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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 10:36

Alors que la rentrée battait son plein lundi dernier, les professeurs écoutaient bien sagement, une journée avant les élèves, les chiffres que les chefs d’établissement communiquent chaque année, avec la même litanie : est-on au-dessus ou en dessous de la moyenne nationale ? Avec la remise en question nécessaire quand on est passé sous la ligne rouge.

Une ligne pourtant largement surélevée : 84,5% pour le brevet des collèges et 86,8% pour le bac. Et pendant ce temps, dans les classements internationaux, la France ne cesse de s’effondrer loin derrière la Finlande et la Corée du Sud.

Ce même lundi, on attendait le Ministre de l’Education venir vendre sa réforme, celle qui devait refonder l’école : on eut le droit à la visite de François Hollande à Denain, dans un des bastions les plus massacrés sur le plan scolaire et culturel. Et alors que le Président de la République était venu parler de la réforme des rythmes scolaires, on eut le droit à une polémique sans fins sur un cliché malheureux de l’AFP. Pendant ce temps, Vincent Peillon, à ses côtés, jouait les figurants. Amusante scène quand on sait avec quelle véhémence, et pourtant quelle justesse, le PS fustigeait en son temps le Ministre laqué, Luc Châtel, lisse parce qu’il le valait bien, et qui s’effaçait sans laisser de trace en toutes circonstances pour laisser Nicolas Sarkozy prodiguer la bonne parole. Le changement, c’est pour quand ?

Il faut dire que la montagne que devait être la réforme de Vincent Peillon aura accouché d’une famélique souris. Censée refonder l’école républicaine, elle n’aura finalement abouti qu’à trois placebos, aussi futiles que dispendieux pour certains : la création de 60 000 postes, le rétablissement d’une partie de la formation professionnelle pour les professeurs stagiaires et un retour de la semaine à 4 jours et demi dans le primaire.

Comment peut-on nous faire croire qu’un tel dispositif pourrait avoir la prétention de guérir notre système scolaire ? François Hollande persiste et signe dans cette idéologie mortifère pour nos comptes publics, qui consistent à considérer que l’éducation ne serait qu’une affaire de moyens, et que l’argent suffit à combler nos manques. Illusion.

PISA_ecole_OCDE_Frizou.jpg

L’autre lubie consiste à croire que les rythmes scolaires sont en cause, et que les élèves ont trop de cours, tout en sous-entendant que les professeurs ne travaillent pas assez, dans un paradoxe épuisant. Peu importe que les élèves se couchent de plus en plus tard dans leur foyer, à grands coups d’écrans et d’(anti)chambres de Boulanger qui leur sert de dortoir : l’école est stigmatisée comme étant la seule responsable, comme si le rythme biologique était LA raison de notre échec. Dans le même temps, la Corée du Sud caracole en tête des bilans internationaux tout en créant des lois pour empêcher les cours du soir au-delà de minuit…

Avec la même crasse bêtise, on continue de vanter les mérites de la Finlande, l’autre nation qui domine leclassement PISA, en expliquant que l’individualisation doit primer, et que le redoublement et la notation sont traumatisants et empêchent les élèves de réussir… quand les méthodes de la Corée du Sud multiplient les exigences et la pression pour des résultats spectaculaires.

La vérité est ailleurs. Elle n’est ni en Finlande, ni en Corée du Sud, dont l’antinomie montre seulement que la réussite est au bout de ceux qui restent fidèles à une ligne claire et conformes à leur culture. En France, il y a eu une rupture. Et quelle rupture ! Le Pays des Lumières, du savoir et de la culture a rompu, voilà plus de trente ans avec ce qui avait fait la puissance de son système scolaire : la transmission du savoir. Même avec un simple certificat d’étude et en quittant le système scolaire à douze ans, un enfant savait écrire sans faire de fautes… en tous cas bien moins qu’un élève passant le bac aujourd’hui.

La question n’est pas de savoir si l’école était mieux avant : ce débat n’a aucun sens quand on sait comment l’école s’est démocratisée. La question est de savoir comment nos enfants, ceux qui feront la Nation de demain, font pour acquérir du savoir et des connaissances, quand ils n’ont pas eu la chance de l’avoir au biberon. Il est trop facile de blâmer l’école en l’accusant de ne pas savoir faire progresser ceux qui sont en difficulté : comment le pourrait-elle quand on l’empêche de transmettre et de faire apprendre ?

C’est cela que Vincent Peillon devait travailler. Las, sa copie s’égare dans un hors sujet des plus consternants, quand on sait qu’elle concerne plus de 20% de notre budget. Et dire que l’éducation devait être la priorité de ce gouvernement…

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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