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25 février 2013 1 25 /02 /février /2013 20:12

Monsieur le ministre,

Ce ne sera pas me confondre en obséquiosité que de vous avouer, Monsieur Le ministre, que je vous apprécie. Et cette inclinaison m’est d’autant plus aisée qu’elle succède à des torrents de bile que m’ont inspirés vos prédécesseurs, du méprisant Xavier Darcos qui renvoya les institutrices langer les chiards,  jusqu’à Luc Chatel, dont le sourire candide dissimulait mal une bouche assassine qui renvoyait les enseignants à leurs grands soirs.

Vous n’avez eu de cesse depuis votre arrivée rue de Grenelle de rendre hommage à notre profession. Et pour cause : professeur vous fûtes, et professeur vous le redeviendriez volontiers si le hasard venait à vous démettre de vos fonctions, comme vous le confiâtes avec sincérité sur le plateau de Laurent Ruquier, samedi dernier. Il est une règle à ce ministère qui veut qu’un homme qui a aimé enseigné, montre du respect pour ses pairs. Il en va de vous-même, comme de Jack Lang ou de François Bayrou. Puissé-je me tromper dans ma sentence péremptoire à l’égard des anciens élèves en grec ou en latin de Xavier Darcos.

Toujours est-il que, malgré mon exorde aimable, il se peut que ma missive prenne un ton moins mélodieux à vos oreilles, une fois que j’aurais exposé l’objet qui chatouille ma plume. Que dis-je, l’odieux objet qui aiguise ma plume que je trempe avec frénésie dans une encre sombre.

 

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Voilà des jours que vous trainez votre peine, de plateaux en micros pour asséner à la France entière que l’échec de notre système scolaire serait dû tout ou partie aux rythmes scolaires. Serpent de mer que vous faites frétiller dans des océans de "bienpensance", vous baignant avec délectation dans les flots de ces pédopsychiatres qui semblent à vos yeux en savoir davantage que nous-mêmes à propos de nos classes.

Des élèves qui auraient trop de cours, et qui, fatigués, ne seraient pas à même de travailler. Ces mêmes élèves, que je vois, chaque matin arriver harassés par une nuit trop courte. Et loin de leurs homologues coréens dont les nuits écourtées sont dûes à des cours particuliers que l’État a dû réglementer, mes élèves avouent se coucher tard, trop tard, charmés par les écrans (de télévision, de téléphone ou de tablettes), que les parents laissent volontiers coloniser les chambres.

Alors je m’étonne de vous entendre parler de chronobiologie, sans que jamais, ô grand jamais, cet aspect de la vie de nos élèves ne soit mis dans la balance, laissant l’école seul bourreau et responsable de tous les maux.

 

Les enseignants ne travaillent-ils pas assez à votre goût ?

 

J’attends d’ailleurs avec impatience que votre réforme parle de transmission du savoir ou des méthodes qui résoudraient les problèmes liés à l’autorité et qui sont autrement plus néfastes que des journées parfois trop chargées. En vain.

Et emporté dans votre élan, vous voilà à enfourcher un autre cheval, autrement plus coriace celui-ci que celui des "4 jours et demi" : les sacro-saintes vacances scolaires ! Et de promettre de leur faire la nique, en les rabotant de deux semaines. 

Pour autant, même à petit trot (puisque 2015 est évoqué), trop c’est trop.

Car, à vous entendre depuis votre mise en poste, quel message voulez-vous faire passer, Monsieur le ministre ? Entre la semaine de quatre jours et demi, les vacances écourtées ou encore la volonté d’augmenter le temps de présence dans les établissements scolaires, que peuvent comprendre les Français si ce n’est, en filigrane, que les enseignants ne travaillent pas suffisamment ? Ou pour le moins, qu’ils pourraient travailler davantage ?

Alors les mots sont souvent mieux pesés, la sentence s’accompagne volontiers d’un élan laudatif non feint. Mais finalement, votre message est-il si différent de celui envoyé avec certes davantage de cynisme que vous prédécesseurs ?

Faut-il vous rappeler, Monsieur le ministre, que réduire les vacances de deux semaines risque de vous coûter très cher. Je ne parle même pas des 800.000 enseignants qui sauront rendre la monnaie de votre pièce dans les urnes, je ne serai pas si mesquin. Je parle ici au sens propre. Car si le secteur du tourisme, l’un des seuls qui soient en bonne santé dans notre économie ne tardera pas à crier famine, comment allez-vous financer le complément salarial que tout enseignant réclamera comme la loi l’y autorisera ?

 

Une compensation financière impossible

 

Parce que dans votre élan, Monsieur le Ministre, sans doute avez-vous oublié que le salaire des enseignants est calculé sur une base de dix mois, et que les vacances d’été ne sont pas payées. Ne vous en déplaise, notre salaire, et vous le savez parfaitement, est divisé en douze parties afin que chaque mois, nous puissions toucher un salaire. Mais les vacances d’été ne font pas partie des heures payées. En d’autres termes, êtes vous prêt à reverser aux plus de 800000 enseignants une somme de 1000 euros annuels pour payer ce temps non prévu par les textes ? 800 millions d’euros au bas mot à ajouter sur la facture de l’Etat ? Seriez-vous donc prêt à ce sacrifice, juste pour la beauté du geste ?

A dire vrai, Monsieur le Ministre, plus j’écris et moins je vous apprécie. Je me rends compte, et une grande majorité des Français aussi, que vos belles phrases n’étaient que mirages et que de courage vous n’en avez que pour accabler une profession qui est déjà plus bas que terre.

Je ne sais où tout cela va nous mener. Mais à votre place, j’écouterais avec la plus grande attention le seul message que je tenais à vous adresser : pas touche aux vacances.

Avec mes salutations républicaines,

Votre serviteur.

Publié sur Le nouvel Obs - Le Plus, le 25 février 2013

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Published by Yves Delahaie - dans De l'éducation
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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