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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 23:01

Pour une opération marketing, c’est une réussite. Le Quick halal, depuis ses débuts le 30 novembre 2009, jusqu’à sa pérennisation le 31 août de cette année avec pas moins de 22 restaurants sur les 358 que compte la chaîne, déchaîne les passions. Le dirigeant de l’enseigne ne s’en cache pas : Quick n’a pas de vocation philanthropique. L’opération fait scandale, mais surtout elle fait vendre : il faut dire que le marché halal porterait en France sur un budget d’environ 5,5 milliards d’euros avec une croissance à deux chiffres de près de 15%... Cela vaut bien une polémique.

 

Il n’empêche, l’affaire a pris une ampleur importante. Outre la plainte déposée puis retirée par le maire PS de Roubaix, René Vandierendonck, Marine Le Pen est montée au créneau, plus vite que tout le monde pour dénoncer la démarche de Quick. Car l’initiative de ce géant de la restauration rapide n’est pas banale : il ne se contente pas de proposer des produits halal à ses clients, mais ne propose que du halal pour ses produits carnés. Sans aucune possibilité de choisir… au moins jusqu’à l’automne 2010. D’où cette légitime question : Est-il acceptable qu’une enseigne participe au communautarisme dénoncé par certains politiques et autres observateurs, en ne proposant qu’une viande halal à ses clients ?

QUickCommençons tout d’abord par appréhender la limite de ce débat : s’agit-il d’une question politique qui engage la République ou bien alors une simple question sociétale ? En d’autres termes, y-a-il un conflit éthique entre la loi républicaine et laïque et cette décision d’uniformiser le halal dans certains points de vente. A priori, l’on serait tenté de penser que ce débat ne pose pas le problème  de la laïcité. En effet, contrairement à certains établissements scolaires, qui lassés des polémiques, et certainement aussi par faiblesse, ont fait le choix sidérant de ne proposer que de la viande halal, alors que l’école est exclusivement laïque, et que ce territoire de l’état n’est pas censé déroger aux principes de 1905 qui sépare le religieux de l’état, les restaurants Quick sont une chaîne privée et n’ont pas à se soumettre aux mêmes obligations. D’ailleurs, le Directeur de Quick France s’est réjoui dans sa conférence de presse du 31 août de la décision de Justice rendue à Lille pour l’affaire roubaisienne, qui par la voix du procureur, précise que Quick ne fait que répondre à une demande du consommateur, tout comme l'ont bien compris des concurrents directs (en l’occurrence de petites chaînes de hamburgers et surtout de kebabs) qui proposent une offre similaire sur les trottoirs d’en face. Le problème, c’est que la Justice, et certains commentateurs ont occulté un détail, et non des moindres : l’actionnaire majoritaire (à 95% !) de la société Quick n’est autre que la Caisse des dépôts et des Consignations, depuis qu’elle fut cédée par la CNP d'Albert Frère en 2007 suite à l'OPA amicale de CDC Capital Investissement, une filiale de la Caisse. Est-il nécessaire de rappeler que la Caisse des dépôts et consignations est une institution financière publique, placée sous le contrôle direct du Parlement, qui exerce des activités d'intérêt général pour le compte de l'État et des collectivités territoriales ? N’a-t-elle pas le devoir, concernant ses intérêts, de veiller à ce que le droit français s’applique, notamment concernant la séparation stricte du religieux et de l’état ? Eric Zemmour en fit un procès éclairant et pertinent sur RTL :

 

 

Que l’actionnaire majoritaire de Quick cautionne la vente exclusive dans certains points de vente (même partielle d’ailleurs) de produits qui font l’objet d’une taxation finançant le culte musulman pose un grave problème quand celui-ci est public et du domaine de l’état ! L’état n’a pas à financer de manière directe ou indirecte les cultes religieux ! Ce que semble franchement oublier le directeur de Quick France lors de sa conférence de presse du 31 août, ne considérant que l’aspect pécuniaire de la démarche sans aucunement se poser la question qui fâche, de la CDC et du respect de la séparation de l’église et de l’Etat :

 

 

 

Comme d’habitude, dès qu’il s’agit d’islam, on traite la chose religieuse d’une manière différente de s’il s’était agi de la religion juive ou catholique, au nom d’un tiers-mondisme obscur et embrouillé. Car soyons clair : la démarche consistant à ne proposer que de la nourriture cacher aux clients aurait été tout aussi scandaleuse. Ainsi, sous le fallacieux prétexte de l’islamophobie, on tente de nier la loi de 1905 en dénonçant une polémique stérile :

 

 

 

Même les journalistes s’y mettent, craignant d’emboîter le pas à Marine Le Pen, comme Jérôme Pasquier, journaliste à StrasTV (chaîne strasbourgeoise), dont le commentaire off est pour le moins partial, et relève de l’ignorance la plus totale de l’affaire et de ses enjeux avec la laïcité :

 

 

 

Marine Le Pen montre une fois de plus sa dangerosité tant son habilité est manifeste sur l'affaire : du pain béni contre la vague halal, elle aiguise ses couteaux... de quoi se mettre en appetit. Elle commande même un dessert, en se posant même comme la seule garante de la loi républicaine face à la loi du marché… L'ultime rempart contre la mondialisation. Estomaquant. Les altermondialistes et autres tiers-mondistes ont qtout intérêt à se montrer plus clairvoyants, car la laisser seule là-dessus est certainement ce qu’il y a de plus dangereux et de plus redoutable…

 

 

 

Mais on préfère, faute d’arguments, la contrer bêtement. Car c’est bien de bêtise que fait preuve Claude Askolovich ce jour-là, omettant plutôt d’attaquer de manière pertinente sur le mensonge de la probable future présidente du FN (« une majorité » de grandes surfaces ne vendent pas de la viande halal sans en avertir le client, Madame Le Pen, tout juste existe-t-il quelques enseignes, qui ne respectent pas le contrat de sincérité avec le client) et préférant en venir à une question, totalement hors-sujet pour le coup, celle du goût :

 

 

 

La polémique du Quick halal se résumerait-elle à une histoire de goût ? C'est bien ce que l'on tente de nous faire croire, comme nous le verrons demain dans la suite du débat : Quick joue-t-il le jeu du communautarisme et l’enseigne est-elle crédible quand elle prétend ne pas céder à la discrimination ?

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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