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16 septembre 2010 4 16 /09 /septembre /2010 20:04

Suite du débat : Quick joue-t-il le jeu du communautarisme et l’enseigne est-elle crédible quand elle prétend ne pas céder à la discrimination ?

A l’heure où les débats sur la burqa ont fait couler beaucoup d’encre, débats qui ont abouti, on le sait, à une loi qui en interdit le port, votée depuis mardi dernier par l’assemblée, la question du communautarisme est clairement posée concernant l’initiative de Quick d’imposer le halal dans 22 de ses restaurants. Surtout que lors de la période d’essai portée sur 8 restaurants, aucune offre ne venait compléter la moindre alternative : c’était du halal ou rien d’autre (les commentaires rassurants disant que seuls les sandwichs à base de viande étaient concernés sont d’une hypocrisie grotesque sachant que la viande représente principale vente de la restauration rapide, et que la polémique ne risque pas de porter sur des frites, les sodas ou des glaces version halal…). Finalement, Quick a décidé de concevoir un sandwich non halal pour ceux qui ne voudraient pas en consommer… mais un sandwich déjà préparé et qu’il suffira de réchauffer sur place. S’il n’est pas prévu de diversifier l’offre dans ces restaurants proposant de la viande halal, c’est tout simplement pour des raisons budgétaires comme le rappelle Jacques Edouard Charret :

 

 

Etonnamment, ce compromis très en défaveur de ceux qui ne consomment pas halal semble satisfaire tout le monde, à commencer par la presse et le maire de Roubaix qui, rassuré de voir une offre diversifiée, a décidé de retirer sa plainte :

 

 

Oui mais voilà : ce qu’annonce le journaliste en présentation est erroné et le fruit d’une mauvaise interprétation : « le Burger au bacon va donc bel et bien partager l’affiche avec celui à la Dinde fumée » Faux. Seul un sandwich sera présenté et il ne sera pas concocté en cuisine pour les raisons invoquées par Charret (nécessité d’une double-cuisine trop ruineuse en coût). Il est donc surprenant de voir le maire PS de Roubaix retirer sa plainte au nom de la « variété » de ce qui est proposé, car un sandwich, qui plus est produit en amont, ne fait pas le poids face à l’offre halal qui se déclinera à toutes les sauces. Où se situe alors la variété pour celui qui ne souhaite pas consommer halal, c’est-à-dire celui qui ne veut pas contribuer financièrement au culte musulman, même en partie infime ? Vandierendonck a-t-il voulu enterrer l’affaire sous l’influence d’un PS qui était bien gêné lorsque le maire PS avait décidé d’en référer à la justice, surtout que sa plainte surgit en plein milieu des Régionales ? D’autant plus dans un contexte où la gauche ne peut se passer d’un certain électorat très sensible à la question religieuse, surtout la question musulmane, qu’elle soit intégriste, ou modérée ? C’est une hypothèse que l’on ne peut écarter.

Toujours est-il que l’annonce de l’arrivée d’un hamburger « de la diversité » a semble-t-il rassuré tout le monde, chacun ayant l’impression de pouvoir choisir :

   

 

Pourtant, il faudrait rectifier : tout le monde ne peut pas choisir ce qu’il mange mais peut manger… à la mode halal ! Car quid de celui qui voudra un sandwich au bacon ? Quid du juif pratiquant qui voudra manger cacher et qui ne mélange pas le lacté et le carné, comme le proposent toutes les sauces n’ayant pas pour base la moutarde et le ketchup et n’ayant pas de fromage ? Qui du végétarien ? Quid du végétalien ? Quid de l’allergique au gluten ? Tout le monde peut-il véritablement manger halal ? Evidemment non : Quick invite donc bien à ce que tout le monde mange comme un musulman. Nuance. Il n’y a finalement pas de choix comme le croient les consommateurs naïvement. La démarche est donc assurément communautariste. Pourtant, Quick tente d’embrumer tout le monde en revenant à son slogan favori : « Nous, c’est le goût »… et défie quiconque à sentir une différence entre une viande qui est halal et celle qui ne l’est pas. Opération gustative réussie :

 

 

Le problème, encore une fois, n’est évidemment pas le goût mais bien la certification halal qui impose un abattage de la bête que l’on peut déplorer, et surtout qui est facturée d’un montant reversé au culte musulman. L’on est en droit de ne pas vouloir financer une religion quand on mange un sandwich dans un fast-food.

Mais Charret persiste et signe et se défend d’entreprendre une démarche communautariste. A l’entendre, l’offre est faite pour que tout le monde puisse, sans contrainte alimentaire, se retrouver autour d’une table. Et le client n’y voit que du feu :

   

 

Pourtant, comme nous l’avons vu, ce n’est pas le cas. Le contraire risque même d’arriver : il y aura le Quick des Musulmans, et celui de ceux qui ne le sont pas. Indéniablement, Quick fait tout pour apaiser le climat social et sa démarche n’est en rien communautariste. Chansons, comme le disait Madame Jourdain. La confusion est telle que certains expriment une ignorance pour le moins confondante, qui montre que la stratégie et la rhétorique des dirigeants de Quick fonctionnent à merveille, et que certains intégristes pourraient profiter de l’opération pour tester la naïveté, le manque de résistance voire l’absence d’hermétisme à certaines de leurs idées : poudre aux yeux quand tu nous tiens…

 

 

A la vérité, cette hallali-sation des Quick est bien plus pernicieuse que l’on ne voudrait bien le croire. Quick se moque de plonger dans le communautarisme pourvu que l’affaire rapporte de l’argent. D’ailleurs, le patron de Quick France ne s’en cache pas :

  

 

Gagner de l’argent quitte à faire du communautarisme, ou de l’éternelle application de « la fin justifie les moyens ». Les initiateurs de ce concept ne veulent pas voir le danger de cette démarche, ou plutôt ils ne veulent pas en porter la responsabilité au nom de la libre concurrence… Pourtant, le dispositif est tout sauf inoffensif car, indirectement, il permet une redéfinition du concept de laïcité telle que certains visions intégristes voudraient l’entendre, comme l’explique parfaitement Caroline Fourest dans Frère Tariq, au sujet de Tariq Ramadan : « Ramadan a redéfini le mot laïcité comme un cadre garantissant la liberté de culte et non une séparation entre le religieux et le politique. » Plutôt que de parler d’islamisation des esprits comme le répètent à tort et à travers et de manière si peu nuancée certains extrémistes, nationalistes cette fois-ci, dénonçons tout de même la part grandissante du religieux dans les affaires publiques alors même qu’il devait se résoudre à n’évoluer que dans la sphère privée depuis 1905.

En tant que citoyens, et en dehors de tout débat portant sur le respect de la laïcité par la Caisse des dépôts et Consignations, nous sommes en droit de nous inquiéter quand des groupes religieux profitent de l’avidité de certains commerciaux, faille de notre système républicain, pour mieux asseoir le communautarisme et ainsi ouvrir la boîte de Pandore, la voie sacrée du prosélytisme. Car dire et répéter que c’est bon de manger halal et que ç’est bon pour tout le monde, quelle que soit sa croyance, c’est faire acte de prosélytisme, surtout quand on sait que Quick reversera une taxe au culte musulman.

Alors, en effet, Jacques Edouard Charret a raison quand il dit que Quick ne fait pas de discrimination, puisque, affirme-t-il « nous n’empêchons personne de venir dans notre restaurant ». Mais il tente un tour de force : celui de convertir le citoyen français, quel que soit ses convictions au halal. N’importe quel intégriste en rêvait. Quick l’a fait pour eux. De l’art du cynisme selon Quick : quelle irresponsabilité pourvu que cela tombe, en écus sonnants et trébuchants ! Il est donc urgent de dénoncer et de dire un mot, un seul : STOP. Cent fois STOP.

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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