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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 17:26

Et si la Cour européenne des Droits de l’homme venait de faire un éclairage fascinant sur le projet du mariage pour tous ? Projet qui suscite plus que jamais de tumultueux débats à dix jours de sa discussion à l’Assemblée nationale.

Sous le titre "Le droit de manifester sa religion sur le lieu de travail est protégé mais doit être mis en balance avec les droits d’autrui", la CEDH a ainsi publié un communiqué sur un jugement qu’elle a rendu le 15 janvier dernier.

 

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Il faut s'intéresser à deux des personnes en cause : Mme Ladele, officier d’état civil, et M. Mc Farlane, conseiller à Relate en Angleterre, alléguaient qu’ils avaient été licenciés pour avoir refusé de s’acquitter de certaines de leurs tâches dont ils considéraient qu’elles revenaient à reconnaître l’homosexualité. "Mme Ladele et M. Mc Farlane sont des chrétiens qui estiment que les relations homosexuelles sont contraires à la loi divine et que tout acte impliquant une reconnaissance de l’homosexualité est incompatible avec leurs convictions", explique le communiqué.

L’affaire avait été ouverte après le renvoi des salariés ayant évoqué leur "clause de conscience" pour ne pas exercer une partie de leur métier. Il s'agissait en effet de conseiller des couples homosexuels pour M. Mc Farlane et de procéder à des Pacs de gays ou de lesbiennes pour Mme Ladele. "La Vie" rapporte que la Cour a estimé qu’il n’y avait pas eu d’infraction à la liberté de religion, ni de discrimination anti-religieuse à leur égard.

Les deux incriminés, Mme Ladele et M. Mc Farlane, ayant épuisé tous les recours de leur pays, s’en étaient retournés auprès de la CEDH pour espérer un jugement contraire. En vain. 

La nouvelle est rassurante et éclairante.

Rassurante, car personne n’oublie que les institutions européennes sont assaillies par des lobbys intégristes, et notamment catholiques qui réclament à cors et à cris l’inscription dans la Constitution européenne de l’origine judéo-chrétienne de l’Europe. Une brèche sur laquelle ils comptent pour faire passer des interdits ou des restrictions concernant les unions homosexuelles ou le droit à l’avortement. Parmi elles, "Belgique et Chrétienté", dont le chef de file fut pendant des années un certain Alain Escada, aujourd’hui président du sulfureux Institut Civitas. La boucle est bouclée.

 

L'Europe résiste

 

Voir donc l’Europe résister encore et toujours aux pressions intégristes, dont l’ADN est d’instrumentaliser la religion à des fins politiques est rassurant pour les libertés individuelles des citoyens européens.

Mais la décision est aussi un avertissement à tous ces maires qui ont menacé de ne pas célébrer des mariages homosexuels si la loi venait à être votée au nom de leur clause de conscience.

Cette semaine, lors de l’examen de la commission des Lois, Patrick Ollier a de nouveau expliqué à l’Assemblée nationale, qu’il ne s’exécuterait pas, alors qu’en sa qualité de maire, il est représentant de l’exécutif. Plus qu’un paradoxe, une faute grave vis-à-vis des principes de la République.

 

Pas de "liberté de conscience"

 

Certains avaient expliqué qu’ils déléguerait aux adjoints cette mission, sous entendant que cela ne troublerait pas la mission de l’État tout en respectant leur "liberté de conscience". Mais d’autres avaient carrément empêché cette possibilité en faisant voter au sein des conseils municipaux des motions s’opposant à la célébration d’un mariage entre deux homosexuel même si la loi venait à être votée : ce fut le cas de Jacques Bompard, président de La Ligue du Sud, co-fondateur du FN et également Maire d’Orange, qui la fit voter le 22 octobre 2012, mais aussi de Philippe Brillault, maire de Chesnay dans les Yvelines qui avait opéré le 27 septembre.

Il faut dire qu’à l’époque un flou artistique flottait autour de cette possibilité à tel point que, devant les maires, François Hollande avait franchi le Rubicon en déclarant : "la loi s’applique pour tous dans le respect de la liberté de conscience".

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Le président de la République avait dû faire un impressionnant rétropédalage le lendemain après avoir reçu dans l’urgence l’Inter-LGBT et, par un communiqué de l’Elysée et des proches, il avait fait rappeler qu’il n’y aurait aucune "liberté de conscience" évoquée dans cette loi. Ce que la commission des Lois n’a, du reste, pas retenu non plus cette semaine pour voter les termes du texte définitif qui sera présenté aux députés le 29 janvier.

Les maires réfractaires n’auront donc ni la loi française avec eux, ni même la loi européenne. Pas de recours possible donc. Des sanctions seront systématiques et il faudra veiller à signaler tout manquement afin que la loi soit respectée. Avec rigueur et détermination. Ne leur restera qu’à s’en remettre aux mains de Dieu pour juger de leur attitude. Mais là, ce n’est plus l’affaire de la République. 

 

Publié sur le Nouvel obs, le 19 janvier 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 17:22

Mais que serait le débat du "mariage pour tous" sans Civitas, si ce n’est un échange sans fantaisies ? Il faut toujours savoir rendre à César ce qui appartient à César et remercier les intégristes pour leur crasse bêtise, leur inimitable imagination et leur mauvaise foi légendaire qui savent nous amuser, tant que leur service d’ordre reste en dehors de la "res publica"

Il faut dire que depuis l’avènement de la "fofolle de Dieu", Frigide Barjot, comme s’est plu àl’appeler Marianne, Alain Escada et son institut sont passés en arrière plan. Et peu importe s’ils ont bâti les fondations de la croisade, abreuvant cette foule compacte qu’ils doivent à présent suivre en marge de leurs arguments (car ne nous y trompons pas, la divergence est bien de forme et non de fond), les voilà fort dépourvus quand la bise Barjot fut venue.

Ringardisés, ils sont ainsi contraints de retourner à leurs fondamentaux : l’outrance.

Il y a des outrances qui sont condamnées par la loi et qui ne prêtent pas du tout à rire, comme lorsqu’Alain Escada déclare avant son défilé du 18 novembre que l’homosexualité est un "mauvais penchant qui nécessite d'être corrigé et une personne qui a de tels penchants devrait être abstinente".

 

Civitas, cet institut d'une autre époque

 

Mais, faisons leur l’honneur aujourd’hui de nous faire rire, en bon bouffons du Moyen-âge, une époque qui leur sied tant.

Nous ne reviendrons pas sur leur coquetterie arithmétique qui les fait compter 10.000 manifestants pour les partisans du projet le 16 décembre (sic !) et 50.000 pour leur propre force le week-end dernier.

Civ2.jpg

Intéressons-nous plutôt à cette invitation lancée par l’institut ce week-end, qui donne rendez-vous devant l'Assemblée nationale le 29 janvier, jour de l’ouverture des débats des parlementaires, et qui est introduite par cette promesse biblique : "Par ce signe tu vaincras !"

"Le 29 janvier, venons prier avec Foi et Espérance, avec attention et ferveur Celui qui est Tout-Puissant. Implorons Dieu de nous préserver de cette loi inique, de susciter les défenseurs de la Famille, de nous guider dans nos actions."

Et l’institut de conclure :

"Le 29 janvier, durant cette veillée de prières devant l'Assemblée nationale, nous supporterons le froid comme une pénitence."

 

Une conception très chrétienne de la laïcité

 

On se frotte les yeux, tellement le verbe paraît relever d’un autre temps, d’une autre époque, presque d’un autre monde.

Et puis, comme c’est touchant n’est-il pas : "Nous supporterons le froid comme pénitence". Ou comme punition pour enfreindre la loi des hommes ? Car il faudrait rappeler à Civitas que les prières de rues son interdites. L’institut le sait très bien, lui qui proclamait sur des autocollants "ni laïque, ni islamiste, une France catholique", et qui dénonce régulièrement sur son site lecommunautarisme de l’islam qui gangrénerait la France.


Civ.jpg

 

 

Pourtant, Civitas est coutumier du fait, et pour cause, puisqu’en lisant son slogan, on comprend que la laïcité s’arrête là où commence le christianisme.

Ainsi, lors de l’affaire du Théâtre de la Ville, l’institut avait fait des prières devant les établissements représentant "Golgotha Picnic", avant que l’affaire ne dégénère quand des activistes sont venus interrompre une représentation, un acte encouragé par Alain Escada.



Lors des 18 novembre et 13 janvier, les caméras des chaînes d'infos ont aussi diffusé des images montrant les fidèles de Civitas priant dans la rue, par des chants liturgiques, mais aussi en posant les genoux au sol.

Mais alors nous vient une question : mais que fait Marine Le Pen ? N’y voit-elle pas "une occupation de pans du territoire", puisqu'elle estime que "des quartiers dans lesquels la loi religieuse s'applique, c'est une occupation” ?

Marine Le Pen aurait-elle une conception singulière de la laïcité, de celle que l’on pourrait nommer "laïcité chrétienne" ? Non, vous croyez ?

 

Publié sur le Nouvel obs, le 18 janvier 2013.

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 17:16

Un véritable séisme. Alors que les pourfendeurs du mariage pour tous tentent de gonfler le chiffre des manifestants du 13 janvier et de faire de leur rendez-vous un succès susceptible de faire reculer le gouvernement et faire mentir la République en prétendant pouvoir imposer le référendum malgré son anti constitutionnalité, se propage l’information selon laquelle Simone Veil a participé au défilé, d’après les images de BFM-TV.

Si bien que le cabinet de Simone Veil, joint par le "Nouvel Observateur", ne put que confirmer que l'ancienne ministre était bien présente à la "Manif pour tous".

Mais le mot d’ordre était au relativisme, expliquant qu’elle était descendue saluer les manifestants, alors que le cortège passait non loin de chez elle, près de l’École militaire. Et de préciser que l'ancienne ministre ne souhaitait pas s'exprimer publiquement sur ce point. On peut la comprendre.

 

Une présence qui intrigue

 

Mais avant toute chose, il faudrait remettre un peu de vérité sur l’information selon laquelle Simone Veil n’aurait fait que saluer les manifestants, quand les images de BFM-TV la montre défilant avec un drapeau à la main. 

Alors bien évidemment, si le cabinet de l’ancienne ministre tenait à minimiser l’événement, c’est que les féministes et plus généralement les défenseurs des libertés qui avaient tant admiré Simone Veil ont de quoi être surpris.

Résumons la situation. Simone Veil est venue manifester contre le mariage pour tous. On est en droit de se demander comment cette féministe qui avait affronté l’Église pour libérer la femme et lui rendre la propriété de son corps peut, quatre décennies plus tard, estimer que le combat pour l’égalité des droits que l’on refuse à des Français sur leur seule orientation sexuelle est néfaste.

Mais plus intriguant encore, Simone Veil a-t-elle conscience que le défilé, fortement en grande partie à l'initiative de l’Église, est composé de ceux qui l’avaient insultée et trainée dans la boue en 1975 ?

 

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Madame Veil a-t-elle conscience que la manif pour tous est co-organisée par Alliance VITA, anciennement l’Alliance pour les droits de la Vie, l’association montée par Christine Boutin qui, chaque mois de janvier, organise également la "Marche pour la Vie"  

Et que cette "Marche pour la Vie" milite pour l’abrogation de la loi Veil ou pour le déremboursement de l’IVG, mesure qu’approuve Frigide Barjot, comme elle le confia à la "Marche" il y a un an, malgré ses trous de mémoire ?

Comment Simone Veil peut-elle donc défiler avec les fossoyeurs de son œuvre ? Comment a-t-elle pu en arriver là ? Dans ces conditions, on comprend aisément qu’elle ne souhaite pas s’étendre davantage sur sa participation à la "Manif pour tous".

Quand on sait que l’œuvre française défilait à quelques mètres de cette ancienne déportée, qui a oublié par la même occasion les triangles roses de sa jeunesse, force est de constater que cette participation est au mieux polémique, au pire une infamie. 

 

Publié sur le Nouvel obs le 14 février 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 17:06

Le dérapage a bel et bien eu lieu. La "Manif pour tous" avait pour elle d'avoir su organiser un cortège sans heurts le 16 novembre dernier, surtout au regard des agitations hystériques des membres du GUD qui avaient singulièrement agité les prières de rues de Civitas (à ce propos, on attend la réaction de Marine Le Pen face à cette "occupation de l'espace publique", dimanche 13 janvier, place Pinel à Paris, et filmée par les chaînes info...).

Las, le défilé de ce dimanche aura beau exhiber des chiffres flatteurs, entre 340.000 manifestants selon la police et 800.000 selon les organisateurs (quand Charles Beigbeder l'évalue à 2,5 millionsdans un délire que seul un excès de foi ou de substance illicite pourrait expliquer), Xavier Bongibault est venu gâché la fête de sa marraine chérie en faisant une analogie douteuse entre la conception des homosexuels selon Hitler et celle de François Hollande.

 

Un dérapage récurrent

 

Encore une fois, l'on peut s'étonner tout de même de ce tohu-bohu médiatique autour de cette déclaration quand on sait que le président de l'obscure association "Plus gay sans mariage" avait déjà fait le même parallèle sur l'antenne de BFM TV et au micro de Yves Clavi à RTL.

D'ailleurs, sur le plateau de Canal Plus ce lundi matin, l'accusé accusant ne disait pas autre chose :

"Je regrette mes propos en cela que je ne le referais pas si ça devait être refait, a concédé le porte-parole. Mais ce que je ne comprends pas, c'est la polémique qui a été créée hier alors que depuis que je prends la parole dans les médias sur ce sujet, je le répète, c'est la seule phrase que je répète lors de mes interventions médiatiques, je la répète à chaque fois."

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Déjà sur la première sortie filmée sur la question, on vit que Frigide Barjot était pour le moins gênée.

Gênée ou choquée ? En tous cas, pas suffisamment pour lui demander de ne pas réitérer, ou pour lui demander de prendre congé de son collectif. Preuve que cela ne devait pas la déranger plus que cela et qui ravivera une fois de plus les lourds soupçons qui pèsent sur ses connivences avec l'extrême droite.

Beaucoup plus grave furent les prétendues excuses de l'impétrant, puisqu'il se déclare héraut de "tous ces homosexuels qui seraient contre le projet de loi".  

À bien l'entendre sur le podium, ce serait François Hollande qui serait responsable de ce dérapage qu'il qualifie de "propos emportés". Comme si tout ceci avait été spontané (ce que la vidéo de BFM et l'interview de Yves Calvi datant du 6 novembre 2012 viennent pour le moins contredire).

La seule question qui vaille est donc de savoir si Frigide Barjot va continuer à soutenir Xavier Bongibault après ce dérapage, énième dérapage ? L'extrait de BFM avait montré que malgré sa gêne, elle avait toujours continué à le soutenir. Mais qu'en sera-t-il à présent ?

Parce que les prétendues excuses de Xavier Bongibault n'ont, elles, rien de spontanées, et de nombreuses sources faisaient entendre dimanche que l'auteur de "Touche pas à mon sexe" était particulièrement remontée. Et tout laisse à croire qu'elle n'a pas laissé d'autre choix à Xavier Bongibault que de s'excuser.

 

Une unité qui se fissure déjà ?

 

En tous cas, le front de la croisade contre le "mariage pour tous" montre jour après jour ses fissures. On avait déjà vu les premières tensions entre la "Manif pour tous" et Civitas, l'institut intégriste devant faire bande à part ce dimanche.

Enfin officiellement, car officieusement, Laurence Tcheng, co-organisatrice de la "Manif pour tous" expliquait dans une réunion publique à Boulogne-Billancourt, dans l'Eglise Sainte-Thérèse qu'ils avaient tout fait pour intégrer Civitas rappelant à l'assemblée qu'elle n'avait rien contre l'institut et expliquant : "Nous chrétiens n'avons pas à cautionner l'homosexualité" (source disponible en audio sur demande à l'auteur de l'article).

Depuis quinze jours, une source anonyme proche de Frigide Barjot et influente dans le collectif, explique à la presse qu'elle veut tirer la couverture à elle et commence à montrer son ras-le-bol.

Dimanche, ce fut un nouvel incident avec le dérapage inqualifiable, qui, même s'il n'était que la répétition d'un discours maintes fois produit, le fut devant une foule consistante et massive venue faire l'homélie à la France entière. 

Si bien qu'aujourd'hui, alors que la "Manif pour tous" aurait tout lieu de se réjouir de son succès, Frigide Barjot doit se demander combien de temps encore va pouvoir tenir cette auberge espagnole qui s'ébranle en tous points.

 

Publié sur le Nouvel Obs le 14 janvier 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 15:53

340000, 800000 ? Peu importe à vrai dire. La manif pour tous aura été un succès. Et quitte à citer des chiffres, autant délecter nos zygomatiques en lisant ceux affichés par Civitas, l’institut intégriste catholique se revendiquant de la Fraternité Pie X : 60000 annoncés par leur couleur, alors qu’ils ont dû manifester en parallèle du cortège principal, quand ils avaient déjà estimé que les partisans du 16 décembre n’étaient que 12000 à défiler à Paris. Il n’est pas bien sûr que les comptables de Civitas soient conviés à co-organiser la seconde élection à la présidence de l’UMP cet automne…

Que retenir de ce défilé à l’exception notable de la sortie inqualifiable et réitérée de Xavier Bongibault qui a comparé François Hollande à Hitler, analogie déjà faite sur BFM et face à Yves Calvi sur RTL ?

Pas grand-chose, si ce n’est que personne n’oublie que c’est le réseau catholique qui a été le principal artisan du défilé. Un lobby que d’aucuns croyaient en perte de vitesse et qui prouve qu’il n’a rien perdu de sa superbe. Même Christine  Boutin que l’on aurait cru dans un pareil contexte en tête de gondole, doit supporter l’ombre après la lumière de sa croisade anti-PaCS.

Les églises ont ainsi ouvert leur porte aux provinciaux qui avaient dû faire le voyage la veille, Alliance VITA, qui conteste la loi Veil sur l’avortement dans la sinistrement célèbre Marche pour la Vie qui aura lieu la semaine prochaine, co-organise le défilé aux côtés de Frigide Barjot, et nombre de  dirigeants des établissements catholiques ont rappelé par lettre aux enseignants du privé la position de l’église en les invitant à défiler dimanche.

Manif-pour-tous.jpg

Et que dire de l’égérie de cette croisade, Frigide Barjot, qui a publié « les confessions d’une catho branchée » et qui a fondé une association « touche pas à mon Pape », en l’honneur du si « moderniste » Benoit XVI… Son dernier livre « Touche pas à mon sexe » est un Nouveau Testament à lui tout seul, et ses sources s’abreuvent dans le même bénitier que Civitas. Mais bien évidemment la manif pour tous ne relève pas de la doxa religieuse.

L’église  vient donc se mêler du code civil : notre laïcité est bafouée et mitraillée en plein cœur.

Ce dimanche, les chaînes info ont oublié le Mali durant quelques heures pour nous abreuver de cette manif pour tous, avec des témoignages édifiants, notamment celui de cet homme sur I>Télé qui avouait être catholique mais concédant qu’il devait « ne pas en parler aujourd’hui »…

Cachez cette foi que je ne saurais voir. Aujourd’hui l’église bat le pavé de la République et semble lui intimer l’ordre de respecter sa vision de la société. Comment la France peut-elle accepter cet attentat républicain ?

Si l’église a, comme n’importe quelle organisation, le droit de participer au débat, qu’il est révoltant d’entendre que la France doit rester fidèle à ses origines chrétiennes, ou encore qu’elle est la fille ainée de l’église. Et les bigots de l’UMP et du FN, à l’exception notable de Marine Le Pen puisqu’un schisme  a lieu sur la question homosexuelle dans le parti d’extrême-droite, de se sentir renforcés dans leur vision réactionnaire et archaïque.

On le voit la question sur le mariage pour tous n’est pas qu’une question de société. C’est aussi une question de laïcité. Le mariage républicain n’a pas à singer celui de l’église. L’un donne des droits, l’autre confirme la foi. Il ne faudrait tout de même pas tout confondre.

 

Publié le 14 janvier 2013 sur Mediavox

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 17:05

Frigide Barjot a joué samedi soir une partition classique et quelque peu lassante sur le plateau d’ "On n’est pas couché", qui accoucha pourtant d’un débat passionnant entre Natacha Polony, athée et défendant une ligne "naturaliste" ou "biologique" ou "anthropologique", selon le terme qu’on veut bien utiliser, Frigide Barjot, catholique revendiquée et défendant les saintes écritures, même si elle tenta, en vain, de s’en défendre, et Caroline Fourest athée et défenseur d’une laïcité sans faille.

Or, on sait notamment que les églises ont ouvert leurs portes aux manifestants de province et que les organisations catholiques se sont fortement mobilisées, y compris dans des établissements scolaires dans lesquels des enseignants ont été encouragés à participer.

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Alors que Frigide Barjot prétendait que son organisation n’était pas liée au religieux, Caroline Fourest, consternée, lui rappela l’identité de ceux avec qui elle organise son cortège (à 1h43 environ) :

"Mais enfin, mais Frigide Barjot, l’Alliance pour les droits de la vie qui organisent avec vous se battent contre l’IVG au nom du catholicisme depuis des années".

Et Frigide Barjot de répondre :

"Vous en reparlerez avec eux parce que moi je ne suis absolument pas au courant. Ils sont venus monter des cars. Bon euh, ils ne sont pas venus faire autre chose."

Frigide Barjot absolument pas au courant des activités de l’Alliance pour la Vie ? Ah oui ? Pourtant, le très réac "Nouvelle de France" héberge une vidéo qui montre la même Frigide Barjot en janvier 2012 être interviewée lors de la Marche pour la vie, organisée par l’Alliance des droits de la vie, Alliance Vita, organisation créée par Christine Boutin, qu’elle embrasse en pleine interview juste après avoir déclaré : "Je suis pro-vie et pro manif pour la vie."


Un bon gros mensonge pour celle qui s’affiche ce dimanche devant toute les caméras aux côtés deTugdual Derville, Délégué général d’Alliance VITA…

 

Publié sur le Nouvel Obs le 13 janvier 2013.

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Published by Yves Delahaie - dans Le mariage aux homosexuels
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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 10:30

Alors que se prépare la "manif pour tous" dimanche prochain à Paris, que la police anticipe comme un événement d’ampleur en termes de participation, Frigide Barjot continue malgré son emploi du temps de Ministre d’avoir un sens marketing particulièrement aiguisé en sortant ce jeudi son "livre" sur la question : "Touche pas à mon sexe".

 

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S’inspirant de la recette qui avait tant réussi à Stéphane Hessel avec "Indignez-vous" et qui avait causé tant de raillerie à Robert Ménard pour son "Vive Le Pen", l’autoproclamée Frigide Barjot, alias Virginie Tellenne, nous sert donc un livre frugal d’une trentaine de pages, ou plus exactement 24 si l’on enlève celles qui sont blanches qui pourront toujours vous être utiles pour faire la liste des courses ou pour noter les heures de la messe.

 

D’ailleurs Frigide commence justement par la messe, ou presque : "Chers amis lecteurs, catholiques ou pas vraiment". Intrigante formule d’entrée que celle-ci.  Pourquoi avoir tenu à rajouter l’adverbe "vraiment" ? Serait-ce à dire que ceux qui sont contre le projet de loi sont nécessairement catholiques ou sensibles à ses arguments ? Ou est-ce à rappeler que, finalement, les origines judéo-chrétiennes de la France fait en chacun de nous un catholique qui s’ignore ? Mystère.

 

Toujours est-il que très vite, trop vite même, Frigide Barjot opère comme elle a coutume de le faire sur tous les plateaux où elle est invitée. Elle s’empresse de répondre à la présomption d’homophobie qui frapperait les opposants du projet en se désignant insoupçonnable : "je suis ce qu’il faut bien appeler une 'fille à pédés', nous rappelant ensuite que son premier amour était pour son plus grand malheur homosexuel (snif), "Moi, j’ai mon brevet d’homophilie" (sic), "j’ai passé mes premières années parisiennes sur les chars de la Gay Pride" (un arrêt cardiaque est à prévoir du côté de Civitas…).

 

Bien évidemment comme je l’avais déjà souligné lors de ces prestations scéniques, il apparaît plus que suspect de vouloir tout de suite envoyer aux lecteurs pareille justification. Et de se demander ce que Frigide Barjot cache sous tant d’emphases. 

 

Il ne faut d’ailleurs pas attendre bien plus longtemps (il faut dire qu’avec 24 pages, on s’en serait douté) pour découvrir le pot aux roses. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la fleur est odorante. Elle vient du jardin de Philippe Arino, auteur de "mon cher Philippe Arino" précise-t-elle, sous la plume duquel on peut lire qu’en effet, Frigide Barjot n’entretient ni clichés, ni stéréotypes poussant à l’homophobie :

"l’homosexuel est une personne souvent blessée, à la sexualité souvent immature, qui se transforme alors en sexualité boulimique avec une infidélité quasi-consubstantielle : il suffit pour s’en convaincre de lire la presse homosexuelle où le sexe est omniprésent, de connaître un tant soit peu ce monde pour s’en rendre compte…"

 

Alors bien évidemment Frigide Barjot précise qu’il est "homo" comme si cela était une armure  suffisante pour ne pas être abattue sous les accusations d’homophobie… Mais omet de dire que l'écrivain controversé a tourné à 180 degrés depuis 2011. Une information que m'a confirmé Daniel Conrad, animateur sur RCN, France Culture et qui l'a souvent invité au micro de son émission "Ce n'est que de l'amour". Philippe Arino qui, actuellement,  prône la "continence", en renonçant à la drague, à la masturbation et à la pornographie dans un don total à Dieu et à l'église. A Lille en octobre dernier lors de sa réunion publique à laquelle j'ai pu assister, Alain Escada de Civitas ne prenait pas d'autre exemple qu'Arino pour montrer que même les homosexuels étaient opposés au projet. Amen. 

 

Puis la présidente de la "manif pour tous" s’empresse de faire la nique aux sondages d’opinion, qui sont depuis de nombreuses années largement favorables au "mariage pour tous", en trouvant une raison, qui, à elle seule, expliquerait ce qui correspond à un égarement selon elle : les Français sont manipulés ! Incapables de penser par eux-mêmes, pensez donc ma brave Dame.

 

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Et l’ignoble, l’horrible, la satanique responsable de ce complot digne d’un scandale d’état ne se reconnait pas à un nombre mais répond à un nom : Caroline Fourest ! La "spécialistologue sur le service public" ou encore une des deux "gauchistes les mieux payées par le système libéral" avec Clémentine Autin.

 

Frigide Barjot n’hésite pas réinventer le verbe en parlant de "médias fourestisés" et en glosant sur celle qui semble avoir son rond de serviette sur tous les plateaux ou aux côtés de chaque micro… Amusant de la part de celle que l’on entend sur Europe 1, RTL, France inter, RMC, France culture ou que l’on voit au Grand Journal, chez Taddéi, à C dans l’air, chez Paul Amar en moins de 10 jours en décembre !

 

Pour autant, Frigide est formelle : "l’opinion publique reflète surtout ce qu’elle entend dans les médias". Elle en veut pour preuve que les intentions favorables à l’adoption ont "chu" de 10 points en quelques mois. Preuve, selon elle,  que les opinions évoluent "dès lors que la parole commence à circuler". Pendant que Virginie Tellenne se réjouit de la baisse des intentions favorables au projet, elle oublie de dire que dans le même temps, le nombre de plaintes à SOS homophobie a explosé avec 200% d'augmentation. La fin justifie sans doute les moyens. 

 

Frigide Barjot serait donc ce vecteur par lequel la parole circule. Et loin de se dégonfler, elle se charge ensuite de nous montrer de quoi est composée cette parole. Et l’on comprendra aisément qu’à grands coups de mensonges et de manipulations, l’opinion,  ne reste en effet pas toujours insensible.

 

Ainsi, elle décrète en substance que seront rayés du code civils "tous les mots, mais aussi les réalités de 'mari' et de 'femme', de 'père' et de 'mère' ", mensonge qu’elle commet régulièrement sur tous les plateaux et qui lui vaudra la conclusion qu’elle n’avait pas lu le texte de loi sur le plateau du Grand Journal, par Najat Vallaud-Belkacem. Un mensonge maintes fois démasqué par la Garde des Sceaux, qui est tout de même l’auteur du projet de loi…

 

De la même manière, Cassandre Barjot explique :

"Sur votre carte d’identité, il est aujourd’hui inscrit 'sexe' : 'homme' ou 'femme'… Demain, il y aura 'genre' : et 'hétéro, homo ou bi, ou trans' ". Une prédiction déjà présente dans son petit clip qui préparait la manifestation du 17 janvier :


 

 

 

Persistance d’un délire bien qu’elle ait concédé que sa vision était une pure lueur de son imagination fertile quand Mouloud Achour lui avait demandé fermement si elle était sure de ce qu’elle affirmait, et alors que Najat Vallaud Belkacem veillait au grain en face d’elle.

 

Et Frigide Barjot n’oublie rien et surtout pas les risques de la polygamie, thème importé dans le débat Civitas et ce dès juin 2011 à l’aide d’autocollant. 

 

Ainsi, Frigide reprend la légende d’un couple à trois au Danemark, sur lequel les services recommandés de Christiane Taubira ont prospecté en vain comme elle l’expliqua sur France inter suite à l'argument déjà brandi par Mgr Vingt-Trois, ou encore sur la demande excentrique qui fut faite au Brésil par un notaire en mal de notoriété et qui n’aura obtenu aucune reconnaissance officielle, puisque la loi brésilienne condamne la pratique.

 

Mais rien n’est suffisant pour son argumentation qui se doit d’étonner et qui doit détonner par ses doigts habiles quand elle affirme que le projet de loi est une porte "grande ouverte à toutes les dérives" et de citer dans l’ordre "poly-mariage répondant au poly-amour, en attendant le droit à l’inceste". La même argumentation que les intégristes fondamentaliste de Civitas.

 

Elle aura toujours le bon rôle ensuite de prétendre vouloir se différencier d’eux sur le plateau de Paul Amar : la chapelle est édifiée sur un autre terrain, mais le bréviaire est partagé. D’ailleurs, en prenant la défense de Mgr Barbarin ou encore de François Lebel, Frigide Barjot ne peut plus se réfugier derrière son "brevet d’homophilie".

 

Dans ce livre (sic), l’ubuesque succède au décadent quand elle prétend qu’Elisabeth Guigou a changé sa position pour "les raisons médiatiques exposées plus haut", à sa voir la fourestisation des débats si on la lit correctement. Ou alors en expliquant que puisque "tous les enfants de divorcés souffrent et sont ‘carrencés’ " (en quoi, en calcium ?), "alors qui peut croire que ceux des couples homosexuels seront moins déstabilisés", dans un syllogisme qui défie les lois de la logique. Elle n’hésite pas non plus à citer un psychanalyste qui prêche pour sa paroisse pour affirmer avec le le ton péremptoire des vérités incontestables qu’il est "amusant, en tous cas de voir la psychanalyse et l’Eglise arriver aux mêmes conclusions", comme l’aveu incontestable et surtout la confirmation qu’elle représente donc bien l’Eglise…

 

Frigide Barjot conclut finalement par convaincre le lecteur que 24 pages sont finalement suffisamment longues comme cela et ce dernier pourrait être déçu de voir que les deux dernières lignes auraient suffi à lui faire économiser trente précieuses minutes :

"Parce que nous sommes tous nés d’un homme et d’une femme, et que ce n’est pas près de changer".

 

En effet Frigide, la loi n’a pas la prétention de changer cela. Alors, tout ça pour ça ?

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9 janvier 2013 3 09 /01 /janvier /2013 17:02

Reclus dans sa tour d’ivoire où il s’était imposé le silence pour seule résidence, François Bayrou descend, de temps à autre, revoir les humains, les Français, qui ne l’ont pas choisi, ni comme président, ni comme député. Avec l’arrogance des sages, le poète maudit du Béarn revient distribuer bons et mauvais points sur la scène médiatique, la certitude comme essence à son discours.

La crise devient son terreau, il fait ainsi la leçon à François Hollande dans "Les Echos", l’invectivant même :

"Assumez le choix réformiste que vous avez esquissé ! Tranchez ! Assumez l'urgence politique qui s'impose, à la Mendès ou à la Schröder. Il n'est plus temps de ruser ! Ne cherchez pas les mots à double sens."

Qui viendra sur ce terrain le contredire ? La crise et les multiples louvoiements du gouvernement – notamment dans l’affaire Florange – renforcent le trait de vérité et de lucidité de ces quelques mots. Mais qu'ils deviennent lourds et savoureux quand on les lit, non pas à la lueur de notre hiver économique mais à la loupe du dossier du "mariage pour tous". "Assumez, il n’est plus temps de ruser, ne cherchez pas les mots à double sens"…

 

Pas de mariage, une égalité des droits

 

Étonnant miroir que cette déclaration qui reflète les états d’âme sur une question sociétale sur laquelle le président du MoDem entretient un flou mallarméen. À la fois partisan de l’égalité des droits mais affirmant dans les colonnes des "Échos", que député, il n’aurait pas voté le texte. Il aurait pu s’abstenir. Mais non, il l’affirme comme il l’a déjà maintes fois affirmé à ses proches et aux cadres de son mouvement, il n’aurait pas voté la loi sur l’ouverture des droits du mariage et de l’adoption par les couples homosexuels.

Syndrome de ce malaise, dans les bureaux de Mediapart le 23 novembre dernier, quand son directeur de campagne présidentiel, Jean-François Martins, conseiller municipal de Paris, dut intervenir lors d'un débat sur le sujet, et représenter la position du MoDem, aux côtés de Jean-Christophe Fromantin de l’UDI, qui lui, ne cache pas son hostilité au projet en organisant à Neuilly les débats pour assurer une opposition massive dans les rues de la capitales le 13 janvier prochain.



Placé à ses côtés, donc dans les rangs des sceptiques ou des opposants, pour défier Martine Billard du Parti de gauche et Sergio Coronado d’Europe Ecologie-les Verts, on sentit la gêne du journaliste Frédéric Bonneau quand Jean-François Martins expliqua, qu’à titre personnel, il était pour le mariage et l’adoption contrairement à François Bayrou qui était seulement pour l’égalité des droits.

Le moins que l’on puisse dire est que le sujet du mariage pour tous est bien la seule question où l’on ne pourra se permettre de persifler, qu’au-delà de Bayrou, le MoDem n’est rien d’autre que son propre écho.

 

Une position constante

 

Le président du MoDem a l’avantage de la constance sur sa position. Comme il l’avait confié déjà à "Têtu" en novembre 2011, il bloque sur la sémantique du mot mariage, qu’il réserve à l’union d’un homme et d’une femme, brandissant même un argument boomerang sur la tolérance qu’il renvoie aux partisans du projet :

"Pendant très longtemps, le combat de la communauté homosexuelle était accepter la différence. Accepter la différence, au fond, ça vaut dans les deux sens."

Et le président du MoDem de préciser :

"Parmi nos concitoyens, il y a bien des différences de sensibilité, parfois venues d'autres traditions culturelles, parfois plus traditionnelles. Ceux-là aussi ont droit à la compréhension."

Bayrou ombre

Les couples homosexuels sont privés de la jouissance de l’égalité des droits mais sont invités à faire preuve de tolérance… Curieux positionnement que l’on a vite fait de pardonner quand on le voit être favorable à l’adoption et à la reconnaissance des enfants nés de la GPA.

En d’autres termes, François Bayrou est contre le mot mariage mais est favorable à l’égalité des droits, à l’adoption et à la protection de la loi pour les enfants nés d’une GPA. Ce qui, à l’exception de la brouille sémantique, va plus loin que certains à gauche…

Et pour résoudre son ambigüité, François Bayrou prétend détenir la solution :

"L'idée qu'on doit, sous le juste terme 'd'union', instituer pour les couples homosexuels reconnaissance et droits. Le nommer 'mariage', c'est tout à fait autre chose."

François Bayrou souhaite donc réserver une union pour les homosexuels, particularisme qui serait parfaitement anticonstitutionnel, et que Nicolas Sarkozy connait bien puisqu’il l’avait proposé à la présidentielle en 2007 et qui avait été dissuade de le mettre en œuvre après avoir été averti par le Conseil Constitutionnel. Et c’est bien normal : comment peut-on accepter que l’on obtienne l’égalité des droits par la création d’un particularisme ? À l’époque, Sophia Aram avait raillé la position de Bayrou, devant lui, sur France Inter en parlant de "mariage Canada Dry" et en le mettant devant sa contradiction :

 

Mais au-delà de cette ambigüité que seules ses dernières résistances à la laïcité expliquent, car en réservant le mot "mariage" au sacré tout en souhaitant le préserver pour les hétérosexuels au civil, nul doute que ce n’est pas la républicain, mais bien le croyant qui raisonne, le positionnement politique de François Bayrou sur la question dérange.

Quand il explique qu’il n’aurait pas voté le texte sur la question s’il avait été au Parlement, on l’a vu, alors qu’une abstention aurait, à la limite, pu panser la discorde sémantique.

Mais aussi quand il explique que le projet de loi ne tombe pas à point nommé en parlant de sujet explosif, déjà en novembre.

 

Un homme qui n'assume pas ?

 

Plus grave, il reprend l’argument des opposants les plus durs, selon lequel le gouvernement utilise ce projet de loi comme paravent sociétal pour cacher la misère des solutions sociales qu'il aurait à proposer :

"Le gouvernement croit habile d'utiliser des sujets de société tel le mariage homosexuel pour requalifier l'identité de gauche. Il n'obtiendra qu'une crispation de la société en des temps où il faudrait rassembler."

L’homme qui ne veut pas clairement prendre position au projet, refusant par exemple de défiler dimanche, refusant de voter pour s’il avait pu le faire, refusant le mot "mariage" tout en préconisant l’égalité des droits en proposant une solution qu’il sait anticonstitutionnelle (habile moyen pour faire une proposition qu’il n’aurait jamais mise en œuvre tout comme la question du droit de vote des étrangers qui figurait dans son programme mais dont il estime qu’elle ne viendrait pas au bon moment), mais qui vient faire sa leçon et expliquer quelle serait la bonne marche à suivre.

Je veux bien reconnaître, que, pour quelqu'un ayant longtemps porté l’étiquette d’un homme de droite, François Bayrou a fait un long chemin sur la question, et je ne renie pas une ligne de ce que j’avais écrit alors. Mais, force est de constater qu’à la lueur du pragmatisme, et au moment où il faut clairement prendre position et mettre les mains dans le cambouis, les convictions de François Bayrou se dérobent. Et sur la question du mariage pour tous, il est regrettable de constater la posture qu’il maintient a des faux airs d’imposture hypocrite d’un réac qui ne s’assume pas… ou qui ne s’assume plus.

 

Publié sur le Nouvel Obs, le 9 janvier 2013.

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 16:46

Énième scandale dans le long chemin de croix du projet de loi sur le mariage pour tous qui ressemble en tous points à une guerre de tranchée, tant les opposants ont décidé de tout mettre en œuvre pour pourrir un débat qu'ils prétendent attendre.

Depuis dimanche, les hérauts de l'opposition au projet font circuler la même vidéo de BFMTV montrant la porte-parole du gouvernement et par ailleurs ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem, parler devant des collégiens pour, dit-on, faire la promotion du projet de loi sur le mariage pour tous.


Un document qui tombe mal au moment même où Vincent Peillon vient légitimement rappeler que l'école doit rester un endroit de neutralité et que l'appel au débat lancé par le secrétaire général de l'Enseignement catholique était pour le moins déplacé.

Si Laurent Wauquiez fut celui qui montra la plus grande ferveur pour fustiger Vincent Peillon, c'est Christine Boutin qui est montée le plus rapidement au créneau concernant Vallaud-Belkacem : "Non seulement on stigmatise et on montre du doigt l’enseignement privé mais on fait un traitement différent pour l’enseignement public, ce qui est naturellement scandaleux", implore la passionaria du Pacs.

Il faut dire que, depuis quelques jours, la présidente du Parti chrétien démocrate fait tout pour reprendre la main sur le débat, et surtout la place qu'elle avait rêvé avoir avant que Frigide Barjotne vienne s'imposer médiatiquement. Déjà le 24 décembre, devant un sapin tout illuminé, elle avait déclaré à i>Télé que les homosexuels pouvaient déjà se marier... avec un partenaire d'un autre sexe, avec l'assurance de celle qui croyait avoir la primeur sur un argument éculé pourtant depuis six longs mois.

 

Aucune dérogation au principe de neutralité


Mais au-delà de cette lutte d'influence que se livrent Madame Boutin, Frigide Barjot et Civitas, qui défilera à part le 13 janvier, il est tout de même nécessaire de se poser la question qui fâche : Najat Vallaud-Belkacem a-t-elle dérogé au principe de neutralité lors de sa visite dans un collège du Loiret filmée par BFMTV ?

Lundi, Vincent Peillon a été ferme et clair : il n'y a pas pour lui d'entorse à la neutralité. "Vous ne voyez pas la différence entre organiser 8.000 débats dans toutes les classes et répondre à la question précise d'un enfant en quelques secondes ?"

L'argument est juste mais il faut tout de même rappeler que le secrétaire général de l'Enseignement catholique, Eric de Labarre, n'avait pas demandé non plus à organiser des débats partout mais écrivait qu'un établissement pouvait "prendre des initiatives".

 

Les opposants au projet commettent une erreur

 

Et quitte à entrer dans le détails, puisque les hérauts de l’opposition au projet parlent de dérapage inacceptable au regard de la lettre et des préconisations de Vincent Peillon, intéressons-nous à ce que dit Najat Vallaud-Belkacem. La ministre l'explique parfaitement : l'objectif principal de la séance était de faire "la chasse aux préjugés".

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D'ailleurs, lorsque les collégiens sont sollicités pour dire ce qu'ils ont retenu, nul message de prétendue propagande ne semble être resté puisque seul l'approche par rapport à l'homosexualité est relevée : "on a appris qu'il fallait pas se moquer des gays", "les gays, ils sont normals (sic), ils sont comme nous, c'est des êtres vivants mais qui aiment le même sexe".

 

Pas de citoyens de seconde zone

 

Christine Boutin, Laurent Wauquiez et consorts oseraient-ils dire que ces propos relèvent de la propagande ? Oseraient-ils affirmer que lutter contre l'homophobie relèverait de la propagande ? Préfèrent-ils les propos rassurants d'un Alain Escada qui en marge de son défilé barbare, qui, se solda dans la violence, déclara au sujet de l'homosexualité qu'elle était un "mauvais penchant qui nécessite d'être corrigé et une personne qui a de tels penchants devrait être abstinente" ?

Que reproche-t-on finalement à Najat Vallaud-Belkacem ? D'expliquer le projet de loi ? Non. Ce qu'on lui reproche c'est d'avoir osé dire que cette loi serait "une avancée", comme l'a rappelé dimanche soir Laurent Wauquiez au Grand Jury RTL/Le Monde.

Comment nier que ce projet de loi serait une "avancée" pour les homosexuels eux-mêmes ? Pouvoir jouir des mêmes droits que les hétérosexuels, ne plus être considérés comme des citoyens de seconde zone serait évidemment une avancée. Qu'est-ce qui choque les opposants ? Passer pour des rétrogrades ? C'est bien, ils tiennent sans doute là le bon bout du problème...

 

Publié sur le Nouvel Obs, le 7 janvier 2013

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7 janvier 2013 1 07 /01 /janvier /2013 15:51

Ce sera une première depuis 2006… Pensez donc : il n’y a pas eu depuis lors une seule année sans une voire deux élections ! Pas moins de 9 scrutins qui n’ont finalement laissé aucune famille politique prendre le soin de se poser, de prendre son temps et de penser un programme. A peine une élection avait-elle rendu son verdict qu’il fallait déjà penser à gagner la suivante.


Dans ces conditions, nul ne se s’étonnera de la pauvreté du débat lors de la dernière présidentielle, notamment entre les deux formations qui se sont affrontées au premier tour, du brassage de chimères pour l’une, à la valse avec la force obscure pour l’autre. L’année 2013 pourrait être celle de la réflexion mais aussi des promesses. Encore que…

Au PS, on doit chérir ce moment, à l’heure où les côtes de popularité et de confiance sont au plus bas. Le parti de la rose n’a plus mordu la poussière depuis les Européennes de 2009, où Europe Ecologie Les Verts avait failli le reléguer au troisième rang. Quatorze mois sans élections, et donc sans la pression des urnes devraient donner l’entière liberté d’agir, d’oser l’audace surtout que la gauche est majoritaire dans les deux Chambres. Mais étrangement, François Hollande et son équipe paraissent frileux comme jamais, redoutant… quoi au juste ? Les courbes des sondages ? Ou bien les élus locaux qui craignent pour leur poste aux municipales ?

2013.jpg
 

 

La situation aurait pu être profitable à l’UMP mais elle a décidé depuis novembre de revêtir les oripeaux de la droite la plus bête du monde. Et nul doute qu’à ce petit jeu-là , elle a remporté le gros lot avec l’ubuesque élection de la présidence du parti. La droite rejouera le match à la fin de l’année 2013… Un calendrier périlleux, à quelques semaines des municipales. D’ici là, il sera cocasse d’observer comment l’UMP pourra être crédible et légitime avec à sa tête un président à épithète, le président « contesté »…

Redevenu troisième force politique du pays depuis les régionales 2010, le FN a connu une année faste. Mais il sait aussi que ses étoiles ne brillent qu’en période électorale. Entre temps, il faut fédérer. Et il est toujours difficile de composer dans une écurie qui abrite tout et son contraire. Le Front national a toujours été une auberge espagnole qui tente de concilier des positions antagonistes. Et la situation est même aggravée depuis le passage de flambeau car les anciens du parti, représentés par Gollnisch, sont loin de partager tous les combats de Marine Le Pen, à commencer par la laïcité, pour un parti qui compte encore nombre de catholiques intégristes qui défileront notamment la semaine prochaine aux côtés de Civitas. D’ailleurs le sujet d’un mariage pour tous a laissé transpirer quelques fractures… Finalement le seul sujet sur lequel tout le monde s’accorde reste la croisade contre l’islam. Cela sera-t-il suffisant pour présenter des équipes unies pendant quatorze mois ?


Entre ces trois grands, deux destins tentent de se faire un nom. Celui de Mélenchon, même si on entend ici ou là que le PC souhaiterait reprendre quelque peu son indépendance par la force d’un Pierre Laurent qui semble s’être émancipé depuis quelques mois. En tapant si fort sur Hollande, l’extrême gauche a renoncé de facto à toute participation gouvernementale. N’a-t-elle pas eu les yeux plus gros que le ventre ?


Au centre, la gabegie règne, avec l’UDI qui se présente comme parti godillot de l’UMP tentant de prendre sa place maintenant qu’elle a perdu la tête. Et le MoDem qui n’a plus que son chef comme porte-drapeau. Et qu’est le MoDem sans Bayrou si ce n’est son écho ? Les deux formations centristes n’auront d’autres choix que de faire des alliances. Ou de s’allier entre elles. Mais sur quelles valeurs communes ? Ou plus exactement en faisant fi de quelles divergences ?


Même sans scrutin, on le voit, les partis devront travailler sans relâche, tant pour construire leur ligne idéologique que pour se refaire, pour certains, une virginité. Tout reste donc à écrire.

Publié le 7 janvier 2012 sur Médiavox

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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