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12 février 2013 2 12 /02 /février /2013 17:55

Rien n’y fait. Vincent Peillon a beau faire le tour de France et des médias pour convaincre les enseignants de la nécessité de sa réforme des rythmes scolaires, les rangs de l’éducation nationale compteront des grévistes ce mardi.

Des mouvements de grève qui, il faut bien l’avouer ne sont pas forcément bien perçus à l’extérieur de la corporation. La faute, évidemment aux clichés qui restent collés aux basques des professeurs de la fonction publique. La faute aussi à un mot d’ordre assez flou de la part des syndicats puisqu’ils s’opposent aux rythmes scolaires, mais aussi à la réforme globale de Vincent Peillon, et à la rémunération. Bien que légitimes, ces revendications s’entrechoquent et nuisent au message qui est envoyé aux Français.

 

Peu de mobilisations dans les collèges et lycées

 

C’est sans doute une des raisons pour laquelle la grève ne mobilisera pas autant que certains le voudraient. D’ailleurs, centrées sur le primaire, les revendications ne mobilisent guère dans les collèges et les lycées, avec des personnels qui peuvent même se sentir étrangers à ces manifestations.

À titre personnel, j’ai toujours eu du mal à trouver dans ces grèves, qui soit dit en passant ne sont pas si nombreuses que la croyance populaire veut bien le croire, des raisons d’espérer d’elles quoi que ce soit. 

Partant des seuls représentants syndicaux, qui ont davantage tendance à annoncer le mouvement qu’à consulter leur base, ces mouvements n’ont jamais véritablement abouti à quelque chose de palpable, si ce n’est, au pire, un statu quo. Ce qui dans l’état de délabrement de l’école, et des conditions de travail des enseignants revient à un retour en arrière. Aussi, mes élèves auront le déplaisir de me voir leur dispenser savoirs et connaissance ce mardi.

Cela montre-t-il que Vincent Peillon n’est pas si contesté que les médias semblent l’annoncer ? La question est en réalité complexe.

 

À quand l'application des promesses ?

 

La personnalité même du ministre ne pose pas de problèmes majeurs. Et pour cause. Il fut nommé après un quinquennat durant lequel se succédèrent Xavier Darcos qui résumait la mission des instituteurs de maternelle à "faire faire des siestes à des enfants" et à "leur changer les couches", puis Luc Châtel qui eut le bon goût de scander lors de son discours de la rentrée 2010, censé apaisé le climat : "Notre école a moins besoin de grands soirs que de petits matins quotidiens".


Forcément, à côté de ces deux éléphants dans le magasin de porcelaine de la rue de Grenelle, qui rappelèrent un autre illustre "lourdaud" qui voulait dégraisser le mammouth (comme quoi, ce n’est pas nécessairement un problème de clivage partisan), Vincent Peillon apparaît comme plus respectueux de la corporation. Rappelant sans cesse ce que l’on doit aux enseignants, comme il le fit dans sa lettre aux personnels en juin dernier 

"Nous savons aussi la force de votre dévouement, la passion et la vocation qui vous animent pour instruire, éduquer, servir une certaine idée de la France, de la République et de l'humanité."

Pour autant, Vincent Peillon, dans la lignée de François Hollande avait promis monts et merveilles. Des embauches, de la formation et des réformes. Mais aussi de la concertation.

Sur les embauches, la promesse est clairement en passe d’être tenue, mais en laissant croire que la refonte de l’éducation nationale se résume à une question de moyens, ce qui est un cache-misère.

 

Quels efforts pour la formation des enseignants ?

 

La formation initiale, qui avait été atomisée par les équipes de Nicolas Sarkozy, est quant à elle loin de satisfaire les néo-titulaires. À la rentrée 2013, les heureux détenteurs du CAPES auront encore pas moins de 15 heures de cours à charge, en plus de leur formation.

Si Sarkozy leur avait fixé cette charge à 18 heures (c’est-à-dire un emploi du temps complet), notons qu’avant 2007, les stagiaires n’avaient que 6 heures de cours, couplés à 12 heures de formation par semaine pour assimiler progressivement les arcanes du métier.


Certes, l’IUFM était loin d’être la panacée, avec une idéologie pédagogiste moribonde et une équipe de formateurs désignés par cooptation d’amicales relations (en guise d’efficaces références). Pour autant, là où il fallut modifier le système pour le rendre plus efficient, la droite le fit disparaître… Il n’est pour l’heure qu’un halo vaguement ressemblant au début d’une formation…

Enfin les réformes. On n’entend parler que de celle des rythmes scolaires. Si la Chine vient de fêter le passage dans l’année du serpent, nul doute que cette question pourrait pleinement prendre part au défilé. Car rarement l’on aura vu de serpents de mer aussi gros, parole de moussaillon sur le pont du collège.

 

Le serpent de mer des rythmes scolaires

 

Si la Chine vient de fêter le passage dans l’année du serpent, nul doute que cette question aurait pu pleinement prendre part aux festivités. Car rarement l’on aura vu de serpents de mer aussi gros, parole de moussaillon sur le pont du collège.
 
Que les emplois du temps des élèves, et notamment des plus jeunes, puissent être rendus plus efficaces, nul n’en doute. Mais un tel paravent ne pourrait cacher la nature profonde de l’abyssal abîme dans lequel est tombé le premier budget de France : l’abandon de la transmission des savoirs, des connaissances et surtout, surtout des exigences, tant du point de vue de la performance scolaire que du comportement à tenir dans l’enceinte des établissements scolaires. Surtout à une époque où les élèves se couchent en plein cœur de la nuit dans une chambre qui ressemble en tous points à une succursale de Darty. Accabler l'école, en l'accusant de perturber le rythme biologique des enfants est donc, dans ce contexte, une fumisterie du plus mauvais goût.

 

Peill

Et de cela, Vincent Peillon ne fournit qu’un charabia lyrique, une logorrhée polie mais floue comme un loup, un brouillamini que le philosophe manipule à grands coups de rhétorique, comptant sur le vague et le fumeux pour faire illusion. À l’image de ce qu’il fit – déjà ! – en pleine présidentiellequand on lui demanda d’expliquer le projet de François Hollande :

"Il va donc falloir envisager une revalorisation matérielle et morale du métier d'enseignant. Mais en même temps il faudra faire évoluer la définition du métier, de ses tâches, de ses obligations, des services. C'est la feuille de route que m'a donné François Hollande, avec une double exigence : le seul critère, c'est l'amélioration de la réussite pour tous les élèves, et la seule méthode c'est, à partir d'objectifs clairs assumés par le politique, la concertation et la négociation."

Alors Vincent Peillon a beau faire une danse du ventre aimable, en redoublant de déférence et d'obséquiosité à l’égard de la profession, il semble nous rejouer la partition de Jack Lang : des louanges et du vent. C’est un peu tendre en bouche, quand le menu s’annonçait fastueux. 

 

Publié sur le Nouvel Obs le 12 février 2013

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Published by Yves Delahaie - dans De l'éducation
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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