Du Front National

Vendredi 1 février 5 01 /02 /Fév 17:41

De mieux en mieux. On pensait que les errements de nos politiques allaient enfin se circonscrire au Palais Bourbon, maintenant que les députés ont pris à bras le corps le projet de loi sur le mariage pour tous. Que nenni.

Après les amendements de Jacques Bompard voulant légaliser l’inceste ou la polygamie, laréinvention du droit constitutionnel par un Wauquiez que ses propres écrits sont venus contredire, c’est au tour de Bruno Gollnisch de faire tomber la chemise… Enfin plutôt la culotte, puisque le député européen a tout simplement montré ses attributs en pleine assemblée de conseil régional : 

  

Montrer pour dénoncer, "une habitude abjecte"

 

La raison de ce strip-tease d’un goût douteux ? Une réaction "rabelaisienne" pour manifester contre des subventions accordées à des groupes musicaux ayant fait du sexe une source intarissable d'inspiration : "La gauche socialo-écolo-communiste subventionne des sites informatiques classés comme pornographiques ou incitant à 'montrer son cul’".

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Faut-il rappeler à cet élu de la République qu’il existe bien des moyens d’exprimer sa désapprobation et que celui consistant à mettre en pratique ce que l’on dénonce est pour le moins suspect ? Une habitude abjecte pour l’extrême droite quand on voit Jacques Bompard dénoncer les dérives possibles du "mariage pour tous" vers l’inceste… en proposant de la légaliser.

J’ai toujours été de ceux qui se sont offusqués du verrouillage de nos institutions avec le refus de la proportionnelle afin de faire le barrage au Front national. Ne serait-ce que parce qu’il est inefficaceà partir du moment où le parti de Marine Le Pen flirte avec les 20%.

 

Des attitudes "indignes de notre République"

 

Mais il faut bien avouer que les élus FN ne font rien pour légitimer leur présence parmi les représentants de la République. Surtout quand on se souvient que le même Bruno Gollnisch avait déjà provoqué un coup de force à l’Assemblée nationale en 1987.

L’épisode est relaté par Renaud Dély, dans un livre paru en 1999 : "Histoire secrète du Front National", dans lequel il raconte comment celui qui s’opposa à Marine Le Pen pour la succession du père s’appropria le perchoir et bafoua le règlement de l’hémicycle :

"Un soir de 1987, il s’illustre au cours d’une nuit mouvementée en menant dans l’Hémicycle une fronde des élus lepénistes qui enfreignent le règlement pour tourner les clés de vote électronique de leurs adversaires et prennent d’assaut le fauteuil de président pour dénoncer l’absentéisme des députés. ‘Vous vous trompiez sur moi. Vous me preniez pour un modéré, alors que je suis un extrémiste.’" 

Oui extrémiste, il l’est assurément. Et ces attitudes sont tout simplement indignes de notre République. Montrer ses fesses à l’Assemblée, voter à la place d’un autre élu, voler le perchoir… Autant de forfaits qui siéent mal à celui qui se revendique de la tradition et des valeurs de la France. Autant de preuves, après tant et tant d’autres, qui confirment la véritable nature d’un parti extrême, d’extrême droite. Sans l’ombre d’un doute.

 

Publié sur le Nouvel Obs, le 1er février 2013

Par Yves Delahaie - Publié dans : Du Front National
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Lundi 10 décembre 1 10 /12 /Déc 20:02

Mais à quoi joue Jean-Luc Mélenchon ? Autoproclamé ennemi public numéro un de la présidente du Front national, avec pertinence et efficacité durant la présidentielle, mais en toute contre-productivité lors de la législative, le président du Front de gauche a offert à Marine le Pen un cadeau avant Noël. Grimé en Saint-Nicolas pour l’occasion… De la part d’un défenseur acharné de la laïcité, avouons que cela a de quoi faire sourire.

En verve concernant une circonscription où, selon ses propres dires, il y avait livré "la pire campagne de sa vie", Jean Luc Mélenchon rappelle que Marine Le Pen a elle aussi triché en rappelant l’affaire des tracts, dans laquelle il a d’ailleurs porté plainte.

 

Mélenchon en père fouettard du Parti socialiste

 

Mais Saint Nicolas Mélenchon avait encore quelques paquets dans son sac, rappelant que le vainqueur PS, Philippe Kemel, "fut traité de tricheur par ses propres amis dans l’investiture pour être candidat".

Avant de conclure : "Et pour terminer le tableau, voici le Conseil Constitutionnel qui annule douze voix trichées. Donc là-dedans tout le monde triche."

Interrogé par Claire Chazal sur cette décision, le président du Front de Gauche servit alors son plus bel emballage :

"Je me garde de la commenter, à quoi ça sert de toutes façons. Je note cependant que c’est une situation tout à fait étrange, d’abord ces deux-là le PS et le FN, là bas à Hénin Beaumont c’est Plouf et chocolat, c’est passe-moi le sel, j’te passe le poivre…"

L’on notera dans une déclinaison surprenante de l’expression "bonnet blanc et blanc bonnet" l’évocation d’un "Plouf et chocolat", dont il avait été l’auteur dans un billet daté d’il y a deux ans, mettant déjà en scène Marine le Pen, face cette fois-ci aux journalistes de l’émission "Des paroles et des actes". Qui détient l’étymologie de l’expression n’hésite pas à éclairer notre lanterne.

Mais au-delà de cette interrogation sémantique, force est de constater que Jean-Luc Mélenchon, plus que ceux de Saint Nicolas, a revêtu les oripeaux du père Fouettard du PS. Cette fois-ci, le président du Front de gauche n’a pas pris de gants. On lui connaissait la dent dure envers son parti d’origine. On ne savait pas encore que pour lui, le PS ou le FN, c’était finalement la même chose.

 

Reprise des arguments du Front national

 

Reprenant trait pour trait l’argumentation traditionnelle du Front national, qui met dos à dos tous les partis traditionnels, comme sur cette affiche placardée cette semaine dans tout Hénin Beaumont dans l’espoir d’un troisième tour avant la décision qui est venue jeudi dernier, Jean-Luc Mélenchon a certainement voulu attraper Marine Le Pen dans les mailles de son propre filet. 


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Pour autant, ce guet-apens a fait "plouf". Et point de chocolat dans l’affaire. Car en singeant la dialectique de Marine Le Pen, le président du Front de Gauche donne plus que jamais raison à la caricature de Plantu qui l’avait tant contrarié. Et non sans raison à l’époque. Mais qu’en sera-t-il à présent ?

D’autre part, quel plus beau cadeau pouvait-il faire à Marine Le Pen que de valider sa propre conception du monde politique en expliquant que le PS est complètement pourri lui aussi ?

 

Mettre le PS et le FN au même niveau : grosse erreur

 

Un Front national qui, placé à la hauteur du PS, est plus que jamais conforté dans la phase 2 de sa stratégie. Car après deux années consacrées à la dédiabolisation, l’heure est à la banalisation et à la normalisation.

De l’émergence de Florian Philippot sur tous les plateaux à l’invitation dans "Des Paroles et des actes" pour dévorer un Manuel Valls réduit à l’état de victime expiatoire, en passant par l’afflux massif de militants dans l’affaire rocambolesque de l’UMP à deux papas, le Front national s’impose comme un parti comme les autres. Et nourrissant à ce titre les mêmes ambitions que les autres.

Et ce n’est certainement pas Jean-Luc Mélenchon avec sa sortie de samedi soir dans le 20h de Claire Chazal sur TF1 qui pourra à présent expliquer qu’il a tout mis en œuvre pour démontrer le contraire. 

Par Yves Delahaie - Publié dans : Du Front National
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Samedi 22 septembre 6 22 /09 /Sep 10:55

Marine Le Pen et son équipe à Hénin-Beaumont, le 17 juin 2012 (AP Photo/Michel Spingler)

Marine Le Pen et son équipe à Hénin-Beaumont, le 17 juin 2012 (AP Photo/Michel Spingler)

 

Le moins que l’on puisse dire c’est que Marine Le Pen a réussi son retour médiatique. Étonnamment silencieuse depuis sa défaite sur le fil aux législatives à Hénin Beaumont, la présidente du FN avait visiblement tenu à différer la rentrée de son parti, les universités d’été se déroulant trois semaines plus tard que l’an passé. Et force est de constater que ce choix se révéla judicieux car quelle autre actualité pouvait-elle la servir avec autant de générosité ?

 

Tensions autour du film anti-islam, caricatures de "Charlie Hebdo" : autant de délices exquises à se mettre sous la dent pour un parti qui a fait du malaise et de la crise la colonne vertébrale de son discours. Faites peur, il en restera toujours quelque chose.

 

Preuve qu’elle est considérée à présente comme une femme politique comme les autres, elle a accordé au "Monde" un long entretien pour lancer son week-end. Avec aux questions notamment Abel Mestre et Caroline Monnot, auteurs du blog "Droites extrêmes", et auteurs du livre "Le système Le Pen, enquête sur les réseaux du Front National". Précautions ultimes de la part du quotidien pour s’atteler à la tâche.

 

Interdire le voile et la kippa, une vieille idée chez les Le Pen

 

Si le Monde.fr avait décidé de mettre en exergue une phrase choc de Marine Le Pen, "Je mets à la porte tous les intégristes étrangers", c’est davantage deux de ses réponses qui mit en émoi toute la sphère médiatico-politique. A la question "Êtes-vous toujours pour l’interdiction du voile dans l’espace public ? Dans la rue ?", la présidente du FN répondit : "oui, dans les magasins, les transports, la rue". Désireux de la voir préciser sa pensée, les journalistes lui demandèrent si cette interdiction vaudrait pour tous les signes ostentatoires et notamment la kippa. Ce à quoi elle répondit, fermement : "Il est évident que si l’on supprime le voile, on supprime la kippa dans l’espace public".

 

Et voilà comment nous vîmes toute la journée de vendredi rythmé au gimmick : "Marine Le Pen veut interdire le voile et la kippa dans les espaces publics". Etonnante détonation, car, pour qu’une position puisse faire du bruit, il faut qu’elle clive et qu’elle soit nouvelle. Or comme l’indique la formulation de la question ("Êtes-vous toujours pour l’interdiction… "), Marine Le Pen n’a pas changé sa position. Il serait intéressant en d’autres temps de s’intéresser à l’intérêt qu’ont eu certains médias de faire en sorte que cette déclaration puisse faire l’effet d’un choc dans l’opinion si ce n’est à vouloir délibérément la juxtaposer à une actualité brulante et vouloir, eux-mêmes créer un buzz.

 

Marine Le Pen, gardienne de la laïcité ? Loin de là !

 

Toujours est-il que Marine Le Pen est apparue, telle qu’on la vit un jour de janvier 2011, quand son père lui transmit le flambeau : désireuse, en apparence, de liquider l’héritage "catho-tradi-intégriste" que Jean-Marie Le Pen s’était efforcé de fédérer notamment autour de la personnalité de Bernard Anthony, la nouvelle tête du FN a revêti les oripeaux de la très républicaine laïcité, bien loin des tentations royalistes des intégristes d’antan.

 

Mais bien naïf est celui qui oserait croire que Marine Le Pen est devenue en l’espace de quelques mois la seule gardienne de notre laïcité. Elisabeth Badinter en avait fait les frais dans une déclaration maladroite où elle voulait simplement dire qu’il était inconcevable en France que seule Marine Le Pen osait traiter la question, faisant d’elle la seule à parler de laïcité. Des lettres de noblesse dont s’était enorgueilli la présidente du FN, poussant Elisabeth Badinter à rectifier le tir. Au grand désespoir de celle qui s’était crue anoblie.

 

Marine Le Pen, toujours en croisade contre l'islam

 

Car la laïcité de Marine Le Pen n’a rien de la laïcité républicaine, à la fois ferme sur ses principes mais généreuse envers la liberté de culte. La sienne se construit dans l’ostracisme avec dans le rôle du bouc émissaire, l’islam. Une véritable croisade contre une religion, et une seule, ce qui suffit à se réconcilier avec sa propre branche catho-intégriste, qui peut lui pardonner de la sorte, des élans un peu trop républicains à son goût et ses indulgence envers l’avortement que le FN ne veut plus abroger (seulement dérembourser… rien que cela !).

 

Revenant sur son soutien à "Charlie Hebdo" et sur le droit fondamental de pouvoir blasphémer, et rappelant que la liberté d’expression s’arrête là où elle entre dans le débat, comme nousl’expliquons par ailleurs, Marine Le Pen glisse un indice précieux dans le décryptage du double discours :

 

"Ce que je trouve étonnant, c'est l'indignation à géométrie variable de la classe politique. Nous sommes dans un pays où 95 % des profanations concernent des lieux de culte ou des tombes catholiques et il n'y a pas une ligne, pas un communiqué d'un ministre. Et dès qu'il y a une profanation d'une mosquée ou d'un carré musulman, immédiatement, il faut faire le communiqué.”

 

Le deux poids deux mesures entre l’islam et le catholicisme. La plainte éternelle selon laquelle le traitement n’est pas le même et que l’islam serait une religion protégée en France. C’est en substance ce que répètent à l’envi les intégristes catholiques comme Civitas qui, par exemple, cet été, citait le Salon Beige, un autre site “spécialisé” qui commentait un article du "Hérald Sun" relatant qu’un parlementaire israëlien avait déchiré une copie du Nouveau Testament, qualifiant l’ouvrage de "méprisable" :

 

"Quand un Coran est "profané", l'indignation est générale. Attendons de voir ce qui se passe quand un député déchire publiquement un Nouveau Testament..."

 

Elle fait de la religion une identité

 

Dans la même série, Marine Le Pen estime qu’il faut "éviter que la religion devienne une identité, une nationalité". Étonnante déclaration quand on sait que dans son parti, l’on ne fait pas toujours la différence. A l’image de Stéphane Ravier, membre du bureau politique du FN, conseiller régional de PACA et qui a, lui aussi, échoué sur le fil au second tour des législatives en juin dernier et qui encourageait en août 2010 tous les Français à fêter l’assomption en déclarant dans un communiqué (notons que le communiqué original a été radié du site comme tout ce qui précède 2012, histoire de faire le ménage. Malheureusement pour le FN, l'affaire nous avait déjà intrigué à l’époque) :

 

"En cette sombre période de repentance obligatoire, de dénigrement de notre Histoire, d’encouragement au communautarisme source de racisme anti-français, de rejet de notre identité nationale, de négation de nos racines chrétiennes au profit d’un islamisme conquérant conséquence d’une immigration massive […] Stéphane Ravier […] souhaite à tous les patriotes, à tous les nationaux, à tous les catholiques, à toutes celles et ceux qui ont la France au cœur et aux tripes, un 15 août de fierté nationale !"

 

Et l’élu nationaliste de conclure : “Que cette journée, symbole de Grandeur et de Spiritualité, soit une journée de fête et de joies pour tous nos compatriotes attachés à leur culture, à leurs traditions, à leur identité, à leur fierté d’être Français !"

 

Le 15 août célébrant la Vierge Marie rattaché à le fierté d’être Français ? Notre identité nationale synonyme de racines chrétiennes en opposition à islamisme conquérant et une immigration massive ? Il n’est pas bien sûr que ce type de déclaration soit en adéquation avec la volonté de Marine Le Pen d’éviter que la religion devienne une nationalité.

 

Enfin, pour ceux qui ne l’ont pas encore compris, Marine Le Pen a tenu à préciser concernant la situation syrienne et l’éventuel départ de Bachar El-Assad  : "Si sa sortie n'est pas négociée avec son remplacement par quelqu'un issu de la même minorité, sa minorité sera massacrée et les chrétiens seront massacrés." On le voit, la laïcité selon Marine Le Pen se décline au son du choc des civilisations, chrétiens vs musulmans.

 

Mais au-delà de ce deux poids deux mesures qu’elle semble dénoncer, non pour son existence, mais dans l’interprétation qu’elle en donne, à savoir que le christianisme s’en retrouve lésé, Marine Le Pen a tenu à rappeler un des points qu’elle semble mettre au cœur de sa vision laïque  : "Je ferai inscrire dans la Constitution que ‘La République ne reconnaît aucune communauté". Proposition présente dans son programme présidentielle et qui fleure bon la vacuité : la Constitution reconnait déjà que la Nation est une et indivisible, ce qui rend parfaitement artificiel et vain cet amendement.

 

Une prise de risque limitée

 

En revanche, il semblerait qu’elle ait changé sur un point : alors qu’elle avait annoncé dans le même chapitre de son programme présidentiel qu’elle mettrait fin aux baux emphytéotiques accordés pour édifier des lieux de cultes (sachant que c’est essentiellement la religion catholique qui en bénéficie et non l’islam comme elle semblait le prétendre alors…) et qu’elle interdirait les financements étrangers de ces mêmes lieux, elle explique à présent :

 

"Je veux bien qu'un Etat finance une mosquée dans notre pays s'il n'interdit pas sur son territoire le financement des églises ou de n'importe quel autre culte."

 

On le voit, la part de risque, chez Marine Le Pen, est on ne peut plus limitée et se résume à ce crédo : "une mosquée contre une église". Quand on vous le disait que la croisade était engagée…

 

Enfin, la présidente du FN renoue avec ses obsessions, et l’on en revient à la déclaration "choc" que les journalistes du "Monde" avaient tenu à mettre en exergue : "Je mets à la porte tous les intégristes étrangers." Et nous de lui demander : “Parce que tous les intégristes sont étrangers ?” A la lire et à voir tous ceux qui gravitent autour du FN de Bruno Gollnisch toujours prompt àfréquenter St Nicolas du Chardonnet et à défendre les “tradi-crypto intégristes” à Louis Aliot, son compagnon, qui invitait, en janvier 2011, les adhérents du FN à participer à la marche pour la Vie, qui chaque année, milite pour l’abrogation du droit à l’avortement, il n’est pas bien sûr que l’équation se vérifie. Immanquablement.

 

Alors, Marine Le Pen chantre exclusif de la laïcité ou Tartuffe au pays des laïques ? Cachez ce saint que je ne saurais voir...

Par Yves Delahaie - Publié dans : Du Front National
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Vendredi 21 septembre 5 21 /09 /Sep 10:54

Marine Le Pen au siège du Front national, le 14 septembre 2012 (A.ANTONIOL/SIPA)

Marine Le Pen au siège du Front national, le 14 septembre 2012 (A.ANTONIOL/SIPA)

 

Marine le Pen n’en est plus à une contradiction près. Mercredi, sur France 2, la présidente du FN s’est fait un honneur de défendre Charlie Hebdo dans l’affaire des caricatures de Mahomet et à se poser en défenseur de la liberté d’expression :

 

"Nous avons des principes en France, nous avons des lois, nous avons des valeurs, et la première d'entre elles, c'est la liberté d'expression", a-t-elle expliqué. "Ces principes-là ne sont pas négociables."

 

Puis, elle a ajouté qu'elle pensait "la même chose lorsque les caricatures touchent les catholiques par exemple, ce qui est tout de même assez traditionnel dans 'Charlie Hebdo'. Là, en général, (...) la classe politique ne s'en émeut pas beaucoup".(…) "Quoi qu'il en soit, même si c'est une provocation, en France c'est autorisé."

 

Marine Le Pen invitée des "4 vérités" sur France 2 (YOUTUBE/FRANCE 2)

 

L’on passera sur la suspicion de double discours dans le reproche, à peine voilé, de l’absence de réaction quand la religion catholique est caricaturée, pour au passage se faire pardonner vis-à-vis de son aile "tradi-intégriste" d’avoir à dire qu’elle pensait la même chose les concernant. Comme souvent, chacun trouvera matière à se rassurer (ou à s’émouvoir) dans sa déclaration. Le discours du FN est aussi hétéroclite que ne l’est la composition de ses adhérents : une auberge espagnole qui abrite tout et son contraire.  

 

La belle histoire d'amour entre Marine et Charlie

 

Mais il est tout de même drôle de relire ses propos à l’aune de la récente histoire entre Marine Le Pen et l’hebdomadaire satirique, et ce, sans avoir à remonter à Mathusalem.

 

En janvier dernier, Charlie Hebdo avait décidé de réinventer les affiches des présidentielles, et celle de Marine Le Pen la voyait représentée en étron fumant. Fulminante fut la réaction de Marine Le Pen surtout que Laurent Ruquier, qui avait déjà eu quelques soucis en termes de caricatures avec la présidente du FN quelques semaines auparavant, avait décidé de l’exhiber dans son stand-up liminaire de son émission "On n’est pas couché" le 7 janvier dernier. Et, étrangement, Marine Le Pen, à l’époque, n’avait pas semblé si sensible à la liberté d’expression, puisqu’elle avait décidé tout simplement… de porter plainte, contre Charlie et France 2 par là même occasion.

 

Accrochage entre Marine Le Pen et Laurent Ruquier dans "On n'est pas couché" (FRANCE 2/YOUTUBE)

 

Une fâcheuse habitude pour le FN, qui tente par tous les moyens de faire interdire, tout ce qui ose le dépeindre avec un autre pinceau que celui qu’il entend imposer. Ainsi, en décembre 2011, le parti fondé par Jean-Marie Le Pen avait tout tenté pour faire interdire la diffusion d’un reportage sur France 2, réalisé par Fiammetta Venner et Caroline Fourest… Les mêmes qui avaient commis un livre sur la présidente du FN et qui s’est terminé à la barre de la 17ème chambre correctionnelle de Paris, les témoins convoqués révélant même que les auteurs avaient été assez indulgentes dans leur réquisitoire biographique.

 

À la vérité, le FN et Marine Le Pen sont devenus des "serial-plaignants", afin de mettre la pression sur tous ceux qui oseraient écrire sur le parti. Une sorte de pression invisible qui inciterait fortement à l’autocensure au mépris de la démocratie, que décrit Richard Malka, qui avait défendu "Charlie Hebdo" dans l’affaire des caricatures de 2007, et qui explique qu’en engageant "une avalanche de procédures" en diffamation, les dirigeants du FN essaient d’ "autocensurer la presse". Bien loin des principes énoncés par Marine Le Pen sur France 2, mercredi soir.

 

Personne n’est dupe du soutien à "Charlie Hebdo" sur l’histoire des caricatures de Mahomet, comme ce fut déjà le cas lors du "Charia Hebdo" d’ailleurs. La réalité, c’est que Marine Le Pen y voit le moyen de promouvoir sa croisade contre l’islam. Des prières de rues au Halal, en passant par les Mohamed Merah qui s’ignoreraient dans les bateaux qui déferleraient chaque jour en France, la rhétorique est bien connue et vise à ostraciser une religion et ses croyants.

 

Tout ce que récuse "Charlie Hebdo", n’en déplaise à ceux qui continuent de prétendre le contraire. Car c’est bien l’intégrisme que combat l’Hebdo. Pas le FN, qui profite du moindre incident pour distiller tous les amalgames possibles.

 

Le soutien du FN prouve-t-il que "Charlie" s'est trompé ?

 

Faut-il alors se demander, comme certains l’avaient l’an passé, si "Charlie Hebdo" ne joue pas un jeu dangereux en laissant la possibilité à d’autre idéologues de s’emparer de leur discours tout en en  prostituant l’essence même ? En d’autres termes, n’est-il pas gênant que les pourfendeurs de la liberté d’expression quand ils en sont l’objet, et ceux qui mènent une croisade contre l’islam en général, puissent se retrouver dans des dessins qui, bien au contraire, tentent de séparer l’ivraie du bon grain ? Rappelant le fameux adage de Pierre Desproges selon lequel "on peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui".

 

Il ne faudrait pourtant pas inverser les rôles. Ce n’est pas parce que certains instrumentalisent un discours qu’il faut se censurer. Bien au contraire. Ce serait faire leur jeu. Car n’oublions pas que ceux qui mènent une croisade anti-islam et les intégristes empruntent une voie commune : celle du désir profond du choc des civilisations. Quand, bien au contraire, il faut faire preuve de pédagogie pour éteindre les peurs absurdes et désamorcer les amalgames douloureux et injustes pour ceux qui veulent vivre en paix leur foi.

 

Ce n’est pas dans la censure et le non-dit que l’intégrisme disparaîtra puisque sa technique est connue : c’est en voulant se dissimuler dans la masse qu’il compte devenir puissant et influent. Même si la mise en lumière comporte des risques.

 

On ne peut empêcher Marine Le Pen d’être solidaire. Tout juste faut-il ne pas être dupe de ses obscures et funestes desseins, et expliquer, encore et toujours, que l’habit ne fait pas le moine.

Par Yves Delahaie - Publié dans : Du Front National
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Lundi 9 juillet 1 09 /07 /Juil 10:30

Marine Le Pen et son équipe à Hénin-Beaumont, le 17 juin 2012 (AP Photo/Michel Spingler)

Marine Le Pen et son équipe à Hénin-Beaumont, le 17 juin 2012 (AP Photo/Michel Spingler) 

 

Vendredi 6 juillet, les médias se sont focalisés sur les propos de Jean-Marie Le Pen dans le Times. Comme si les propos de cet octogénaire pouvaient encore avoir une quelconque valeur. Nostalgie de celui qui défrayait la chronique par ses dérapages, que certains aiment tant condamner. Et pour entendre quoi ? Que Marine Le Pen est une petite bourgeoise ? Qui l’ignorait ? Elle même n’en a jamais fait un secret :

 

MLP se revendique du Peuple Vidéo Snoopyves sélectionnée dans Actualité

 

 

Marine Le Pen, opportuniste procédurière

 

Pourtant, les médias n’avaient pas beaucoup de chemin à parcourir pour avoir des informations croustillantes sur Marine le Pen. Nul besoin de décortiquer la presse britannique pour cela. Il leur suffisait de rester à Paris, à la 17ème chambre correctionnelle précisément, pour voir les deux séances que dura le procès opposant Marine Le Pen à Caroline Fourest et Fiammetta Venner, pour avoir commis une biographie éponyme non autorisée. En attendant le verdict en octobre. 

 

Le livre fut publié en mai 2011. Pourquoi attendre si tardivement un procès pour contester certains points du livre ? Tout simplement parce que c’est le Front National lui-même qui a demandé à ajourner la procédure, au grand dam de Caroline Fourest : "Il me tardait de venir devant cette cour pour rendre justice à ce travail" confessa-t-elle devant le juge mardi.

 

La raison officielle de ce délai est que Maître Wallerand de Saint-Just, vice-président du FN et conseiller régional de Picardie, mais aussi homme de robe du parti, et qui n’hésite pas à ses heures perdues (quelle santé !) à défendre quelques causes intégristes catholiques (notamment face à Charlie Hebdo), devait voter un budget du Conseil Régional dont il est élu… Un vote qui aurait pu être par ailleurs validé par procuration comme le rappelle juste à propos Sophie Villeneuve qui a assisté au procès pour Prochoix, la revue dirigée par Caroline Fourest et Fiammetta Venner.

 

La raison officieuse est tout autre : Marine Le Pen ne souhaitait pas voir le grand déballage se faire durant la présidentielle. Et on la comprend ! Non seulement les chefs d’accusation sont mineurs eu égard à la charge conséquente que représente les 430 pages du livre, mais il faut aussi faut noter que le procès de Caroline Fourest est devenu en deux jours le procès de… Marine le Pen. Ironie du sort.

 

Une action en justice basée sur du vent 

 

Concernant les chefs d’accusations, ceux qui ont pu lire le livre se gaussent de tant de pinailleries, qui cachent mal la misère du dossier de la plaignante : une étrange polémique sur l’évocation de la mort "accidentelle" du grand-père le Pen deux fois contestée par des enquêtes journalistiques qui n’ont jusqu’alors depuis 20 ans jamais été poursuivis par la justice, le témoignage de Jean-Claude Martinez qui traite la nouvelle présidente du FN de "fainéante" , dit de son conjoint, Louis Aliot qu’il ne sait pas dire une phrase sans dire "melons" pour qualifier toute personne d’origine maghrébine et explique que l’assistante parlementaire de madame Le Pen est en réalité la nounou de ses enfants.

 

Ou encore les propos de l’imprimeur Fernand Le Rachinel qui a eu l’outrecuidance de réclamer les7 millions d’euros que le parti lui devait des Législatives catastrophiques de 2007, affaire qui se solda par la liquidation du Paquebot qui fit grand bruit.

 

Il faut dire que dans la famille Le Pen, les histoires d’argent ne font pas toujours les bons amis. Et d’ailleurs, ils n’ont de cesse de le rappeler à Caroline Fourest, quand ils la croisèrent sur les plateaux de télévision de "Semaine Critique" en septembre 2010 bien avant la sortie de la biographie, jusqu'au fameux duel face à Pujadas un mois après sa sortie ou après la diffusion dudocumentaire "Le Diable de la République" sur France 3 par la bouche de la nouvelle égérie de la firme frontiste : Gilbert Collard.

 

FN fric Fourest Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Le Front national aime faire du bruit, mais ne souhaite pas débattre

 

Mais au-delà de l’agacement de Marine Le Pen d’imaginer quelqu’un gagner de l’argent en dévoilant par des enquêtes sérieuses et vérifiées les coulisses de sa boutique, l’autre raison de ce procès est bien évidemment plus pernicieux. Dès décembre 2011, sur son blog, Caroline Fourest n’en faisait pas grand secret :

 

"Cette plainte  a pour but de dissuader de faire connaître ses éléments, avérés, et de disqualifier le livre. Le procès, qui aurait permis de donner la parole à ces témoins et que nous attendions avec impatience, était prévu pour le 15 et 16 décembre. Mais surprise, après avoir crié partout qu’il faisait ce procès, l’avocat de Marine Le Pen a prétexté un empêchement pour demander son renvoi… au 2 et 3 juillet, soit après la présidentielle. Le fait de porter plainte serait-il plus intéressant, pour la communication du FN, que le résultat du procès ?"

 

D’ailleurs, l’essayiste a tenu à mettre la 17ème chambre correctionnelle devant ses responsabilités jeudi :

 

"Comme ils ont un service juridique corvéable à merci, tout le monde s’autocensure désormais pour parler du FN. Si vous nous condamnez sur un seul point, Marine Le Pen communiquera comme si elle avait fait condamner tout le livre. Vous devez envoyer un signal et montrer que vous avez compris leur stratégie… "

 

L’enjeu est donc de taille.

 

Mais on l’a dit, tel est pris qui croyait prendre. Marine Le Pen qui ne daigna pas faire le déplacement et qui laissa, seul, Maître Wallerand de St Just défendre son honneur, celui de sa famille, et accessoirement celui de son parti, a dû avoir les oreilles qui sifflaient cette semaine, tant l’assistance eut peine à distinguer qui de Caroline Fourest ou de Marine le Pen était l’accusée.

 

Des témoins embarrassants pour Marine le Pen

 

Très en forme, le plus remarqué des témoins et des accusés, puisque Marine Le Pen l’a traduit lui aussi devant le juge, fut assurément Jean-Claude Martinez, ancien numéro deux du FN, professeur émérite à l’Université Assas et considéré comme la tête pensante du parti à l’époque du papa.

 

L’ancien député européen n’a pas eu de mots assez durs pour évoquer la nouvelle présidente du FN, autrement plus sévère que ne l’est le papa dans les colonnes du Times : "Je la trouve très mal élevée", "Sa présence au Parlement européen ? Proche de 0%. Et elle a perçu 500 000 euros sur cinq ans, je suis indigné !", "Un potentiel ténor du barreau? Laissez-moi rire. La gamine, c'est le Montebourg du FN !", "Un animal politique, la gamine ? Les bras m'en tombent. Un teckel aussi est un animal". N’en jetez plus, la "Cour" est pleine.

 

Mais beaucoup plus grave, Jean-Claude Martinez a révélé un système d’emplois fictifs que Fiammetta Venner et Caroline Fourest n’ont pas osé complètement dévoiler dans le livre, craignant selon les termes de la seconde "l’enclume de la 17ème chambre correctionnelle".

 

Fort heureusement, la parole est libre dans un tribunal et Jean-Claude Martinez y est allé de ses confidences : "Le point 4 du contrat de travail d’Huguette Fatna prévoyait qu’elle travaillerait à… Saint-Cloud. Le Parlement Européen, poursuit-il, elle ne savait même pas où ça se trouve (…) On devait fournir des contrats en blanc et la famille Le Pen remplissait, poursuit Martinez. J’ai résisté quand ils ont voulu que j’embauche aussi le chauffeur…" Des propos que Lorrain de Saint Affrique et Carl Lang, tous deux en apostasie du parti, ont confirmé : "C’est comme ça au Front national".

 

Intéressant de voir comment Marine Le Pen pourrait donc payer la garde de ses enfants par les deniers du contribuable, elle qui se fait le chantre des magouilles et des fraudes des élus en place notamment à Hénin Beaumont.

 

Stop aux magouilles à Hénin Beaumont - Steeve... par FranceDomTom

Fernand Le Rachinel confessa pour sa part que Jean-Marie le Pen l’avait menacé de mort s’il continuait à réclamer son dû.

 

Enfin, Claire Checcaglini, qui a infiltré le FN l’an passé et qui vient de publier "Bienvenue au Front" a tenu à rappeler les propos qu’elle relate dans son livre témoignage au sujet de Philippe Chevrier, cadre du FN et compagnon de la vice présidente Marie-Christine Arnautu : "Quand est-ce qu’on l’emmène la Fourest ? On la met à poil, on l’attache à un arbre, on se la prend, on met des cagoules, on va avec la Fourest en forêt de Rambouillet et on la laisse. Au sourire qu’il affiche, ajoute l’auteur du livre, le responsable des Yvelines semble content de ses idées de balades en pleine nature".

 

On le voit, au FN, on ne peut pas toujours confiance à la Cour pour se faire justice…

Par Yves Delahaie - Publié dans : Du Front National
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Mardi 19 juin 2 19 /06 /Juin 10:23

Marine Le Pen et son équipe à Hénin-Beaumont, le 17 juin 2012 (AP Photo/Michel Spingler)

Marine Le Pen et son équipe FN à Hénin-Beaumont, le 17 juin 2012 (AP Photo/Michel Spingler)

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que la présidente du Front national n’a pas raté son année électorale. Disons-le même avec franchise : c’est certainement elle qui sort grand vainqueur de cette année 2012, si l’on excepte le PS, qui devra tout de même composer avec une crise européenne de plus en plus périlleuse, ce qui n’annonce pas des lendemains qui chantent pour les élections à venir. Le FN n’a pas ce genre de soucis, n’ayant la tête d’aucun exécutif.

 

La feuille de route pour 2012 de la Madone de Saint-Cloud était claire et comportait trois objectifs, dont le dernier s’est dessiné en cours d’année.

 

1. Le premier était de renflouer les finances du parti. On le sait, le FN s’est très mal remis de sa scission de 1999 avec les mégrétistes et son conflit avec l’imprimeur Le Rachinel contraignit le parti à se séparer de son célèbre Paquebot, après des mois de doutes et l’épée de Damoclès de la faillite du parti en suspens. L’objectif était donc de faire le plein de voix au 1er tour des législatives, qui subordonne le financement de l’État à raison de 1,63 euro par an et par électeur.

 

Oubliés, les 4,29% de 2007 : avec plus de 3,5 millions de voix, le Front national obtient près de 6 millions d’euros de financement de l’état pour les cinq années à venir. Un véritable trésor de guerre qui aura toute son importance, surtout pour un parti qui se définit comme "une entreprise", comme l’a rappelé la toute fraîchement élue Marion Maréchal-Le Pen.

 




2. Le deuxième tenait à la méthode employée pour maximiser le financement : dédiaboliser le FN. Et cette fois-ci, le coup fut double : voter pour Marine Le Pen s’assume bien plus que voter pour le FN de Jean-Marie, comme l’a démontré encore une fois "Envoyé spécial" du jeudi 14 juin dernier dans son reportage à Hénin-Beaumont. Les langues se délient et aujourd’hui, les sympathisants ne se cachent plus.

 

Mais au-delà de ce vote décomplexé, c’est bien évidemment vers la droite que les yeux se tournent. Comprenant la faillite de Sarkozy, l’ancien président l’ayant compris lui-même, l’UMP n’a pas rechigné à faire les poches du Front national pour tenter le tout pour le tout. En allant encore plus loin qu’en 2007, quand Nicolas Sarkozy était parvenu à siphonner les voix de Jean-Marie Le Pen.

 

Cette fois-ci, ce fut l’artillerie lourde qui fut choisie : on commença par s’approprier une idée du programme comme la présomption de légitime défense des policiers, ce qui revenait à préparer un État de non droit pour les citoyens français, puis distiller des images anxiogènes comme le fameux panneau  "douane" écrit en français et en arabe dans le spot de campagne de l’entre deux tours (sans parler du spot des législatives).

 

Enfin et surtout faire sortir du bois, tous ceux qui, dans leur for intérieur, pensaient comme Marine Le Pen et ses électeurs. Nadine Morano en fut l’illustration la plus baroque quand, quelques minutes à peine après 20h au soir du 1er tour des législatives, elle lança un appel sans ambigüité au Front National avec une indécence et un cynisme tels qu’ils firent voler en éclats la digue, la fameuse qui séparait l’extrême droite de la droite républicaine. Puis il y eut la une de Minute, "l’affaire Dahan".

 

Nadine Morano piégée dans un canular par Gérald Dahan

 

D’autres s’engouffrèrent dans le courant. Si bien que la digue ne se trouve plus entre les deux, mais bel et bien au milieu de l’UMP à présent. Non seulement Marine Le Pen est parvenue à rendre fréquentable son parti, à dédiaboliser ses idées, mais encore plus fort, elle est parvenue à imposer ses thèmes et ses "valeurs" à la droite toute entière. Et tous ceux qui paradent en expliquant que cette stratégie fut perdante puisque Morano, Guéant et autres Barèges ont perdu lors de ces législatives, ont un peu trop oublié qu’il y a plus important qu’une victoire pour mesurer l’ampleur des dégâts : l’assimilation au sein même de la République des idées du Front national.

 

3. Le troisième objectif était, lui, de faire élire un maximum de cadres du FN. Celui-ci est venu en cours de route car le scrutin majoritaire n’a jamais favorisé ce parti et en janvier dernier, Marine Le Pen ne se faisait guère d’illusions quant à l’idée de voir un successeur aux Stirbois. Mais l’appétit venant en mangeant, les présidentielles ayant accouché du plus gros score que le FN n’ait jamais obtenu, et surtout la mise en scène médiatico-politique de cet affrontement aussi bestial que contre-productif entre les présidents des deux Fronts, Mélenchon travestissant son combat salutaire de la présidentielle en pathétique guerre des egos, ont permis à Marine Le Pen de voir plus loin.

 

Marine Le Pen future candidate unitaire de la droite ?

 

Gilbert Collard et la nièce de Marine, Marion Maréchal Le Pen, ont donc permis d’atteindre ce troisième objectif inespéré. Et il aura fallu 118 voix pour empêcher Marine Le Pen de faire le grand chelem. Mais tous ceux qui voient en cet échec sur le fil une victoire sur le FN se font des illusions : son score à Hénin-Beaumont lui permet d’envisager sereinement les municipales en pouvant même espérer une élection dès le premier tour pour le local Steeve Briois.

 

Et au-delà de cette prise symbolique d’un bastion de gauche, c’est la bataille pour 2017 qui a déjà commencé. Et nul ne sait à présent si, à force d’avoir cédé à la tentation bassement électoraliste de flatter la xénophobie, la droite ne s’est pas trouvée malgré elle sa candidate, si ce n’est naturelle, disons légitime. Pauvre République.

Par Yves Delahaie - Publié dans : Du Front National
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Lundi 21 mai 1 21 /05 /Mai 10:05

Audrey Pulvar et Louis Aliot (montage Le Plus / BENAROCH/BAZIZ CHIBANE/SIPA)

Audrey Pulvar et Louis Aliot (montage Le Plus / BENAROCH/BAZIZ CHIBANE/SIPA)

 

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’année électorale 2012 aura été marquée par un sursaut journalistique. Tenus coupables d’avoir banalisé le FN en multipliant les invitations de courtoisie auprès de Marine Le Pen, les médias étaient souvent accusés de faire le jeu du parti fondé par Jean-Marie Le Pen et de participer à son installation dans le champ républicain. Toute invitationdevint suspecte.

 

Le précédent Lapix

 

Mais l’année 2012 marquera un tournant. C’est Anne-Sophie Lapix qui lança le bal sur Dimanche Plus en mettant devant les yeux de la France entière Marine Le Pen face à ses contradictions et ses égarements économiques. On a tendance à l’oublier mais qui sait si ce genre de mise en scène n’a pas contribué à refroidir une partie de l’électorat du FN concernant le volet économique de sa candidate, au point que cette dernière enterra sa proposition de sortie de l’euro en fin de campagne ?

 

Alors certains diront que la journaliste avait été pugnace, trop pugnace et qu’elle avait montré un visage qu’elle ne réserve qu’à Marine Le Pen. Anne-Sophie Lapix s’en était expliquée dans une interview, où elle révéla que Marine Le Pen n’était pas une invitée politique comme les autres : "Je n'ai pas été plus agressive avec elle qu'avec les autres invités, mais elle prend les gens de haut. Si vous regardez bien, quand je lui parle elle lève les yeux au ciel, ou balaie ce que je dis de la main. Les autres invités ne font pas ça."

 

Aliot esquive...

 

Ce samedi, ce fut au tour du numéro 2 du Front national, Louis Aliot de tomber sous les griffes d’une autre journaliste pugnace, qui avait parfaitement préparé son propos. Et l’instant est d’autant plus savoureux que cette femme a souvent été accusée de ne pas être à sa place, en sa qualité de "compagne de". Je parle bien évidemment d’Audrey Pulvar dans "On n’est pas couché".

 

L’entrée en scène du vice-président du FN commença par une incongruité, puisque c’est la première fois que l’on fit se croiser à la sortie des coulisses deux invités politiques et que l’on filma l’instant. Un instant volé qui n’a rien de fortuit : Harlem Désir, l’ancien Président de SOS racisme, aujourd’hui Numéro 2 du PS se retrouva nez à nez avec son homologue du FN qui avait annoncé sur tous les médias sa volonté de couper les sources à l’association si Marine Le Pen venait à l’emporter. On vit comme une hésitation chez Harlem Désir, bien que vu de dos. Mais, sentant le traquenard des caméras omniprésentes, il n’eut d’autres choix que de serrer la main à son adversaire. Dans un froid qui glaça le dos à tous les spectateurs. Ambiance.

 

Puis l’interview put enfin débuter. En bon avocat, Louis Aliot esquiva assez bien les premiers coups : sur l’affaire des néo-nazis au Parlement grec ("une curiosité en Europe" en précisant que le FN ne pourrait pas faire alliance avec un tel parti au parlement européen), sur l’étiquette d’extrêmisme qu’il rejeta en évoquant la francisque reçue par un ancien président… sans citer son nom, ou encore sur sa volonté de triompher sur les cendres fumantes de l’explosion de la droite.

 

La joute avec son collègue de barreau Maître Dupond-Moretti fut autrement plus hargneuse mais ce dernier arriva avec un tel visage de haine, que son argumentation sembla perdre en efficacité.

 

Aliot titube...

 

C’est donc du côté d’Audrey Pulvar qu’il fallut voir Louis Aliot tituber quelque peu. Tout commença par un trébuchement sur l’affaire Merah et la double nationalité (à partir de 15’56).

 

Louis Aliot Vs Polony & Pulvar 1 [POL] Ruquier... par peanutsie

 

Œdipe refit donc surface. L’homme serait donc éternellement responsable des actes et délits de ses prédécesseurs. Louis Aliot a trop entendu le procès de Marine Le Pen avec des chefs d’inculpations qui concernait le père pour ne pas rester sans voix. Mais sans doute faudrait-il rappeler à l’avocat qu’avant d’enchaîner sa rhétorique, encore dût-il se renseigner sur son contradicteur. Car, non seulement Audrey Pulvar n’a jamais assimilé, elle, les dérapages de son père aux positions de Marine Le Pen durant la campagne, mais c’est bien cette dernière qui agita le spectre d’un papa indépendantiste, comme le rappela la journaliste.

 

La preuve en images :

 

MLP, Pulvar et le père... Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

 

L’arroseur était arrosé. Louis Aliot en bafouilla donc sur la double nationalité de Merah, ce qui fit dire à Audrey Pulvar que ce devait être certainement la partie "algérienne" qui avait alors posé problème… Déjà le numéro deux du FN n’en menait pas bien large.

 

... puis se couche

 

Mais le coup le plus rude était à venir quand Audrey Pulvar décida de parler de l’IVG de confort (à partir de 9’25)

 

Aliot Clash Dupond-Moretti & Pulvar 2 [POL]... par peanutsie

 

On se souvient que durant cette campagne l’affaire de l’IVG de confort avait fait grand bruit notamment après un clash avec Pascale Clark qui avait qualifié l’expression de "dégueulasse" à l’antenne de France Inter.

 

À partir de quand une femme a-t-elle trop avorté ?

 

Jamais on ne sentit Louis Aliot à l’aise sur la question et, pour cause : il fut mis dans les cordes dès la première question qui consista à définir ce qu’était l’"IVG de confort". Grand moment de solitude pour ce rugbyman perpignanais, incapable de définir une notion autour de laquelle s’articulait un des points les plus polémiques du programme de Marine Le Pen lors de la présidentielle : le déremboursement des "IVG de confort".

 

Comme il l’avait fait sur France Inter, il se réfugia derrière une interview du "Figaro Magazine" ("Ah, vous citez les grands philosophes", ironisa Pulvar provoquant l’hilarité du public et des autres invités) pour asseoir la notion. Plus il tentait de se dissimuler derrière "les vrais spécialistes", plus il s’égarait, ce qui fit dire à la journaliste, fort à propos et d’une salutaire pugnacité : "Pourquoi utiliser cette expression si vous ne savez pas quoi mettre derrière ?" ou encore "vous reprenez un terme que vous ne savez pas expliquer".

 

L’instant en était presque gênant pour Louis Aliot qui répèta à l’envi "je ne sais pas moi", laissant Pulvar déclencher l’upercut fatal qui démontra l’absurdité même de ce concept :

 

"À partir de quand considère-t-on qu’une femme a trop avorté ?" La foule applaudit ce coup décisif à la toute fin du temps règlementaire.

 

Le "Demandez à un médecin, il vous répondra" ressembla fort aux trois coups de la main frappés au sol pour demander la fin du combat. Ruquier reprit la main. Mais c’était trop tard : six mois après sa compagne, Louis Aliot venait lui aussi de tomber KO. 

Par Yves Delahaie - Publié dans : Du Front National
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Mercredi 2 mai 3 02 /05 /Mai 09:56

Affiches de campagne de Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy en avril 2012 (P.Kovarik/AFP)

Affiches de campagne de Marine Le Pen et Nicolas Sarkozy en avril 2012 (P. Kovarik/AFP)

 

La réponse avait eu le mérite d’être claire. A défaut d’avoir convaincu. Quand dimanche dernier, Anne-Sophie Lapix avait demandé à Nicolas Sarkozy si le FN faisait partie de la droite, le président candidat, malgré quelques contorsions rhétoriques en préambule, avait fini par trouver une formule lapidaire :

 

Le Fn n'est pas la droite Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Le Front national, avec ou sans Marine ou Jean-Marie Le Pen ne serait donc pas une excroissance de la droite. Le débat revient comme un serpent de mer. Le FN est-il situé à droite de la droite du paysage politique français ? Il faut dire que ces derniers jours ont mis le feu aux poudres, puisque Nicolas Sarkozy a décidé de reprendre à son compte une idée du programme du FN concernant la présomption de légitime défense des policiers. Un emprunt qu’il semble vouloir occulter, jusqu’à ce qu’il voie Anne-Sophie Lapix nier.

 

En grand orateur, il rebondit comme si de rien n’était :

 

Sarkozy et la présomption par le FN Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Déjà dans "Des paroles et des actes" de l’entre deux tours, Nicolas Sarkozy s’était laissé aller à sa comparaison météorologique favorite pour justifier son choix :

 

Sarko, la météo et le FN Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Pourtant, il convient de rappeler qu’avoir un diagnostic en commun avec Marine Le Pen n’a rien d’alarmant, mais partager avec elle un projet de loi qui rappelle les états totalitaires où la police devient pour ainsi dire inattaquable puisqu’on lui décerne un permis de tuer, ce n’est pas exactement du même acabit.

 

De la même manière quand Gérard Longuet, qui s’exprimait mardi dans "Minute" (un journal de droite, sans doute ?), explique que Marine Le Pen est un "interlocuteur", on imagine que le ministre des Affaires Étrangères estime donc qu’il y a matière à discuter et qu’il y a donc des points de convergence propres à séduire un électorat commun.

 

La digue qui existait entre la droite et le FN est, semble-t-il, en train de tomber. Mais à y regarder de plus près, il n’y a jamais véritablement eu de "no man’s land".

 

Les arrangements avec le FN ne datent pas d'hier

 

Souvent, à droite, on s’offusque d’une pareille analyse en rétorquant que la droite n’a jamais le moindre arrangement électoral avec le FN. C’est évidemment complètement faux. Le premier coup de tonnerre de Dreux en 1983, qui vit Jean-Pierre Stirbois obtenir 16,7% des voix au premier tour des municipales se conclut par un accord au deuxième tour avec le RPR pour battre la gauche au second (55%) comme le rappelait l’excellent documentaire diffusé cet hiver sur France 3 ("Le Diable de la République"), malgré l’approximation du score annoncé au premier tour.

 

Finalement, ce seront 4 représentants du FN qui intégreront la première liste fusionnée RPR/FN menée par Jean Hieaux. A l’époque, Jacques Chirac, qui se positionnera comme l’ennemi naturel de Jean-Marie Le Pen en 2002, estima pourtant :

 

"Ceux qui ont fait alliance avec les communistes sont définitivement disqualifiés pour donner des leçons en matière de droits de l'homme et de règles de démocratie. Je n'aurais pas du tout été gêné de voter pour la liste RPR-FN au second tour. Cela n'a aucune espèce d'importance d'avoir quatre pèlerins du FN à Dreux comparé aux quatre ministres communistes au Conseil des ministres." (extrait de "La Tragédie d’un président", de Franz-Olivier Giesbert)

 

FN le coup de Dreux Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Par la suite, les fusions ne firent pas légion mais personne n’a oublié les régionales de 1998, quand quatre présidents de régions UDF sont élus avec les voix du Front national, dont Charles Millon en Rhône-Alpes.

 

Le Front national, idiot utile de la gauche ?

 

Pourtant, les émissaires de l’UMP n’hésitent pas à renverser la vapeur et à proclamer que le FN, bien au contraire, a souvent aidé la gauche à gagner, comme NKM s’y essaya face à Marine Le Pen, quand elle se fit anéantir par la rhétorique et la fougue de la présidente du FN sur iTélé :

 

Pour NKM voter FN c'est voter à gauche Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Nicolas Sarkozy ne disait d’ailleurs pas autre chose dimanche dernier à "Dimanche plus" :

 

Pour Sarko, voter FN c'est voter à gauche Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Le problème avec cet argument, c’est sa contre-productivité. Détaillons-le pour plus de clarté : si le FN a favorisé l’élection de la gauche, comme ce fut le cas lors des législatives de 1997, c’est donc bien qu’il prenait des voix à droite. Et non à gauche ! Et si le FN prend des voix à droite, c’est donc qu’une partie des électeurs se partage entre l’une et l’autre rive et qu’il y a porosité. Comment, avec de tels arguments, nier que le FN est donc bien à droite de la droite ?

 

Le FN a aussi drainé l'électorat communiste

 

Pour autant, il ne faudrait pas oublier que le FN n’est pas seulement composé d’une fraction de la droite autour de certaines thématiques telles que l’immigration, l’insécurité ou une vision intégriste du traditionalisme catholique. De nombreuses études, dont celles brillantes sur la question de Pascal Perrineau, ont largement montré et démontré que le FN avait asséché l’électorat ouvrier du Parti communiste et cela fait trente ans qu’il plébiscite le FN à chaque élection, à l’exception notable de 2007, quand il avait cru au discours d’un certain Nicolas Sarkozy…

 

S’il y a donc perméabilité entre les voix de droite et les voix du FN, il y en a une aussi entre certains extrêmes, avec comme point commun la colère et le désarroi social. Pourtant, cette migration des électeurs semble être arrivé au bout d’un cycle, comme l’a montré l’ascension de Jean-Luc Mélenchon, qui s’est faite au détriment de François Hollande, de Nathalie Arthaud et de Philippe Poutou (avec un véritable assèchement de LO et du NPA) mais jamais de Marine Le Pen alors qu’il a orchestré sa campagne contre la présidente du FN (alors que cette dernière est parvenue à grignoter sur le sien).

 

Une UMP de plus en plus poreuse... jusqu'à quand ?

 

Aujourd’hui, le véritable potentiel du FN reste donc cet électorat de droite, très conservateur, qui n’ose pas encore franchir le pas. La Droite populaire dirigée par Thierry Mariani et Lionnel Luca en est l’incarnation même, et l’organisation de l’apéro "saucisson vin rouge" organisé le 14 juillet dernier qui n’était pas sans rappeler celui organisé par le bloc identitaire dont la proximité avec Marine Le Pen n’est plus à démontrer (malgré quelques tensions sur le régionalisme et l’européisme présumés du bloc) confirmait la tendance. 

 

Christian Vanneste, qui n’est, rappelons-le, toujours pas exclu de l'UMP malgré son dérapage dévoilé le jour de l ‘annonce de la candidature de Nicolas Sarkozy, est toujours membre de la Droite populaire et incarne lui aussi cette droite décomplexée face au FN, puisqu’il proposait déjà il y a deux ans des alliances avec le parti de Marine Le Pen en vue des législatives de 2012.

 

La défaite de Nicolas Sarkozy annonce un big-bang à droite. Déjà des voix s’élèvent contre les attitudes provocatrices et aguicheuses à l’égard du FN. Se dirige-t-on vers deux droites, l’une de tradition républicaine, et l’autre à caractère nationalise qui absorberait le FN et la Droite populaire ? Voilà qui ravirait Gilbert Collard, qui semble à avoir du mal à assumer le patronyme encombrant de son parti d'adoption. Voilà pourquoi le FN n’a pas attendu le résultat du premier tour de la présidentielle pour ratisser large chez les jeunes de droite :

 

Jeunes FN Vidéo snoopyves1 sélectionnée dans Actualité

 

Guillaume Peltier a, lui, fait le chemin inverse, venant des rives du FNJ jusqu’au poste de conseiller "opinion" pour Nicolas Sarkozy, en passant entre temps par la case Philippe de Villiers. Mais nul doute qu’à ce rythme, le gendre par alliance de cette nouvelle droite va bientôt voir sa famille pleinement recomposée…

Par Yves Delahaie - Publié dans : Du Front National
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Samedi 7 avril 6 07 /04 /Avr 09:52

Les critiques n’ont cessé de pleuvoir sur Yann Barthès tout au long de sa campagne présidentielle. Il y eut d’emblée l’affaire de la voiture de François Bayrou qui avait mis en exergue l’insolente capacité des équipes du "Petit Journal" à tirer des conclusions un peu trop hâtives.

 

Puis arriva "l'affaire Mélenchon" qui tourna à l’affaire d’état sur la légitimité de la carte de journalisme pour l'équipe de Barthès. Enfin, l’on glosa à l’envi sur l’apparente complaisance dont le présentateur aurait fait preuve en recevant Marine Le Pen, qui aurait trop ri au goût de certains, ou encore Nicolas Sarkozy, dont on interpréta une parole pour en déduire que l’émission sentait fort le trucage.

 

Yann Barthès sur le plateau du

Yann Barthès sur le plateau du "Grand Journal" le 25 novembre 2009 (PATRICK KOVARIK/AFP).

 

En somme, il était temps que Yann Barthès retrouve la juste impertinence, ni trop gratuite, ni trop obséquieuse, pour s’assurer que l’esprit du "Petit Journal" n’était pas mort, comme certains l’avaient un peu trop précipitamment annoncé. Et de trouver, ou plutôt retrouver le ton juste.

 

Le retour du vrai Yann Barthès

 

Et force est de constater que pour la dernière émission de sa seconde série sur la présidentielle (vous suivez ? Pour toute contestation de cette formule alambiquée, adresser ses doléances auCSA…), on a retrouvé le vrai Yann Barthès. Celui qui décortique non sans humour, mais avec acuité, certaines anomalies ou autre subtilités que le profane ou le citoyen qui ne serait pas doté d’omniscience et d’ubiquité n’aurait pas su voir ou décrypter.

 

L’invité de ce vendredi 6 avril fut Julien Rochedy. Ce nom n’évoquera pas grand chose aux Français, puisque l’homme, qui représentait le FN vendredi soir, est président des FNJ, Le Front National de la Jeunesse, rebaptisé depuis "Les jeunes avec Marine", comme il existe par ailleurs les Jeunes avec Gollnisch dont le blog s’est miraculeusement éteint depuis un fameux 17 janvier 2011… Cette rupture avec le passé semble revendiquée et Julien Rochedy n’aura de cesse de le répéter… sans pour autant le démontrer.

 

 

L’entretien débuta, comme souvent lorsqu’un représentant du FN arrive sur un plateau télévisé, par la statue du commandeur en la présence de Jean-Marie Le Pen. Celui que l’on sort peu durant cette présidentielle et qui fera dire le jour même à une Marie-Christine Arnautu, vice-présidente du parti, hilare, en réponse à Mouloud "vous croyez qu’on peut l’cacher, vous ? même si on en avait eu la volonté ce ne serait pas possible", fut en effet approché sur la terrasse d’un café, niçois appelé… Le Negresco…. Cela ne s’invente pas. Perche tendue un rien tendancieuse certes du journaliste de l’émission auprès de Jean-Marie Le Pen à propos du nom du café, ce qui revient à demander à un aveugle s’il veut retrouver la vue. Et le président d’honneur du Front national de s’en donner à cœur joie : "comme on est pas raciste de ce côté-là, le Negresco ça ne nous gêne pas", avec un rire à faire froid dans le dos.

 

Le spectre de l'ancien FN qui plane

 

Interrogé sur l’ambigüité de l’humour noir du fondateur du pari, Julien Rochedy justifia alors la boutade en expliquant que s’il arrivait à en rire malgré toutes les fausses accusations qui lui avaient été faites (sic), c’était que ça allait sur la question. Pas sûr que le journaliste agressé lors du passage de témoin à Tours en janvier 2011 soit du même avis…

 

Chassez le passé, il revient vous hanter. Et c’est le spectre de l’ancien FN, "ancien" si l’on en croit les Marinistes, qui allait donc planer sur toute l’émission. Avec en suspens cette éternel questionnement : Peut-on rire de tout… et avec tout le monde pour reprendre la précision de Pierre Desproges.

 

Une odeur de soufre

 

Ainsi, un peu plus tard, sans doute amadoué par les images de sa propre personne, issues du site des Jeunes pour Marine, gentiment raillé par Barthès, ce sont d’autres images plus lourdes de sens qui furent exhumés et brandies sur la place publique.

 

C'est une vidéo en particulier qui fut pointée du doigt, elle qui montrait des séances de formation à l’intention de jeunes cadres du FN. Des jeux de rôles habituels en politique mais celles du FN ont toujours une odeur de soufre derrière elle, si on se souvient ceux dévoilés en audio par "Mediapart" et qui laissait entendre Dominique Martin, le Responsable national de la recherche de parrainages pour la présidentielle 2012, encourager les candidats du FN à être "bien démago" en blaguant sur les "Portugais (qui) font tout à la main, roulé sous les aisselles"… L’humour, toujours l’humour.

 

Et c’est vrai que l’on se marre bien au FN. Le problème, c’est que cela s’inscrit sempiternellement dans une déclinaison sans fin sur le même thème. Un rien lancinant.

 

La cible du FN : "Mehdi Schwartzenberg"

 

Cette fois-ci, c’est Nicolas Bay, président du groupe FN au Conseil régional de Haute Normandie, qui s’y essaie. Une figure encore méconnue du grand public, mais qui à 34 ans, porte l’espoir de devenir un grand auprès de Marine Le Pen.

 

Le début du montage est assez classique et montre les astuces rhétoriques propres qu’il convient d’user en débat politique, comme la coupure de parole dans les blancs pour ne pas se montrer impoli. Mais ce sont les véritables simulations de débat qui ont intrigué "le Petit Journal", et notamment l’un d’entre eux qui imagine un journaliste face à un militant PS, ce dernier baptisé pour l’occasion "Mehdi Schwartzenberg", provoquant l’hilarité du public assistant à la séance, et qui fait dire à celui qui joue le rôle : "Ça c’est dur".

 

Oui, qu’il est drôle pour les jeunes du FN et dur pour celui qui en porte le nom, même d’emprunt, de voir réunies les deux angoisses du parti, celle du présent "Mehdi", qui rappelle tant les "Mohamed Merah dans les bateaux" et celle du passé "Schwartzenberg" qui rappelle les errances du "détail" du père fondateur. Alors on rit, et on en rit à gorge déployée.

 

Le visage de Julien Rochedy se crispe alors. Et on le comprend. Il sent que la partie qui fut si plaisante pour sa présidente lui sera moins agréable à vivre. Il se justifie en disant qu’ils caricaturaient un parti. Ce qui revient à dire que porter le nom de "Mehdi Schwarzenberg" revient à caricaturer le PS. Intéressant, non ?

 

Julien Rochedy, sur un plateau de

Julien Rochedy, sur le plateau de "Chac" sur TMC le 23 novembre 2011 (BALTEL/SIPA).

 

Retour au jeu de rôle, où le débat s’égare à présent sur des attaques (simulées toujours) sur le passé des "deux personnages" qui fit dire à l’un d’eux : "Ils étaient dans les camps, mais ils n’avaient pas le vertige". Qui n’aura pas "goûté" ici une variation sur le thème de la fameuse blague : "Mon grand-père est mort dans les camps… il est tombé d’un mirador". Et le spectre de l’antisémitisme de revenir au grand galop quand Marine Le Pen ne cesse de vouloir le chasser à grands coups de sophisme comme "les camps nazis sont le summum de la barbarie", ce qui est la moindre des analyses ou encore lesrendez-vous pour le moins piégé avec l’ambassadeur d’Israël.

 

Panique et esquive

 

Cette fois-ci, Julien Rochedy est plus grave. Son ton est plus lent, comme s’il cherchait comment pouvoir se sortir d’une telle situation.

 

Il tente alors l’esquive, en prenant la piste de l’hébergement de la vidéo et rappelle, le site du FNjeunesse n’existe plus. Mais en quoi cela change-t-il la donne puisque le compte Dailymotion, lui, existe toujours et abrite ces vidéos tournées cet été lors des universités d’été de Nice par les Jeunes avec Marine ? Il explique que celui qui gère cette page n’est plus au Front national… tout en précisant ensuite que cette vidéo sera supprimée très rapidement. Ah oui ? Mais Julien Rochedy prétendait dans la proposition précédente que la page était gérée par quelqu’un qui n’était plus au Front national…

 

Sommé de dire si cette blague de mauvais goût le choquait, le président des jeunes pour Marine paraît comme sonné, embrouillé "oui un petit peu, je ne l’avais pas vu et ça ma choque un… ". Voyant que la répétition du "un petit peu" allait sonnait trop lourd, il s’arrête puis reprend d’un grave et sans ambigüité : "ca me choque".

 

On ne peut plus rire de tout

 

La fin des explications en est risible puisque Julien Rochedy dit qu’il veut bien que l’on ne parle plus de la Seconde guerre mondiale mais que ce sont les journalistes qui amorcent le sujet. Barthès lui explique que la vidéo amène tout de même à se poser légitimement des questions. Ce que le président des Jeunes pour Marine concède, non sans avoir tenté, encore une fois, de prétendre que le compte Dailymotion des FNJ était indépendant des Jeunes pour Marine avant de concéder le même aveu que précédemment "la vidéo sera supprimée tout de suite". Ce qui revient à dire que les deux entités sont bel et bien liées. D’ailleurs samedi matin, Le compte Dailymotion du FNJnational n’hébergeait plus que 8 vidéos

 

Qu’on se le dise, même au FN on ne peut donc pas rire de tout. Ou plus rire de tout, c’est selon.  

Par Yves Delahaie - Publié dans : Du Front National
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Jeudi 8 mars 4 08 /03 /Mars 20:53

La scène a secoué mercredi tous les auditeurs de France Inter et elle s’est propagée sur la toile à la vitesse de l’éclair. Louis Aliot, vice-président du FN, invité chez Pascale Clark, était interrogé sur l’IVG et sur l’expression "IVG de confort". L'entretien s'est déroulé dans une tension palpable jusqu’à ce que la journaliste, écœurée par ce qu’elle entendait, laissa échapper un "c’est dégueulasse".

 

Louis Aliot sur France Inter, le 07/03/2012. 

 

On le voit, Louis Aliot, avec de grands airs, sûr de lui, affirme que l’expression "IVG de confort" n’est pas la sienne, qu’il ne l’utilise pas. On voit aussi comment, au début de son intervention sur la question, il a pris soin de multiplier les périphrases pour ne pas employé l'expression "IVG de confort". Jusqu’à ce que son génie linguistique ne le lâche en plein milieu d’une phrase qu’il n’osa pas terminer. Un silence qui en dit long. Et un déni ensuite sur l’usage de l’expression. S’il mentait, on jurerait qu’il se montre alors arrogant.

 

Pas de chance. Louis Aliot était aussi invité de l'émission de France 2 Mots croisés, le lundi 30 janvier dernier. Gaëlle-Marie Zimmerman avait relaté ce moment qui lui leva elle aussi le cœur, et on la comprend :

 

 Louis Aliot sur le plateau de Mots croisés, le 30/01/2012.

 

La véhémence n’est jamais un gage de vérité, qu’on se le dise. Au FN, la question de l’avortement est pour le moins sensible. Dès la mise en place de la loi Veil en 1975, Jean-Marie Le Pen s’était opposé à la légalisation de l’IVG avec force. Neuf ans plus tard, il s’en était expliqué sur le plateau de L’heure de vérité, le 13 février 1984, en déclarant :

 

"La législation de l’avortement a été dans notre pays une régression de plusieurs siècles, peut-être même de plusieurs millénaires car les Romains, avant même le christianisme, avaient noté l’"infans conceptus" : c'est-à-dire que l’enfant conçu est réputé né chaque fois qu’il s’agissait de son intérêt."

 

Certains ont tendance à l’oublier en ces temps où Marine Le Pen prétend faire de la laïcité son cheval de bataille, mais le FN a pendant très longtemps été le repaire des catholiques intégristes de France. Et lors de cette fameuse émission de 1984, Alain Duhamel, qui officiait déjà, lui avait d’ailleurs demandé ce qu’il pensait du sobriquet qu’une de ses cadres avait accolé à Simone Veil, et qui, vous le verrez, ravira les amateurs de mots fins pétris de subtilité. Simone Veil était caractérisée du nom de "la tricoteuse de Giscard". Une expression que Jean-Marie le Pen n’utiliserait pas à l’entendre mais qui semble bien l’amuser au point, déjà, d’évoquer un "point de détail". Au FN, on aime le poids des mots mais on en occulte le sens.

 

Une proximité avec les associations "pro vie"

 

Toujours est-il que le fondateur du FN placera dans ses programmes présidentiels le projet funeste d’empêcher les femmes françaises d’avoir le choix, assouvissant ainsi le désir des ligues anti-avortement, qui par pudeur s’autoproclament pro vie. Projet écrit en toutes lettres dans le programme de 2002 : "Les lois sur l’IVG seront abrogées".

 

Pourtant, les années 2000 vont marquer un tournant. Le schisme mégrétiste et le départ de nombreux cadres laisseront des traces. Il faut dire qu'en 2006, Jean-Marie Le Pen avait en mis un peu d'eau dans son vin de messe :

 

"Je suis pour la défense de la vie, mais je pense qu’il y a des questions qui sont prioritaires et celle-là, en l’état actuel de l’opinion publique, ne me paraît pas prioritaire."

 

En 2007, dans son programme présidentiel, le FN évoquait l’IVG, non pour abolir la loi Veil, mais pour soumettre la question au référendum :

 

"En matière législative, il faut tenir compte de l’état d’esprit de l’opinion. Si je suis élu, je proposerai un référendum sur l’avortement (…) J’ai perdu l’illusion que l’on pouvait régler tous les problèmes par des lois."

 

Une inflexion quoi qu’on puisse en penser sur la question, puisqu’aujourd’hui Marine Le Pen ne souhaite pas remettre en question le droit à l’avortement ni même soumettre la question au référendum, réservant ce dernier pour la peine de mort. Question de priorité...

 

L'influence de l'aile traditionaliste

 

Mais on l’a vu la polémique sur l'"IVG de confort" montre que la question est loin d’être éclaircie, et s’il y a bien un homme qui représente parfaitement cette contradiction, c’est bien Louis Aliot, catholique pratiquant et boîte à idée du FN version Marine. Il est celui par qui la question de la laïcité a surgi.

 

C’est pourtant lui aussi qui a rédigé un communiqué, au lendemain du Congrès de Tours et du sacre de Marine Le Pen en 2011, pour inviter les militants du FN à se joindre à la "Marche pour la vie". La Marche pour la vie ? Inspirée par Madame Boutin, cette "marche" est loin d’être anodine puisqu’elle réunit autour de la cause pro vie, franchement traditionaliste, quantité d’évangélistes, de pentecôtistes… Inviter ses militants dans une marche où l‘on sanctifie le caractère sacré de la vie, où l’on compare l’IVG à un génocide "au nom de la vie qu’a donnée Dieu", n’est assurément pas une démarche aussi neutre que ne le voudrait la laïcité voulue par le nouveau FN…

 

Marine Le Pen affirmait ne pas soutenir officiellement la Marche tout en laissant la porte ouverte : "nous ne soutenons pas officiellement cette marche mais il y aura un certain nombre de cadres et d’élus du FN qui s’y rendront". Une déclaration qui laisse à penser qu’elle ne s’oppose pas à ce que des militants du FN et des cadres, y compris avec leur étiquette politique (elle parle d’élus et de cadres, pas de citoyens) puissent défiler dans un cortège qui parle de génocide en évoquant l’avortement.

 

On le voit, l’IVG et le FN, c’est un peu le caillou dans la chaussure de Marine Le Pen : elle ne marche assurément pas très droit mais elle semble bien s’en accommoder…

Par Yves Delahaie - Publié dans : Du Front National
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  • : 07/04/2008

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