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29 novembre 2011 2 29 /11 /novembre /2011 19:33

Il y en a pour qui ce n’est pas une surprise. Mais il y en d’autres qui avaient espéré mieux, sans doute sous la forme d’une annonce à l’issue d’une émission crochet comme "Masterchef" pour faire son annonce présidentielle. Quoi qu’il en soit, c’est chose faite : Hervé Morin s’est officiellement déclaré candidat à l’élection présidentielle.

 

Hervé Morin à Belleville-sur-Mer le 27 novembre 2011 pour l'annonce de sa candidature (K. TRIBOUILLARD/AFP)

 Hervé Morin à Belleville-sur-Mer le 27 novembre 2011 pour l'annonce de sa candidature (K. TRIBOUILLARD/AFP)

 

Un de plus. Qui s’ajoute aux candidatures qui ont été confirmées et à celles qui sont probables : Nicolas Sarkozy, Philippe Poutou, Nathalie Artaud, Corinne Lepage, François Hollande, Marine Le Pen, Jean-Pierre Chevènement, Eva Joly et François Bayou. Sans compter les candidatures fantaisistes qui tentent de se faire un nom ou pire encore de donner des coups de boutoirs ostentatoires à notre laïcité que certains voudraient ouverte à défaut d’être vacillante.

 

De nombreux candidats, comme en 2002 ?

 

Seront-ils aussi nombreux à briguer le poste suprême au 22 avril 2012 ? Certainement pas. Entre ceux qui sont lâchés en rase campagne par leur parti, ceux qui peineront à récolter les 500 parrainages (et Marine Le Pen ment quand elle prétend qu’elle fait partie de ceux-là), ceux qui négocieront un maroquin et ceux qui se décourageront faute de soutiens, il risque d’y avoir quelques pertes et il y a fort à parier (et à souhaiter !) que l’on atteindra pas le chiffre mirobolant de 2002 qui avait vu s’affronter seize candidats.

 

D’où cette question : la candidature d’Hervé Morin résistera-t-elle mieux qu’une autre à cet écrémage ?

 

Pour en débattre, il convient de l’analyser selon les trois critères qui participent activement à la réussite d’un candidat : sa propension à être soutenu et à rassembler, une ligne politique claire et singulière, et un programme proposant des idées neuves ou pour le moins qui chantent à l’oreille des Français.

 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la candidature d’Hervé Morin n’est pas le fruit d’un rassemblement sans équivoque autour de sa personne. S’opposant à Jean-Louis Borloo pour incarner une certaine idée du Centre (et nous reviendrons plus loin sur ce qu’il en retourne concrètement), il a vu sa voie se libérer dès lors que l’ancien maire de Valenciennes prit son petit monde à contrepied en annonçant qu’il jetait l’éponge. Aujourd’hui, Hervé Morin peut tout de mêmerevendiquer 17 parlementaires soutenant son initiative. C’est peu pour un parti comptant 23 députés à l’Assemblée Nationale, 3 à Strasbourg et 12 sénateurs.

 

Une faible marge de manoeuvre

 

Le moins que l’on puisse dire c’est que le président du Nouveau Centre ne fait pas véritablement recette y compris au sein de sa famille politique. Ce qui laisse présager le pire, à en croire Emmanuel Rivière, le directeur du département stratégie d'opinions TNS-Sofres, qui tente d’analyser la marge de progression possible dans les intentions de vote :

 

"Et bien on peut rester là. On a vu des candidatures portées avec parfois plus d'évidence que le Nouveau Centre porte aujourd'hui Hervé Morin rester à 1%. C'était le cas de Dominique Voynet en 2007. Le risque c'est d'être de moins en moins soutenu. Pour percer il faut créer un évènement. Et surtout il faudra faire campagne avec dans son dos un soutien très mitigé voire une absence de soutien."

 

Un manque de soutien donc qui annonce des lendemains qui déchantent. D’autant que pour réunir au-delà de sa famille politique encore dût-il proposer une "troisième voie" comme il l’annonça dimanche dernier, non sans plagier la campagne d’un certain François Bayrou en 2007 qu’il… anima à ses côtés… Mais quel crédit apporter à cette promesse quand on sait dans quel prisme s’inscrit la candidature d’Hervé Morin : le Nouveau Centre ne peut s’allier qu’avec la Droite et ne pourra choisir au deuxième tour que Nicolas Sarkozy.

 

En quoi est-ce ici l’expression d’une troisième voie ?

 

Où se trouve la singularité, quand on retrouve, dans cette vision, le centre hémiplégique qui a sévi à compter des années VGE et ce jusqu’à la rupture du Congrès de Lyon de 2006, qui marqua, par la grâce de François Bayrou, le retour à un Centre étymologique, à savoir un Centre indépendant ? Et même si Hervé Morin a tenu à marteler ses distances avec le chef de l’Etat, qui peut oublier qu’il a été son ministre de la Défense pendant plus de la moitié de son quinquennat ? Cela ne suffit-il pas à dire qu’il partage tout ou partie de ces valeurs dont les Français ne veulent plus ?

 

En prônant un centre inféodé à la droite, comme cela fut la sinistre tradition pendant plus de trente ans, Hervé Morin ne propose aucune ligne politique cohérente et sincère s’il la présente comme novatrice et différente de celle du pouvoir actuel. Au mieux il se méprend, victime du crétinisme bipartite, au pire, il prend les électeurs pour des andouilles. Avec Morin, ce n’est plus la France qui conserve son triple A, c’est la France AAAAA.

 

Et la mascarade est encore plus belle avec le programme qu’il décline en douze points, inopportunément dénommées "idées neuves". Passage aux 37 heures, moins de vacances pour les élèves (et pour les professeurs cela va sans dire…), exonération de 100% des charges sociales aux entreprises pendant un an si elles embauchent des jeunes pour au moins un an. Voilà qui va assurément séduire au-delà de la droite.

 

Mais le pompon reste tout de même la troisième idée neuve, sobrement intitulée "interdire le cumul des mandats et des fonctions", qu’il convient de citer dans son intégralité :

 

"Les conflits d’intérêt et les délits politico-financiers minent notre démocratie. Parce que les élus doivent être les premiers à donner l’exemple, la morale et l’honnêteté imposent l’inéligibilité à vie des élus condamnés pour corruption."

 

Et l’idée de se poursuivre :

 

"Les Français n’acceptent plus le cumul des mandats qui confisque le pouvoir entre les mains de quelques-uns alors qu’une démocratie moderne doit plus que jamais reposer sur le renouvellement de ses élus et leur rajeunissement. Interdire le cumul des mandats et des fonctions, c’est aussi indispensable pour enfin atteindre la parité et faire entrer la diversité en politique."

 

Mais de qui se moque-t-on ? Monsieur Morin qui continue d’avoir une vision hémiplégique du monde politique qui se complait dans une alternative stérile et qui refuse la proportionnelle sous le fallacieux prétexte de barrer la route au Front National, (ce qui n'empêcha pas ce dernier de battre la droite aux dernières cantonales comme un avertissement aux futures législatives…) vient faire des leçons de morales sur le conduite des hommes politiques ?

 

Lui qui a financé son parti par une fusion artificielle avec un parti tahitien afin de contourner la loi de financement des partis politiques ? Lui qui a profité de cette règle injuste au point d’avoir un groupe parlementaire à l’Assemblée en rassemblant seulement 2% des voix aux législatives ? Lui qui pour s’assurer de la réussite maximale aux dernières législatives s’adonne au népotisme le plus ostentatoire avec un cynisme propre à vous dégouter de la politique ?

 


 

Lui qui ment en prétendant n’avoir jamais rencontré les officiels des Emirats Arabes Unis ce qui fait planer un sérieux doute sur le conflit d’intérêt qui semble le concerner à propos de la vente d’un de ses purs sangs ? Lui qui, en pleine affaire Karachi, en profita pour assommer son ancien compagnon de route de manière assez sournoise ?

 

Hervé Morin n’est assurément pas le candidat du Centre

 

Il n’est qu’un Tartuffe chez les faux-centristes. Qui propose donc sa candidature. Une candidature à l'élection présidentielle. Sans réel programme. Et qui postule à un portefeuille. Et à des circonscriptions. Une mode écolo en ce moment. Mais surtout, lui surtout qui fait campagne… pour la victoire de Nicolas Sarkozy, on l’aura bien compris.  Et la question de savoir s’il maintiendra ou non sa candidature résultera de la position de son favori face à la probabilité d’un 21 avril à l’envers.

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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