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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 07:51

A priori nul n’aurait pu croire que les sillons de leurs charrues électorales pouvaient se croiser. Et pourtant…

François Bayrou, issu de la Démocratie chrétienne, et qui tente depuis dix ans de se défaire de l’inféodation à la droite n’a pas toujours les mêmes diagnostics, et encore moins les mêmes solutions que l’héritière de Montretout, Marine Le Pen.

Mais c’est lors de sa campagne présidentielle de 2007, la seconde, que le Béarnais vit alors certains observateurs oser le comparatif. C’est à Bernard de Villardière que l’on dut la première offensive, lui qui au est journalisme, ce que Frigide Barjot est à la rigueur mathématique pour compter ses manifestants. Bayrou serait un « Le Pen light ».

L’hymne avait bien plu, si bien qu’en 2012, la même rengaine fut resservie par les hommes de main médiatiques de François Hollande, histoire de faire peur.

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A croire ces inventeurs en analogie, le crime de François Bayrou serait de proposer une autre voie, de mettre dos à dos la gauche et la droite face à leurs échecs et de flatter par-là même une certaine conception du populisme. Les chancres de l’anti-système mis au ban.

J’avais déjà expliqué en quoi les thématiques et les valeurs défendues de part et d’autres rendaient ce rapprochement inopérant, inique et surtout issu de la mauvaise foi.

Dans son dernier ouvrage, De la Vérité en politique, constatant l’échec répété et prévisible de l’hydre bipartite face à la crise, François Bayrou se veut grave et explique que les Français ont deux solutions : celle du populisme de Marine Le Pen, ou la sienne qui prône l’union nationale. Une proposition d’autant plus alléchante qu’elle semble porté par l’opinion.

Ne lui en déplaise, et n’en déplaise à tous les défenseurs de la République, si pareille alternative était la seule possible dans les mois à venir, François Bayrou a toutes les raisons d’échouer face à Marine Le Pen. Au nom de la voie qu’ils proposent, et partant du diagnostic qui les y a conduits, tout laisse à croire, tristement, que le Président du Mouvement Démocrate fait une erreur, grave, de lecture.

François Bayrou part de l’échec de la droite et de la gauche, qui, successivement, luttent avant tout pour revenir au pouvoir ou pour conserver celui acquis davantage qu’ils ne se mettent au service des Français. Selon lui, ce crétinisme bipartite ne peut fonctionner qu’en temps de prospérité, mais, comme il l’explique aussi dans 2012, Etat d’urgence, il est mortifère quand la Crise menace les fondations. Seule une autre politique, une autre manière de faire de la politique permettrait de sauver la situation.

Jusqu’à ce point, on peut dire sans prétendre qu’ils se ressemblent, que Marine le Pen et François Bayrou partagent le même point de vue, et cela en dehors de toutes considérations idéologiques qui les placent nécessairement aux antipodes.

Mais, fort de ce constat, la Présidente du Front national ne tire pas les mêmes conséquences.

Pour elle, et surtout pour Florian Philippot, l’énarque, jadis passé chez Chevènement, qui est la tête pensante du FN, et à qui on doit les relents républicains d’un parti jadis plus disposé envers les nostalgiques royalistes, la raison de cet enlisement de ce qu’elle appelle « l’UMPS », c’est l’inféodation à l’Europe. Pour elle, c’est elle qui est responsable de tous les maux : de la crise économique et financière, de l’immigration et de la crise culturelle et multiculturalisme que traverserait selon elle le pays.

Marine Le Pen fracasse la lecture gauche/droite en expliquant que la réelle fracture est « européiste ou non ». Elle remplace donc un manichéisme par un autre : on est soit pour, soit contre le rétablissement des frontières, avec à la clé la souveraineté de la France. Et en temps de Crise, le manichéisme est dans le vent.

François Bayrou ne fait pas le même raisonnement. Lui non plus ne souhaite plus de cette grille de lecture gauche/droite, et propose, par l’union nationale, que chacun mette dans sa poche son appartenance partisane pour construire une véritable politique qui prend en considération les citoyens et les situations et non les lubies partisanes.

Sauf que, pour ce faire, Bayrou se place au Centre.

Le Centre ? Quand on aspire à casser l’étiage droite/gauche ? Etre au centre, signifie nécessairement être au « centre de quelque chose ». Et tout dans le discours de François Bayrou, qui n’entend se passer ni de l’un, ni de l’autre (faute d’équipe, railleront certains), le condamne à être au centre de la gauche et de la droite. A proposer une politique, qui, loin des sentiers d’une sixième République, qui lui permettrait de gouverner avec davantage de proportionnelle, l’enlise dans une Cinquième qui le condamne élection après élection.

Le Béarnais prétend, depuis deux lustres, offrir une grille de lecture différente à l’alternative droite/gauche, quand en réalité, il ne fait que se placer à l’intérieur de cette grille en parlant de nouveauté. Et c’est là que le bât blesse. Et la cohérence avec.

François Bayrou a beau être plébiscité par les Français pour une union nationale dans laquelle il serait le Premier Ministre : il n’en demeure pas moins que si la présidentielle avait lieu demain, il resterait aux alentours de 10%, en cinquième homme, loin, si loin de Marine le Pen. Car face à celui qui prétend incarner une politique nouvelle dans le même appareil, les Français choisissent celle qui propose de faire exploser le dit appareil. Au risque de faire exploser la République et ses valeurs.

L’Europe traverse une sale période car elle doute d’elle-même. Les populismes qui montent dans tous les pays en crise veulent lui faire la peau, et ceux qui ne l’ont pas compris et qui continuent de dire qu’elle est nécessaire sans s’obliger à faire de la pédagogie, seront irrémédiablement condamnés.

En période instable, le discours de la raison sera toujours balayé par celui de la passion. 

Peu importe la vérité en politique : ce qui compte, c’est ce que les Français sont prêts à croire. Mais la carrière entière de François Bayrou montre une absence totale de lucidité sur la question.

 

Publié sur Médiavox, le 6 mai 2013

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Published by Yves Delahaie - dans Editos média vox
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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