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18 juin 2012 1 18 /06 /juin /2012 09:22

François Bayrou à Bizanos, le 17 juin 2012 (G.COLLET/SIPA).

François Bayrou à Bizanos, le 17 juin 2012 (G.COLLET/SIPA).

 

Les législatives ont définitivement rendu leur verdict. Peut-on réellement parler de surprises ?

 

La gauche a confirmé son élan de l’élection présidentielle, un classique de la Ve République, avec un PS qui détient à lui seul la majorité absolue. Un groupe Europe Écologie-les Verts va sans doute voir le jour à l’Assemblée pour ce qui convient d’appeler le "casse" du siècle. L'UMP est à la dérive, après avoir fait la manche en piquant dans les poches du FN. Et ce même FN fait son entrée à l’Assemblée nationale puisque les électeurs auront finalement préféré l’original à la copie.

 

Et le MoDem dans tout cela ? Bien peu de choses. François Bayrou, comme prévu, n’a pas résisté à sa triangulaire, comme ce fut déjà le cas à Pau lors des municipales de 2008. Quand à Jean Lassalle, il a lui triomphé non sans mal, après le ralliement de l’UMP, dans la 4e circonscription des Pyrénées-Atlantiques.

 

Ces deux destins résonnent comme le palindrome le plus éclairant : le MoDem ne sera jamais parvenu à se frayer une ligne claire, indépendante et libre aux côtés des deux grands épouvantails du bipartisme.

 

Il lui aurait fallu attendre la chute de l’un des deux, comme Bayrou en profita en 2007 avec la faiblesse de la candidature de Ségolène Royal. L'incapacité de celle-ci à mettre la main sur le PS lors du congrès de Reims à l’automne 2008, dans les conditions que l’on sait, aura scellé les si grands espoirs du MoDem. Le PS peut à ce titre remercier Martine Aubry.

 

Une drôle de tradition

 

Étrange tradition que celle qui veut que le chef de gouvernement tout fraichement nommé dépose sa démission au lendemain des législatives alors même que son parti vient de dominer ces élections. Une épée de Damoclès planait sur la tête des ministres qui s’étaient portés candidats, certains renonçant même à courir ce risque comme Najat Vallaud-Belkacem.

 

Au final, personne n’a mordu la poussière. Les seules figures de proue à avoir échoué n’avaient pas été nommées : Jack Lang, qui a vu son parachute se coincer en pleine descente, après une carrière si riche en saut périlleux à haut vol. Et bien évidemment Ségolène Royal, qui a payé au prix fort des rôles distribués à l’avance et le "deux poids deux mesures" insolent du PS, capable d’avoir l’arrogance de demander à Falorni de se retirer à La Rochelle tout en demandant à Slimane Tir, pourtant arrivé second derrière Dominique Baert, dissident PS à Roubaix, de se maintenir.

 

La sanction sera sans pitié : les deux candidats de la majorité présidentielle feront moins de 40% des voix au second tour.

 

Les communistes refusent de participer

 

Aussi, la tentation est grande de vouloir donner son lot de consolation. Le perchoir promis à Ségolène Royal devait sécher les larmes coulées de désespoir de voir ses illusions présidentielles se dissoudre brutalement. Un ministère pourrait bien effacer ce tweet qu’elle maudira longtemps.

 

Mais le remaniement ministériel pourrait voir d’autres surprises que ces opérations de maintenance internes et cosmétiques. Conscient que François Hollande a été élu avec un score beaucoup plus serré que les sept mois de campagne ne le laissent présager, Jean-Marc Ayrault ne peut se contenter de servir son parti. François Hollande n’a pas laissé entendre que sa politique serait seulement et simplement partisane. Alors ce lundi matin, sitôt l’annonce de la démission du gouvernement connue, des voix ont commencé à se faire entendre.

 

Claude Bartolone a ainsi évoqué la possibilité de faire entrer des communistes au gouvernement. Une éventualité balayée dans la foulée par Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, qui aurait expliqué que "les conditions n’étaient pas réunies" dans un congrès tenu à huis clos.

 

Le centre doit changer de stratégie

 

Entre temps, une autre voix s’est fait entendre. Et celle-ci aurait de quoi expliquer les réticences du PCF : celle de François Rebsamen, président du groupe socialiste au Sénat. Il s’est déclaréfavorable à l’entrée du MoDem au gouvernement : "Même si cela ne dépend pas de moi mais du président de la République, je suis favorable à ce que ceux qui ont soutenu ou voté François Hollande soient représentés ou associés d'une manière ou d'une autre au gouvernement, donc des membres du MoDem", a-t-il déclaré.

 

L’on remarquera l’alternative remarquable : "soutenu ou voté", qui n’exclut donc pas François Bayrou, qui, s’il avait laissé libres ses électeurs de choisir, s’était prononcé à titre personnel pour François Hollande.

 

Cette éventualité ne sera pas sans faire grincer quelques dents, y compris au sein du MoDem, mais elle réjouira ceux qui sont partisans d’un changement de stratégie chez les centristes. Partisans dont je fais partie.

 

J'ai expliqué que le MoDem s’abîmait à vouloir rester indépendant sans ne plus rien représenter. Le mouvement de François Bayrou doit avoir la lucidité de comprendre que son pari (car c’était un pari de croire que l’on pouvait faire mentir les lois mécaniques de la Vème République qui accouchent naturellement du bipartisme) a échoué.

 

C’est en travaillant avec les autres et avec courage que les valeurs démocrates triompheront. Le MoDem ne peut pas se contenter de désirer ardemment l’union nationale et refuser de mettre les mains dans le cambouis s’il n’en est pas le centre. Ce serait folie et arrogance de le prétendre et d’un sectarisme au moins aussi trempé que celui qu’il reproche aux deux grands.

 

Rompre l'isolement

 

Quand des valeurs se partagent, et nos visions sur la société se rejoignent, pourquoi ne pas travailler sur certains sujets ?

 

Nous sommes les premiers à estimer que certains domaines sont trop essentiels pour ne pas s’abîmer dans les querelles partisanes, comme l’éducation par exemple : pourquoi le croire en théorie et le refuser en pratique ? C’est avec humilité que nous devons, non pas réclamer des maroquins, mais nous rendre disponibles pour travailler au service des Français. Ni plus, ni moins.

 

Et si François Bayrou mettait son orgueil dans sa poche et acceptais d’entrer au gouvernement Ayrault ? Dimanche soir, il a assumé avec une incomparable élégance sa défaite. Dans la dignité. Son discours empreint de noblesse avec des allures de tragédies.

 

Le président du MoDem a alors esquissé l’éventualité d’une situation qui s’aggraverait pour revenir sur le devant de la scène. Mais pourquoi attendre que tout aille mal pour agir, maintenant ?

 

Une même vision de la France

 

Le Béarnais a dit vouloir prendre du recul, mais combien sont ceux qui reconnaissent son talent, son courage politique et sa vision ? Qui ne sait aussi qu'au-delà du président du MoDem, des femmes et des hommes ont construit ce mouvement sur des valeurs que nul ne conteste aujourd'hui ?

 

Certains disent même que Hollande a été élu avec un programme socialiste et gouvernera avec celui de François Bayrou... Sans prendre à la lettre cette boutade, qui oserait prétendre au MoDem ne pas se reconnaître dans la vision de la France du programme de François Hollande sans se renier un peu ?

 

Encore une fois, il n’est nulle question de renier ce que l’on est. Nous avons un désaccord profond avec le budget annoncé et les projections de croissance qui sont contradictoires avec ce qu’annoncent les spécialistes de la question.

 

En ce sens, nous sommes plus que réservés sur les 60.000 postes dans l’éducation et les 150.000 emplois avenir. Mais combien de fois faudra-t-il rappeler que l’on peut toujours amender des promesses faites dans la démagogie d’une campagne quand on ne peut s’accommoder de la prostitution des valeurs opérées par la droite et Nicolas Sarkozy ?

 

Ce qui fut intenable il y a cinq ans devient possible aujourd’hui. Pour Bayrou, mais aussi pour tous ceux qui autour de lui partagent les valeurs du MoDem, avec fidélité depuis un lustre, et certains même davantage. À condition, bien évidemment, d’y mettre un peu d’humilité et beaucoup de courage.

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Published by Yves Delahaie - dans Législatives 2012
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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