minoritaires soient-elles, sont autant de tentatives pour les subvertir ?

Qui se souvient du tollé provoqué par Ségolène Royal quand elle avait proposé de se réapproprier le drapeau français ? Tous ces pisse-froid, ces bobos inconséquents, ces négationnistes inconscients sont tout aussi responsables des amalgames qui ont pu naître et se propager, comme celui fréquent de confondre islam et islamisme, islam et terrorisme. Car en refusant de séparer le bon grain et l’ivraie, ils ont laissé des territoires entiers de notre République aux nauséabonds qui ont pu distiller leur haine, en prétendant à être les seuls à la défendre quand ils n’en étaient que les moribonds fossoyeurs.

Enfin, Harry Roselmack a certainement eu tort dans le choix du thème et du terme pour expurger sa légitime colère. Car le racisme est bien une notion est trop restrictive pour parler de ce climat d’ostracisme assumé. Plus que le racisme, c’est la xénophobie, au sens étymologique du terme, qui est en jeu. La peur de l’étranger, de celui qui est étrange à soi, celui qui n’est pas comme soi.

rosel.jpg

Et si l’on partage complètement le cri du cœur du journaliste envers cette stigmatisation extrême des Noirs, surtout à l’aune des ignobles attaques dont a été victime la Garde des Sceaux, ils ne sont malheureusement pas les seuls à être dans l’œil du viseur des xénophobes : les maghrébins, les musulmans, les Roms, les asiatiques…

Et qui a oublié malgré les grands boucliers anti-homophobes dépolyés, la violence entendue à l’égard des homosexuels pendant des mois d’un débat nauséabond et qui aura réveillé la France la plus réac’ et la plus extrême qui soit ? D’ailleurs, on remarquera que si le FN s’est finalement peu investi dans le sujet (malgré des démarches individuelles très marquées comme celle de Bruno Gollnisch auprès de Civitas), la droite dans tout son ensemble n’a eu de cesse de marteler que certains citoyens n’étaient pas des Français comme les autres. Marianne saigne. Preuve que le FN n’est pas le seul sur le créneau de la xénophobie… même si nul ne peut contester son avance très large sur les autres partis.

La xénophobie a le vent en poupe dans une période de Crise permanente, économique, politique et même éthique. L’histoire se répète inlassablement. Aussi, au lieu de répondre à l’anathème par un autre, sans doute faut-il urgemment faire preuve de pédagogie. Sans discontinuer.

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
commenter cet article
4 novembre 2013 1 04 /11 /novembre /2013 14:32

La photo de famille en avait surpris plus d’un. La noce avait été célébrée en grande pompe du côté de Marseille, quelques jours avant les Universités du PS en guise de pied de nez. « Jetez-nous des grains de riz », lançait alors hilare l’entremetteur Vincent Peillon pour lancer « L’espoir à gauche ». Oui à gauche. Pourtant, aux côtés de Christiane Taubira, Daniel Cohn Bendit ou encore Robert Hue, c’est une figure connue du centrisme qui fait sensation : Marielle de Sarnez, l’âme sœur de François Bayrou.

A l’époque, emportée dans son élan, celle qui fut si proche de Giscard, avait alors expliqué que « les lignes (devaient) bouger. Nous avons tant à faire ensemble ! » lançait-elle alors à une foule conquise, invitant « à ne pas jouer les uns sans les autres ou les uns contre les autres. »

Sa diatribe contre Nicolas Sarkozy et le néo-libéralisme avait clairement séduit Robert Hue, l’ancien secrétaire national du… parti communiste (!) mais aussi les cadres socialistes, Rebsamen lui rétorquant à la tribune “Tu as mis la barre à gauche”, à la fois mi surpris, mi admiratif. 

De son côté Patrick Menucci, qui s’attaquera à la mairie de Marseille en mars prochain, avait exprimé la même impression, avec un humour qui a dû en défriser plus d’un : “Finalement, il faudrait mettre Marielle de Sarnez à la place de Martine Aubry !

2009… Si loin, si proche. C’était le temps où François Bayrou expliquait sur les tribunes, avec une foi inébranlable, la main sur le coeur : “Nous avons dit aux Français : l’affrontement clanique d’un camp contre l’autre n’est pas l’avenir de la France !

C’était donc le temps où le MoDem voulait changer la France, changer la politique, changer même la langue, en gommant discrètement le mot “gauche” pour lui préférer le terme “progressiste”.

 

Oui mais c’est c’était avant.

Quatre années sont passée. Quatre années d’échec, certainement. De louvoiement surtout. Cette semaine, le MoDem a décidé de se renier, en pratiquant la terre brûlée. Lui qui avait construit son fragile édifice sur la volonté de transcender les logiques partisanes a décidé de rebrousser chemin et de célébrer ses noces avec l’UDI. Dans le panier de la mariée, les Européennes.

Mais la belle famille est dure à assumer pour l’UDI et notamment pour ceux qui avaient décidé, parfois depuis 2007 de travailler avec la gauche, comme à Lille ou à Dijon.

Et il y aussi ceux qui, à la force de leur travail quotidien d’élu, ont pu remarquer les habitudes et les valeurs des uns et des autres, leur permettant de savoir très clairement avec qui travailler pour représenter au mieux les valeurs du Mouvement, et surtout être au service des Français.

actu-politique-Robert-Hue-Vincent-Peillon-Francois-Rebsamen.jpg

Mais voilà, l’homme qui refusait les luttes intestinales claniques, ne l’entend plus de la même oreille.

Jean-François Martins, son ancien directeur de campagne pour la présidentielle 2012 en fera les frais. Refusant de se voir imposer Nathalie Koscisko Morizet comme candidate, bien qu’elle lui proposait une place au chaud, a fait le choix des valeurs en choisissant de soutenir celle qu’il estime le plus à même d’être dans l’intérêt des Parisiens. Sa décision, dans la plus logique tradition du MoDem, de celle qui le voyait même discuter avec les communistes, le crucifie au piloris. A peine sa décision annoncée, il fut suspendu avant d’être exclu du Mouvement. Pour avoir voulu soutenir la gauche. Non parce que c’est la gauche, mais parce qu’à ses yeux, les valeurs et le projet l’emportaient sur les étiquettes partisanes. Le Programme dans le texte des Universités d’été de Seignosse en septembre 2007 pour poser les fondations du Mouvement.

Clan contre clan, retour au bercail. UDF.

Dans 2012 Etat d’urgence, le président du MoDem écrivait : “Cette bipolarisation, cette guerre des deux, porte en elle le crétinisme de la démagogie. » Avant de prédire : « Si la guerre des deux perdure, c’est la certitude de l’échec et, partant, la certitude du clash.« 

Force est de constater, qu’aujourd’hui en 2012, François Bayrou n’a plus peur de lu crétinisme de la démagogie, ni de la certitude de l’échec, et encore mois celle du clash.

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
commenter cet article
28 octobre 2013 1 28 /10 /octobre /2013 11:56

Voilà des semaines que les centristes n’ont plus que cette question à la bouche : quand est-ce que le MoDem passera enfin la bague au doigt à la toute jeune UDI ? Les bans ne cessent d’êtres publiés mais la cérémonie est reportée jour après jour.

Il faut dire que l’alliance ne se formera que sous la contrainte d’un imposant contrat, qui pousse d’ailleurs les deux partis à jouer la fine bouche. Le « grand centre », car tel sera le nom de cette union, a beau proclamer à qui veut l’entendre qu’il s’agit là du mariage de deux âmes sœurs, partageant le même sens des valeurs, personne ne peut ignorer que la seule chose dont on parle, pourtant, en coulisse porte surtout sur ce qui les séparent.

Deux points sont au centre  des négociations : la municipale et la présidentielle, étant entendu que les Européennes ne poseront aucun problème pour proposer des listes unies, et ce même si personne ne sait dans quel groupe les futurs (ré)élus siègeront, entre le PPE ou l’ADLE où figure notamment le PDE, le parti démocrate européen cher au MoDem.

La présidentielle, l’obsession de Bayrou. Celle qui lui aura tant de fois fait perdre la tête et qui a conduit au désastre du MoDem, l’homme sacrifiant toutes les élections intermédiaires, empêchant l’émergence de tout nouveau cadre dans le parti au seul profit de son destin qu’il croit abrité du côté de l’Elysée. Avec l’UDI, François Bayrou voulait avoir l’assurance qu’une candidature centriste, indépendante du candidat de droite, viendrait vendre chèrement la peau centriste au 1er tour de 2017. Avec l’espoir de rentrer une quatrième fois dans la peau du personnage.

plan-A.jpg

Si la perspective ne réjouit pas particulièrement Jean-Louis Borloo, qui s’inquiète légitimement de son imposant camarade dans la nouvelle auberge centriste, il fut décidé de laisser la porte ouverte à une sorte de primaire. La même que François Bayrou avait catégoriquement refusée fin 2011, estimant qu’il était le seul « centre », et qu’on ne pouvait pas s’en revendiquer quand on estimait que l’on ne pouvait travailler qu’avec la droite.  Autre temps, autre foi. Dis-moi ce que tu me donnes, et je te dirai en qui je crois.

Pour autant, 2017 est assez loin et  il faudra que le « grand centre » parvienne à tenir jusque là. Car les municipales qui s’annoncent risquent fortement d’épicer les relations entre nos deux tourtereaux. Le mariage sera fêté en grande pompe d’ici Noël mais il n’est pas bien sûr que l’on n’entende pas la vaisselle cassée d’ici le premier trimestre 2014. Dans le panier de la mariée orange, se terre un héritage dont l’UDI se serait bien passé : des élus… sur des listes de gauche.Vade retro satanas. Le cassus belli. Parce que du côté de ses élus, de Lille ou de Dijon, il est impensable de faire machine arrière. Mieux, à Lille, alors que Jacques Richir s’était porté candidat en 2008 sous les couleurs du MoDem, avant de fusionner au second tour avec la liste de Martine Aubry, il entend se positionner dès le 1er tour derrière la Maire de Lille en mars 2014. Avec celle dont François Bayrou a dit lors des récentes Universités d’été à Guidel qu’elle avait « le sectarisme dans les gènes ». Savoureux. D’ailleurs matois et facétieux, Jacques Richir expliquait la semaine dernière qu’il n’était pas impossible que cette union « aboutisse à des clarifications ».

D’autant, que François Bayrou a dû trancher : refusant de sacrifier certains de ses matelots trop roses pour l’UDI, mais devant prouver qu’il s’inscrivait dans un démarche d’opposition avec le gouvernement, il a proposé de ne pas accorder le soutien officiel du MoDem aux élus qui s’allieraient à des listes de gauche… sans toutefois les exclure. En d’autres termes, il n’y aura pas d’étiquette MoDem pour ceux qui s’engageraient sur des listes d’union à gauche. Personnalité à la ville, MoDem dans le cœur. Pas vu pas pris. Déjà des secrets de famille.

On imagine déjà les candidats de Lille ou de Dijon, faire les marchés, avec un tract Aubry ou Rebsamen dans la main gauche, et un tract « le grand Centre » pour les Européennes dans la main droite…

Cette mascarade montre que cette union est une illusion de l’esprit, construite sur un mensonge. François Bayrou fait croire qu’il est dans l’opposition, en y ajoutant toujours une épithète (« constructive »), et de l’autre côté, à l’UDI, on fait mine de croire que le MoDem accepte de ne collaborer qu’avec la droite, en cachant les mots doux encombrants sous le tapis.

La question n’est donc pas de savoir si l’union de ce « grand centre » va durer dans le temps, mais bel et bien quand le divorce sera prononcé.

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
commenter cet article
21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 10:54

Populisme, du latin populo «  le peuple  » : «  école littéraire qui cherche dans les romans à dépeindre avec réalisme la vie des gens du peuple », explique le Robert. Larousse y ajoute une autre acception : «  Idéologie politique de certains mouvements de libération nationale visant à libérer le peuple sans recourir à la lutte des classes ».

Étonnamment donc, le dictionnaire, juge de paix de notre langue, ne reconnaît pas le sens que le tout média emploie en permanence pour évoquer celles et ceux qui, par une propagande démagogique, vise à flatter les bas instincts du peuple ou à le complaire dans ce qu’il veut entendre.

Comme cela arrive parfois, notre langue est un miroir déformant de la réalité, un comble quand on relit le sens originel du mot «  populisme ». Seule la vie nous permet ici de saisir son sens. Et force est de constater qu’avec Samia Ghali, Marine Le Pen ou Jean-Luc Mélenchon, les exemples ne manquent pas, chacun d’entre eux déclinant à l’envi ses multiples usages.

Le populisme, c’est ainsi faire croire que le problème c’est l’Europe et que la solution réside dans le rétablissement des frontières, en esquissant par les diatribes enflammées le spectre d’un autre, nécessairement dangereux.

IC-Edito-18-Samia-Ghali.jpg

Le populisme, c’est de faire croire que tous les patrons sont nécessairement des fous sanguinaires, obnubilés par l’appât du gain et que tous les ouvriers sont par natures bons et victimes. Mettre des citoyens dans des cases, et les laisser finalement à leur condition en antihéros tragique, puisque dans ce monde capitaliste,  leur combat paraît vain et perdu d’avance.

Le populisme, c’est l’outrance dans les mots, la harangue, la vocifération qui se substitue à la pensée et au rationalisme. C’est la volonté de faire passer les émotions en lieu et place de la réflexion.

Le populisme, c’est le clientélisme, qui vise à rendre des services en échange de quelques voix. C’est ne pas rompre avec ceux qui sont dans le viseur de la justice, en mettant la présomption d’innocence comme un bouclier quand la main est encore dans le pot de confiture, à la vue et au su de tous. Option minibus cette fois.

Le populisme, c’est de flatter les communautarismes pour doper les urnes ou à l’inverse les stigmatiser quitte à les confondre avec les communautés, pour complaire la peur de l’étranger, en un mot la xénophobie.

Le populisme c’est s’acharner à croire que la bulle médiatique vous est hostile et défavorable, que la liberté de la presse est une plaie et que les journalistes veulent vous faire la peau. Difficile ici de ne pas reconnaître nos trois protagonistes dans pareil forfait…

Samia Ghali, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon sont la tête de classe de cette nouvelle génération qui renoue avec les anciennes pratiques, qui affaiblit les piliers de la démocratie et de la République, bercés par les effluves d’un tout manichéisme. Qu’importent les programmes quand la fin justifie les moyens. Ces fossoyeurs puisent leur force dans les mirages de ceux qui les ont précédés. Car comment ne pas ainsi accabler François Hollande qui a fondé le volet économique de sa campagne sur des mensonges de projections de croissance, et qu’il tente, tant bien que mal de travestir en prétendant qu’il n’avait aucune conscience de l’ardoise de son prédécesseur. Le même qui avait menti aux Français pour gagner en 2007, à grandes flopées de gimmick démago «  travailler plus pour gagner plus », une gageure dans un système qui accepte qu’un actionnaire rentier gagne jusqu’à mille fois ce que parvient péniblement à réunir celui qui travaille de ses mains.

Le populisme est une mauvaise herbe, tenace et moribonde, qui fait son lit dans les lisiers de l’inculture. Triste société que l’on croit de l’information et qui pourtant n’a jamais été peu informée pour elle-même.

Populisme, toi que l’on connaît par ton nom sans avoir de définition, mais qui ne manques pas d’engrais pour gangrener…

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
commenter cet article
14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 10:52

Dreux 1983. Beaucoup de citoyens l’ignorent ou l’ont oublié, mais c’est à Dreux que le FN recueillit ses premières lettres de noblesse. Groupuscule depuis 1972 (ce qui en fait, soit dit en passant, l’un des partis les plus vieux de France, devant le PS crée en 1973), le parti de Jean-Marie Le Pen enflamme les Municipales de 1983, lorsque Jean-Pierre Stirbois obtint plus de 16% des voix et provoque une triangulaire. A l’époque, la droite parlementaire fusionne avec le FN, ce qui contredit tous ceux qui prétendent aujourd’hui, le nez allongé, que jamais la droite française n’a signé d’accord avec le FN. Quelques mois plus tard, Jacques Chirac qui s’est toujours auto-promu comme la digue inébranlable contre le FN déclarait pourtant « Je n’aurais pas du tout été gêné de voter au second tour pour la liste [RPR-FN] ». Preuve, comme le souligne Edouard Balladur dans son récent ouvrage, que l’ancien Président de la République a bel et bien été, dans carrière, tout et son contraire, pourvu qu’il soit élu.

Le tonnerre de Dreux avait été riche de deux enseignements précieux. D’une part, le Front national s’inscrivait dans les partis qui allaient compter dans le paysage politique français. D’autre part, c’est par la droite républicaine que la digue allait, tôt ou tard, sauter.

Trente ans plus tard, après une accession au second tour de la présidentielle qui résonna comme une victoire à la Pyrrhus, et une transition plus que réussie dans la succession familiale à la tête du parti, il y aura eu « la foudre de Brignoles ».

Avec 700 voix d’écart, la cantonale partielle ne risque pas d’être annulée comme celle de 2012, quand le FN avait déjà remporté la mise mais avec 3 voix d’avance, puis en 2012 quand le PC l’avait emporté avec 13 voix de plus. Cela signifie que le FN a fini par briser la logique majoritaire de la cinquième République qui broie tous ceux qui ne font pas partie de l’hydre bipartite ou qui n’ont pas négocié avec elle.

Les deux partis majoritaires ont eu beau jeu de maintenir des systèmes électoraux anti-démocratiques, dans des élections qui ont toutes renoncé à la proportionnel pour favoriser des assemblées non représentatives, quitte à augmenter le seuil pour se maintenir au second tour en cas de triangulaire, le piège s’est refermé sur eux. Et la République doit retenir que ce n’est pas en trafiquant la démocratie qu’elle parviendra à préserver ses valeurs mais bel et bien en faisant la pédagogie auprès des électeurs pour leur montrer quelles idées sont funestes pour ses piliers.

Par ailleurs, il faut regarder de près les comportements des électeurs dans l’entre deux tours, qui tordent le cou à cette analyse éculée selon laquelle d’une part l’abstention favorise nécessairement le FN et que d’autre part, le FN n’est qu’un parti du premier tour.

brignoles.JPG

Dimanche soir, l’ensemble des observateurs notaient que le report de voix entre la gauche et la droite avait plutôt bien fonctionné (en témoignent les résultats dans les bureaux, dits « de gauche » qui ont placé la candidate UMP largement en tête), comme ce fut le cas en 2002, montrant que l’électorat de gauche est bien plus respectueux des frontières du champ républicain, du point de vue des idées défendues, que ne l’est celui de droite, orienté il faut le dire par des cadres qui, à l’image de Fillon, ne voient de différence entre le PS et le FN qu’en termes de degré de sectarisme.

A compter que, comme cela semble se confirmer, le front républicain ait fonctionné et que dans le même temps, on note que la participation a progressé de 12 points, on obtient finalement les résultats suivants :

-       L’UMP, fort des reports de la gauche et du candidat divers droite a donc obtenu en théorie 3330 voix du 1er tour, ce qui suppose qu’il a bénéficié de 903 voix d’abstentionnistes ayant décidé de faire le déplacement au second tour

-       Le FN, fort des report du candidat du Parti de France a obtenu en théorie 3330 voix du 1er tour, ce qui suppose qu’il a bénéficié de… 1701 voix d’abstentionnistes ayant décidé de faire le déplacement au second tour.

En d’autres termes, le FN ne se contente plus de progresser en nombre de voix entre le premier et le second tour. Il en gagne plus que ses concurrents de la droite républicaine. Et surtout, le regain de participation lui est profitable puisqu’il n’en récupère pas moins des deux tiers.

Ce qui signifie que, parmi les abstentionnistes, il y a encore des électeurs du FN, jusqu’à en avoir une majorité, cassant le mythe, jadis vérifié et vérifiable pourtant, selon lequel le FN ne triompherait que si l’abstention était forte.

En réalité, il faut arrêter de croire que les électeurs du PS et de l’UMP votent par adhésion quand ceux du FN voteraient seulement par dépit ou par colère. Le vote du FN devient progressivement un vote d’adhésion et les chiffres montrent que les idées de Marine Le Pen commencent à s’assumer parfaitement, grâce à une droite qui les a complètement légitimées.

Certes Brignoles reste une cantonale partielle, et une majorité de Français ne savent sans doute pas ce que l’on élit dans ce type d’élection. Certes Brignoles n’est pas la France. Mais croire que Brignoles n’est pas un symbole comme Dreux le fut il y a trente ans, c’est au mieux pêcher par naïveté. Au pire céder au cynisme. 

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
commenter cet article

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
  • Contact

Recherche