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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 19:52

Le marché de l’immobilier est en émoi. VIIIe arrondissement de Paris. Le locataire le plus célèbre de la capitale remet en jeu son bail. C’est une belle demeure située en plein centre de la capitale.

 

La crémaillère fit grand bruit, il y a quatre ans, place de la Concorde. Un ballet ininterrompu de chanteurs morts ou de chanteurs à mourir (d’ennui), ou encore destinés à mourir (artistiquement), ne s’étaient pas fait priés pour inaugurer le nouveau bail.

 

Nicolas Sarkozy, président de la République, lors de la remise de la Médaille de la Famille au Palais de l’Élysée, Paris, le 30 septembre 2011 (J.MARS/SIPA)

Nicolas Sarkozy lors de la remise de la Médaille de la Famille au Palais de l’Élysée, Paris, le 30 septembre 2011 (J.MARS/SIPA)

 

À l’époque, l’état des lieux mentionnait une bâtisse vieillissante, poussiéreuse, archaïque dans ses fondations. Tenu par un roi fainéant, chuchotait-on. "À rénover", avait-on pris la peine de marquer sur l’annonce, relevé par un slogan rempli d’espoir, "Ensemble, tout devient possible".


Des travaux depuis, il y en a eu. Des tas. Des tonnes. Sans que l’on en comprenne toujours le cheminement. Souvent, le projet a été modifié pour laisser place à la même chose, quand il n’en est pas resté au simple devis, faute de financement. Si bien qu’au terme de ce bail, il serait temps de se poser la véritable question : le bail présidentiel est-il renouvelable en l’état ou la recherche d'un nouveau locataire s’avère-t-elle nécessaire ?

 

État des lieux : l'état de grâce, c'est fini


Certains se veulent aveuglément confiants. "Ai-je perdu tout esprit critique ?" s’interroge même un promoteur qui se revendique "irréductiblement UMP". On peut le craindre tant les travaux de décoration ont fait l’effet d’un tsunami sur notre petite République. On nous promettait un architecte à l’œuvre ; nous eûmes Attila qui pratiqua une politique de la terre brulée, avec le goût si raffiné de Valérie Damido. Rien de surprenant à ce que la demeure soit actuellement cotée bien en-dessous du marché… État des lieux.


La visite s’ouvre sur un patio superbe, qui rappelle les débuts, l’état de grâce. À l’époque, par cette porte dérobée, sur la droite, se trouvait le passage conduisant vers les cuisines du restaurateurFouquet's, remercié depuis parce que cela jasait au-delà du thuyas, dans la rue. D’ailleurs, c’est tout le personnel de maison qui a connu des va-et-vient impromptus : Fillon I, Fillon II, Fillon III ; sans compter les mini-remaniements, dus au personnel devenu dérangeant comme la petiteMichèle.

 

D’aucuns se sont dit que c’était sans doute le majordome qu’il fallût changer. Mais le locataire n’en démordit pas. Il avait, il faut dire, fait du choix de son petit personnel un véritable enjeu de cour. Débauchant à sa gauche, détroussant le centre et déboussolant sa droite, il avait imaginé une petite équipe au garde-à-vous, qui lui jurerait allégeance, affidés qu’ils étaient tous, jusqu’à renier leurs valeurs.

 

François Fillon lors des vœux du président de la République aux parlementaires, Palais de l'Élysée, Paris, le 11 janvier 2012 (CHAMUSSY/SIPA)

François Fillon lors des vœux du président de la République aux parlementaires, Palais de l'Élysée, Paris, le 11 janvier 2012 (CHAMUSSY/SIPA)

 

Mais revenons-en au patio. Sur les murs trônent encore les unes et les éditos élogieux qui foisonnaient. Il n’en figure qu’une maigre partie ici, tant les dithyrambes ne cessèrent de s’enchaîner des semaines durant. Même les plus railleurs, qui accusèrent leurs homologues de servir la soupe présidentielle en monopolisant l’espace médiatique autour d’un seul personne, se mordirent la queue en ornant leur une du nouveau locataire, semaine après semaine. Une sorte de fascination.


En avançant un peu plus loin, vous découvrez la pièce principale de cette construction bourgeoise, un rien baroque par son côté m’as-tu-vu et sa pendule Rolex qui trône majestueusement à côté de la bibliothèque verte (tous les exemplaires de la Pléiade, si ennuyeux et inutiles quand on veut travailler véritablement, ont été classés sans suite au grenier ; ne restent que cet exemplaire deZadig & Voltaire et un disque de Renaud "Tous coupables... sauf Carlos Ghosn ?"). C’est dans cette pièce que le locataire y a rangé ses plus beaux trophées : la réforme des universités, celle des droits de succession, celle de la Constitution

 

Du bouclier fiscal aux redoutables molosses : besoin de protection

 

En revanche, au-dessus de la cheminée, la chose déglinguée que vous voyez là était un bouclier, le bouclier fiscal. Branlant comme pas un depuis son érection sur le mur, il finit par tomber comme on le pressentait un beau matin. Car c’est peu de dire que le séjour ressemble parfois à un véritable champ de ruine : la table dite du "travailler plus pour gagner plus", pierre d’angle de la nouvelle décoration, fut annoncée avant même l’emménagement. Notre nouveau locataire fit feu de tout bois pour l’imposer. Las, elle coûta bien plus qu’elle ne rapporta. Il n’en reste à présent que quelques copeaux qui raviveront la cheminée dès les premières lueurs de l’automne.

 

La porte-fenêtre donne une belle vue, malheureusement gâchée aujourd’hui par les écuries d’Augias, anciennement baptisées Bercy. Le nettoyage se fit attendre. En vain : il se fait attendre. Et se fera attendre. Pire, la dette devient abyssale. Attenantes à la maison principale, les écuriesmenacent les fondations. L’édifice est à surveiller de près.


Dans la cour, l’on voit aussi une cage où deux molosses, muselière rangée, s’acharnent sur deux os presque entièrement déchiquetés. Un long filet de salive perle sur leur collier où l’on parvient encore à lire Fredo et Nado. Pavlov est le nom du maître chien. Deux mâtins redoutés et redoutables, qui sauteraient sur quiconque ne serait pas de la maison et oserait salir ne serait-ce que le tapis de l’entrée.

 

Frédéric Lefebvre et Dominique Paillé, alors porte-parole de l'UMP, lors d'une de leurs conférences de presse hebdomadaires, le 19 juillet 2010 (F.DUPUY/SIPA)/1007191544

Frédéric Lefebvre et Dominique Paillé, alors porte-parole de l'UMP, lors d'une de leurs conférences de presse hebdomadaires, le 19 juillet 2010 (F.DUPUY/SIPA)


À l’étage, les chambres… Enfin moins une. En effet, la première chambre nuptiale fut très vite condamnée. Les fenêtres étaient restées grandes ouvertes et un vent venu d'outre-Atlantique y fit des ravages.


La seconde est beaucoup plus harmonieuse. Complètement insonorisée. On eut juré que le locataire y avait élu villégiature sur l’aile gauche de la résidence avant de constater, sans le moindre doute possible, qu’elle se plaçait parfaitement à droite.

 

La chambre d’ami, elle, a vu de nombreux visiteurs. Certains reviennent avec assiduité comme Brice ou, la pièce rapportée du trottoir d’en face, le petit Eric (n’allez tout de même pas dire qu’il travaillait sur le trottoir !), ou encore Claude, qui se fait de plus en plus présent au domaine. En revanche, d’anciens locataires, pourtant favoris, n’y ont plus accès comme le grand Eric, banni pour Banier.

 

Salle de jeu et cave, les pièces qui ont abîmé l'Élysée


La salle de jeu est fermée à double tour. Trop bruyante. Trop turbulente. Trop dangereuse ? Les enfants de la Droite populaire s’y époumonent. Le petit Luca griffonne sur son affiche Banania avec un masque de cochon, le petit Mariani joue avec sa Barbie Jeanne D’arc, le petit Mothron s’amuse à faire exploser des boules puantes, tandis que le moins jeune Vanneste découpe frénétiquementdes drapeaux arc-en-ciel en hurlant "aberration anthropologique"… Mais, à part cela, les promoteurs les plus zélés ne peuvent plus supporter le soupçon d’alliance que la droite ferait avec l’extrême-droite.


Enfin, la porte du bureau attenant s’ouvre et une vidéo-surveillance vous observe. Une affiche du roman d’Orwell "1984" y tient une place inratable, même à l’œil attentif. Big brother is watching youbrille à la force d’une encore rouge. C’est la pièce des petits pour leurs devoirs. Un crucifix rappelle à l’étourdi que l’instituteur ne remplacera jamais le pasteur ou le curé. Pensée qui vous amènera naturellement à regarder par la fenêtre pour admirer la noblesse du jardin.


Scrutant le spectacle, vous apercevrez au-delà des feuillages et des arbustes si parfaitement taillés, une splendide chapelle. Jamais assez remplie et honorée pour notre hôte. De Latran àRyad, en passant par la béatification de Jean-Paul II, elle se remplit à chaque occasion avec ferveur laissant parfois un couloir communiquant avec la propriété principale, ce que les anciens locataires s’étaient pourtant toujours refusé à faire.

 

Il faut dire que notre résident a besoin d’espace depuis que sa cave est occupée. Cinq fois par jour. Et tous les vendredis à l’en croire. Il l’a même désignée comme la cause de tous ses problèmes d’installation, de tous les défauts de fabrication de la maison et de toutes les incuries dont il était pourtant le seul responsable. À force d’y raviver la braise, il risque à terme d’y mettre complètement le feu. La vague Marine s’imposera alors comme le seul recours. Et le déluge après un incendie a toujours représenté un risque pour les fondations…

 

Marine Le Pen, candidate du Front national à la présidentielle 2012, lors d'un meeting, Nanterre, le 12 janvier 2012 (J.BRINON/SIPA)

Marine Le Pen, candidate du Front national à la présidentielle 2012, lors d'un meeting, Nanterre, le 12 janvier 2012 (J.BRINON/SIPA)


Alors, bien évidemment, la demeure fait envie. Terriblement envie. Mais les copropriétaires, plus de 44 millions, sont amenés à se réunir d’ici quelques mois pour savoir s’il faut renouveler le bail. On l’a vu, les agents du locataire en place n’en finissent plus de peaufiner leurs plus beaux arguments et, n’en doutons pas, en y ajoutant une sincérité somme toute parfaitement authentique.

 

Mais la demeure, dont les fondations ne remontent pas à Clovis, n’en déplaise à notre hôte, mais à nos révolutionnaires, est fragile. Aménager n’est pas dynamiter. Il en va de la nature même des lieux. Et il est une chose dont on peut être sûr : dans trois mois, le prochain locataire aura dans ses mains les clefs d’une maison non pas changée, mais bel et bien abîmée.

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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