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17 mars 2013 7 17 /03 /mars /2013 20:26

Samedi soir marquait la véritable rentrée politique de François Bayrou. Après sa défaite aux législatives, le président du MoDem avait promis de se retirer, et de s’imposer un jeun médiatique, estimant qu’il avait tout dit aux Français. Comme il s’en expliqua au Conseil national de son parti le 30 juin 2012

Cela ne l’avait pas empêché pour autant de revenir de temps en temps devant des micros pour donner son analyse de la situation. Comme la marée, venant et repartant, en déposant ses sédiments. Contribution forcément modeste pour cet homme déchu.

Mais la solitude lui sied si bien, comme il le rappela quand Aymeric Caron lui demanda de citer une faiblesse : "je suis assez facilement solitaire". Et comme souvent en pareille occasion, le Béarnais se réfugie dans sa pensée, n’écoutant que son petit cénacle pour lui rapporter des nouvelles du monde. Et il écrit. Écrire pour construire sa pensée. Et repartir en selle.


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"De la vérité en politique" en sera le fruit. Un livre porté aux nues par un Laurent Ruquier que l’on a connu moins bienveillant à l’égard de ses invités politiques. Un livre de François Bayrou n’est, il faut bien l’avouer, jamais une simple analyse brouillonne remaniée par un nègre complaisant : c’est une plume de velours qui virevolte dans l’encrier de son âme, avec exigence et précision, offrant ses lettres de noblesse à la langue française et dont on lui accordera, même en cas de désaccord, la sincérité.

C’est chargés de ce respect que l’on a retrouvé chroniqueurs et invités autour du président du MoDem. Respect pour l’intégrité et la probité du personnage. Sa simplicité sous, parfois, d’austères postures d’instituteur, comme lui rappela jovialement et avec tendresse Patrick Sébastien. Respect aussi pour celui qui fut le troisième homme et qui, une fois ses lauriers tressés, ne fut jamais en mesure de fructifier une victoire annoncée. Et c’est dans le sillon tortueux de cet itinéraire inachevé qu’il faut lire François Bayrou, comme tentèrent de lui expliquer le plateau d’"On n’est pas couché". En vain.

 

Les stigmates d'une double-défaite 

 

François Bayrou avait fait de sa présidentielle 2012 une ode à la vérité, citant notamment dans "2012, État d’urgence" George Orwell : "En ces temps d'imposture universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire". 

Seulement entre temps, il y a eu défaite. Lourde défaite. Double défaite. Celle de la présidentielle. Celle des législatives. Et que trouve à dire François Bayrou dans son livre ? Que c’est la vérité qui l’a crucifié alors qu’elle seule pourra sauver les peuples. Une posture selon Natacha Polony, qui a tenté de lui rappeler que s’il était effectivement le premier à avoir eu un discours de vérité sur les crises de notre pays, plus personne aujourd’hui ne le conteste et que la solution n’est donc plus dans le diagnostic mais bien dans la résolution du mal. Ce qu’elle illustra parfaitement avec l’exemple de l’école, à présent que la Direction de la prospective, crée par le Ministre Bayrou, reconnait enfin la gravité de la situation : 

"Cette instance niait les chiffres. Et maintenant qu’elle les reconnaît, eh bien il y a un débat pour savoir les causes. Il y a un débat fondamental parce que certains disent que si l’école française va mal c’est parce qu’elle est élitiste et d’autres disent que c’est parce qu’elle n’apprend plus à lire. Donc vous voyez le tout, ce ne sont pas les chiffres. Il n’y a pas de faits. Il n’y a que l’interprétation des faits. Il y a des choix politiques."

À cela, François Bayrou répond qu’il y a des opinions d’une part et des faits d’autres parts. Oubliant que Natacha Polony n’avait pas dit autre chose mais qu’une fois qu’il y avait consensus sur le diagnostic, l’essentiel est d’avoir les moyens de guérir le mal. De l’illustration d’une célèbre réplique de Patrick Timist dans un de ses anciens sketchs, qui ironisaient sur la "recherche" : "ah ben nous on est chercheurs, pas trouveurs".

Et cela fut le gimmick de la soirée, chacun expliquant au président du Modem que le problème ne résidait pas tant dans le diagnostic de la vérité, ce dont on lui sait gré, que dans les solutions à apporter. Et à chaque fois, ce fut une fin de non recevoir.

Patrick Sébastien lui expliqua ainsi qu’après dix minutes de discours, le spectateur risquait d’avoir envie de se suicider à l’écouter, lui demandant alors :

"Il n’y a pas un moment où justement le rapport du pouvoir au peuple ça serait un peu le rapport du docteur au malade, de justement, pour venir sur le propos, de ne pas dire systématiquement la vérité, et de donner de l’espoir. Je pense que quelqu’un qui est sur le point de mourir et qui souffre, le docteur ne lui dit pas  toujours la vérité, parce que ça l’aide. Et parfois ça l’aide même à guérir. (...) Je pense que c’est une question de méthode."

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Paroles de bon sens. Paroles d’électeurs aussi, les mêmes qui n’ont jamais pu être enthousiasmés par la campagne 2012 de François Bayrou car ils avaient en face d’eux le rapporteur des Pompes funèbres, quand, à côté, de Hollande à Sarkozy en passant même par Mélenchon, on brillait en bonimenteurs même à grandes prouesses démagogiques. Car il est une chose que François Bayrou n’a pas compris, c’est la différence entre une campagne et l’action, entre la période de séduction et celle de l’existence du pouvoir. C’est le manque de pragmatisme qui condamne Bayrou à une position de prédicateur, simple prédicateur, ce qui n’est pas la finalité de la politique comme lui rappela en théoricien Philippe Labro, après avoir ironisé sur le vocation du Béarnais, à "être crucifié au nom de la vérité" :

"On ne peut pas être un imprécateur toute sa vie. Vous ne pouvez pas être en permanence cet imprécateur-là. Donc il faut bien, d’une manière ou d’une autre revenir dans le jeu politique."

Mais le président du Modem nie, et prétend que sa posture suffit à faire de la politique :

"Ben c’est le jeu politique. C’est même pas le jeu : c’est la réalité politique la plus profonde".

Et Labro de le corriger :

"Vous dites des choses, des vérités évidentes sur lequel on est à peu près tous d’accord. Or la question, c’est François Bayrou aujourd’hui vous faites quoi ? Y a des institutions y a des élections, y a des échéances. Vous allez bien un jour ou l’autre vous représenter à quelque chose, non ?"

Une éventualité balayée par Bayrou qui rappelle alors qu’être dans l’opposition sert à quelque chose (oubliant qu'il n'y figure même pas à titre personnel) et que les périodes de vache maigre de Mendès France ou de De Gaulle n’ont pas été "nulles" pour autant.


Le problème de Bayrou ? Lui-même

 

Et voilà que se distille ici la politique selon Bayrou, la même que Vigny concevait pour la poésie : le penseur maudit, le Sage, que l’on respecte et qui vient donner bons et mauvais et points mais qui, finalement, ne se donne jamais les moyens d’être élu. François Bayrou n’est pas le chef d’un parti. Encore moins l’incarnation d’un président de la République : il est une muse, courtisée et écoutée, rôle qui lui sied bien davantage que celui qui l’obligerait à distendre quelque peu sa vérité pour tout simplement la rendre accessible au peuple.

Oui l’élection au suffrage universel implique des sacrifices, des simplifications. Mais on peut les effectuer sans berner les citoyens. Juste pour faire la pédagogie de son discours. Une concession qu’il a pourtant faite puisqu’il a déjà été élu. Et à de nombreuses reprises comme lui rappelle Aymeric Caron.

Procureur depuis quelques semaines, c’est à lui qui revint la seule question qui finalement brûlait les lèvres de tout à chacun : le problème de Bayrou ne serait-il pas lui même, ce monstre d’orgueil qui refuse la moindre remise en question :

"Est-ce que finalement ce n’est pas plutôt un refuge que vous avez trouvé en disant 'je suis le seul finalement à dire la vérité et c’est pour ça qu’aujourd’hui j’ai des difficultés', pour ne pas vous mettre réellement en question, pour éviter une introspection et vous dire simplement ‘mais où ai-je échoué ?"

"Ça serait une très bonne question si les autres réussissaient" rétorque alors François Bayrou, qui, orgueilleux, refusera bien évidemment de l’admettre sur le plateau quand il s’est déjà interdit de le faire même au sein de son parti.

 

Bayrou ombre

 

François Bayrou marque donc ici un vrai faux come back. Son retour n’appelle pas des lendemains qui chantent ou l’annonce d’un projet politique. Plus que jamais, il vient de démontrer qu’il est à la tête non pas d’une machine à gagner des élections mais d’un think-tank qui se veut être la conscience du bipartisme. L’éclaireur qui donne la voie à prendre. Il est dans la position rêvée de celui qui sait, et ses échecs viennent montrer que c’est parce qu’il dit la vérité qu’il est démenti dans les urnes.

Aujourd’hui, il le reconnaît enfin, pour la "première fois" admettra-t-il sur le plateau, il admet que la catastrophe d’une victoire d’un extrême dans de futures élections est plus probable que jamais. C’est sans doute pour avoir nié cette évidence qu’il s’était refusé de s’aventurer sur certains sujets lors de la présidentielle, estimant que "ça n’intéressait pas les Français". L’épée de Damoclès qui plane ainsi sur nos têtes saura-t-elle lui faire comprendre le poids de sa responsabilité ? Quitte à ce que cette union centrale qu’il souhaite de tous ses vœux ne le place pas justement au Centre, pour les raisons expliquées plus haut ? Et si tout l’enjeu de cette union était simplement l’orgueil de Monsieur Bayrou ?

 

Publié sur le Nouvel obs - Le plus, le 17 mars 2013

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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