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19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 20:23

Dire que l’on nous avait vendu l’événement est le moins que l’on puisse dire. La venue de Marine Le Pen chez Laurent Ruquier samedi soir sentait le soufre et tout le monde avait son avis sur la question, quitte à estimer qu’il n'était pas raisonnable de contraindre l’animateur à recevoir sapersona non grata favorite au mépris de l’équité des temps de paroles en période électorale (car l’équité ne peut se voir de manière impressionniste sur l’ensemble d’une chaîne lorsque l'on prend en compte et l’audimat et la cible des émissions).

 

Marine Le Pen sur le plateau du Grand Journal le 22 mars 2011 (F. GUILLOT/AFP)

 Marine Le Pen sur le plateau du Grand Journal le 22 mars 2011 (F. GUILLOT/AFP)

 

Avant même que le débat ne commence, Laurent Ruquier a tenu à mettre les points sur les i : rappelant qu’il était tout à fait normal d’accueillir tous les candidats, dans le cadre du débat démocratique, l’animateur s’est même dit "ravi de (la) recevoir". Recevoir un parti qui se présente de manière démocratique dans des élections pour débattre démocratiquement de son programme ? Qu’il est saugrenu de voir qu’en 2012, cela reste quelque chose dont il faille s’enorgueillir et se satisfaire sur le service public.

 

Marine Le Pen fidèle à elle-même

 

Et c’est bien ce qu’il faut retenir sur ce débat si redouté : d’affrontement, il n’y en eut point. Et à bien des égards, les échanges vifs qui précédèrent la venue de la présidente du FN furent autrement plus virils entre Marc Lièvremont et Audrey Pulvar, qui non contente de ne rien connaître au rugby et d’émettre des jugements péremptoires quelques peu déplacés pour une profane qui s’assume comme telle, a reconnu avoir établi son jugement sur des extraits de conférence de presse qu’on lui a fourni.

 

Cela veut-il dire que des sujets ont été évités ? Point du tout.

 

 

Les signatures ? Elles en sont à 415 et même si Marine le Pen reconnait qu’il y a une accélération, et comment pourrait-il en être autrement quand elle fut mis notamment par François Bayrou en face de ses responsabilités (reconnaître que le système fonctionne ou accepter l’aide du système), elle estime que le rythme n’est pas suffisant pour être rassurée.

 

Les purges au FN, alors que certains bannis étaient des pourvoyeurs de parrainages comme en témoigne un de ceux-là, Carl Lang ? Cela montre, selon Marine le Pen la "droiture de la direction de (son) mouvement", alors que ce n’était pas son "intérêt".

 

La valse scabreuse à Vienne ? "Si j’avais fait une erreur je l’aurais dit". Il faut dire que Marine Le Pen persiste à dire que le FPO (parti autrichien de la liberté) est un parti respectable sous le prétexte qu’il est une des deux grandes forces politiques du pays et omettant que ses militants abritent parmi eux quelques nostalgiques aux relents nauséabonds. Mais, pour la présidente du FN, tous ces arguments ne sont que manipulations proférées par SOS Racisme. Une marotte qui rappelle le sort qu’elle souhaite réserver à l’association si elle était élue.

 

Finalement, Marine Le Pen aura été fidèle à elle-même sur le fond, même s’il faut reconnaître qu’elle a pris la peine de laisser parler ses contradicteurs, et qu’elle n’a pas surjoué sa grosse voix pour interdire tout échange. Le décompte du temps de parole aurait-il un effet bénéfique à la démocratie du débat ?

 

Comme toujours Marine Le Pen explique que son programme est différent de celui de son père parce que le contexte a changé. Argument caduque lorsque Natacha Polony lui demande comment le FN pouvait promouvoir pendant des années le chèque-éducation, qui avait vocation à casser l’école publique, avant de faire de la défense de cette même école publique une quasi priorité dans son programme : l’échec de l’école n’a pas attendu 2008 pour être avéré et le programme du papa faisait déjà le constat d’une école en déliquescence pour justement promouvoir l’école privée. Par ailleurs, la crise n’a fait qu’ajouter à ce problème les difficultés à mettre de l’argent dans notre éducation, là où, avant la crise, cela aurait été possible. Mais puisque la présidente du FN dit que la situation a changé.

 

Comme toujours, Marine Le Pen détourne les questions et ne répond que sur les diagnostiques en fondant son argumentation sur ce que tout le monde sent. Elle ne répondra ni sur les moyens de rétablir l’autorité à l’école (elle répond que ses enfants sont dans le public, elle… La belle affaire ! Nul n’a jamais pensé que l’école publique de Saint-Cloud posait de vrais problèmes d’autorité et d’enseignement). Encore moins sur le coût que représenterait les reconductions massives à frontière. Ni enfin sur la dévaluation et l’augmentation de 3% sur les produits importés, point sur lequel elle s’était déjà fait épingler par Anne-Sophie Lapix, il y a peu.  

 

La candidate FN a la mémoire courte

 

Et que dire de sa proposition "révolutionnaire" de placer dans la Constitution que "la République ne reconnait aucune communauté" qui fait déjà écho à l’article qui déclare que "la République est une et indivisible" ? Marine Le Pen explique que cet ajout éviterait de créer des soins spécifiques pour les communautés comme cela se fait en Angleterre. Oui, comme cela se fait en Angleterre où l’article sur l’indivisibilité n’existe pas et c’est bien parce qu’il existe en France que ce type de loi ne peut exister dans notre pays : le fantasme de la peur comme essence de la campagne.

 

Enfin, Marine Le Pen a semble-t-il "oublié" quelques déclarations qu'elle a faites. Sur la laïcité, elle prétend que le FN n’a pas souhaité en 2004 la loi sur le voile à l’école parce que la démarche était purement électoraliste. Aurait donc-t-elle oublié ce qu’elle déclara au journal d'extrême-droite "Présent" le 22 novembre 2003 au sujet de cette loi, qu’elle condamnait non pas pour l’électoralisme, mais parce que le port du voile y compris à l’école pouvait présenter quelques avantages ? "La question du voile est un moyen de s’apercevoir de l’importance de l’immigration (…) Nous disons donc que si cela peut dessiller les yeux des Français de voir se multiplier les voiles, il peut être bon d’en passer par là".

 

Mais la mémoire courte de Marine le Pen est surtout une mémoire sélective. Et l’ombre de l’affaire de la croix gammée ou de l’étron de "Charlie Hebdo" a plané sur l’émission et notamment sur la fin où la présidente du FN expliquait qu’on ne pouvait pas insulter 20% des Français sur le service public qui rémunéraient, eux aussi, l’animateur. Laurent Ruquier rétorqua qu’ils pouvaient zapper s’ils le souhaitaient. Crispations finales pour un débat qui finalement a fait beaucoup de bruit pour rien. Voilà Laurent Ruquier tranquille pour une lustre. En attendant bien entendu des retrouvailles autrement plus pêchues devant la Justice.

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Published by Yves Delahaie - dans Du Front National
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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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