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12 juin 2012 2 12 /06 /juin /2012 09:21

François Bayrou lors de la présentation de son agenda politique 2012-2020 (L.BONAVENTURE/AFP)

 François Bayrou lors de la présentation de son agenda politique 2012-2020 (L.BONAVENTURE/AFP)

 

François Bayrou ne siègera plus à l’Assemblée nationale, pour la première fois depuis 1986. Arrivé second avec seulement 23,63% des voix au premier tour, il n’a pu empêcher une triangulaire, chacun des deux camps réaffirmant sa volonté de se maintenir. La même équation sur laquelle il avait trébuché aux élections municipales de Pau en 2008. Et tout un symbole : pris en étau entre le PS et l’UMP, il va devoir rendre les armes. Non sans panache. Comme si le centre ne pouvait exister dans ce monde bipolaire.

 

Mauvaise foi ?

 

Au sein du MoDem, on a jeté les dernières forces en faisant de la circonscription de Bayrou une histoire d’honneur, quitte à oublier que le MoDem a cinq autres candidats présents au second tour.Une misère pour un mouvement né d'un élan populaire ayant rassemblé sept millions de personnes il y a cinq ans tout juste.

 

Comme très souvent dans notre mouvement, on rejette la faute sur les autres. Le PS et l’UMP. Les médias. Ou encore la malchance. Cette réticence à se remettre en question est certainement l’once de mauvaise foi commune à bien des familles politiques, mais il faut bien avouer qu’elle est tenace au MoDem, comme avait déjà pu le constater un journaliste de "Nord Éclair" durant la campagne des législatives.

 

Quelques reproches au PS

 

Pour autant, il ne faudrait pas être aveugle face à la situation personnelle de François Bayrou, qui tient autant à sa stratégie, sur laquelle nous reviendrons, qu’au sectarisme du PS, comme l’analyse avec justesse Daniel Cohn-Bendit :

 

"Comment définir l'attitude du Parti socialiste dans cette affaire ? Myopie ? Sectarisme ? Toujours est-il qu'ils n'ont pas compris, ou qu'ils n'ont pas voulu comprendre, que ce geste aurait eu une portée symbolique forte."

 

Martine Aubry avait joué, surjoué même, les effarouchées, en expliquant qu’en démocratie cela ne se faisait pas de retirer une candidate au nom du courage de Bayrou dans l’entre-deux tours de la présidentielle. La première secrétaire du Parti socialiste n’a pas seulement oublié que François Hollande doit certainement son élection aux électeurs du MoDem.

 

Elle a aussi occulté des pratiques à géométrie variable au sein même de la gauche. Et les législatives le confirment : comment expliquer que le PS appelle Olivier Falorni à se retirer face à Ségolène Royal, en lui demandant d’appliquer la règle qui veut que seule reste la meilleure candidature de gauche au second tour. Et, dans le même temps, soutienne Slimane Tir sur la 8e circonscription du Nord, le candidat symbole de l’accord PS/EELV, alors qu’il rencontre Dominique Baert, maire de Wattrelos et membre du PS avant sa dissidence des législatives ?

 

Le PS n’en est plus à une contradiction près. Mais il serait trop simple, voire simpliste, d’en faire le seul responsable de l’échec de François Bayrou et plus généralement du MoDem. Car il est une chose qui est désormais certaine, et ce même s’il y a miracle dimanche dans la 2e circonscription des Pyrénées-atlantiques : François Bayrou a échoué dans sa volonté de faire du centre une force libre, indépendante et en position de gouverner.

 

On peut toujours trouver des raisons dans le système même de nos institutions : tant qu’il n’y aura pas de proportionnelle raisonnable, aucune force politique durable ne pourra se frayer une place lui permettant de jouer une minorité d’arbitrage entre les "deux grands". Seule, elle est tenue de travailler avec l’un ou l’autre camp. Les Verts s’en sont bien rendus compte en 2009 après des européennes qui les avaient vus menacer au dixième près le PS, et le Front de Gauche commence déjà à déchanter après une présidentielle particulièrement réussie. Les forces qui veulent exister au-delà des deux grands partis sont soit centrifugées, soit marginalisées en force centripète. Sans force d’action.

 

L'absence de stratégie productive

 

Mais les institutions, seules, n’expliquent pas tout. Comment oublier aussi les erreurs de stratégie, et disons-le avec franchise, l’absence de stratégie productive de François Bayrou depuis cinq ans ?

 

Qu’allait-il faire, par exemple, dans la galère des municipales de 2008 à Pau, lui qui avait tout à perdre, et qui a tout perdu dans l’affaire, alors que les candidats des autres villes attendaient son soutien pour dynamiser leur campagne ? Que reste-t-il de cette élection si ce n’est cette tâche sombre d’un combat perdu et ce sentiment épouvantable d’une folle girouette qui s’allie au PS à Lille et soutient Juppé à Bordeaux ? Bien évidemment, pour le membre du MoDem que je suis, il y avait une cohérence, puisque notre grille de lecture est celle des valeurs et non celle de l’étiage droite/gauche. Mais quelle arrogance de vouloir imposer sa grille de lecture quand on n’a pas pris la peine de s’assurer que la pédagogie avait fait son œuvre…

 

Qu’allait-il faire aussi dans la galère de l’émission d’Arlette Chabot lors des européennes quand il voulut faire "un coup", comme il le confia au bureau stratégique du MoDem deux jours auparavant, devant la mine défaite de ses cadres qui tentèrent en vain d’exprimer leur doute raisonnable ? Mais François Bayrou n’écouta pas, comme trop souvent. Et il suivit son instinct. En une émission, le MoDem venait d’être abattu en plein vol. Il perdit quatre points en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Et pourtant, François Bayrou n’était même pas candidat…

 

Des mauvais paris

 

Négligeant les élections intermédiaires en se fiant à sa seule foi en SON destin présidentiel, François Bayrou a multiplié les mauvais paris, comme celui de l’explosion du PS en 2008/2009, oubliant que la puissance de l’appareil était plus fort que la réalité des urnes.

 

Le Béarnais a laissé en chemin tout pragmatisme dans sa volonté d’indépendance : il a prôné depuis des années l’"union nationale", mais il est incapable de prendre son téléphone et de préparer une stratégie de travail autour des valeurs, ne serait-ce que sur quelques points essentiels pour faire avancer sa cause.

 

Pourquoi ? Simplement parce que François Bayrou a eu l’arrogance de croire que l’"union nationale" ne pouvait voir le jour que s’il en était lui-même le centre. Narcissisme. J’ai souvent utilisé l’image de l’hydre à deux têtes pour nommer le bipartisme. Mais la métaphore sied si bien au président du MoDem !

 

Lui aussi est une hydre à deux têtes.

 

L’une est celle du philosophe, qui s’opposa vigoureusement, et avec quel talent, au sophiste Sarkozy. Le diagnostic et la vision ne lui font jamais défaut. Le François Bayrou que j’admire et respecte tant. L’homme qui parvient toujours à une analyse équilibrée et une éthique irréprochable. Celui qui a compris que ce n’est pas en divisant les Français que l’on remporte les guerres, mais en faisant fi de nos lubies partisanes pour se mettre au service des Français. C’est au nom de ces valeurs que je me suis présenté devant le suffrage universel lors de ces législatives sur la 1ère circonscription du Nord.

 

Mais l’hydre a deux têtes…

 

L’autre est celle de la bête politique, l’obsédé de la présidentielle, dont les contradictions sont plus fortes que les cohérences et dont les fulgurances, pas toujours heureuses, se substituent parfois au pragmatisme. Comment prétendre vouloir faire de la politique "autrement" et croire comme tout le monde que la présidentielle est la rencontre entre un homme et le peuple ? Comment vouloir casser le crétinisme bipartite et ne proposer que des accommodements du système existant ?

 

Pas le courage de ses ambitions

 

François Bayrou, en réalité, n’a jamais eu le courage de ses ambitions : celles du centrisme révolutionnaire que proposait d’ailleurs Jean-François Kahn. Ce centrisme qui viendrait renverser la table. Ce centrisme qui aurait dû commencer par renoncer à son propre nom : car comment incarner "autre chose" quand on se place "au centre" de ce que l’on rejette ?

 

Aujourd’hui, la situation paraît plus bloquée que jamais. Non la révolution n’aura pas lieu. Pour cinq ans ? Au moins… Jean-Marie Vanlerenberghe et Christophe Madrolle proposent une autre voie, opposée l’une à l’autre mais cohérente : celle qui consiste à travailler avec les partis existants. Le premier souhaite revenir aux "origines" du centre-droit, qu’il estime plus naturelles, le second préfère revenir à ses propres origines, et qui semblent celles partagées par ceux qui sont en majorité arrivés depuis 2007, celle du centre-gauche.

 

Dans tous les cas, il ne faudra pas se contenter de proclamer sa liberté quand en réalité ce n’est pas être indépendant que de n’être plus rien du tout. Les valeurs doivent guider les hommes, mais à quoi servent-elles quand elles guident l’inaction ?

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Published by Yves Delahaie - dans Législatives 2012
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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