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13 mars 2012 2 13 /03 /mars /2012 20:55

Quelle drôle de campagne que cette présidentielle française 2012 ! Et François Bayrou en sait quelque chose. On lui reconnaît volontiers la primauté du diagnostic sur la dette. Il demeure, par ailleurs, en ce début mars la personnalité politique préférée des Français. De la même manière, l’on considère que ses propositions sont plus crédibles que celles de François Hollande ou Nicolas Sarkozy.

 

Pourtant, ces bonnes dispositions peinent à se confirmer en intention de votes puisque le candidat centriste oscille entre 12 et 15% depuis janvier. Toujours en quatrième position, loin du second tour tant espéré qui laisserait entrevoir tant de promesses.

 

François Bayrou en meeting, le 13/03/2012. (Jacques Brinon/AP/SIPA)

François Bayrou en meeting, le 13/03/2012. (Jacques Brinon/AP/SIPA)

 

En filigrane, sur les marchés ou sur la toile, il faut tendre l’oreille pour comprendre le phénomène. Que reproche-t-on alors au Béarnais ? De ne pas faire rêver les Français en incarnant le Père la rigueur ? De ne pas répondre à leurs desideratas quand les professionnels du clientélisme font le plein de voix ? De ne pas laisser entrevoir des lendemains qui chantent ? Mais comment le pourrait-il quand la situation exige précisément à ce que l’on soit juste et qu’elle interdit toute promesse à moins de décevoir tant et encore ?

 

Des politiques dotés de super pouvoirs

 

Il faut dire qu’en face, la démagogie bat son plein. Oui, elle est décidément bien drôle cette présidentielle. "Drôle" car nos Institutions ont tout fait pour partager les pouvoirs, confiant au président de la République les affaires étrangères et l’armée, et au gouvernement, avec à sa tête le Premier ministre, les affaires intérieures. "Drôle" car notre Assemblée nationale a la charge du législatif, ces lois qui régissent l’existence du citoyen. "Drôle" enfin car l'intégration européenne a de facto réduit le champ d’action des gouvernements, une grande partie de nos lois provenant directement des directives bruxelloises.

 

Et pourtant, à entendre les candidats à la présidentielle, on pourrait penser qu'ils sont toujours dotés de super pouvoirs... A les entendre, ils seraient Dieu sur Terre, écoutant tous les maux des Français en reprenant à leur compte le gimmick créé par le Général de Gaulle "je vous ai compris". Comme omniscient. A les croire, ils pourraient renégocier tout, y compris les traités européens. Comme omnipotent.

 

Jean-Luc Mélenchon fait comme si la dette n’existait pas. Et quand il la considère, il prétend qu’elle n’est due qu’à la spéculation boursière. Comme si les budgets, mêmes déficitaires de la France, n’avaient pas servi à financer son fonctionnement et à payer les fonctionnaires.

 

Marine Le Pen prétend quant à elle pouvoir passer de l’euro au franc avec très peu de dévaluation, sans que les petits épargnants n’en soient affectés. Et que dire de son augmentation de 3% sur les produits importés qu’elle entend imposer aux entreprises, et dont le consommateur ne subira aucun effet, même si son argument défie toute logique ?

 

Nicolas Sarkozy entend depuis dimanche et son show à l’américaine sortir la France de Schengen (provoquant un tollé dans tout le continent), tout en continuant à faire de l’Europe un allié sur lequel il prétend construire la croissance économique qui se fait attendre.

 

Enfin, François Hollande croit pouvoir créer 60.000 postes de fonctionnaires dans l’Education, 150.000 emplois-jeunes, sans dépenser un euro de plus. De la même manière, il entend créer une tranche d’impôts à 75% pour les plus fortunés sans que ces derniers ne soient tentés par l’exil fiscal.

 

"L'homme qui porte le miroir"

 

Drôle de campagne que celle qui voit chacun des acteurs changer les règles du jeu, à la manière d’un Monopoly entre amis où l’en emprunte tant et plus pour acquérir la rue de la Paix, sachant pertinemment qu’on ne pourra rien y construire dessus ni même rembourser ce que l’on doit à la banque.

 

En citant Georges Orwell dans son livre "2012, Etat d'urgence",  François Bayrou avait vu juste :  "En ces temps d’imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire". Et ce désir de vérité, François Bayrou le paye cher. On lui reconnaît volontiers la primauté du diagnostic sur la dette, il demeure en ce début mars la personnalité politique préférée des Français. Davantage de Français considèrent que ses propositions sont plus crédibles que celles de François Hollande ou Nicolas Sarkozy.

 

Bayrou n’est rien d’autre dans ce jeu de baudruches que l’homme qui porte le miroir chez Stendhal :

 

"Un roman est un miroir qui se promène sur une grande route. Tantôt il reflète à vos yeux l'azur des cieux, tantôt la fange des bourbiers de la route. Et l'homme qui porte le miroir dans sa hotte sera par vous accusé d'être immoral ! Son miroir montre la fange, et vous accusez le miroir ! Accusez bien plutôt le grand chemin où est le bourbier, et plus encore l'inspecteur des routes qui laisse l'eau croupir et le bourbier se former".

 

Et pourtant, l’inspecteur des routes vient de se faire porter en triomphe à Villepinte...

 

Les Français semblent attendre du président de la République qu’il décide de tout, qu’il ait réponse à tout, qu’il s’occupe de tous. Voilà pourquoi c’est l’élection qui réunit le plus de monde dans les bureaux de vote, quand tout, depuis notre histoire de la Révolution, devrait consacrer bien au contraire les législatives.

 

La présidentielle est devenue un "OVNI débilitant"

 

La présidentielle est devenue un "OVNI débilitant" où l’on entend tout et son contraire et où l’on focalise à mauvais escient les attentions. Car pas si loin de nos frontières, la Grèce est en respiration artificielle, le Portugal et l’Italie ont dû mettre en place une politique de rigueur sans précédent pour ne pas reproduire l’épopée hellène, et les Suisses ont refusé par référendum deux semaines de congés payés supplémentaires par peur de ne pas être suffisamment compétitifs.

 

Et notre futur président arriverait à nous faire croire que la France est différente des autres, qu’elle peut faire à sa guise, en restant leader en Europe tout en voulant se retirer de l’espace de Schengen, en dépensant plus et encore quand le monde entier est à la diète ? Dans "Les lettres persanes", Montesquieu faisait dire à Rica à propos de Louis XIV qu’il était magicien : "Il exerce son empire sur l'esprit même de ses sujets; il les fait penser comme il veut. S'il n'a qu'un million d'écus dans son trésor et qu'il en ait besoin de deux, il n'a qu'à leur persuader qu'un écu en vaut deux, et ils le croient."

 

En 2012, l’enchantement est demeuré intact. La présidentielle est devenue une cérémonie onirique où l’on prend des lanternes pour des vessies. Et où l’on croit que le président, omnipotent, procédera à des rites chamaniques pour conjurer le mauvais sort de la crise. Sans prendre conscience que ses remèdes ne sont que rhétoriques. Pendant quelques mois, la France se prend pour le nombril du monde. Et il en faudrait peu pour estimer que cette présidentielle, telle qu’elle existe, héritage d’un homme qui se voulait avant tout élu par son peuple, n’est décidément plus fait pour un pays comme le nôtre.

 

Le miroir déformant des uns face à celui qui montre la fange de l’autre. François Bayrou a toujours refusé de transiger sur ses principes pour céder aux sirènes de l’électoralisme. Comptant sur l’intelligence du peuple pour faire son choix. Ebloui par les illusions, ce dernier parviendra-t-il à faire tomber sa cécité avant le 22 avril ? 

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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