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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 20:36

Monsieur Guaino,

Jadis, quand vous fûtes la plume de Nicolas Sarkozy, nous avions tout supporté de votre part. Tout. Jusqu’à l’insoutenable quand vous estimiez, dans votre élan inconsidéré, que l'instituteur ne pourrait jamais remplacer le curé ou le pasteur. Ou encore quand vous aviez osé faire dire à un président de la République française que l’homme africain n’était pas entré dans l’Histoire.

L’insoutenable disais-je, qu’il était si simple de dissimuler en vous réfugiant dans l’ombre tutélaire de l’omniprésident. Un refuge.

Quand vous n’avez pu concurrencer Patrick Buisson, laissant la campagne de Nicolas Sarkozy s’enfoncer dans les limbes insoutenables des limons bleu Marine, vous prîtes votre courage à deux mains pour vous présenter devant le suffrage universel. Témérité sans égale puisque vous briguâtes la troisième circonscription des Yvelines, une des plus traditionnelles et conservatrices que la France compte. Jeannette Bougrab ne s’y trompa quand elle écrivit dans "Ma République se meurt" :

“On offre (à Henri Guaino) une circonscription en or dans les Yvelines, Le Chesnay, La Celle Saint-Cloud, où même un âne gagnerait s’il se présentait sous l”étiquette UMP.”

Adepte du parachutisme, vous décidâtes alors, en entrant au Palais Bourbon, de vous composer un rôle à la mesure de votre ego. Le ton haut, le verbe fort, les trémolos dans la voix, vous vous revêtites alors des oripeaux d’André Malraux, provoquant les quolibets et autres railleries mérités de la part de vos homologues, comme Alain Tourret le fit lors de la première séance sur la loi du "mariage pour tous".

Qui ne se souvient de votre ridicule discours en ouverture de la première lecture du texte, pétri de formules grandiloquentes, qui ressemblent à s’y méprendre à celles de Damon, le raisonneur dont Célimène brosse un portrait au vitriol dans "Le Misanthrope" :

C’est un parleur étrange, et qui trouve, toujours,

L’art de ne vous rien dire, avec de grands discours.

Dans les propos qu’il tient, on ve noit goutte,

Et ce n’est que du bruit, que tout ce qu’on écoute.

Pathétique spectacle : vous crûtes vous incarner en Molière et vous en fûtes réduit à jouer les figurants invisibles qui ne se meuvent que dans les mises à mort verbales des portraits brossés par l’un des premiers rôles.

Parce que dans ce débat du mariage pour tous, vous ne fîtes qu’apporter mensonges et hérésies sur le fonctionnement de notre Constitution, prétendant ainsi que les "questions sociales" et les "questions sociétales" étaient synonymes en termes juridiques pour vendre votre référendum anticonsitutionnel, poussant le vice jusqu’à citer le "Petit Robert" dans "Mots croisés" pour berner le chaland ignorant du Dalloz.

Bonimenteur, vous allâtes encore plus loin, si cela était possible, en décrétant que le Parlementn’était pas légitime pour légiférer (sic) sur la question du mariage pour tous, contredisant le Conseil constitutionnel – rien que ça ! – qui exprimait exactement le contraire un an plus tôt.

Mais le ridicule ne tue pas. Et vous sévissez encore aujourd’hui, en repoussant toujours plus loin les limites du supportable.

Feignant l’outrage, toutes grimaces dehors, trouvant les mots les plus forts en prétendant fournir les plus justes, vous avez fait voler en éclats ce vendredi l’indépendance de la Justice et la séparation des pouvoirs. Ad nauseam.

Prenant faits et cause pour Nicolas Sarkozy, alors que le Président du dernier lustre est mis en cause pour des faits d’une grande gravité, dans une affaire qui a déjà donné l’impression, depuis des mois, à bon nombre de Français que la clarté n’était pas de mise dans ce que vous considérez certainement être votre chef d’oeuvre, l’élection de 2007, vous avez commis l’irréparable.

 

Mais pour qui vous prenez vous Monsieur Guaino ?

 

Sur Europe1, vous commençâtes par un réquisitoire inique et insupportable pour les valeurs de notre République en déclarant sur l’affaire, à propos du juge Gentil qui avait mis en examen Nicolas Sarkozy :

“Je conteste la façon dont il fait son travail, je la trouve indigne, je le dis. Je trouve qu’il a déshonoré un homme, il a déshonoré les institutions, il a aussi déshonoré la justice."

  

Puis ce sera un festival de mots dans un concours d’indignité : "grotesque", "accusation insupportable", "invraisemblable" et "d’intolérable". Plus grave, vous avez appellé le juge à venir "s’expliquer publiquement" des "fondements, faits précis, concrets et irréfutables" qui lui a permis une telle incrimination.

"Il devrait communiquer ses éléments à tous les Français" avez-vous cru bon d’asséner.

Mais pour qui vous prenez vous Monsieur Guaino pour vous prétendre, ainsi, siéger au-dessus de la Justice notre pays, en juge impartial et supérieur, et pour demander, ainsi, des comptes à un juge d’instruction ?

Christophe Régnard, Président de l'Union Syndicale des Magistrats, a aussitôt réagi en déclarantvouloir porter plainte, comme le prévoit la loi, comme il vous le rappela sur le plateau du "Grand Journal" le soir-même :

"Le fait de jeter le discrédit publiquement sur un acte ou une décision de justice dans des conditions à porter atteinte à l'autorité de la justice" est puni de six mois de prison et de 7.500 euros d'amende."

Mais se maquiller en Malraux de supermarché ne vous suffisait pas : c’est Hugo que vous grimez, déclarant ne pas redouter le glaive de la Justice :

“Je suis prêt à aller devant les tribunaux et à faire six mois de prison si vous le pensez”.

Fin de la farce. Nous qui sommes censés en être les dindons. En vain. 

Monsieur Guaino, vous êtes la honte de la République. L’illustration même de ce qu’elle produit en violence, en non-sens et en infamie dans la classe politique dans un pourrissement que vous aurez alimenté, de la plume à la moelle, et qui portera, à ce rythme, les extrêmes au pouvoir.

Élu de la République, votre rôle est de penser pour le bien commun quand chacun de vos mots, chacune de vos formules n’abreuvent que votre destinée que vous croyez exceptionnelle.

Vous n’êtes que comédien, et de piètre qualité, et vos grimaces n’impressionnent sans doute que vous-même. Molière, génie du comique, peinait pourtant à prendre des fards tragiques, provoquant la risée.

Vous, vous faites suffoquer la terre entière que vous soyez tragique ou comique. Vos grands airs affectés se donnent de la hauteur mais vos mots et vos pratiques vous renvoient plus bas que terre, là où gisent les poubelles de la République.

La seule chose que l’on puisse souhaiter, c’est de vous voir condamné pour l’outrage fait à notre Justice. Il en va de l’honneur de nos Institutions.  

Monsieur, je vous salue… bien bas. Là où vous êtes.  

Publié sur Le Nouvel Obs - Le Plus, le 24 mars 2013

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
  • Les Nouveaux Démocrates
  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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