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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 19:31

En publiant sa tribune dans "Le Monde", Yannick Noah pensait bien jeter un pavé dans la mare. Pour une réussite, c’est une réussite ! Le monde du sport dans son ensemble est consterné par les propos de l’ancien vainqueur de Roland Garros.

 

Yannick Noah assiste au quart de finale entre la France et la Grèce, Euro basket, le 15 septembre 2011, Lituanie (MILOSAVLJEVIC/SIPA)

Yannick Noah au quart de finale entre la France et la Grèce, Euro basket, 15 septembre 2011, Lituanie (MILOSAVLJEVIC/SIPA)

 

Pire, il a mis dans l’embarras tout le tennis français. La FFT s’est fendue d’un communiqué assez laconique, épargnant la légende Noah (mais pas ses propos) pour n’évoquer que la lutte contre le dopage :

 

"Face au fléau qu'est le dopage dans le sport, les accusations sans preuve et les propos provocateurs sont inappropriés, et la pire des attitudes serait de renoncer à lutter."

 

Et que dire des joueurs de tennis français qui jouent actuellement le Masters, Tsonga en simple et Llodra en double, l’un des tournois le plus important de l’année pour eux, qui doivent faire face dans les vestiaires à… Rafael Nadal et David Ferrer, soit la moitié de l’armada espagnole de Coupe Davis. Merci qui ? Merci Yannick !

 

L’heure pour eux est au profil bas. Interrogé sur les propos de la personnalité préférée des Français (jusque quand…) quant au dopage dans le sport espagnol, Tsonga a ainsi expliqué :

 

"Je suis venu dire à Rafa que je ne prenais pas part à ça. Et que ce que pensait un Français ne reflétait pas forcément l’opinion publique à tous les coups. Il m’a dit qu’il n’y avait pas de souci. C’était pour mettre les choses au clair. Je n’ai pas envie [...] qu’il ne me regarde de travers alors que je n’y suis pour rien."

 

Rien de tel pour lancer le match qui s’annonce décisif entre les deux jeudi dans l’O2 Arena, puisque le vainqueur sera qualifié pour les demi-finales. Qu’il se rassure, Nadal ne semble pas lui en vouloir. Mais rien ne dit que l’Espagnol ne va pas trouver une motivation supplémentaire pour remettre les pendules à l’heure après son humiliante défaite face à son rival de toujours, Roger Federer.

 

Nadal est allé plus loin dans sa condamnation des propos de Yannick Noah, en tentant d’expliquer l’insolente réussite du sport espagnol, suffisamment notable pour que le tennisman reconverti en chanteur la juge suspicieuse :

 

"L’Espagne est au sommet du sport parce qu’elle a une génération fantastique. Ce qui compte c’est l’effort, le travail et l’envie de progresser. Nous ne bénéficions pas des mêmes installations que la France et pourtant, depuis vingt ans, nous sommes meilleurs qu’eux."

 

Ce qui compte, c’est l’effort, le travail et l’envie de progresser. De bien belles valeurs brandies en étendard par le sextuple vainqueur de Roland Garros, qui sont aux antipodes de la potion magique avancée par Noah.

 

Et la différence est grande entre une inspiration prise sans preuve auprès des piliers de comptoir et les arguments vérifiables de Nadal. Car si l’actuel numéro deux mondial évoque cette période de "vingt ans", ce n’est pas complètement par hasard. Cela ne fait pas exactement vingt ans que l’Espagne explose au plus haut niveau, mais une toute petite décennie.

 

Toutefois, en remontant vingt ans en arrière, on retrouve un événement qui a marqué un tournant décisif dans la mentalité, la préparation et la réussite des Ibériques : les Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. Cette grand-messe, qui restera dans les mémoires de tous ceux qui ont pu les vivre même à la télévision, a marqué toute une génération d’Espagnols qui aujourd’hui ont entre vingt et trente ans.

 

Leur réussite, aujourd’hui, ils la doivent aussi à cette vitrine qui les a marqués, motivés comme jamais. On se souvient de l’incroyable impact qu’a eu la Coupe de monde de football en France alors que ce sport connaissait une période de creux depuis la retraite de Platini et la non-qualification historique pour la Coupe du monde 1994 aux États-Unis.

 

Dans sa fumeuse analyse, Yannick Noah n’a tenu compte que de la réussite des Espagnols, sans avoir pris en compte à un seul moment le contexte de cette progression, qui n’a rien d’ailleurs rien de fulgurante : Arantxa Sanchez, numéro un mondial, Juan Carlos Ferrero, numéro un lui aussi, ont montré la voie en tennis, Miguel Indurain en cyclisme (si certains veulent évoquer des soupçons, c'est là aussi sur le net, le troquet des temps modernes, il faudrait sans doute dépasser le prisme de l’Espagne pour aborder celui du cyclisme en général…), Fermin Cacho qui remporta le titre olympique à Barcelone avant de l’assortir de l’argent en 1996, et de deux breloques du même métal aux championnats du monde de 1993 et 1997…

 

Eh oui, quitte à parler sport espagnol, autant s’y connaître un peu et évoquer tous ceux qui ont participé à sa gloire quand les grands soupçons n’étaient pas de mise… Et constater que, si les Français n’étaient pas "des nains" à côté d’eux, il leur est déjà arrivé de jouer les faire-valoir. Et qu’avant d’être soupçonné de dopage, un vainqueur peut légitimement avoir la présomption du meilleur jeu…

 

Car, dans ce cas-là, il y a d’autres nations qui pourraient être pointées du doigt :

 

- on peut parler de l’athlétisme américain qui a vu tomber Marion JonesJustin GatlinTim Montgomery, Chryste Gaines et tant d’autres, sans compter les éternels soupçons sur Florence Griffith Joyner, qui détient toujours le record du monde des 200 et 100 mètres en… 20’34 et 10’49, elle qui décéda brutalement à 39 ans, n’est peut-être pas le plus propre de la planète ;

 

- on peut aussi évoquer, si l’on veut parler de ceux qui nous font "passer pour des nains", la Jamaïque et les records invraisemblables de Bolt qui défient les lois de la nature que l’on avait imaginées et de ses athlètes féminines qui ont éclaboussé de leur talent Pékin tout en faisant grincer les dents – les leurs étant enserrées dans des appareils dentaires suspects pour quelques observateurs ;

 

- et les All Backs alors qui ont écrasé tout le monde lors de la dernière Coupe du monde de rugby ?

 

- et les Chinois qui dominent le tennis de table depuis plusieurs décennies ?

 

- et les Kenyans qui gagnent toutes les courses de fond et de demi-fond ?

 

Mais non, de cela, Yannick Noah n’en dit mot. Il préfère pointer seulement le sport espagnol. Sans aucune preuve. Quitter à écorner l’image du champion qu’il a été, comme le craint Claude Droussent, ancien patron de "L’Équipe". D’ailleurs, depuis lundi, on en parle beaucoup de Yannick. Mais lui reste muet… La gueule de bois ?

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Published by Yves Delahaie - dans Du sport
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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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