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14 mai 2012 1 14 /05 /mai /2012 09:04

Franz-Olivier Giesbert, le 18 janvier 2012 - Paris (BALTEL/SIPA)

Franz-Olivier Giesbert, le 18 janvier 2012 - Paris (BALTEL/SIPA) 

 

Les samedis soirs sentent ont souvent une odeur du soufre. Bien qu’étant une émission de divertissement, les plateaux de l'émission "On n’est pas couché" ont souvent accouché de moments tendus, que le prisme télévisuel sublime pour offrir un objet rare et fascinant, mélange confus de spectacle et de vérité.

 

L'émission reprend son rythme de croisière... Ou pas

 

Et le spectateur de ressentir cette sensation étrange et ambivalente, de honte et de plaisir non dissimulé. Et la page politique est bien évidemment souvent propice à la chose, avec en point d’orgue cette année, les débuts calamiteux de Philippe Poutou, la venue survendue de Marine Le Pen ou bien encore les prétendus conflits d’intérêts d’Audrey Pulvar, quand ceux qui en parlent le plus devraient s’interroger sur leur fascination pour la question.

 

Ce samedi 12 mai, la campagne présidentielle ayant rendu son verdict, l’émission reprit donc son rythme habituel, dénouant les langues bridées par les règles du CSA.

 

Enfin pas tout à fait, puisque les trois femmes qui se succédèrent, à savoir Rachida Dati pour l’UMP, Marielle de Sarnez pour le Modem et Clémentine Autain pour le Front de gauche (quelle pluralité dans la représentation, avec la droite, la gauche et le centre…) furent contraintes de répondre en fonction d’un temps de parole, déterminé selon les règles incompréhensibles d’équité : ainsi, l’ancienne garde des Sceaux eut 20 minutes de temps de parole et les deux autres la moitié. Dans ces conditions, et comme ce fut le cas durant la présidentielle, il ne fallait guère s’attendre à la moindre pépite ou révélation.

 

En comparaison, la présence de Franz-Olivier Giesbert sonnait comme une promesse. Ne serait-ce que parce que si 2012 a accouché d’une campagne assez médiocre en ce qui concerne la qualité des débats politiques et leur contenu, force est de constater qu’elle aura mis ce journaliste au CV impressionnant sur le devant de la scène, grâce à un franc parler, et disons-le même une certaine crudité dans le propos qui a pu séduire, amuser ou franchement irriter. La certitude de ne laisser donc personne indifférent.

 

 

Franz-Olivier Giesbert, symbole d'une presse muselée ?

 

Mais ce n’est pas tant sur ses formules, qui sont autant de perles qu’il enfile en colliers, que celui que l’on nomme familièrement "FOG" fut remarqué sur le plateau de Ruquier samedi. C’est plutôt à propos de son livre, "Carnet de campagne" que la polémique est née. Car polémique il y a eu, et débat il y aura nécessairement. Et pas seulement autour de la personne de Franz-Olivier Giesbert, mais sur la profession de journalisme en elle-même. Avec pour enjeu la liberté de la presse. Oui, rien que cela.

 

Giesbert Clash Pulvar & Polony [Litte] Ruquier... par peanutsie

 

La séquence est assez terrifiante pour le spectateur assez naïf pour croire encore que les journalistes sont libres de tout en France. Et quand on sait que le degré de la liberté de la presse est le corollaire d’une démocratie salubre, il y a de quoi frémir en effet.

 

Dans ce passage, ce n’est pas tant l’extrait vidéo proposé par Nicolas Sarkozy qui peut choquer : comme l’explique par la suite assez justement FOG, on ne peut imputer la bassesse du chantage qu’opère Edouard Balladur (à savoir le chantage autour du silence sur sa vie amoureuse tumultueuse en échange d’une campagne digne d’une Pravda de droite au "Figaro") à Nicolas Sarkozy, et ce même si ce dernier faisait partie de l’équipe de campagne. Mais ce sont toutes les révélations qu’il y a autour qui impressionnent.

 

Tout d’abord, FOG lance que, président, Nicolas Sarkozy a "menacé les patrons des journaux" pour lesquels il travaillait, précisant que c’était public. Et FOG d’oublier que si des informations peuvent circuler chez les initiés, elles n’en sont pas pour autant notoires auprès du grand public.

 

Puis il ajoute qu’il trouve "normal" qu’un homme politique mécontent de son sort "l’engueule". Un sentiment qui, fort logiquement, choque Laurent Ruquier, qui s’en émeut et affirme que lui ne trouve pas cela normal.

 

Et FOG de se justifier en disant que les journalistes disent parfois des "choses épouvantables". Audrey Pulvar lance une piste, que malheureusement elle n’exploitera pas. Dommage : "Vous écrivez des choses fausses ?" La question restera sans réponse.

 

Car il est une chose qu’il faudrait éclaircir : soit le journaliste dit des choses vraies, et qu’elles soient épouvantables ou non, peu importe sachant que seule la vérité doit guider sa plume. Soit il dit des choses fausses, et auquel cas, il est légitime qu’il soit réprimé. Et pas seulement par sa victime, qui plus est.

 

L'information "épouvantable", un faux baromètre pour le journaliste

 

Le caractère "épouvantable" d’une information n’a pas à guider la conscience d’un journaliste :seule la vérité le peut et le doit. Comme dans le récit de l’homme qui porte le miroir chez Stendhal dans le prologue de son roman "Le Rouge et le noir", ce n’est pas le miroir qui faut blâmer, mais le chemin boueux où stagne la fange.

 

Par la suite, une révélation faite dans son livre, inspire la même méfiance sur la liberté de ce journaliste quand il explique qu’avant de recevoir Nicolas Sarkozy dans "Des paroles et des actes", il reçoit un appel de François Pinault (sic !) pour lui demander de se calmer un peu avant d’interroger le président candidat.

 

Et lui de répondre : "Je n’ai pas l’habitude de tirer sur un corbillard." Au nom de quoi un grand industriel, actionnaire de presse, vient-il mettre son grain de sel dans la manière d’interroger un candidat à l’élection présidentielle dans une émission diffusée sur le service public ? L’inceste entre la sphère et médiatique est exposé en toute impudeur au citoyen, comme un spectacle décadent dont il faut s’enorgueillir pour vendre qui plus est un livre ?

 

Comment ne pas être écoeuré, dégoûté même ? Et que dire de FOG qui sous-entend qu’il aurait donc pris en compte le fait que le Président-candidat était diagnostiqué comme perdant pour l’épargner dans son questionnement. N’y a-t-il pas là un déballage répugnant qui fait honte à notre République ?

 

L'inceste entre presse, industriels et politiques : il faut que ça cesse

 

Un épisode qui n’est pas sans rappeler l’affaire des caricatures de Mahomet quand Denis Jeambar, alors patron de "l’Express" avait publié les fameuses caricatures danoises et que Serge Dassault, alors actionnaire de l’hebdo, avait tenté de l’en empêcher la veille de la publication, comme il le confia dans le film retraçant le procès contre "Charlie Hebdo", "C’est dur d’être aimé par des cons" (de 4'40 à 7'40):

 

c'est dur d'être aimé par des cons 1 par hystsampeace

 

La France va-t-elle longtemps s’abimer dans ces relations incestueuses entre les grands Industriels, la presse et la politique ? N’y a –t-il pas nécessité à faire de la moralisation de la vie publique une priorité, ce que seul François Bayrou proposait, je le rappelle, lors de la campagne présidentielle ? Une proposition que François Hollande a déclaré vouloir prendre en compte dans son action. Une information rassurante, surtout quand on sait, qu’en contrepartie, d’autres titres de la presse rivalisent de manichéisme pour tenter de rétablir un équilibre.

 

Mais quel équilibre y a-t-il quand, au nom de la vérité, on confronte une caricature à une autre caricature ?  

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  • : Les Nouveaux Démocrates
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  • : Enseignant et essayiste. Auteur de La Croix et la bannière sur la rhétorique des intégristes à propos du mariage pour tous (Golias, novembre 2012) et de Mariage pour tous vs Manif pour Tous (Golias, mai 2015) Auteur également d'articles sur Prochoix, la revue tenue par Fiammetta Venner et Caroline Fourest (n°57,58,59, 63 & 66) Ancien membre du Conseil national du MoDem et candidat aux Régionales 2010 et législatives 2012. Démission du MoDem en octobre 2012. Blog d’un militant du Mouvement Démocrate (MoDem).
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