Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
11 mai 2012 5 11 /05 /mai /2012 09:03

Martine Aubry à Paris, le 25/04/2012. (WITT/SIPA)

 Martine Aubry à Paris, le 25/04/2012. (WITT/SIPA)

 

C’est elle qui l’a annoncé en personne. Martine Aubry, Première secrétaire du Parti socialiste, a officiellement confirmé qu’il y aurait bien une investiture PS dans la seconde circonscription de Pau, celle de François Bayrou, lors des législatives.

 

Le feuilleton tenait en haleine toute la classe politique depuis trois jours. Le week-end du second tour de la présidentielle, c’est Martine Lignères-Cassou, maire socialiste de Pau, qui avait exprimé son refus de voir sa candidate plier face à une quelconque bienveillance à l’égard du Béarnais et ce, malgré le choix de ce dernier de voter Hollande à la présidentielle.

 

Puis ce fut au tour de Pierre MoscoviciVincent Peillon ou encore Ségolène Royal de reconnaître qu’un petit geste ne serait pas déplacé quand on sait qu’entre temps, l’UMP, furieuse de la décision de François Bayrou, avait décidé de "dégeler" la circonscription pour présenter un des siens. Alors que Frédéric Nihous était pressenti, c’est finalement Eric Saubatte qui s’y collera.

 

 Mais mercredi matin, Martine Aubry a sifflé la fin de la récréation en se drapant des oripeaux de la transparence et de l’honorabilité : "Il n'y a pas de service rendu, on ne fonctionne pas comme ça dans la République".

 

Une occasion manquée

 

Voilà ce que l’on pouvait craindre du Parti socialiste après la présidentielle. Encore une fois, le problème n’est pas François Hollande.

 

Le problème, c’est cet instinct clanique de survie, ce sectarisme forcené qui rend fou et qui est en contradiction avec la visée pluraliste à laquelle s’est habituée notre République.

 

N’est-ce pas Hollande qui avait promis une part de proportionnelle dans son programme présidentielle ? A quoi bon l’annoncer puis la repousser aux calendes grecques, c’est-à-dire en 2017, sans donner quelques signes en ce sens, si ce n’est pour finalement y renoncer comme le fit Nicolas Sarkozy ?

 

Un "geste" envers François Bayrou n’avait rien d’un marchandage : n’était-ce pas là un premier pas vers une union nationale raisonnée de personnes n’ayant pas la même étiquette mais susceptibles d’œuvrer ensemble au sein de l’Assemblée nationale dans un duo majorité/opposition constructif ?

 

L’autre problème réside bien évidemment dans ce gage de probité que Martine Aubry s’évertue à brandir comme argumentaire principal : "on ne fonctionne pas comme ça en République".

 

Ah oui, vraiment, Madame Aubry ? Cela ne fonctionne-t-il pas comme cela en République ? Le PS ne pratique-t-il jamais d'accords de la sorte ? Vous-même, ne fonctionnez-vous jamais comme cela, Madame Aubry ?

 

Un choix contradictoire

 

La maire de Lille serait-t-elle atteinte elle aussi comme Jacques Chirac d’anosognosie ou bien sa mauvaise foi dissimulerait-elle sa propension déjà avéré au mensonge et aux vérités évolutives, faisant d’elle une "menteresse" ? Sans doute est-il salutaire de revenir quatre ans en arrière dans le fief de Madame Aubry pour s’intéresser au "fonctionnement" de la socialiste.

 

En 2008, le MoDem, mouvement naissant, était porté par le 18,57% obtenu par son leader à la présidentielle. La question des alliances avec le MoDem allait alors bon train lors des municipales, surtout depuis que François Bayrou avait déclaré au cours de l’entre-deux tours savoir pour qui il n’allait pas voter (à savoir Nicolas Sarkozy).

 

A Paris, on s’en souvient, Bertrand Delanoé était arrivé avec une confortable avance au premier tour et avait finalement cessé toute discussion avec Marielle de Sarnez.

 

A Lille, Martine Aubry aurait pu suivre le même chemin : avec 46% des voix au premier tour et 18% de réserve avec les Verts et l’extrême gauche, il ne faisait aucun doute que la future Première secrétaire du Parti socialiste allait être réélue, d’autant qu’elle se devait de conforter sa position en vue du Congrès de Reims durant lequel elle serait opposée à une Ségolène Royal plus prompte aux alliances avec le MoDem.

 

Le grand public pensait fort logiquement que Martine Aubry ne fusionnerait pas sa liste avec le parti de François Bayrou. Pourtant, c’est ce qu’elle fit, au grand dam de la tête des listes des Verts Eric Quiquet, qui a l’époque et en off n’avait pas de mots assez durs pour qualifier pareille alliance.

 

Un ligne politique à géométrie variable

 

Mais ce que beaucoup ne savent pas, c’est qu’au-delà du beffroi, se jouait une autre élection, autrement plus importante pour Martine Aubry : la présidence de la Communauté urbaine de Lille pour succéder là encore à un certain Pierre Mauroy.

 

Et dans cette élection parallèle, la victoire était loin d’être acquise car de nombreuses communes proches de Lille, souvent en milieu "rurbain", sont dirigées par des maires sans étiquettes et plutôt proche du centre.

 

De son côté, le président de la Fédération du Nord Olivier Henno avait fait le choix de rester avec François Bayrou en 2007, quand de nombreux autres cadres choisirent l’opportunité d’investitures et autres maroquins alléchants proposés par l’UMP de Marc-Philippe Daubresse, le régional de l’étape. Il voyait donc son avenir se jouer à ce moment-là.

 

En coulisses, un pacte d’importance se mit en place : aux municipales de Lille, le PS fusionna avec le MoDem, en accueillant trois candidats, dont deux en position éligible.

 

Dans le même temps, dans les cantonales partielles, le MoDem renonça au deuxième tour dans sept cantons et dans le huitième, celui de Lille Ouest, le PS se retira pour laisser Olivier Henno combattre seul le candidat UMP, qui écœuré choisit lui aussi de se retirer, laissant le maire de Saint André se faire élire avec 100% des voix… et un tiers de votes nuls.  

 

C’est ainsi que Martine Aubry put tranquillement briguer quelques jours plus tard le poste de présidente de la Communauté urbaine de Lille avec en premier vice-président un certain Olivier Henno du MoDem.

 

Ainsi quand on évoquait l’exemple lillois d’une Martine Aubry assez courageuse, qui avait fait alliance avec le MoDem sans en avoir besoin, les Lillois riaient jaune. Ce n’est que parce que cet accord lui ouvrait les portes de la présidence de la Communauté urbaine de Lille que celle qui est devenue par la suite Première secrétaire du PS eut ce visage altruiste.

 

Car il est une chose que l'on doit bien comprendre : Martine Aubry aime le MoDem comme le cowboy aime l'indien : quand il est mort.

 

Ainsi, durant son mandat, la maire de Lille s'est évertuée à cannibaliser les forces du MoDem avec lesquelles sa majorité municipale travaille. Au point de suggérer au 20 heures de France 2 que les élus du MoDem lillois pourraient tôt ou tard rejoindre le PS :

 

Martinedélire Vidéo Snoopyves sélectionnée dans Actualité

 

Vampiriser les forces du MoDem pour les absorber. Chez Martine Aubry, les alliances électorales tournent à l'assimilation. En 2009, "La Voix du Nord" n'en déduisait pas autre chose dans un article dont le titre en dit long sur la nature de l'emprise de Martine Aubry sur les élus du MoDem local : "Le MoDem peu audible sous le beffroi"...

 

D’ailleurs, Olivier Henno lui-même n’était pas dupe. Lors de la régionale 2010, quand j'étais candidat sur sa liste et que je faisais campagne à ses côtés, nous parlions de l’éventualité d’un accord pour le deuxième tour avec la gauche sachant que rien ne serait discuté avant le résultats des urnes du premier.

 

Et le maire de Saint André de me confier : "de toutes façon, si le PS le peut, il nous écrasera comme une m**** ". Les régionales furent un naufrage, notre liste ne dépassant pas 5%. Nous n’avons même pas eu l’occasion de vérifier si ce qu’il pensait s’avérerait exact puisque le PS faisait de son côté le carton plein dès le premier tour.

 

Aujourd’hui encore dans le Nord, la possibilité de voir Olivier Henno sans candidat PS se dessine jour après jour. Lui qui avait lancé un appel dans l’entre-deux tours pour voter François Hollande.

 

Lui qui avait dit n’être pour rien dans la fuite de cet appel qui fut rendu public à trois heures de la fin légale de la campagne du second tour. Lui qui en appelle à une étiquette "majorité présidentielle" pour se présenter face aux électeurs.

 

Problème : Martine Aubry vient de dire non à François Bayrou dans les mêmes circonstances.

 

Autre problème, lors du Conseil national de l’entre-deux tours, Marielle de Sarnez avait été très claire sur les législatives et je peux relater ses propos sans trahir de grands secrets : elle avait appelé à former un groupe parlementaire, s’inscrivant dans "une opposition vigilante et constructive" en précisant "moi je ne me vois pas dans la majorité présidentielle de François Hollande".

 

D'ailleurs ce jeudi, lors de sa conférence de presse, François Bayrou a bien rappeler que les candidats de sa formation se présenteraient sous l'étiquette "le Centre pour la France" en martelant l'indépendance de celui-ci par rapport à la majorité présidentielle.

 

Ce qui n’est pas exactement la position prônée par Olivier Henno. Alors, appel du pied, mauvaise formulation ou révélation de ce qui a été déjà discuté avec la maire de Lille ? En tous cas, aujourd’hui c’est à nouveau Hélène Parra, la candidate pressentie pour le PS dans la circonscription d’Olivier Henno et qui avait dû se retirer en 2008, qui tremble à nouveau.

 

Il faut donc en revenir à Martine Aubry et lui reposer les questions sur ce qui ne se fait pas en République : ah oui, vraiment, Madame Aubry ? Cela ne fonctionne-t-il pas comme cela en République ? Le PS ne pratique-t-il jamais d'accords de ce type ?

 

Vous-même ne fonctionnez-vous jamais comme cela, Madame Aubry ?

Partager cet article

Repost 0
Published by Yves Delahaie - dans Législatives 2012
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
  • Contact

Recherche