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10 décembre 2011 6 10 /12 /décembre /2011 19:35

Et revoilà la bigote qui radote. Cette série est au Plus ce que "Martine" est à la littérature de jeunesse. Et je vous sais, lecteurs, impatients de savoir ce que recouvre ce nouvel opus. Dei.

 

Christine Boutin présente son programme lors d'une conférence de presse le 5 décembre 2011 (DUPUY FLORENT/SIPA)

Christine Boutin présente son programme lors d'une conférence de presse le 5 décembre 2011 (DUPUY FLORENT/SIPA).

 

Il faut dire que Madame Boutin a tout fait pour que l’on parle d’elle : elle a fait publier son projet pour 2012. Vous n’en avez pas entendu parler ? Je m’en doutais. Et comme Madame Boutin doit pester de se voir ainsi boutée hors du champ médiatique, elle qui apostropha déjà le CSA sur la primaire socialiste qui flouait, selon elle, la pluralité sur les chaines d’informations, magnanime, j’ai décidé de vous conter le programme de cette femme qui se présente pour la deuxième fois à la présidentielle (oui, le terme "seconde" paraitrait suspect, car il ne fait nul doute que Madame Boutin aura du mal à inverser une tendance assez prononcée à en croire les sondages…).

 

Mais Madame Boutin ne s’est pas contentée de décliner ses habituelles homélies pour établir son beau projet. Non. Elle a choisi d’établir une véritable stratégie politique en jouant de la surenchère avec un parti qui, lui, est placé dans le trio de tête depuis déjà plus de 6 mois : le Front national.

 

Il faut dire que cette tentative a une certaine logique. Contrairement à Nicolas Sarkozy qui siphonna l’électorat à grand coups d’immigration et d’insécurité, Christine Boutin possède un point commun avec le FN historique et non des moindres : l’électorat tradi de la branche ultra des catholiques.

 

Un programme qui fera la joie des ultra-catholiques

 

Longtemps hébergés au FN, ils se sont sentis exclus de ce parti dès lors que Marine Le Pen, moins encline à céder à leurs exigences en comparaison à l’époque où son papa faisait la part belle àBernard Antony, fut choisie pour représenter la flamme nationaliste. Et nul doute qu’ils eurent préféré voir à sa place celui qui s’est toujours montré indéfectible dans son soutien pour leur cause, Bruno Gollnisch. Ces quelques phrases lâchées après le congrès de Tours le 17 janvier dernier par Les Jeunes avec Gollnisch ont certainement fait apparaître une larme à l’œil de Madame Boutin… et une lueur d’espoir dans le cœur :

 

"Le discours présidentiel d’hier, en définissant la laïcité comme le confinement de la religion à la vie privée, s’interdit de rattacher la nation à des principes supérieurs. (…) Reléguer la religion à la vie privée, et ne vouloir lui conférer aucune expression publique, c’est renier 1500 d’histoire de France où le christianisme a pénétré notre civilisation, notre philosophie, notre calendrier, notre tissu social, nos traditions."

 

Et ces fameux jeunes avec Gollnisch d’ajouter :

 

"Cette conception de la laïcité, qui n’est pas une juste distinction entre le domaine temporel et le domaine spirituel, mais bien une séparation des deux sphères là où l’islam les confond toutes les deux, est donc, au même titre que l’Islam, contraire à l’âme et au génie français."

 

Alors que ces jeunes se rassurent : ils ont trouvé en Christine Boutin, celle qui défendra "leurs" valeurs. Et elle n’y va pas de main morte dans son projet pour 2012. Ainsi si elle réaffirme pour faire bonne figure le "respect intégral de la liberté religieuse et des lois de la République", l’ancienne ministre du gouvernement Fillon n’omet surtout pas de préciser juste après : "demander à l’État de faire respecter partout en France une saine laïcité, qui n’est pas le laïcisme, mais la distinction et la coexistence paisible de la raison et de la religion, dans la sphère publique comme dans la sphère privée."

 

Une nouvelle laïcité

 

Ah ! La "saine" laïcité ! Il ne manque qu’un "t" pour que l’adjectif ne fasse saigner les stigmates… Donc la saine laïcité serait celle qui assure la "coexistence paisible de la raison", comme par exemple l’empêchement de blasphémer ? Depuis quand la laïcité serait-elle malsaine en France ?

 

Christine Boutin donne une conférence de presse le 21 novembre 2011 à son QG de Levallois (WITT/SIPA)

Christine Boutin donne une conférence de presse le 21 novembre 2011 à son QG de Levallois (WITT/SIPA). 

 

Et cette "saine" laïcité, Christine Boutin n’a pas seulement vocation à ne l’imposer qu’en France. Elle voit plus loin. Elle qui fut pressentie pour être ambassadrice au Vatican, n’en a pas perdu pour autant le combat du Saint Siège : elle préconise ainsi de "porter une 'initiative citoyenne' au niveau européen qui permette à l’Union européenne d’affirmer clairement ses racines judéo-chrétiennes" et de "montrer ainsi que l’Europe n’est pas une terre en jachère, une terre de conquête pour des cultures qui ne partagent pas notre vision de la primauté de la personne humaine, de la liberté d’expression et de la démocratie."

 

La mesure mélangée au programme peut paraître inaperçue. Elle n’en demeure pas moins d’une dangerosité sans égale pour nos institutions laïques, reprenant à son compte la croisade lancée par le Vatican depuis plusieurs années déjà comme le révélait Caroline Fourest et Fiammetta Venner dès 2003, dans leur livre "Tirs croisés" (p. 323, collection Le Livre de Poche) :

 

A propos du Parlement européen, les auteurs expliquent que "même en l’absence d’un statut consultatif, le Vatican parvient (…) à se faire entendre. (…) Son lobbying le plus officiel se fait par la voix de la Comece, la Commission des épiscopats de la Communauté européenne. Le 7 février 1999, son secrétariat a demandé à ce que 'le rôle de la foi religieuse en tant que source et fondement de nos valeurs européennes communes soit reconnu dans la version finale du Traité Constitutionnel', prévu pour servir de corset idéologique à l’Union. La stratégie est habile. Au lieu de militer frontalement contre la laïcité, le Vatican choisit d’ouvrir une première brèche dans le traité de l’union en prônant la reconnaissance de l’héritage chrétien."

 

Anti-IVG et anti-PACS

 

On le voit, Christine Boutin entend tenir le bâton de pèlerin jusque Bruxelles. Mais il n’y a pas que la laïcité, et Sœur Boutin entend rappeler ses marottes : "protéger l’embryon" ce qui sous-entend lui conférer une existence, donc un statut légal. Ce qui revient de facto à faire des médecins, qui pratiquent l’IVG, et des mères, qui souhaitent avorter, des criminels. Et à remettre en cause une loi fondamentale que l’on doit à Simone Veil et qui offre aux femmes l’opportunité d’avoir un choix.Madame Boutin envisage d’imposer SON CHOIX, choix insufflé par la foi, à toutes les femmes.

 

Il faut dire qu’elle ne tergiverse pas avec la famille au point de rappeler ce que la loi prévoit déjà : "définir le mariage dans la Constitution comme "l’union d’un homme et d’une femme." Pourquoi réaffirmer ce qui existe déjà si ce n’est pour rappeler son combat hystérique contre toute reconnaissance du couple homosexuel ? Car il n’y a pas que le mariage gay qui est en question, mais aussi toute l’épopée qui accoucha, ca(h)in-caha au PACS, qui la vit brandir la Bible, la Bible !, au sein de l’Assemblée nationale.

 

Mais au-delà de cette complaisance envers l’électorat tradi ultra, pour ne pas dire intégriste, il y a bien d’autres échos que Christine Boutin fait aux électeurs du Front national puisque bon nombre de ses propositions reprennent celles que fait Marine le Pen : l’abolition du collège unique en termes d’éducation, l’augmentation du nombre de place en prison, du budget de la justice combiné au fait de "mettre fin à l’impunité en sanctionnant dès la première infraction et supprimer les aménagements de peine automatique". Le bâton n’est pas que celui du pèlerin comme on le voit.


Notons aussi la suppression du droit du sol, la suppression de la Halde (voilà qui ravira Eric Zemmour), la création d’un franc-euro à mi-chemin du "Franc Marine", rétablir la préférence communautaire pour les agriculteurs.

 

D’autres mesures, plus anecdotiques, sont également à l’identique comme l’abrogation de la loi Hadopi, la proportionnelle à l’assemblée (à hauteur de 100 sièges, ce qui n’est pas, loin s’en faux, la plus inepte de ses propositions), l’interdiction renouvelée de l’euthanasie, un encouragement très net à la fécondité sous la forme d’un "crédit temps parental" de 3h par couple et par semaine scolaire.

 

Une destruction assumée de l'Education nationale

 

Mais il y a plus grave, beaucoup plus grave dans le programme de Madame Boutin. Quelque chose que même le FN n’a plus dans son programme : le "chèque-éducation". Qu’est-ce que le chèque éducation ? Ce chèque permettrait notamment aux familles les plus défavorisées de placer leurs enfants dans l’établissement de leur choix. Sous-entendu, de pouvoir donc le placer dans une école… privée à moindre coût ! Marotte, quand tu nous tiens. Une véritable concurrence déloyale envers l’école publique qu’elle couple avec un assouplissement de la carte scolaire.

 

Madame Boutin ne nous promet pas seulement un laïcité "saine", l’interdiction de l’IVG ou encore une ombre inquiétante sur les couples homosexuels : elle propose la destruction assumée de l’Education Nationale. Elle qui ose dire dans son programme que transmettre est sa priorité... tout en reprenant, quasiment, point par point, les propositions de l’un des pourfendeurs les plus assumés de l’école publique à savoir SOS Education.

 

Elle qui assure, aussi, vouloir soutenir la langue française et la francophonie… Et comment pourrait-on la croire quand son équipe de campagne titre cette semaine au sujet de la réponse du CSA à sa plainte sur les primaires socialistes : "après que Christine Boutin ait adressé…" :

 

 

 

Fort heureusement, l’équipe a soudain relu son programme et s’est rappelé que la conjonctionaprès que imposait l’indicatif et non le subjonctif :

 

 

Bien évidemment ceci n’est que boutade. Boutade car il est certainement nécessaire de souffler après la vision d’horreur que nous venons de voir se décliner sous nos yeux.

 

Alors Madame Boutin pourra toujours se targuer de réserver une part belle aux BA, avec, dans le désordre, l’humanisation des prisons, la mise en place d’un revenu de base pour tous les citoyens y compris les mineurs (et encore en remplacement des allocations respectant les différences salariales, elles) la création d’un salaire maximum pour citer les plus notables.

 

Rien, pour autant, rien, ne pourra nous faire oublier la nocivité de ce projet qui est une attaque sans merci à la laïcité, une mise à mort de l’école publique, la remise en question de la libre disposition par les femmes de leur ventre, et surtout, oui, surtout, une course-poursuite malsaine avec le FN dans des dispositions les plus absurdes voire les plus nauséabondes.

 

Le conte touche à sa fin. Le Petit chapelet rouge ne va pas seulement parler avec le grand méchant loup : il essaye de prendre sa place. Et de dévorer la mère-grand République ! Je ne sais pas vous, mais moi, j’attends l’arrivée des bûcherons républicains avec impatience ! La messe est dite.

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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