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6 mars 2012 2 06 /03 /mars /2012 20:52

Jean-Luc Mélenchon a enfin eu sa réponse ! Invité pour débattre avec Marine Le Pen sur le plateau de David Pujadas le 24 février dernier, le candidat du Front de gauche avait eu une fin de non-recevoir de la part de la candidate frontiste sur la question du déremboursement de l’IVG. Il a enfin obtenu sa réponse lundi soir après le passage de cette dernière dans "Paroles de candidat", sur TF1.

 

Ce fut la nouvelle de la soirée. Mettant sur le même plan la "radio abdominale" et l’IVG, Marine le Pen a expliqué avec une clarté presque trop crue que si elle avait un choix budgétaire à faire, elle préférerait renoncer au remboursement de l’IVG, qui est selon elle un acte "évitable ", plutôt que de "dérembourser" certains médicaments.

 

CHAMUSSY/SIPA

Marine Le Pen sur le plateau de TF1, le 05/03/2012. (CHAMUSSY/SIPA)

 

Outre le fait que la présidente du Front National méconnait les raisons profondes du déficit de la Sécurité sociale (qui tient davantage au coût des hospitalisations par exemple), force est de constater qu’elle a parfaitement fait comprendre quelles étaient ses intentions vis-à-vis des droits de la femme et de la loi Veil. Que son aile traditionaliste soit ainsi rassurée : les fondamentaux de papa n’ont pas complètement été occultés dans le "FN ripoliné". Marine Le Pen se laisserait-elle, alors, le temps d’un quinquennat de déremboursement de l’IVG à proposer son abrogation par référendum ? Et quitte à être cynique, pourquoi ne pas rajouter celui, promis dans le programme celui-là, sur la peine de mort, pour avoir l’antithèse la plus délicieuse qui soit ?

 

Marine Le Pen mise en difficulté

 

Mais l’émission "Paroles de candidat" ne s'est pas résumée à cette réponse en décalé faite à Jean-Luc Mélenchon sur une question d'ailleurs sur laquelle elle fut pour le moins à l’aise. Emission ripolinée elle aussi (un hommage ?) puisque les journalistes intervenaient en plein milieu des questions des Français "sélectionnés" (et avec quelle rigueur…). Grâce à davantage de rythme, un plateau qui rappelait le débat raté de Pujadas (avec Le Pen et Mélenchon comme invités), mais en deux temps, comme décapité, l’émission est tout de même parvenue à battre son record d’audience. Preuve s’il en fallait que les Français ne sont pas encore tout à fait prêts à faire de leurs bateleurs publics leurs dirigeants, à voir les sondages. Nous ne sommes pas encore en Californie.

 

Marine Le Pen s’est distinguée durant toute l’émission par son incapacité à répondre aux questions des Français. Pas ceux qui peuplent ses meetings et qui se régalent de ses pitreries. Non, des Français qui ne représentent pas forcément son électorat et qui, contrairement à certains journalistes, trop timorés, osent la relancer en expliquant avec un naturel déconcertant qu'elle ne répond pas aux questions. 

 

Ce fut le cas du troisième intervenant. Musulman, il lui a expliqué que ses aïeux, au même titre que ceux de la fille de Jean-Marie Le Pen, avaient combattu pour la France, et qu'à cet égard, il ne comprenait pas pourquoi on refuserait à leurs descendants le droit du sol, le fait de prier dans des mosquées ou encore le halal dans les cantines.  

 

On imaginait la présidente du FN sauter sur l’occasion et décliner sa diatribe sur le halal, qu’elle avait déjà entamée au début de l’émission en mettant un peu d’eau dans son vin de messe puisqu’à présent il n’est plus question de la totalité de la viande mais de 30 à 50% de la viande qui serait halal. Mais il n’en fut rien. Sa réponse se résuma à une question rhétorique, qu’aurait parfaitement pu prononcer Claude Guéant dans son rôle d’agitateur de débat : "pensez-vous qu’il est normal que 200.000 étrangers rentrent sur le territoire" ? Mais où se trouvait donc le rapport avec le droit du sol ?

 

L'art de l'esquive

 

Son contradicteur le lui signifia, imitée par Laurence Ferrari, c’est dire si la ficelle était grosse. Mais Marine Le Pen ne s’en laissa pas compter et fit comme si de rien n’était sans jamais répondre sur ce point, évoquant le fantasme de la "pompe aspirante de l’immigration" et se targuant d’être à la tête du premier parti qui ait fait élire une musulmane et ayant défendu les Harkis. Les Harkis, l’alibi du FN dès qu’on l’accable sur ses relents xénophobes à l’égard des musulmans. Louis Aliot ne devait pas être très loin pour lui avoir fourni une telle couverture.

 

De la même manière, questionnée sur la discrimination raciale à l’emploi, elle esquiva en digressant sur l’inefficacité du CV anonyme devant une contradictrice médusée, qui lui répéta qu’elle ne parlait pas de cela et qui la somma de revenir sur la question posée. Acculée, la présidente du FN sortit alors l’une de ses formules favorites qui, comme pour l’IVG : "la discrimination raciale est dérisoire par rapport à celle faite aux handicapés et aux personnages âgées". Pour Marine Le Pen, il y aurait donc une hiérarchisation des discriminations. Ad nauseam.

 

Pour le reste, ce fut un florilège de formules surréalistes fondées sur des syllogismes ou autres raisonnements qui défient l’entendement : "le permis à points a crée de la délinquance". Ou encore : "à 16 ans, il est tard pour avoir des reflexes d’entreprise"...

 

Elle joua aussi aux pseudo-spécialistes en sortant de beaux tableaux qu’elle eut bien de la peine à lire pour estimer ses propositions. Cette scène assez pathétique qui fait croire qu’un dossier, surtout épais, réserve nécessairement les fruits de la vérité, n’est pas sans en rappeler une autre dont nous a gratifiés la récente série diffusée sur France 2, "Les Hommes de l’ombre". Dans cette fiction, les deux candidats à la présidentielle disposent bien à la vue de leur opposant un dossier sur lequel trône fièrement le titre "écoutes", afin de le déstabiliser… Alors que chacun des dossiers est vide, désespérément vide.

 

Enfin, on eut un numéro de duettistes avec Michel Field autour de la présence de Marine Le Pen à un bal d'une organisation autrichienne d'extrême-droite. Le journaliste eut beau lui rappeler le CV de ses hôtes, Marine Le Pen répondit que le FPO était un parti "totalement respectable" sous le fallacieux prétexte qu’il était accueilli à Bruxelles. Et pour cause, il est l’une des deux forces politiques d’Autriche. Cela ne l’empêche pas d’offrir le gîte aux nostalgiques et autres nauséabonds que seule l’extrême-droite sait produire. Pour botter en touche, elle rangea M. Field à l’extrême gauche. Visiblement, certaines de ses fiches n’étaient pas tout à fait réactualisées car depuis qu’il a fréquenté ses rangs, Field est devenu journaliste à LCI, chaîne qui n’est pas véritablement ce que l’on peut considérer comme un repaire de trotskystes…

 

Finalement, après l’émission, la seule question qui vaille est celle-ci : les Français qui ont été les témoins privilégiés de ses digressions, de ses positions ultraréactionnaires, de ses inepties sur l’économie quand elle persiste à dire que taxer les grandes entreprises, notamment distributrice d’hydrocarbures, n’aura aucun impact sur les prix (autant prendre des lanternes pour des vessies), discernent-ils progressivement le voile qui tombe de Marine Le Pen laissant, émission après émission, déconvenue après déconvenue, apparaître son véritable visage ? Seul le soir du 22 avril nous le dira. 

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Published by Yves Delahaie - dans Présidentielles 2012
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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