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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 08:50

Depuis maintenant une quinzaine de jours, les sondages se suivent et se ressemblent.Après avoir rejoint François Bayrou (et Marine Le Pen par la même occasion) au seuil de 12/13 % des intentions de vote au premier tour, Jean-Luc Mélenchon semble petit à petit s’imposer comme le troisième homme de cette élection présidentielle, autour de 14 à 15%. Un score qui aura doubléen deux mois seulement. L’élan dont bénéficie le leader du Front de gauche ne doit rien au hasard.

 

Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, à Marseille, le 15 mars 2012. (Claude Paris/SIPA)

Jean-Luc Mélenchon et Pierre Laurent, à Marseille, le 15 mars 2012. (Claude Paris/SIPA)

 

Les raisons du succès Mélenchon

 

Pour commencer, Jean-Luc Mélenchon a pu compter sur la lassitude du système bipartite que l’on sert à la France et que les médias perdurent à vouloir inlassablement instrumentaliser. Une posture que Bayrou, Mélenchon et Marine Le Pen partagent à trois en 2012, quand ils n’étaient que deux en 2007. Et la proximité de cette posture avec le candidat du MoDem est d’autant plus troublante que l’élan dont semble bénéficier Jean-Luc Mélenchon semble de la même force que celui qui anima la campagne du Béarnais en 2007, et qui lui fit atteindre le score de 18,57 % au premier tour.

 

François Bayrou souhaite, dans ce qu’il appelle un discours de vérité, miser sur une réduction des dépenses publiques, quand Mélenchon surfe sur la vague initiée par Montebourg avec son concept de "démondialisation" et de VIème République. Au-delà de leur divergence de programme, il est intéressant de s’attarder sur ce qui fait que l’un bénéficie d’un élan qui manque à l’autre.

 

D’une part, Jean-Luc Mélenchon réussit une très bonne campagne. Et ce n’est pas rien, car cela n’est pas toujours un gage de réussite. Surtout quand on voit que François Hollande n’a pas particulièrement réussi la sienne et que, comme il l’avait fait lors de primaires socialistes, il ne fait que gérer au mieux son avance. Qui fond pourtant comme neige au soleil.

 

François Hollande, à Boulogne sur Mer, le 27 mars 2012 (CHESNOT/SIPA)

François Hollande, à Boulogne sur Mer, le 27 mars 2012 (CHESNOT/SIPA)

 

Jean-Luc Mélenchon n’a pas ce problème en tête. Il avait reçu l’aval du Parti communiste pour présenter une candidature à gauche du PS, alors que l’extrême gauche avait été submergée en 2007 par le tsunami du vote utile. Le Front de gauche n’avait donc rien à perdre. Et le Parti communiste, en apportant sa main d’œuvre militante, a fait le reste.

 

Les meetings du candidat Mélenchon sont actuellement les seuls en France à faire le plein à coup sûr, et ce même si, comme pour les grèves, on fantasme des marées humaines comme à la Bastille où l’on évoqua 120.000 participants, ou à Lille où les participants annoncent 23.000 personnes quand les services de la ville, contacté par mes soins pour cet article, parlent de 18 à 19.000 participants. Mais ne mégotons pas sur ces vétilles qui font partie de la propagande politique : Mélenchon fait un malheur en meeting.

 

L’autre partie du succès tient évidemment à la personnalité même de Jean-Luc Mélenchon. Tribun reconnu, il parle avec force et fureur, hèle ses adversaires, aboie sur Marine Le Pen, avec une force qui fait les grandes campagnes. Avec les journalistes, son agressivité est assurée de distraire le spectateur. C’est assurément un sacré client pour cette bulle médiatique.

 

Enfin, son bras de fer avec Marine Le Pen est également à l’origine de sa chevauchée fantastique. En point d’orgue, le non débat dans "Des paroles et des actes", qui discrédita pour de bon la présidente du FN. L’Histoire retiendra qu’il y a eu trois étapes au naufrage de Marine Le Pen dans cette présidentielle : le livre de Caroline Fourest et Fiammetta Venner, le KO d'Anne-Sophie Lapix, et le travail au corps de Jean-Luc Mélenchon. Et grâce lui soit rendue d’avoir osé démasquer, avec tant de réussite et d’efficacité, la présidente d’un FN qui voulait faire croire que son parti était devenu compatible avec nos valeurs républicaines.

 

Hollande, maître du destin de Mélenchon et Bayrou ?

 

Ces trois ingrédients, qui manquent cruellement pour l’heure au candidat centriste, font pour l’instant pencher la balance vers Mélenchon. Mais l’avenir n’est pas pavé de certitudes, car le plus dur reste à venir. Et le devenir de ces deux candidatures dépend du choix que fera François Hollande.

 

Parce que le score de Mélenchon ne s’explique pas seulement par l’assèchement des voix de l’extrême gauche, mais aussi par l’émiettement des intentions de votes accordées au candidat socialiste depuis quelques semaines.

 

Que fera donc François Hollande à présent ? Considérera-t-il que, quoi qu’il arrive, les voix qui se porteront sur Jean-Luc Mélenchon se reporteront automatiquement sur sa personne, et qu’il faut plutôt attirer les électeurs de François Bayrou ? Ou pensera-t-il au troisième tour de ces présidentielles, et à l’encombrant Front de gauche, couplé avec le Parti communiste qui viendra réclamer sa part du gâteau alors même que les Verts, qui n’auront rien pesé dans le scrutin, ont déjà négocié de haute main la part du lion ? En tournant à gauche toute, ne risque-t-il pas de faire fuir alors le centre gauche vers François Bayrou ?


Le dilemme est cornélien, et ceux qui auraient enterré un peu trop vite le Béarnais en seront sans doute pour leurs frais. La montée de Mélenchon ne serait finalement pas une si mauvaise affaire pour le président du MoDem. Et ce, d’autant plus que le vent qui porte le candidat du Front de gauche est loin d’être uniforme.

 

L'électorat de Mélenchon est trop hétérogène

 

En effet, la candidature de Mélenchon apparaît de plus en plus comme un phénomène de mode. De la même nature que celui qui accompagna Europe Ecologie aux européennes, avec la suite qu’on lui connaît. Un responsable de la mairie de Lille, qui a suivi de près le meeting de Mélenchon dans la capitale des Flandres, me témoignait cette semaine son étonnement de voir que les foules qu’il déplace sont essentiellement des jeunes et des bobos. On est loin de la cible ouvrière que son discours vise "naturellement". Un électorat bigarré, qui serait séduit par la rhétorique de l’homme du moment.

 

Sur les marchés où je tracte, les militants qui distribuent du Front de gauche offrent tous les visages et tous les profils, des jeunes nouveaux militants aux communistes qui sont sur le terrain depuis 30 ou 40 ans… Une drôle d’alchimie qui se dessine aussi quand on parle avec eux.

 

Une première me dit que la gauche doit gagner coûte que coûte et qu’elle votera Hollande au deuxième tour. Une autre m’affirme que "Sarko et Hollande c’est pareil" et promet un vote blanc le 6 mai. Un troisième me confie qu’il aime bien Bayrou, parce qu’il dit la vérité contrairement aux autres… On le voit, l’électorat de Jean-Luc Mélenchon est loin de parler comme un seul homme.

 

Jean-Luc Mélenchon lors d'un meeting en Charente le 2 janvier 2012 (NOSSANT/SIPA)

Jean-Luc Mélenchon lors d'un meeting en Charente le 2 janvier 2012 (NOSSANT/SIPA)

 

Et qu’en sera-t-il alors quand le Parti communiste reprendra ses droits à la fin de la présidentielle, et que les élus communistes réclameront ce qui leur est dû pour les législatives ? Comment tous ces voix, si différentes, presque contradictoires, pourraient s’accorder pour construire une politique cohérente ? Faire gagner la gauche est il un programme suffisant pour une France en crise ? L’étiquette suffit-elle à résoudre à grands coups d’incantation les problèmes des Français ?

 

Comme on le voit, aussi puissant que soit le vent qui porte actuellement Jean-Luc Mélenchon, il n’est pas bien sûr qu’il pourra faire fructifier le beau score que les sondages lui promettent aujourd’hui…

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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