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23 septembre 2013 1 23 /09 /septembre /2013 10:40

« Il faut savoir finir la guerre de Cent Ans » : c’est avec cette référence hautement historique que François Bayrou entrevoit l’avenir de son mouvement. Pas celui du MoDem. Celui du Centre. Et la nuance est de taille.

Le MoDem n’aura donc survécu qu’un peu plus d’un lustre. Car il ne fait aucun doute qu’une fois absorbé dans la force centripète de l’UDI, un nouveau parti renaîtra de ses cendres, tel un Sphinx qui vérifiera définitivement l’adage pourtant sarcastique de François Mitterrand : « le centre est ni de gauche, ni de gauche ».

François Bayrou a beau multiplier les déclarations, la joie de ressuciter « LE » centre, de mails aux adhérents pour les rassurer au son du « non, je n’ai pas changé d’une ligne » en réponse à Borloo quand il choisit parfaitement sa formule en déclarant qu’il est entré dans « l’opposition », en faisant chuter cette épithète « constructive » qui faisait toute sa singularité, il ne fera croire à personne que la perspective d’un rapprochement, ou d’une union entre le MoDem et l’UDI ne résonne pas comme l’aveu d’un échec. SON échec.

En 2007, alors porté par un mouvement populaire qui recueillit presque 7 millions de voix lors de la présidentielle 2007, le Béarnais avait alors toutes les cartes en main. C’est lui qui impose un débat dans l’entre deux tours avec Ségolène Royal, dérogeant avec la tradition de la Cinquième qui ne voit qu’un débat entre les deux finalistes. C’est lui qui est courtisé par la même candidate du Poitou, jusqu’au bas de son appartement parisien pour tenter d’empêcher la victoire annoncée de Nicolas Sarkozy.

C’est surtout lui qui crée le Mouvement démocrate qui avait alors l’ambition de casser l’étiage droite gauche pour imposer une nouvelle vision de la politique, qui ne se plaçait plus au service des partis mais au service des Français. Une force idéologique qui comprenait, enfin, qu’une loi n’a pas à être votée parce qu’elle est de droite ou de gauche, mais parce qu’elle est utile au citoyen.

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Ce mouvement est véritablement né un été indien, en ce mois de Septembre 2007 à Seignosse, lors des Université d’Eté qui réunirent 2000 personnes de tous horizons de centre droit, mais aussi de gauche. Plus généralement, de nombreux citoyens étaient alors réunis pour construire quelque chose quand beaucoup d’entre eux n’avaient jamais franchi le cap de l’engagement.

Que reste-t-il aujourd’hui de ces promesses si ce n’est un tas de fumier que l’on tente de dissimuler dans un joli paquet cadeau pour faire bonne figure ?

Il serait injuste de prétendre que l’escroquerie du MoDem se résume à un seul homme, car la sentence ferait l’économie de remises en question et des erreurs, qui, au-delà des décisions parisiennes, ont été faites.

Mais elle est née d’une stratégie entièrement tournée envers l’ambition et la trajectoire d’un homme, qui a fait du destin présidentiel, son destin. Sacrifiant toutes les élections intermédiaires qui auraient pourtant permis de faire émerger les nouveaux cadres du mouvement, et, techniquement parlant, de fonder le maillage local indispensable pour former les armées pour le combat électoral, le Bureau politique du MoDem parisien s’est évertué à foncer droit dans le mur, en continuant d’imposer une communication verticale : Bayrou et son cercle décident, et le mouvement suivra.

En Conseil national, les décisions étaient déjà parties à l’impression alors que la journée de « débat » s’ouvrait. A l’issue d’une distribution des paroles savamment pensée, les motions encore fumantes étaient soumises au vote de confiance, à la main levée.

Mais au-delà de l’échec de l’organisation d’un mouvement qui voulait faire de la politique autrement en dupliquant ce qui se faisait déjà à l’époque de l’UDF, le courage aura manqué et chaque ambition promise en 2007 s’est vue cocufiée avec un déterminisme acharné. Comment vouloir proposer une autre politique et une autre éthique, avec un véritable Parlement reprenant tous ses pouvoirs, quand on s’évertue à s’inscrire dans le système castrateur de la présidentielle telle qu’elle est instituée dans la  Cinquième République ?

François Bayrou a échoué là où Marine Le Pen a construit le fruit de son succès : le Béarnais voulait casser la lecture droite/gauche, cette hydre à deux têtes qui puise sa force dans une bipolarisation abêtissante, mais il n’a eu de cesse de revenir à la sémantique du « Centre », se plaçant de facto entre la droite et la gauche, ce qui revient à les conforter dans leur existence. Le Front national a non seulement mis dos à dos l’UMP et le PS avec son terrible mot valise « UMPS » mais il a fait bien davantage en imposant dans l’opinion publique que la véritable fracture politique réside sur la position européenne et sur la notion de frontière. Et dans cette grille de lecture, Bayrou est ringardisé, placé dans le même placard que les autres, dans un jeu de massacre dans lequel la République française finira par y perdre son âme.

L’union nationale doit s’incliner face à la division et l’ostracisme. Quel effroi ! Mais comment en serait-il autrement quand celui qui appelle de tous ses vœux à l’union nationale ne la conçoit que s’il en est le centre ?

Alors François Bayrou pourra toujours fêter ce week-end à Guidel la résurrection du Centre. Et se partager les postes à venir. Parmi les invités, certains porteront, seuls et en silence, le deuil d’un espoir désenchanté.

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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