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30 septembre 2012 7 30 /09 /septembre /2012 09:59

Jean-Vincent Placé, invité de l'émission

Jean-Vincent Placé à "On n'est pas couché" du 29 septembre 2012 (FRANCE 2/YOUTUBE)

 

 

Et si pour une fois, l’on commençait par la fin ? Et si pour une fois, les derniers mots prononcés résumaient à merveille ce que tant de phrases alambiquées traduisaient si mal ? Et si pour une fois la phrase lapidaire l’emportait sur le si long entretien tenu à bâtons rompus avec les polémistes ?

 

Samedi soir, Laurent Ruquier lança en guise de conclusion ces quelques mots pour raccompagner Jean-Vincent Placé dans les coulisses d’ "On n’est pas couché" : "Les idées collectives avant les ambitions personnelles."

 

L'ambition plus forte que les convictions

 

Mais naïf est celui qui imaginerait lire ces quelques mots au premier degré. La puissance de la formule puise sa force ici dans celle de l’antithèse, qui elle même s’abreuve au ruisseau de l’ironie. Surtout faisant suite à la touchante, mais si peu crédible confession du président du groupe des Verts au Sénat, selon laquelle il préférait ne pas être ministre, pour qu’ainsi les idées et les combats des Verts puissent influencer durablement la marche gouvernementale.

 

Parce que ceux qui ont assisté au combat, car ce fut assez musclé, qui a précédé entre Natacha Polony, Aymeric Caron et lui-même, ne pourront qu’en déduire que, s’il y a incontestablement des convictions chez les Verts, l’ambition leur est infiniment supérieure.

 

En réalité, il y eut deux moments dans la séquence politique de ce samedi : du "non" au traité européen et de la pertinence de la participation au gouvernement Ayrault.

 

Le passage de Jean-Vincent Placé à "On n'est pas couché" du 29 septembre 2012 (FRANCE 2/YOUTUBE)

 

Sur le "non" au traité décidé par les Verts, le sénateur de l’Essonne tenta d’être pédagogique, ce qui, de son propre aveu, n’est pas une qualité innée. Qu’il se rassure, il fut assez clair en expliquant qu’il ne pouvait pas cautionner le fait de se priver de marges de manœuvres et d’investissement (référence à la fameuse barre des 3%, qui impliquera une politique d’économie) surtout en temps de crise. Pour lui, une politique de gauche s’accommode mal de la rigueur budgétaire, renouant avec le mythe de cette gauche dispendieuse faisant fi de la dette, véritable tonneau des Danaïdes.

 

Dire "non", oui mais en quel nom ?

 

Pour aussi claire qu’elle fut, son analyse ne fit pourtant pas l’économie des certaines zones d’ombre quand il tenta d’expliquer que les partisans de chaque camp ne défendaient pas nécessairement la même cause. Non sans pertinence quand il montra que le "non" de Mélenchon n’était pas le même que celui des Verts, refusant au référendum les vertus prétendues de la démocratie. Pour Jean-Vincent Placé, les questions complexes ne sauraient se résumer à des réponses simplistes et manichéennes, telles que "oui" ou "non".  

 

Mais qu’il fut plus obscur de comprendre en quoi le "oui" de Fillon ou de Copé était différent de celui de François Hollande, au nom d’une sibylline politique des "petits pas" engagée par le président de la République, et qui laissera perplexe plus d’un citoyen à l’écoute. La manie de classer chez les libéraux les cadres de la droite, en exonérant ainsi ceux de la gauche a certainement dû faire beaucoup rire Jean-Luc Mélenchon et ses amis.

 

C’est à ce moment précis que le si sûr de lui Jean-Vincent Placé trébucha. À en perdre l’équilibre jusqu’au bout. À la question de savoir si les Verts auraient engagé le même bras de fer avec le gouvernement si le "oui" n’était pas assuré, sachant que l’UMP voterait pour un traité que Nicolas Sarkozy avait en grande partie concocté avec Angela Merkel, le sénateur esquiva en qualifiant de désobligeante cette interrogation. Avant de sécher complètement sur la question qui fâche : comment les Verts peuvent-ils être contre le traité européen, et voter pour le budget 2013 dont l’essence même résulte des restrictions budgétaires du dit traité ?

 

Les écologistes, avaleurs de couleuvres depuis mai 2012

 

Ce fut alors le début d’un long chapitre sur la pertinence de la participation des écologistes dans un gouvernement, contraints et forcés à renoncer jour après jour à leurs idéaux, depuis le nucléaire, jusqu’à l’affaire Nicole Bricq en passant par le droit de vote des étrangers et le cas des Roms. Comment les Verts peuvent-ils perdurer à avaler tant de couleuvres si ce n’est à vouloir préserver des postes d’influence quitte à perdre tout ou partie des militants ?

 

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Jean-Vincent Placé échoua, durement et terriblement, à démontrer que les Verts ne perdaient par leur âme à avoir pactisera avec Hollande.

 

Tout d’abord, il expliqua qu’il ne pouvait pas imposer les éléments du programme d’Eva Joly car la démocratie avait tranché. En d’autres termes, le faible score obtenu par les Verts les empêche de pouvoir imposer leurs combats. Mais quand la démocratie a ainsi tranché, pourquoi alors vouloir la contourner en acceptant d’intégrer un gouvernement qui ne respectera pas vos principes ?

 

Des principes qui étaient pourtant non négociables, comme le rappela Aymeric Caron quand il proposa en guise de preuve irréfutable cette déclaration de Cécile Duflot en mars 2011, et qui ne laisse planer aucun doute sur la victoire de l’ambition sur les convictions : "On n’imagine pas des ministres écologistes dans un gouvernement avec la gauche qui ne participerait pas à un engagement de la sortie du nucléaire."

 

Aymeric Caron et Jean-Vincent Placé dans

Aymeric Caron et Jean-Vincent Placé dans "On n'est pas couché" (FRANCE 2/YOUTUBE)

 

Les convictions ne sont rien face à un beau fauteuil de ministre

 

Alors bien évidemment, le président du groupe écologiste au Sénat a le beau rôle en jouant la carte de la sincérité en reconnaissant qu’être nommé ministre lui aurait fait plaisir, ou encore qu’il avait tenu à être présent à la Bastille sur la scène aux côtés de François Hollande, histoire que l’on pense à lui. Il a des ambitions et ne s’en cache pas. Tout en jouant la carte de la modestie en affirmant, avec le masque de la sincérité, qu’il préférerait ne pas être ministre et voir sa cause avancer.

 

Mais quelle crédibilité accorder à ces confessions, et comment ne pas y voir des concessions purement hypocrites ? Depuis mai 2012, aucune des décisions de Verts ne cadre avec l’adage selon lequel les idées collectives passent avant les ambitions personnelles. Aucune. Et ce n’est pas l’opportunisme modeste décliné par Jean-Vincent Placé samedi soir sur le plateau de Laurent Ruquier qui permettra d’affirmer le contraire.

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Présentation

  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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